ÉVOLUTION DES IDÉES EN PSYCHIATRIE AU XIX” SIÈCLE
Sommaire. — Doctrines humorales. — La folie générale. — La folie secondaire : Griesinger. — Méthode symptomatique. — Monomanies et folies partielles : Esquirol, Baillarger et Ferrus. — Origine française de la doctrine des folies primaires ou paranoïas. — Méthode étiologique : Morel. — L’hérédité morbide, les dégénérescences. — Influence générale des idées de Morel. — Les points faibles de sa doctrine. — Derniers vestiges de la méthode symptomatique.
La doctrine des dégénérescences est née d’hier. L’idée d’isoler dans l’espèce humaine des êtres qu’une évolution spéciale précipite progressivement vers une déchéance fatale, et d’en grouper les caractères cliniques, était presque une nouveauté quand Morel, en 1857, la mit au jour et en
fit ce que l’on sait. Il est intéressant, croyonsnous, avant de montrer comment elle fit son chemin jusqu’aujourd’hui, de jeter un coup d’œil rétrospectif très rapide sur l’évolution des idées en psychiatrie dans notre siècle.
Depuis que la science, abandonnant les vieilles doctrines humorales sur la folie, considéra que le cerveau, organe exclusif de tout travail psychique, était par suite le seul domaine de la folie, on s’est efforcé, pour la clarté de l’analyse, de grouper en de grandes divisions les manifestations anormales que l’on observait. Ces divisions correspondirent tout naturellement à celles que la psychologie normale a établies parmi les facultés de l’esprit : sensibilité, intelligence, volonté.
Si les désordres de l’esprit peuvent être généraux, c’est-à-dire affecter simultanément toutes les facultés, les perturbations de ces trois grandes fonctions peuvent encore être distinctes les unes des autres, suivant la localisation du mal dans tels ou tels départements cérébraux, que l’on croit vraisemblablement préposés à ces fonctions. Le cerveau postérieur, siège des appétits et des instincts, des facultés affectives, de la sensibilité psychique proprement dite, est aussi celui des troubles du sentiment, de ces états morbides
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groupés par certains aliénistes sous le nom de 'psychonévroses. Le cerveau antérieur, siège des facultés intellectuelles proprement dites, est aussi celui des troubles de l’idéation, des perturbations survenues dans les processus de la pensée, en dehors de toute influence affective. A ces troubles s’est appliquée par opposition la dénomination de céréhropsychoses, aussi significative dans la sphère des opérations intellectuelles que l’est celle de psychonévrose, dans le domaine affectif.
Quant à la volonté, les conceptions psychophysiologiques modernes ne permettent plus guère de la considérer comme faculté localisable, même grossièrement : elle n’est qu’une des propriétés de toute cellule nerveuse, dont elle exprime le mode d’énergie. Pourtant au point de vue symptomatique, cette propriété apparaît comme pouvant être altérée isolément, et l’analyse clinique réserve les mots d'impulsions et de phènomènés d’arrêt ou d’inhibition à des phénomènes objectivement caractérisés par des troubles de la volonté, dont ils expriment l’automatisme et l’anéantissement.
Dans certaines circonstances on peut localiser la source de quelques-uns de ces troubles dans la région motrice, intermédiaire aux deux territoires précédents, lorsqu’ils paraissent déta-
chés de toute influence pathogène, affective ou intellectuelle.
D’une façon générale, aux désordres de la sensibilité, désordres affectifs, correspondent les états simples connus sous les noms de manie et de mélancolie^ dans lesquels la lésion du sentiment est primordiale. S’il existe concurremment des troubles des idées, des troubles délirants, ils sont secondaires et engendrés par les désordres du sentiment, qui peuvent exister seuls.
Aux troubles intellectuels correspondent les désordres que l’on peut ranger sous l’étiquette d’états délirants. S’il existe concurremment des troubles affectifs, ils sont à leur tour secondaires ; ils ne sont qu’autant de réactions du malade; mais les troubles de l’intelligence peuvent également exister seuls.
Quant*,aux troubles de la volonté ils sont, au premier chef, des phénomènes réactionnels, tantôt liés.aux modifications du sentiment, tantôt liés aux désordres de l’intelligence, hormis les cas d’automatisme et d’arrêt déjà mentionnés.
Tels sont les troubles psychiques élémentaires. Diversement associés, avec prédominance tantôt des uns, tantôt des autres, ils entrent dans la composition des tableaux cliniques les plus variés
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qu’il soit possible à l’aliéniste d’observer. Pourêtre complet il faut leur adjoindre les désordres qui peuvent survenir dans les centres où s’accumulent les images sensorielles et d’où dépendraient exclusivement, suivant certains auteurs, quelques formes mentales.
Les idées doctrinales relatives à la folie reposèrent pendant longtemps, d’une manière presque exclusive, sur les différents modes d’agencement ei de succession de ces éléments simples dont nous venons de parler. C’est une période de psychologie pure qui précède les découvertes plus modernes basées plus spécialement sur la clinique. Jusqu’au commencement du siècle, règne une conception univoque de la folie. Celle-ci est essentiellement constituée par des troubles du sentiment; c’est un désordre général de l’entendement dont la base repose sur des troubles de l’affectivité, dePhumeur. On emploie pour la désigner le terme général de mélancolie, dernier vestige des idées humorales qui régnaient dans les derniers siècles : on sait que la signification de ce terme a changé depuis et ne s’applique plus qu’à certaines formes tristes.
Au commencement du siècle jusqu’à Esquirol, les troubles délirants commencent à acquérir une importance plus grande, mais on admet encore que
la folie intellectuelle a toujours pour base un trouble affectif, qu’elle débute toujours par un stade maniaque ou par un stade mélancolique, enfin que les troubles du sentiment sont primordiaux et les troubles de l’intelligence secondaires.
Ce fut la doctrine de Griesinger.
Vers 1835, commence une autre période, marquée par une analyse plus détaillée du malade. Cette analyse se traduit par des classifications où l’élément symptôme domine. On formule une distinction déjà entrevue, mais à peine esquissée, par P. Zacchias et Boerhaave au xviii® siècle entre la folie générale et la folie 'partielle-, Esquirol crée ses monomanies ; Ferrus décrit les délires partiels ; l’un et l’autre proclament l’existence de troubles partiels de l’entendement, de troubles délirants proprement dits, dégagés de toute influence affective primordiale. Deux grands groupes de formes mentales sont alors reconnus: dans l’un la perturbation des fonctions psychiques est générale, dans l’autre l’entendement ne semble atteint que dans l’une de ses parties; les autres restent saines, parfois même le malade conserve sa lucidité.
Cette analyse minutieuse était un grand progrès. Selon Esquirol, la monomanie pouvait affecter les différentes parties composantes de l’unité psy-
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cliique et il admettait par suite : 1“ la monomanie intellectuelle constituée par des conceptions fausses, bizarres, des illusions et des hallucinations, c’étaient les délires proprement dits ; 2“ la monomanie affective qui correspond à peu près à la manie raisonnante des modernes; 5“ la monomanie instinctive dans laquelle la volonté est lésée ; les actions apparaissent impulsives, involontaires, irrésistibles. Calmeil ajouta une quatrième variété de monomanie qu’il faut mentionner, car, on la verra reproduite plus tard, en Allemagne surtout, sous une autre appellation, c’est la monomanie sensorielle ou à base d’hallucinations.
Ainsi deux périodes se sont succédé jusqu’ici dans l’évolution des idées doctrinales. Dans la première on pense que la folie intellectuelle succède toujours à une phase de désordres affectifs ; dans la seconde on admet que la folie intellectuelle peut exister primitivement. C’est là le rudiment de la doctrine des folies primaires, de la paranoïa qui acquerra plus lard un développement considérable, à l’étranger surtout.
Si la découverte des monomanies et des délires partiels réalisait une analyse plus judicieuse des psychopathies, elle ne faisait guère progresser nos connaissances sur la nature même de ces états
g LES DÉGÉNÉRÉS,
morbides. Elle consacrait du reste des erreurs qui se sont répercutées jusqu’à nos jours dans les classifications. La multiplicité même de ces dernières atteste de l’insuffisance de la doctrine d’Esquirol qui confondait sous une même dénomination les états les plus divers. On sait ce qu’il en advint peu à peu.
1“ La constatation fréquente de plusieurs monomanies, soit affectives, soit intellectuelles, soit instinctives, évoluant simultanément ou successivement chez le même malade, constatation qui conduisait à admettre une coexistence chez le même sujet d’un nombre variable d’affections de même nature ; 2“ la confusion dans un même groupe d’états purement affectifs, de perturbations simples des sentiments avec persistance de la lucidité de la conscience, et d’états délirants proprement dits avec disparition de la conscience ; 3® la connaissance plus précise que l’on acquit peu à peu de la marche et du substratum anatomique des affections mentales; 4“ la recherche des éléments étiologiques qui présidaient à leur éclosion; 5“ l’inanité de la conception d’une lésion isolée de l’entendement sans participation des autres parties, erreur sur laquelle Falret père et Griesinger insistèrent des premiers ; 6“ enfin et
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surtout la connaissance plus approfondie du substratum mental ; — toutes ces causes devaient porter un coup à la doctrine des monomanies et amener forcément leur disjonction. On devait tout au moins en venir à grouper séparément les états affectifs ou instinctifs sans délire, sans désordres de ridéation, et les états délirants vrais dans lesquels prédominent les troubles de l’intelligence proprement dite, quels que soient d’ailleurs l’origine, l’évolution et le pronostic de ces troubles..
Malgré l’énergie avec laquelle les contemporains d’Esquirol défendirent les monomanies [Leuret, Broussais, Guislain, Marc, Georget, etc.), les élèves du maître commencèrent à faire des coupures dans la doctrine tout en respectant son principe. Du démembrement des monomanies résulta la connaissance de plus en plus précise de formes mentales qui s’y étaient trouvées englobées. La paralysie générale, avec Baillarger, en absorba quelques-unes; les folies intermittentes avec Falret et Baillarger (1854), l’épilepsie, l’hystérie, les aliénations toxiques, etc., puisèrent amplement dans les monomanies des éléments qui leur appartenaient et complétèrent ainsi leur cadre. Néanmoins malgré les modifications qu’elle subissait, la doctrine fut longtemps défendue
encore dans ses grandes lignes par Parchappe, Renaudin, Baillarger, Calmeil, Trélat, Moreau de Tours, et plus tard par Marcé, Dagonet, Tardieu, Linas, Lasègue, Lunier, etc. Mais ici nous empiétons sur une phase nouvelle de l’histoire de la psychiatrie dont nous allons maintenant dire Quelques mots.
^Les idées d’Esquirol dominent la psychiatrie jusqu’à Morel. Sa méthode en classification était une méthode symptomatique, ce fut son tort. Elle multipliait indéfiniment les entités morbides, confondant pêle-mêle les choses les plus différentes, et séparait les unes des autres, des psychoses de même essence. Ce n’était plus seulement un démembrement qu’il fallait introduire dans la doctrine ; celui-là s’était fait petit à petit, on l’a vu, mais il laissait entier son principe. C’était une refonte même de la méthode.
C’est à Morel (1857) qu’il faut arriver pour trouver une tentative quelque peu fructueuse de groupement des maladies mentales. Il substitue à la méthode symptomatique une méthode étiologique et clinique qui devait faire faire à la nosographie mentale le pas le plus sérieux qu’elle ait fait depuis longtemps. L’analyse du fait clinique ne lui suffit plus; c’est pour Morel quelque
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chose d’objectif qui laisse entièrement à connaître le côté subjectif du malade, resté jusque-là dans l’ombre. Le phénomène palpable est apprécié à sa juste valeur, mais le substratum mental est passé au crible. L’effet est relié à sa cause vraie. Morel comprend l’étiologie dans ce qu’elle a de plus large et non dans ce qui la restreint dans les limites des causes banales, plutôt occasionnelles qu’efficientes. Voilà l’innovation. Faisant la part de ce qui revient à la lésion matérielle, aux cérébropathies, aux aliénations toxiques, aux psychoses greffées sur une névrose, Morel porte un coup à peu près décisif aux monomanies en concevant les dégénérescences de l’espèce humaine et en décrivant ses aliénations héréditaires. v.|^
Bien que l’influence de l’hérédité sur le développement de la folie ait été notée depuis fort longtemps, peu de savants avant Prosper Lucas, Moreau de Tours et surtout Morel avaient songé à des transformations possibles de la folie dans les étapes successives de l’hérédité; personne n’avait conçu l’idée que d’une succession de cas de folie plus ou moins nombreux chez les ascendants pouvait naître chez les descendants une nouvelle forme d’état mental caractéristique en soi d’une tarevésanique
héréditaire et suffisante à la dévoiler à tout observateur prévenu. i
Les faits d’hérédité n’étaient envisagés qu’au point de vue de la transmission plus ou moins directe de certaines habitudes, de certaines formes mentales déterminées; seule, la transmission des états similaires était connue. On notait avec soin les conditions d’âge, de sexe, d’opportunité dans lesquelles s’opérait la transmission. C’est en vérité à Morel que revient le mérite d’avoir signalé la transformation des espèces par l’hérédité, phénomène pathologique en vertu duquel les descendants ne présentent plus au bout d’un certain nombre de générations les mêmes attributs que les ascendants, mais de nouveaux attributs physiques et intellectuels fixes, immuables, qui les différencient du type commun de l’espèce et qui en font de nouveaux êtres qu’il qualifie de àéqè~ nérés. Les héréditaires d’aliénés, de névropathes, de névrosés, ne tardent pas dans la succès- , sion des temps à présenter les attributs de la dégénérescence, et ils forment, à vrai dire, la catégorie la plus nombreuse des dégénérés. Cette conception prit une forme si lumineuse dans 1 esprit de Morel, qu’il décrivit bien tôt dans son 'û traité des maladies mentales (1860) un nouveau ^
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frroupe de folie sous le nom d’aliénations héréditaires, groupe très vaste, le plus vaste même de sa classification. Morel eut-il une conception absolument complète des dégénérés héréditaires, l’œuvre colossale qu’il avait tenté d’édifier n’est-elle pas susceptible de critiques, c’est ce que la suite de ce travail aura pour but d’établir en grande partie. Disons pourtant de suite qu’à notre avis Morel détruisit une partie de son œuvre en créant sa folie hypochondriaque et surtout plus tard en concevant sa névrose théorique du sympathique, à laquelle il rattache les attributs qui nous paraissent les plus significatifs de l’influence dégénérative.
Quoiqu’il en soit l’influence des idées de Morel fut considérable en France et à l’étranger; des travaux nombreux s’accumulèrent sur la question de la folie héréditaire. On vit dès lors les savants, non encore convaincus de l’existence d’une tare dégénérative ou de l’existence d’une forme spéciale d’aliénation caractéristique de l’état de dégénérescence, attacher une attention beaucoup plus grande et accorder une valeur beaucoup plus notable au facteur hérédité dans la genèse des maladies mentales. Chaque chapitre de la psychiatrie comporta des considérations sur l’hérédité. On constata que la folie se développe souvent chez
les descendants d’aliénés, qu’elle se développe chez eu-K beaucoup plus commodément que chez , d’autres, que souvent même la folie des descen- ! dants ne ressemble pas à celle des ascendants. Bref on commença partout à concevoir que la folie était une maladie de famille, qu’elle était une sorte de diathèse dont on devait retrouver la trace chez tous les participants d’une même origine ; enfin, l’idée d’une influence progressivement dégradante exercée sur la résistance cérébrale par le fait d’une accumulation de tares successives ne devait pas être loin de s’acclimater dans la science mentale. >
Si les idées d’Esquirol ont influencé tous les esprits jusque vers 1860, celles de Morel ont do- | miné la psychiatrie jusqu’à nos jours. Mais quelles, i qu’aient été les tentatives de ces deux novateurs,. ' elles n’ont pas entraîné toutes les convictions. Esquirol avait établi l’existence des folies primitives; mais, bien qu’admettant leur existence, beaucoupd’auteurs,Falretpère,Guislain etd’autres ! défendirent longtemps encore les idées vulgarisées surtout par Griesinger. On sait que celui-ci les abandonna plus tard spontanément; malgré cela, on en trouve encore des traces, bien que très at- : ténuées, dans certaines classifications étrangères..
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De même, la méthode de Morel n’a pas complètement détruit celle d’Esquirol. Si les termes de monomanie et de folie partielle ont, il est vrai, disparu peu à peu du vocabulaire spécial, nombre d’auteurs ont persisté, jusqu’à nos jours même, en basant leur classification uniquement sur les apparences symptomatiques des maladies, à décrire sous des appellations nouvelles de prétendues entités cliniques qui, au fond, ne sont que les monomanies d’autrefois. Lorsqueen 1852 et plus tard, dépeignit de main de maître le délire des persécutions, dans lequel il englobait toutes les variétés de ce délire, quelles qu’en soient l’origine et l’évolution, il ne fit que de la symptomatologie. Et cette vaste psychose de Lasègue, variété de la lypémanie d’Esquirol, ne devait-elle pas se dissocier elle-même à la faveur d’une observation plus complète des malades? Lorsque Ach. Foville décrivit en 1871 la mégalomanie, c’est-à-dire la folie avec prédominance d’idées de grandeurs, groupe dans lequel il absorbait toutes sortes d’états très différents les uns des autres, ne fit-il pas ce que Lasègue avait fait pour le délire de persécution, c’est-à-dire de la séméiologie, un groupement nouveau, et sous une autre appellation, d’un certain nombre des monomanies d’Esquirol?
le LES DÉGÉNÉRÉS.
Lorsque Morel lui-même créa une entité sous le nom de délire émotif, en y englobant un certain nombre des monomanies affectives et instinctives d’Esquirol, n’était-ce pas une réédition des mono-, manies, malgré la tentative qu’il fit de rattacher cet état à une névrose du système ganglionnaire viscéral? Et, de nos jours, les auteurs qui, comme nous l’avons dit, caractérisent les psychoses par une appellation qui n’est que l’expression du groupe de symptômes prédominants, et décrivent j un délire religieux, un délire érotique, un délire hypochondriaque, pensent-ils faire autre chose que des monomanies? Que nous apprennent ces auteurs sur ces formes mentales de plus qu’Esquirol , avec ses monomanies? C’est de la description pure, t c’est un changement d’étiquette, sans que la psychiatrie fasse pour cela un pas en avant.
Malgré la méthode rigoureusement scientifique en vertu de laquelle Morel enrichit la nosographie mentale de deux découvertes capitales, les états dégénératifs et les folies héréditaires, on voit qu’il existe encore, à l’heure présente, des dissidences. Le grand groupe morbide des dégénérés n’est pas admis par tout le monde. Une certaine confusion règne en ce qui regarde l’interprétation doctrinale à donner aux aliénations lucides et surtout aux
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délires ; autant d’états que les uns rattachent en partie à la dégénérescence mentale, et que les autres décrivent encore à part.
La constitution du groupe des dégénérés est l’objet des plus grands dissentiments. Nous tenterons dans le présent travail de donner à ce groupe ses limites vraies, en montrant la place qu’il doit occuper dans une classification. Nous montrerons, chemin faisant, les points faibles de la doctrine de ' Morel, tout en conservant son principe auquel nous nous rallions ; nous la compléterons et nous la modifierons dans le détail. Notre exposé clinique doit être précédé d’un aperçu historique sur la doctrine des dégénérescences et des folies héréditaires depuis l’époque de Morel jusqu’à nos jours.