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CHAPITRE TX

Sommaire. — Bases générales du traitement. — 1» Thérapeutique générale ; traitement chirurgical ; crâniectomie. — Traitement de l’arriéré : - hygiène physique, traitement pédagogique, culture intellectuelle et morale; méthode d’entraînement; méthode sensorielle. — Rôle capital du pédagogue. — Enseignement professionnel. — De l’éducation. — Instituts médico-pédagogiques. — 2“ Indications tirées du milieu ambiant et des causes de la déséquilibration ; hygiène intellectuelle. — Rôle de la famille. — De l’internement du dégénéré non délirant. — Ses indications. — 3“ Prophylaxie. — La question du mariage ; le problème de la régénérescence. — Prophylaxie sociale. — Rôle et devoirs de la société.

Il peut paraître illusoire de parler de la thérapeutique des états dégénératifs. Ne sont-ils pas en effet, par définition, des états de déchéance définitive? N’estce pas un vice congénital destiné à se transmettre, à s’accroître de génération en génération, jusqu’à ce que l’espèce décadente disparaisse ? Il ne peut pas être évidemment question d’un traitement ayant pour fin une guérison impossible, mais il est du devoir du médecin de chercher des palliatifs à une infirmité, d’en atténuer les effets; il lui appartient surtout d’étudier les moyens de la prévenir. Or, en ce qui concerne les dégénérés, la question de traitement se double d’une

importante question de prophylaxie, qui intéresse au plus haut point l’avenir des sociétés. L’action du médecin se borne ici à des indications générales concernant les principaux agents de la dégénérescence et les moyens d’enrayer le mouvement qui précipite l’espèce vers sa fin; l’application appartient au sociologue et au législateur.

Le médecin peut faire beaucoup pour le dégénéré, et le présent chapitre mériterait de grands développements. Il suffit de citer les noms de Calmeil, Delasiauve. Séguin, Morel, Bourneville, pour montrer que la thérapeutique spéciale des dégénérés a captivé l’attention des esprits les plus élevés. Faute de place nous nous bornerons à des indications substantielles, sans trop pénétrer dans les détails.

Trois points principaux sont à envisager :

1“ Le dégénéré est un faible, un incomplet, un minus habens dont il faut utiliser et développer les apiitudes natives, pour contre-balancer les imperfections qui résultent de ses lacunes.

2“ Déséquilibré, et plus sensible que tout autre en face des influences extrinsèques, familiales, sociales, etc., qui déterminent le plus souvent sa manière d être, il doit être mis à l’abri des causes de déséquilibration.

3“ Taré et dangereux pour l’espèce, il doit être l’objet d’une étude prophylactique destinée à diminuer les périls qu’il fait courir.

Nous examinerons successivement ces trois points. Le dégénéré doit être traité dès sa première enfance. A ce moment son traitement est du ressort de la thérapeutique générale, car le médecin spécialiste n’interviendra qu’à l’époque du premier développement des facultés cérébrales. 11 consistera surtout dans l’emploi des moyens propres à relever le taux de la nutrition, souvent languissante chez le dégénéré, et à éviter les chocs qui pourraient atteindre un système nerveux nativement irritable et enclin aux réactions graves.

Dès la seconde enfance, le dégénéré commence à se caractériser au point de vue cérébral, il y a lieu, pour plus de clarté, de reprendre notre division des dégénérés en idiots, imbéciles, faibles d’esprit et déséquilibrés.

L’idiot et l’imbécile apparaissent stériles dès la première heure au point de vue intellectuel; ils le restent à peu près complètement dans l’avenir. Cette considération a fait penser que, peut-être, seul l’arrêt de développement du cerveau était la cause du mal, et que cet arrêt était lié, soit à des synostoses crâniennes prématurée-, soit à une incapacité crânienne gênant l’expansion du cerveau. Une méthode de traitement chirurgical de l’idiotie par la cràniectomie est née récemment de cette conception théorique. Toute tentative dans ce sens est assurément louable, mais les résultats enregisti és jusqu’à ce jour ne paraissent pas encourageants. Et d’ailleurs n’est-on pas parti d’une

hypothèse souvent inexacte? II est certain que l’arrêt de développement du crâne arrête consécutivement celui du cerveau, mais ce trouble de nutrition est loin d’être la règle. L’idiot n’est pas malade que de son crâne, il l’est aussi de son cerveau; l’on oublie que le crâne est une boîte au service de l’organe qu’il contient et dont il suit exactement l’expansion. Le microcéphale a la tête petite parce que son cerveau est petit, parce que des lésions empêchent celui-ci de se développer. Toute tentative chirurgicale, dans ce cas, ne doit-elle pas être a priori infructueuse ? Il n’est pas enfin prouvé que le développement intellectuel soit en raison directe du développement cérébral ; beaucoup de microcéphales ayant le même développement crânio-céréhral que les idiots jouissent d’une intelligence très satisfaisante, et inversement beaucoup d’idiots, sans être hydrocéphales, ont une conformation et une capacité crânienne régulières. On ne peut juger, quant â présent, la méthode chirurgicale, mais nous pensons qu’elle doit être limitée aux cas où, les fontanelles s’obturant prématurément, il y a un indice que l’ossification précoce a entravé le développement du crâne.

11 y a peu à espérer de l’idiot et de l’imbécile qui sont presque fatalement voués aux asiles d’aliénés, du moins en ce moment, car il n’existe pas encore d’asiles spéciaux pour ce genre de malades. Leur séjour dans un établissement est rendu obligatoire |)our plusieurs motifs. ‘Tout d’abord, s’ils restent dans la famille, ils

manquent le plus souvent des soins matériels que réclame leur état; ils sont fréquemment des souffredouleurs, parfois même ils sont séquestrés à domicile ; ensuite ils constituent un danger en raison de leur inconscience. Les familles aisées peuvent seules conserver l’idiot auprès d’elles; et encore ne sont-ils jamais aussi convenablement traités que dans les asiles où ils sont en sûreté, hors d’état de nuire, et où leurs rares aptitudes peuvent être méthodiquement cultivées.

Les simples d’esprit, débiles intellectuels, offrent de plus grandes ressources et les résultats obtenus par l’entrainement systémati(|ue légitiment les tentatives de redressement qui se font plus nombreuses de jour en jour ainsi que l’extension considérable que tend à prendre l’assistance des arriérés. Nous indiquerons sommairement les moyens employés. Ils constituent dans leur ensemble une méthode spéciale d’éducation et d’instruction comprenant quatre parties : partie physique^ partie intellectuelle, partie morale et partie professionnelle.

L’hygiène physique a une très grande importance; le mens sana in corpore sano trouve son application aux dégénérés, plus que partout ailleurs. L’hydrothérapie sous forme de bains tièdes, de bains froids, de douches d’affusion; la gymnastique méthodique, réduite surtout aux exercices d’assouplissement, et réglée d après le développement ostéo-musculaire des deux côtés du corps ; tous les exercices physiques, marche au grand

air, saut, courses jusqu’aux limites de la fatigue, les travaux manuels, surtout au grand air, telles seront les bases du traitement. L’une des causes de la dégénérescence est l’étiolement dû aux milieux urbains ; aussi le séjour à la campagne procure-t-il les plus heureux résultats. Beaucoup de débiles sont mous, apathiques, ils réagissent mal; leur lourdeur intellectuelle est l’image fidèle de leur anénergie corporelle. A ceux-là s’adresseront les frictions stimulantes, sèches ou aromatiques, de la peau, les bains salés, l’électrisation statique, etc. C’est en usant de tous ces moyens qu’on préparera un excellent terrain pour le développement intellectuel futur. N’oublions pas qu’il faut traiter énergiquement les manifestations diathésiques si nombreuses qu’on observe chez les jeunes dégénérés, telles que l’arthritisme, la scrofule, rherpétisme,etc.., et qui appartiennent à la thérapeutique générale.

La thérapeutique intellectuelle a reçu dans ces dernières années une très grande impulsion, dans certains services hospitaliers, snécialement consacrés à l’éducation des arriérés et dont le type en France est celui de Bicétre. L’arriéré ne peut être ni instruit ni éduqué de la même manière que les enfants normaux. On peut dire même qne les moyens usités varient presque avec chaque enfant et que la méthode dépend de l’examen médico-psychologique préalable auquel doit être livré tout arriéré. Le principe en est très simple : il s’agit de faire tourner au profit de l’instruction de l’enfant

l’utilisation des facultés existantes, tout en cherchant à développer les absentes. La méthode la plus fructueuse peut être désignée sous le nom de méthode sensorielle', elle consiste à se servir des sens pour faire pénétrer dans l’inteliigence le plus grand nombre de notions. Tout l’enseignement doit être palpable, objectivé sous la forme de leçons de choses. C’est le seul moyen d’aller vite et sûrement au but. C’est ainsi qu’on développera tout d’abord le langage, ordinairement si tardif, et que l’on corrigera les défectuosités de l’expression verbale.

L’éducation de l’arriéré est un problème à résoudre, comme un problème scientiOque; l’observation, l’expérimentation et surtout la comparaison seront les premiers auxiliaires à employer ; ils feront naître plus ou moins facilement, suivant les cas, l’induction et la déduction et précéderont l’essor des idées générales qu’on a quelquefois la satisfaction de faire naître. Il est rare que ces premiers auxiliaires de l’enseignement, lorsqu’ils sont très méthodiquement employés par des maîtres intelligents, stylés et patients, demeurent infructueux. Mais beaucoup d’arriérés en restent là, c’est-à-dire à la phase d’acquisitions ; c’est déjà quelque chose. Un nombre moins grand associent les idées, induisent, déduisent et développent leurs facultés syllogistiques ; enfin un nombre moins grand encore acquièrent les idées générales ; on sait que le débile pèche surtout par là ; c’est la caractéristique clinique de son état mental.

Les résultats maximum de l’enseignement sont exclu-

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sivement l’œuvre des maîtres, dont les qualités doivent être celles du pédagogue, doublées de celles de l’observateur et du psychologue. Le maître doit graduer son enseignement pour chaque élève et non plus pour un groupe d’élèves ; chacun d’eux doit être tour à tour l’objet de son attention; la durée des exercices doit être proportionnée aux aptitudes de l’élève et à la puissance d’efforts qu’il doit fournir; en général elle doit être courte. Cette formule répond à la question posée souvent au médecin concernant l’opportunité des études pour tel ou tel arriéré, chez lequel on craint l’apparition de phénomènes cérébraux ou méningitiques. L’enseignement ne peut avoir de conséquence aussi néfaste, tout au plus peut-il engendrer des accidents d’épuisement, dits neurasthéniques, chez un être à aptitudes médiocres; il importe conséquemment de proscrire l’abus du travail intellectuel, et d’indiquer pour limite à l’usage, la fatigue cérébrale et la cessation de toute acquisition nouvelle. Le tact, la patience, la prudence et le pouvoir d’analyse sont les qualités indispensables de tout pédagogue qui se voue à l’éducation des arriérés,

Nous ne pouvons nous étendre davantage sur ces différents points. Aussi bien le lecteur que la question intéressera aura-t-il tout avantage à apprendre par luimême le détail des méthodes en visitant les services d’arriérés.

Le traitement moral, en raison de ses conséquences pratiques, a, croyons-nous, une importance beaucoup

plus grande que le traitement intellectuel ; il est même trop négligé en général dans les services d’arriérés où l’on se préoccupe surtout de produire des résultats qui peuvent être objectivement consacrés par un examen ou un concours. Les notions de morale s’acquièrent tout comme les autres; on apprend le bien et le mal, le juste et l’injuste comme on apftrend à lire et à compter, mais, à cette différence près, que ces notions ne peuvent être le produit de l’enseignement scolaire que chez les êtres intellectuellement bien doués. A l’asile, les notions théoriques de morale seront bien fournies par les lectures, les conversations, les dissertations orales du professeur, mais l’enseignement pratique seul atteindra le but. Il sera basé sur une discipline rigoureuse et sur l’exemple donné par le personnel. Le sentiment du juste sera inculqué par l’application des sanctions les plus rigoureuses, décernées aussi bien aux bonnes actions qu’aux mauvaises. La rigueur doit être poussée ici jusqu’au scrupule et l’on aperçoit que tout le succès dépend du choix si délicat des agents de surveillance. Il faut en outre pouvoir pratiquer une sélection parmi les' arriérés; rien n’est contagieux comme l’exemple, celui du bien autant que celui du mal ; l’arriéré est une cire molle qui reçoit volontiers toutes les impressions. Il faut obéir strictement au principe de la séparation de l’être moralisable et de l’être réfractaire au redressement. La stimulation, les encouragements, la douceur doivent être substitués à l’inti-

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midàtion, à la terreur des peines qui influencent péniblement l’étre impressionnable et l’incitent à la dissimulation. Ce sont là des principes d’éducation morale applicable à tous, mais particulièrement à l’arriéré, dont le pédagogue doit le plus souvent pouvoir faire ce qu’il veut.

L’action moralisatrice par excellence sera le travail qui nous amène sur le terrain de l’enseignement professionnel. Le principe est absolu, bien qu’il ne soit pas rnis partout en pratique ; il faut enseigner a l’arriéré un métier non seulement pour l’occuper, mais pour le mettre, si possible, en état de gagner sa vie dans la société. Cette pratique permet de conjurer bien des effets néfastes de la dégénérescence et surtout de réduire dans une forte proportion tes frais d’entretien du dégénéré dans les asiles. Le choix d’une profession n’est pas indifférent. Les métiers manuels et surtout ruraux conviennent à merveille à l’arriéré. Tout ce qui contribuera à l’éloigner des centres urbains où pullulent les causes accessoires de la déséquilibration sera un bienfait. 11 importe que le métier choisi expose le moins possible le malade aux dangers professionnels ; les métiers sédentaires, qui se pratiquent dans un lieu étroit, à 1 air raréfifé et insalubre ; ceux dont l’alcoolisme est trop souvent uri accessoire obligé devront être proscrits. Il importera enfin de s’inspirer des goûts personnels en môme temps que des aptitudes physiques et intellectuelles de l’enfant.

TRAITEMENT Dli LA DÉGÉNÉRESCENEE. )22'?

Tels sont les principes tl éducation et d’instructiori qui doivent présider au redressement des arriérés. Dans l’espèce; l’éducation et l’instruction bien dirigées sont delà véritable thérapeutique. Le dégénéré est une nonvaleur intellectuelle et un danger moral; le traitement doit avoir pour but de diminuer la première et d’atténuer l’autre.

Dans quelle mesure et comment ce traitement peutil être appliqué? Lorsque l’arriéré reste au milieu des siens, ce qui est un désavantage, la direction doit en être confiée au médecin. Mais il est certain que le but ne peut être sûrement atteint que dans des établissements spéciaux. Les détails que nous avons donnés suffisent à montrer que les conditions si minutieuses du traitement ne sauraient être réalisées dans la famille. La future loi sur le régime des aliénés prévoit l’installation générale de quartiers d’arriérés dans les asiles; c’est un bienfait, car jusqu’ici l’assistance de ces déshérités a été livrée tout entière soit à l’initiative privéé, soit au bon vouloir de quelques conseils départementaux. Mais ces quartiers spéciaux donneront-ils entière* satisfaction? C’est peu probable. Leur corollaire indispensable est l’institution, dans tous les centres, d’écoles municipales ou d’instituts médico-pédagogiques, où les arriérés de toutes les classes pourront recevoir librement une instruction appropriée à leur état, sans qu’ils aient besoin de subir, par le fait de leur séques-

tration, les conséquences d’une assimilation avec

l’aliéné

Nous n’avons pas parlé encore du déséquilibré simple. Son instruction et son éducation peuvent être celles des enfants ordinaires, dont ils possèdent les mêmes aptitudes intellectuelles et morales, mais ils tireront un plus grand profit encore de l’éducation systématique en usage pour les autres arriérés et qui permettra, grâce à l’étude analytique de l’état mental qui lui sert de base, de corriger certaines imperfections d’équilibre qui peuvent échapper au pédagogue ordinaire.

La seconde grande règle thérapeutique que nous avons énoncée concerne l’usage des moyens propres à prémunir le dégénéré contre les causes de déséquilibration, intrinsèques ou extrinsèques, qui s’accumulent autour de lui, pendant toute la durée de son existence. Nous avons indiqué déjà quelques-uns de ces moyens en parlant de 1 éducation et de l’instruction. Ce n’est pas tout. Si les deux facteurs que nous avons étudiés contribuent à rétablir chez le dégénéré un certain équilibre psycho-moral et lui communiquent un plus haut degré de résistance, ils le laissent sans arme contre bien des causes perturbatrices, pour peu que

1. V. Leguain. Des modifications à apporter à la législation en ce qui concerne 1 assistance des arriérés. Projet discuté et adopté par la Société internationale d’études pour les questions d’assistance, 1891.

TliAlTKMENT DE LA DÉGÉNEDESCENCE. ‘22!)

CCS causes acquièrent une certaine puissance. Il est beaucoup plus pressant alors d’éliminer ces causes ou d en atténuer la portée. La connaissance précise du caractère du malade et de son degré d’émotivité sera ici indispensable, beaucoup de dégénérés sont enclins à croire au merveilleux ; ils sont portés au fanatisme ; leur esprit se frappe avec une étonnante facilité. On les détournera des pratiques religieuses exagérées, si proches de celles du mysticisme ; on éloignera d’eux toute occupation capable d’exalter leur impressionnabilité, lectures, conversations, etc. D’autres, enclins à l’hypochondrie, seront garés contre ses conséquences grâce à une éducation sévère, d’où seront exclues ces minuties, ces caresses intempestives et exagérées qui poussent fatalement le prédisposé à ne se préoccuper que de lui-méme. Nous ne pouvons entrer dans le détail de toutes les situations à traiter; disons seulement qu’en général il faut savoir, sans secousse, s’opposer aux tendances qui, en devenant peu à peu prédominantes, précipitent la ruine d’un équilibre mental déjà instable. C’est affaire au milieu familial dont l’influence ne peut être sagement dirigée que par un médecin.

Nous avons vu combien le dégénéré réagissait vivement en face de tous les moments physiologiques, la puberté, l apparition des règles, la grossesse, 1 accouchement, la ménopause, etc. Dans toutes ces circonstances, en dehors des médications ordinaii es susceptibles de calmer l'irritabilité nerveuse, 1 attentiun du

‘i3Q LES DÉGÉNÉRÉS,

médecin devra redoubler pour supprimer loute cause de,déséquilibration. H en sera de même à l’endroit de toutes les maladies qui retentissent généralement sur le système nerveux.

A l’àge où le dégénéré est appelé à prendre une part active à la vie, il doit être l’esclave de ce qu’on peut appeler son hygiène mentale. C’est l’époque où les causes extrinsèques, tout en se multipliant, agissent avec le plus d’énergie : soucis d’affaires, chagrins domestiques, émotions diverses; tous ces facteurs doivent être écartés. H n’appartient pas, au dégénéré lui-rnème, il faut le dire, d’éviter ces agents perturbateurs; on sait, au contraire, que, par essence, il les fait naître ou les aggrave par son attitude. Il doit être soumis, autant que possible, à l’influence de personnes bienveillantes et prudentes qui lui font sentir une autorité effective sans provo(mer de réactions, et qui substituent, en vérité, une direction utile à une direction désordonnée. Le milieu familial peut être l’heureux antagoniste du milieu social. Il lui appartient déménager au déséquilibré un genre d’occupations où ses lacunes seront moins sensibles, où ses facultés natives trouveront mieux à s’adapter, où son émotivité ne sera pas souvent en jeu. Enfin cette hygiène cérébrale comprendra^ est-il besoin de l’ajouter, la proscription de tous les e.xcès, particulièrement sexuels et alcooliques, et la pratique d'une vie habituellement bien réglée. Les influences réciproques du physique

al du moral ont ici l)csoin d être minutieusement ealculées.

Malgré l’usage de tous ces moyens, il faut pourtant dire que, bien rarement, ce déséquilibré échappe à quelqu’un de cos paroxysmes où, débordé par des influences pernicieuses, il voit choir complètement son équilibre intellectuel. La question do l’internement se pose alors. Doit-on interner ce déséquilibré en état de paroxysme ? Une réponse affirmative ne peut faire de cloute, bien que le malade, dans cette circonstance, ne remplisse pas absolument les conditions requises par la loi. Il faudrait pouvoir interner le déséquilibré qui ne peut plus lutter, quand ce ne serait que par prudence. Cette mesure offrirait les plus grands avantages, car le malade touche à un moment, où il va se nuire à lui-même ou nuire à autrui. On ne peut qu’appeler de tous ses vœux le nouveau dispositif légal en vertu duquel un malade pourra venir spontanément se faire soigner dans un asile. Il est incontestable que beaucoup de déséquilibrés simples se retrempent dans un milieu tranquille où l’existence est régulière, et qu’ils sortent au bout de quelques semaines aptes à recommencer la lutte. On ne saurait même conseiller mieux à ce genre de malades que de venir périodiquement, qu’on nous passe l’expression^ faire une saison à l’asile, comme d’autres vont aux bains de mer ou aux eaux. Beaucoup de nos malades auxquels cette pratique a été enseignée s’en trouvent bien, évitent des paroxysmes certains,

LES DÉGÉNÉRÉS, sentent eux-mêmes qu’ils ont besoin do se faire soigner, et s’imposent un traitement de quelques semaines dans une maison de santé. L’hydrothérapie, les sédatifs, les bons conseils, et surtout la privation des soucis ordinaires de la vie, font seuls les frais de leur rétablissement.

Ces indications s’appliquent surtout à merveille aux obsédés et aux impulsifs (syndromiques). Ils ne trouvent généralement le repos et la guérison que dans un asile. Nous ne parlons pas, bien entendu, des cas où l’objet de l’obsession et de l’impulsion offre un caractère dangereux (impulsions à tuer, à voler, etc.) et où l’internement s’impose par mesure de sécurité générale. Mais dans ces cas même (l’obsédé est conscient, ne l’oublions pas) le malade vient souvent lui-même implorer le secours du médecin et considère sa séquestration comme un bienfait.

Il nous reste à examiner brièvement la question prophylactique de la dégénérescence. Nous avons vu qu’en somme, traiter le dégénéré, c’est le protéger contre lui-même et par suite éviter bien des dangers pour le milieu social. C’est déjà faire de la prophylaxie, mais peut-on faire davantage? Nous ne sommes plus à Sparte où l’on précipitait dans l’Eurotas les êtres qui naissaient incapables de concourir au maintien du bien-être collectif, et bien des considérations condamneraient un pareil procédé, pour peu que l’idée en

Avilit à quelqu'un. Et pourtant, le dégénéré est un danger social, danger immédiat et surtout danger futur en ce sens qu’il reproduit un dégénéré, c’est-àdire une moins-valeur et par suite un nouvel être dangereux. Cela nous amène à parler des trois problèmes de la régénérescence, du mariage des dégénérés et de la prophylaxie sociale de la dégénérescence.

Le dégénéré est-il fatalement perdu pour l’espèce, et ne peut-il, le cas échéant, remonter le courant qui l’emporte? Morel pensait qu’une régénérescence est possible. « La transmission héréditaire dit-il, peut être enrayée dans sa marche progressive en raison de dilîérentes circonstances. L’heureuse modification apportée dans le sang par un mariage qui exclut de la part d’un des conjoints l’élément de la consanguinité ou de tout autre principe héréditaire de mauvaise nature, n’est pas une des causes les moins importantes de la régénération de l’espèce. Dans ce cas l’évolution héréditaire peut être arrêtée dans son développement et s’effacer à la longue. Quoi qu’il en soit, l’observation intime des faits m’a démontré que l’élimination des phénomènes d’hérédité maladive ne se fait jamais d’une manière subite. 11 y a progression dans le sens du bien comme dans le sens du mal. »

Morel était un optimiste. En est-il de la réalité comme il le pensait? Ce n’est assurément pas scientifiquement démontré bien que la thèse n’offre rien d’improbable. Ce que l’on sait au contraire par expe-

rience, c’est que les dégénérés sont enclins à se rapprocher les uns des autres et à s’unir par le mariagé. Partant de l’hypothèse possible d’une régénérescence de l’espèce, il importe que le médecin s’insurge contre toute idée d’union entre dégénérés, et surtout entre consanguins dégénérés. Ce serait autoriser la reproduction certaine de types plus défectueux. Il n’y a pas de doute à élever sur ce chapitre.

Mais le médecin est souvent consulté sur l’opportunité du mariage d’un dégénéré. Doit-il le permettre? En principe, il ne peut l’autoriser, surtout si une lourde hérédité pèse sur l’intéressé et si celui-ci présente, à l’état habituel, les stigmates de la dégénérescence. Ce n’est guère que dans ces cas, d’ailleurs, qu’il est consulté : C’est affaire d’appréciation et de conscience. En tout cas, il ne doit consentir à l’union que si l’autre conjoint est indemne de toute tare et jouit, non seulement d’un bon état de santé intellectuelle, mais encore d’une bonne santé physique.

Quel que soit l’avenir des types dégénérés qu’une union favorable semble disposer à la régénérescence, il est incontestable qu’à la société seule appartient l emploi des moyens de guérir la dégénérescence en

I évitant et en s’opposant à sa propagation. C’est, il est vrai, une question de sociologie [pure, mais de laquelle le médecin ne peut se désintéresser, car lui seul est capable d’indiquer le mal auquel il faut porter remède.

II suffit de se rappeler l’énumération que nous avons

TRAITEMENT DE LA DÉGÉNÉRESCENCE. 5>3r>

faite des principales causes de la dégénérescence pour comprendre qu’elles sont à peu près toutes d’ordre social et évolutif. Elles sont inhérentes à l’état même de société qui les engendre. L’inégalité des conditions créée par les besoins intenses de la lutte pour vivre, la misère, l’alcoolisme, le surmenage, l’insalubrité des professions, les agglomérations urbaines, la sophistication des produits alimentaires, les maladies épidémiques et contagieuses, etc., etc., sont autant de maux qu’il appartient à la société sinon de supprimer complètement, tout au moins d’atténuer. Si le progrès, chose paradoxale, enfante les causes de la décadence, il faut qu’il sache, en revanche, en multiplier les remèdes. La dégénérescence est plus qu’une maladie individuelle, c’est un mal et un péril social; il importe de lui opposer une hygiène sociale rigoureuse. Il ne faut pas oublier que le dégénéré est un être souvent dangereux contre lequel la société veut et doit se réserver le droit de se prémunir. N’a-t-elle pas parallèlement un devoir à remplir vis-à-vis de lui, on pourrait dire visà-vis d’elle-même, celui de couper le mal dans sa racine, si elle veut conserver, sans être taxée d’abus, le libre exercice de son droit ?

ÏAÜLE DES MATIÈRES

Intuoduction. Évolution des idées en psychiatrie au six” siècle. 1

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