DÉFENSE EXERCÉE CONTRE LES PIGMENTS
que dans la rate, le fer nécessaire; sous cette forme se poursuit le rôle hématopoïétique constaté durant la vie fœtale. A cette époque, on voit les globules se former, se rajeunir dans ce parenchyme qui, par zones, contient du tissu lymphoïde, des cellules vaso-formatives. — Chez l’adulte on invoque encore cette action ou une destruction, sans arriver à les établir nettement ; mais comme leglycose de la circulation dépend aussi, pour une part au moins, de la richesse hépatique en hydrates de carbone, on est en droit de dire que cette fonction hématopoïétique persiste, tout en subissant des modifications; pendant la vie intrautérine ce sont les éléments figurés, les hématies, plus tard ce sont les parties solubles que ce viscère reconstitue.
11 est, du reste, aisé de fournir d’autres arguments. — La bilirubine, au point de vue chimique, est voisine de l’hématine ; un échange se fait entre quelques atomes d’hydrogène et quelques molécules de fer; pour une part, la bile emprunte ses matières colorantes au sang; cet emprunt permet de comprendre comment la circulation est purgée des vieux débris globulaires.
Quoi qu’il en soit, si, avec Wertheimer, on introduit dans les vaisseaux d’un animal des pigments qui n’existent pas dans ses tissus, on ne tarde pas à les découvrir dans la sécrétion biliaire : il suffit, pour le prouver, d’injecter au mouton de la bile de bœuf. Dans ces conditions il devient indéniable que le foie recueille, en partie, ces pigments étrangers à l’économie aussi bien que ceux qui naissent dans son intimité. La pathologie concourt à cette démonstration, attendu qu’on retrouve des produits de cette nature accumulés au sein des îlots dans les hépatites pigmentaires du diabète, de l’alcoolisme, de la malaria, d’une série d’intoxications ou de cachexies.
ACTION DU FOIE Sl’R LES MATIÈRES COLORANTES.
On doit à Cavazzani des expériences reprises par Ma- • vrojanis, qui prouvent, une fois de plus, à quel point cette propriété peut se faire sentir. — Cet auteur mesure en quelque sorte l’intensité de rétention de chaque lissu pour des couleurs d'aniline, particulièrement pour le vert brillant; il ne tarde pas à s’apercevoir que le parenchyme du foie plus que tout autre jouit de ce pouvoir de rétention : il y a là une donnée qui actuellement sollicite nos méditations.
Que fait-on, en effet, au point de vue clinique, au point de vue de la physiologie pathologique? On mesure la perméabilité rénale en calculant la vitesse d’élimination du bleu de méthylène injecté sous la peau. Or, si cette propriété de rétention intrahépatique existe, si elle est en partie proportionnelle à l’énergie dépensée par la glande pour mettre en jeu cet attribut, on enregistrera des émissions dont les variations, sans relation avec l’état des glomérules, des tubuli ou en dehors de ces relations, subiront l’intluence de cet organe biliaire: si ce viscère est normal, il retiendra ces matières colorantes d’une façon plus marquée que s’il est insuffisant ; il agira à cet égard comme il agit pour le glycose. b ailleurs, d’autres causes exercent sur ce passage des pigments une action incontestable ; chez les épileptiques, par exemple, on observe, comme je puis vous le montrer grâce à Mavrojanis, des oscillations plus ou moins nombreuses dépendant des changements imposés à la vitesse, à la pression sanguine; cette pression, dans les périodes de crise, atteint parfois des degrés excessivement élevés, 30, 33, au sphygmomanomètre Basch- Potain; elle devient capable de provoquer des ruptures vasculaires.
Les phénomènes de réduction, d’oxydation, qui s'opèrent
Charrir. — Les défenses natur. de l'orcjun. 1 e
210 AGENTS OXYDANTS. — AGENTS RÉDUCTEURS.
dans les tissus, entraînent aussi des erreurs d’appréciation. A ce point de vue, Erhlich a divisé les éléments anatomiques en deux catégories ; les uns conservent la couleur dont les ont imprégnés le passage, le contact des composés chromatiques injectés dans la circulation ou dans le derme; les autres ne tardent pas à revenir à la teinte naturelle. Ces résultats sont de nature à mettre en relief les notions capitales que le professeur Gautier a introduites dans la science, eu révélant que, parmi les cellules animales, comme parmi les bactéries, on décèle deux modes de nutrition, le mode aérobie, le mode anaérobie.
Avec Desgrez, j’ai réussi à mettre en lumière les relations existant entre ces deux modalités vitales et ces actions oxydantes ou réductrices. — Si, d’une part, on met en contact de l’hydroquinone avec la bactéridie charbonneuse ou le bacille subtil, si, d’autre part, on opère de la même façon en se servant du germe du tétanos ou du vibrion septique, on voit, dans les tubes contenant cette bactéridie ou ce bacille, apparaître une teinte foncée, noirâtre, tandis que le liquide des autres lubes, de ceux qui contiennent ce germe tétanique ou ce vibrion septique, change à peine de nuance.
Il est, du reste, aisé d’établir que cette action microbienne, comme beaucoup d’autres phénomènes, dépend d’un produit de sécrétion ; il suffit de remplacer les cultures stérilisées par des toxines, en agissant toujours en milieu acide.
On voit, d’une façon générale, que, dans l’appréciation des résultats concernant les modifications ou l’élimination de certaines matières colorantes, il faut tenir compte d’une série d’influences cellulaires, depuis des phénomènes de peu de portée, comme le degré d’activité des*