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CHAPITRE I Considérations générales

Dans un travail précédent 1 j’ai esquissé succintement la physiologie pathologique de l’audition chez les malades nerveux et mentaux, en dehors des altérations organiques locales; je voudrais parler dans cette étude des principales anomalies anatomiques que peuvent présenter les appareils périphériques ou centraux; ces anomalies permettent dans certains cas d’expliquer l’absence ou l’insuffisance des

1. Dr A. Marie. L'Audition morbide. 1 vol. in Bibliothèque de Psychologie expérimentale et de Mélapsychie, Bloud, éditeur, 1908.

perceptions auditives, indépendamment ou conjointement à des lésions centrales encéphaliques possibles.

Qu’un adulte devienne sourd, dit Cotard, cette infirmité pourra rester isolée à l’état de monopathie sensorielle et sauf le sens perdu, le sourd restera semblable aux autres hommes. Si au contraire c’est un petit enfant qui est frappé de surdité il deviendra sourd-muet, son évolution mentale sera gravement compromise et plus tard il différera des autres hommes, non seulement par la perte du sens de l’ouïe mais par beaucoup d’autres caractères qui tiennent uniquement à ce qu’il a été atteint pendant son enfance. (Cotard, 353).

On désigne sous le nom de dysécie nerveuse les cas ou l’organe auditif n’est le siège d’aucune altération matérielle appréciable qui puisse expliquer l’abolition ou la diminution de l'ouïe. — Aussi le degré d’instruction du médecin exerce-t-il selon de Treelscii une grande i influence sur la fréquence du diagnostic de surdité nerveuse; il importe donc de déterminer ou commence et ou finit la dysecie ner-

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veuse et en quoi consistent les insuffisances auditives des nerveux et psychopathes.

Nous n’avons pas besoin d’insister, au sujet du diagnostic de ces lésions, sur l’importance de 1 examen fonctionnel en particulier par les méthodes expérimentales de Rinne, Wolff, etc. C est que pour l’oreille, les expansions nerveuses ne sont pas accessibles comme la rétine à l’exploration directe, et on est réduit aux signes subjectifs comme pour l’œil avant la découverte d’HELMOLTz.

Chez les dégénérés, d’autre part, on sait la difficulté qu’il y a parfois à obtenir des renseignements subjectifs ; on en est donc réduit, disons-nous (pour l’oreille interne et l’oreille moyenne) souvent, à l’examen otoscopique, qui ne donne de renseignements que sur l’état de la membrane tympanique et de la caisse qu’elle recouvre.

Chez les idiots cet examen ne laisse pas que d être parfois intéressant, en décelant les affections périphériques banales et identiques à celles que l’on peut rencontrer chez les normaux. Les examens otoscopiques, joints à la recher-

che du double symptôme, douleur et écoulement, peuvent permettre un diagnostic assez précis.

Qu’il suffise de rappeler à ce sujet l’exposé si clair fait par Tillàux dans ses cliniques. Y a-t-il à la fois douleur et écoulement? il y a otite moyenne avec perforation ou otite externe, myringite aiguë.

Y a-t-il douleur seulement?c’est une inflammation aiguë ou chronique (selon le début récent ou ancien) de la caisse ou du conduit auditif.

Une de nos malades avait une otite de ce genre à répétition, l’inflammation venait par poussées aiguës périodiques coïncidant avec des accès d’agitation confuse.

Y a-t-il écoulement sans douleur ? c’est l’otite tuberculeuse qui coïncide si souvent avec la méningite tuberculeuse consécutive dont meurent nombre d’idiots en bas âge. D’autres fois le développement de tubercules conglommérés de la base du cerveau amène non la mort, mais l’idiotie avec hydrocéphalie, comme dans le cas d'un enfant antérieurement normal,

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qu’il nous souvient d’avoir observé à la clinique nationale ; cet enfant âgé de 4 à 5 ans était ainsi devenu sourd et aveugle.

Quand il y a surdité sans écoulement ni douleur et que le début a été brusque, il y a obstruction d’un des canaux aériens (trompe d’Eustache ou conduit auditif).

L’obstruction intermittente de la trompe d’Eustache est fréquente chez ces idiots strumeux, à catarrhe chronique de la muqueuse naso pharyngienne atteinte de coryza permanent.

Mais d’autres fois, sans que le début soit brusque, la surdité tient à une sténose progressive de la trompe qui, avec le développement vicieux de la base du crâne, peut être atteinte de rétrécissement par trop grande obliquité; la lésion correspond généralement à une asymétrie crânio-faciale; elle est alors unilatérale du côté atrophié et coïncide parlois avec une sténose nasale (H. Bcndelalk Hervetson de Leeds, Naso- pharyngoscopie

British - Association — Londres , 4 juillet 1892.) — Restont le catarr lie sec et la scié-

rose de la caisse qui pourraient se rencontrer chez l’idiot.

La confusion entre les deux est facile; le diagnostic, assez délicat, repose sur la moindre perméabilité de la trompe dans le premier cas, et les altérations tympaniques consistant en un défaut de transparence (coloration foncée, effacement du reflet lumineux et du marteau rétracté).

Dans la sclérose de la caisse, il est permis de voir une sorte de trophonévrose, en rapport avec une tare profonde, souvent héréditaire, qui nous la rend plus intéressante comme stigmate dégénératif. Ce sont des cas de surdité par sclérose de la caisse qu’on a observé chez les membres d’une même famille sous le titre de surdité par hérédité homochrône (Hœckel), ou hérédité aux époques correspondantes delà vie (Darwin, Lucas, Ribot). Tel est le cas cité par ce dernier d’une famille de dégénérés où les deux frères, le père et le grand-père paternel devinrent tous sourds à 40 ans (page 204 — Hérédité psychologique.) C’est que la sclérose de la caisse,

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bien que débutant de bonne heure, aune marche extrêmement lente.

Les malades et les parents ne s’en préoccupent que lorsque l’affection est déjà suffisamment avancée pour frapper les étrangers. En interrogeant bien, on s’assure que depuis longtemps déjà, l’ouïe, tout en étant suffisante, était moins fine que celle des autres personnes.

« La sclérose de la caisse présente un sym- « ptôme qui lui est tout-à-fait spécial et teint lement caractéristique, que l’on pourrait « presque faire le diagnostic par correspon- « dance. Ce symptôme est le suivant : Lorsque « les malades sont au milieu du bruit, en che- « min de fer, en omnibus, ils entendent très « bien, mieux même que les personnes dont « l’acuité auditive est normale, ce qui est dû, « sans doute, à l’ébranlement, aux secousses « que subit la chaîne des osselets. La constant tation de ce fait rassure en général les ma- « lades sur l’avenir do leur audition; pro- « fonde erreur, puisque c’est la preuve d’une « affection incurable » (Tillaux).

L’examen du tympan fournit des résultats qui, comme le symptôme précédent, sont très caractéristiques de la sclérose delà caisse. La membrane est de couleur gris terne, blanchâtre et présente souvent des exsudats dans son épaisseur. On n’y voit que peu ou pas de vaisseaux. Un examen, même prolongé à une vive lumière, n’en décèle pas dans son épaisseur. Le manche du marteau se détache très nettement sur la membrane; de couleur blanche, il n’est pas flanqué de ses artères habituelles. On l’aperçoit de face sur toute sa hauteur, il n’est donc pas rétracté du côté de la caisse. « Sa forme m’a paru tout-à-fait « caractéristique, et je lui ai donné, depuis « longtemps, le nom de marteau en haltère. « Voici pourquoi : Presque toujours un ex- « sudat de forme arrondie entoure l’extré- « mité inférieure du manche du marteau, au « niveau de l’ombilic du tympan ; or, comme « une autre saillie, l’apophyse externe siège « à son extrémiLé supérieure, le manche entier « prend assez exactement la forme d’une hal- « tère. La forme du reflet lumineux n’a qu’une

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« médiocre importance, puisqu’il n’existe « pas de véritable forme physiologique. » (Tillaux).

La trompe d’Eustache est libre, les malades sentent très nettement l’arrivée de l’air dans la caisse, par toutes les méthodes d’explorations, mais la douche d’air n’imprime que très peu de modifications à la surface du tympan, la chaîne des osselets étant plus ou moins ankylosée et par conséquent immobile. La muqueuse du pharynx est normale.

L’acuité auditive peut diminuer au {point de disparaître complètement, mais les malades perçoivent toujours les vibrations du diapason appliqué sur le front, et les perçoivent davantage du côté où la maladie est le plus avancée. Ils entendent également très bien à l’aide du cornet acoustique.

Les bourdonnements sont fréquents et peuvent atteindre un degré qui rend la vie insupportable; quelquefois ils sont très faibles et peuvent même faire défaut. Il est évident que ces dillérences tiennent au degré de pression exercée sur le labyrinthe; mais on n’a

pu, à notre connaissance, jusqu’ici, en trouver la manifestation sur le tympan.

Il est probable que l’intensité des bourdonnements est due à une altération portant plus spécialement sur la membrane des deux fenêtres.

Une de nos malades a présenté des vertiges et accidents analogues à ceux du mal de Membres. Ces symptômes, avec l’apparition tardive parallèle de la surdité nerveuse, sembleraient pouvoir être rapportés à un cas de ce genre.

Nous le répétons, nous ne traiterons pas ici des retentissements possibles d’inflammations suppuratives auriculaires sur l’encéphale; les abcès cérébraux d’origine otitique et leurs séquelles no sont pas sans rapports possibles avec la mentalité dégénérative, mais cela constitue un çhapitre à part des associations tori-infectieuscs et dégénératives que nous ne traiterons pas ici,

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