V. Formes complexes de la folie
a. Délires d’emblée, sans préparation, sans attaches profondes, rapidement changeants, polymorphes dans le même temps ou à des époques successives, sans aucune systématisation ; b. psychoses à systématisation limitée (analogues à l’idée obsédante) de courte ou de longue durée, sans évolution progressive ; c, formes lucides de la folie à hase d’obsessions et d’impulsions.
VI. Formes de folie très souvent sans analogie avec les formes observées chez les ascendants (hérédité quelquefois similaire, le plus souvent avec transformation ; transmission dissemhlahlc).
Ce qui domine dans le groupe des états dégénératifs, ce qui en est en quelque sorte la marque de
É brique, c’est conséquemment l’existence d’un état entai particulier qui préexiste à toutes les manifestations vésaniques, de quelque nature et de quelque ,! forme qu’elles soient. Pas de dégénérescence sans :i déséquilibration mentale. La connaissance de l’état ' mental d’un aliéné depuis sa naissance est indispensable pour juger sainement la valeur de ses manifestations délirantes. C’est le véritable critérium capable de servir de base à un bon diagnostic et à un pronostic exacts.
Si l’on jette maintenant un coup d’œil d’ensemble sur tous les malades successivement groupés dans les deux premières subdivisions, il apparaît clairement qu’ils forment une chaîne ininterrompue depuis le prédisposé minimum, celui qui, par exemple, présentera un accès unique de mélancolie simple dans le cours de sa vie, chez lequel cet accès constituera un accident passager, jusqu’au plus taré des dégénérés, l’idiot ou l’imbécile chez lequel la ruine du substratum mental est non seulement un fait accompli, mais chez qui encore l’aptitude à reproduire a disparu. Du premier jusqu’au dernier s’échelonne toute une série innombrable de chaînons intermédiaires, tous réunis par un lien commun, la prédisposition. Une ligne de démarcation sépare nettement les malades chez lesquels la prédisposition laisse intact l’équilibre intellectuel de
CLASSIFICATION DES ÉTATS PSYCHOPATHIQUES. 65 ceux chez lesquels l’état dégénératif est constitué définitivement par l’accumulation de lourdes tares. Du, premier au dernier, ce n’est qu’une question de plus ou de moins dans la résistance cérébrale. Les prédisposés de la première subdivision sont évidemment dans les générations futures, sauf régénération intercurrente, des candidats à la dégénérescence. Les premiers sont les moins dégradés de l’espèce, les derniers sont ah ovo des êtres pathologiquement constitués.
Cette notion précise du substratum mental mérite d’être approfondie au sein même du groupe des états dégénératifs, où l’on peut suivre cliniquement une gradation progressivement descendante, suivant l’importance de ce substratum. L’élément de différenciation réside dans le degré d’acuité des facultés qui ont survécu au naufrage. En première ligne prennent place les dégénérés chez lesquels l’intelligence est restée brillante, mais est profondément mal équilibrée ; ce sont les originaux, les bizarres, les excentriques que l’on peut comprendre sous la rubrique : déséquilibrés, ou dégénérés supérieurs. Au-dessous d’eux, prend place l’immense agglomération des faibles d’esprit. Suivant le degré de faiblesse des facultés, on peut les distinguer en débiles, imbéciles et idiots, sans qu’il soit pourtant possible d’établir entre chacune de ces catégoiies une limite absolument tranchée. Les transitions sont insensibles, mais la démarcation se dessine
entre les types extrêmes. Tel est le substratum indispensable de la tare dégénérative. A lui seul, il suffit à la caractériser, comme il peut d’ailleurs en être le seul témoin.
Sur ce fond commun obligatoire viennent alors se greffer des situations mentales contingentes, épisodiques, secondaires, extrêmement variées, réunies pourtant par ce fait caractéristique qu’elles reposent sur une base dégénérative. Cette base leur imprime un cachet particulier qui les fait reconnaître en toute circonstance.
Ces situations mentales sont de trois ordres :
1“ États de folie lucide, c’est-à-dire avec conservation de la conscience, à base d’obsessions, d’impulsions et d’inhibitions insurmontables (délire émotif de Morel, folie avec conscience de divers auteurs, monomanies effectives et instinctives d’Esquirol).
2“ États de déséquilibration très avancée, états constitutionnels très graves avec perte delà conscience rendant le plus souvent impossible la vie libre au sein de la société. Les uns se manifestent plus particulièrement sous la forme de délire des actes, ce sont : la manie raisonnante et sa variété la plus dangereuse : la folie des persécutés persécuteurs (chicaneurs, quérulants, processifs) ; les autres sont caractérisés par une déviation ou une insuffisance du sens moral : folie morale.
A cc groupe doivent se rattacher les démences précoces non vésaniques, survenant chez des sujets lourdement tarés et chez lesquels la résistance intellectuelle est incompatible avec les conditions journalières de la vie.
3“ États délirants : A. Délire d’emblée, multiple, polymorphe et protéiforme, rapide ou quelquefois de longue durée, mais sans tendance à la systématisation et à la transformation progressive, curable. Toutes les formes de délire peuvent être observées ; elles échappent à une description dogmatique, chaque malade leur imprimant un cachet personnel. A cette catégorie appartiennent les psychoses que l’on décrit sous les noms de délires religieux, érotique, hypochondriaque, ambitieux, suivant la prédominance de certaines idées délirantes. B. Délire systématique unique, fixe, sans tendance évolutive (analogue à Tidèe obsédante) le plus souvent incurable et aboutissant parfois à une démence rapide. Les deux formes délirantes s’observent quelquefois chez le même sujet.
Ces trois aspects de la dégénérescence mentale peuvent coexister ou se succéder dans le cours de la vie d’un même sujet, comme ils peuvent manquer, l’état de déséquilibration ou de débilité intellectuelle restant alors le seul stigmate permanent et indélébile de la tare dégénérative.
Ici se termine notre synthèse des psycjioses proprement dites, qui forment la portion la plus importante
(jg LES DÉGÉNÉRÉS.
de notre classification. Nous l’indiquerons sous forme
de tableau synoptique.
A. Psychoses SIMPLES, élémentaires^
B. États dégénératifs.