LE REIN GLANDE ET FILTRE
leucine, de la tyrosine, tous ces matériaux désignés sous le nom de matières extractives, sans parler des sels, des substances minérales, des leucomaïnes, etc.
La structure du rein indique que ce viscère est organisé pour la filtration, tout au moins dans la zone glomérulaire. L’enroulement des anses capillaires multiplie les surfaces ; le système porto ralentit la circulation ; la capsule enveloppante recueille les liquides qui s’écoulent par le tube.
Au niveau des tubuli, ce viscère est une véritable glande ; la forme des épithéliums, leur protoplasma sont analogues aux éléments des alvéoles terminales; sous l’influence du fonctionnement on enregistre des modifications identiques à celles de la sous-maxillaire après l’excitation de la corde du tympan; chez les diabétiques la sécrétion d’une urine abondante, riche en matériaux solides, nécessite un travail considérable qui aboutit à une hypertrophie marquée. Or, c’est là un changement propre à établir le rôle actif de ces cellules ; les fibres élastiques, en dépit d’une mise en jeu exagérée, ne subissent pas cette hypertrophie. Les sinuosités de ces tubuli rappellent les contours de certains tubes glandulaires ; leur terminaison par les canaux droits équivaut à l’abouchement des acini, des conduits internes de la parotide, du pancréas, etc., dans le canal ' de Sténon ou de Wirsung.
L’embryogénie, l’expérimentation, qui nous révèlent que des substances déterminées sont en quelque sorte extraites du sang par ces épithéliums, concourent à cette démonstration. Chez les Ophidiens, chez les Batraciens, l’indépendance circulatoire de ces tubuli et de ces glomérules permet de dissocier le fonctionnement des uns et des autres ; d’ailleurs, le fait même de l’existence de
TOXICITÉ DE L’URINE.
cette indépendance n’est-il pas de nature à proclamer que ce sont des organes distincts ?
La synthèse de l’acide hippurique réalisée en injectant de l’acide benzoïque et du glycocolle, la formation de l’acide urique chez des Invertébrés, d’après Marchai, etc., tous ces motifs nous amènent à considérer ces tubuli, à titre de glande réelle.
Le liquide qui sort du rein est toxique, comme l’ont montré les travaux de Bocci, de Schiffer, utilisant l'extrait étliéré urinaire, comme l’ont établi ceux de Lépine, de Dupard, de Guérin, portant sur des sécrétions pathologiques, comme l’ont surtout prouvé les recherches de Bouchard, de Gautier, de Pouchet, etc.
Une fois dans les bassinets l’urine jusqu’à l’urètre ne subit plus de modification, grâce à la structure des conduits. On retrouve, dans ces conduits urétériques ou dans la vessie, des défenses anatomiques, épithéliales, analogues à celles des voies génitales. La muqueuse des uretères, celle de la vessie sont formées par des couches superposées d’épithélium qui mettent obstacle à l’absorption ; d’autre part, ces membranes sont dépourvues de glandes, de sécrétions importantes; par suite, en l'absence de toute soustraction ou de toute addition l’urine va du rein à l’extérieur sans se modifier.
La situation déclive de ces canaux urétériques, la disposition de leur ouverture dans la vessie, leur structure, la contractilité de leurs parois, l’action de la pesanteur, l’écoulement de l’urine, ces différentes conditions constituent autant de modes de défense contre l’ascension des germes; Zemblinoff a montré qu’en leur absence les bactéries font cette ascension.
Récemment, Bazy et Sabatier ont soutenu que l’imperméabilité du revêtement interne vésical, imperméabi-
2oi IMPERMÉABILITÉ DE LA VESSIE. — CONTRADICTIONS.
lito soutenue par P. Bert, Alling, Cazeneuve, Livon, etc., était toute relative, que la strychnine était absorbée. Guinard et Boyer, Pousson et Segalas ont réfuté cette manière de voir, en montrant que l’absorption n’a lieu que dans les vessies malades. Toutefois, l’erreur peut se glisser aisément dans ces expériences ; au moment où on retire la sonde, une partie de la susbtance utilisée peut, se déposant dans l’urètre, être absorbée; il suffit aussi que le sujet observé éprouve un besoin d’uriner. — L’évacuation vésicale est déterminée par la contraction de la couche musculaire longitudinale innervée par un lilet sacré ; la couche circulaire lutte contre ces fibres et maintient le col fermé; mais si la nécessité d’une miction survient, l’urine pénètre dans ce col, parce que cette seconde couche, qui reçoit des filets hypogastriques émanés du ganglion mésentérique inférieur, se trouve vaincue ; dès lors, le produit peut s’introduire dans cette partie et la muqueuse l’absorbe. Opérant avec le bromure de lithium, Pousson et Segalas ont décelé les raies caractéristiques uniquement dans ces conditions, en dehors toutefois des cas où le réservoir était malade.
Dans l’intérieur de l’urètre, on retrouve des sécrétions muqueuses; d’un autre côté, une sorte de balayage, conséquence des mictions, repousse les agents morbifiques ; malheureusement, une fois introduits quelques-uns de ces agents se glissent dans les culs-de-sac glandulaires, échappant de la sorte à ces modes de défense.
Ces protections ne sont donc point parfaites; néanmoins, telles qu’elles sont, elles concourenténergiquement à la défense de l’organisme.
L’urine n’agit pas seulement mécaniquement par son passage, par son écoulement; elle constitue également un milieu médiocrement favorable à l’évolution des ger-