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CHAPITRE II

Oreille externe et oreille moyenne

La description anatomique des parties de l’oreille susceptibles d’un examen direct sur l’idiot vivant, doit être complétée par l’étude de l’oreille externe. MM. Séglas et Féré ont étudié en détail ces déformations de l’oreille sur 1,233 sujets.

La situation des oreilles, disent-ils, ne subit guère de variations appréciables, leur direction n’offre à considérer que quelques variations d’obliquité.

Leurs dimensions sont plus sujettes à varier; c’est alors leur exagération que l’on rencontre le plus souvent.

La distance du pavillon au crâne est très

variable et s'accentue assez parfois pour que l’oreille prenne la forme d’un entonnoir, comme chez les mammifères, ou soit presque perpendiculaire au crâne (oreille en anse.)

Quant aux saillies et dépressions, il est des cas où, sans présenter d’anomalies, elles sont plus ou moins exagérées ou effacées.

11 existe également des asymétries des pavillons, asymétries de dimensions, de forme, d’implantation (de Blainville).

Dans d’autres cas, on a rencontré de véritables irrégularités morphologiques.

La racine de l 'liéliæ forme, à l’état normal, à la partie antérieure de la conque, un contrefort peu saillant et le fond delà conque paraît plan.

Chez certains sujets, cette racine de l’hélix peut prendre un grand développement, devenir saillante et se prolonger à travers la conque jusqu’au bord antérieur de l’anthélix, avec lequel elle se confond eh formant ainsi le pli transverse de la conque, divisée alors en deux cavités secondaires (Féré et Huet. — Société de Biologie, 1885.) Gradenigo ( Giornale

délia Recde. Acaclemia de Med. diTorino, 1889 et 1890 et Comptes rendus du Congrès d’otologie, Paris, 1889, page 144.)

On peut voir cette racine se bifurquer avant de se souder à l’anthélix.

Certaines lésions pathologiques telles que l’othématome cicatrisé, peuvent simuler cette malformation.

Mais dans ce dernier cas, on rencontre à la face crânienne du pavillon une dépression correspondant à la racine de l’hélix, tandis qu’il n’en est pas ainsi dans le cas d’othématome. — Nous avons rencontré un cas d’othématome ancien de l’oreille gauche chez un idiot épileptique (othématome traumatique, selon toutes probabilités.)

Dans le reste de son parcours, l’hélix peut encore présenter des irrégularités; parfois, la partie ascendante seule existe, la partie descendante du pavillon n’est pas ourlée et la fossette scaphoïde est aussi à découvert en arrière, ou manque. L’oreille est ainsi en quelque sorte déplissée (Morel).

D’autres fois, l’hélix présente un développement anormal et recouvre la branche postérieure de la fourche et de la fossette scaphoïde .

D’autres fois encore, il recouvre en bas la fossette scaphoïde et se fusionne avec l’anthélix.

Au lieu d’être arrondi, il peut être anguleux, ce qui, joint à l’aplatissement du pavillon étalé et désourlé avec peau sèche et parcheminée, est un bon signe de sclérose de la caisse (Tillaux), c’est même un signe précoce, la sclérose semblant atteindre l’oreille externe avant la moyenne.

Chez certains sujets, le bord de l’hélix est comme dentelé et présente des saillies et des dépressions irrégulières dues à un défaut de développement du bord du pavillon (Meyer).

Une anomalie intéressante est celle qui a été signalée par Darwin et qui consiste en une saillie développée sur le bord libre de l’hélix, sur la partie postéro-supéricure. C’est le tubercule de Darwin.

Dans les cas assez fréquents où l’hélix se

déroule, le tubercule se trouve rejeté en arrière, sur la circonférence même du pavillon, qui perd alors sa forme ovoïde, car l’extrémité supérieure, au lieu d’ctre arrondie, forme un angle à la partie postéro-supérieure.

Il arrive parfois que cette saillie constitue un nodule mobile, paraissant constitué par un petit cartilage séparé. Il ne faudrait pas le confondre avec les tophus goutteux développés sur le bord de l’hélix.

Pour la majorité des auteurs, le tubercule de Darwin paraît constituer une déformation atavique rappelant l’oreille à pointe des mammifères; d’ailleurs, chez un grand nombre de singes, les babouins et les macaques, on retrouve l’oreille pointue que l’on rencontre quelquefois sur le fœtus de l’orang, ou chez les gibbons très jeunes (Hartman).

Chiarugi a observé que les deux courants de poils du bord libre de l’oreille, se rencontrent sur le tubercule quand il existe, de même que chez les animaux, les poils sont dirgési vers la pointe.

Pour Sciiwalde (14e Congrès des neurol. et

alién. de l’Allem, du S. 0. Analysé in Archives de Neurologie , 1890, p. 56), l’oreille darwinienne, pointue, n’a rien d’atavique, elle émane d’une particularité normale dans l’espèce humaine, et il dit en avoir constaté invariablement l’existence chez l'embryon humain de quatre à sept mois.

Du côté de l’anthélix, outre sa soudure avec la racine de l’hélix, déjà signalée, on n’observe guère que l’effacement, ou plus souvent l’exagération de cette saillie, dépassant alors le plan du pavillon (Yildermutii, Binder. Arch. f. Psg ch., vol. 20, ch. 2).

Les crura furcata, outre leur inclinaison plus ou moins accentuée, ont parfois une de leurs branches dédoublée, le plus souvent la postérieure et prennent alors la forme d’un trident; par suite, il y a deux fossettes intercrurales.

D’autres fois, au contraire, la brauche postérieure disparait tout à fait, si bien que les fossettes intcrcrurales et scaphoïdes^sc confondent.

t Le tragus ne présente d’autre fait que d être

plus ou moins saillant; il en est de même de P antitragus.

Cependant ce dernier peut être rejeté tout à fait en dehors, de telle façon que l’incisure intertragienne disparaît et que le bord inférieur de la conque paraît suivre une ligne régulière.

Dans ce cas, la racine de l’antitragus forme une saillie dans l’intérieur de la conque.

Nous avons vu les diverses modifications que pouvaient subir les dépressions ou fossettes du pavillon; elles sont subordonnées à celles des saillies.

Parfois, l’ouverture du conduit auditif externe, au lieu d’être ovalaire, se présente sous la forme d’une fente.

Il peut être réduit à un point ou même être atteint d’atrésie.

Ce peut n être alors qu’un front membraneux voilant un conduit auditif cartilagineux et assez normal, ou bien il y a panatrésie congénitale, dont nous verrons Pétiologie au chapitre embryologie et développement.

Inversement, le conduit auditif externe peut

être plus largement ouvert qu’à l’état normal et plus court. Les axes, au lieu d’être dans le plan horizontal en prolongement l'un de l’autre comme normalement, peuvent être obliqués en haut ou en bas, en avant ou en arrière.

Enfin, comme l’a signalé Tillaux, spécialement dans la sclérose de la caisse, outre la diminution de longueur de l’axe, le conduit auditif peut être à parois rectilignes au lieu d’être, comme à l’état normal, recourbé et sinueux; il en résulte que le tympan, situé directement dans l'axe du conduit, se voit nettement, même sans le secours du spéculum; aussi cette maladie est-elle très favorable à l’étude otoscopique, d’autant plus que la peau qui tapisse le conduit est sèche, sans cérumen, furfuracée.

Du défaut d’incurvation des parois il résulte q ue la membrane tympanique est presque verticale (au lieu d’être inclinée à 45°).

Le tympan est alors très mal protégé contre l’air extérieur et on l a comparé à une cornée qui ne serait plus recouverte par les paupières.

Il est permis d’attribuer à ces conditions physiques une certaine part dans la production des altérations consécutives de la caisse.

On a signalé, au voisinage du conduit auditif externe, des kystes dermoïdes qui, comme ceux do la queue du sourcil, semblent relever de l’occlusion prématurée d’un point de la fente branchiale pharyngienne dont, comme on le verra, dérive cette portion de l’oreille. La cavité delà conque présente des variations considérables.

La conque peut varier en profondeur et étendue, ou en rapport avec l’inclinaison et la dimension du pavillon.

Cependant on a noté, chez les aliénés, un développement de la conque supérieur à celui du pavillon, surtout dans le sens transversal. — (Frigerio, Arc/i. d'Anthrop. criminelle, 1888.)

Le lobule, dit Séglas dans la leçon que nous avons publiée avec Bechet en août 1889 », est, sans contredit, une des parties de l’oreille dont

1. Morphologie des aliénés, n° 5, Iconographie de la Salpelri'ere.

la conformation varie le plus souvent. Dans certains cas il est très long, mais plus souvent petit et parfois même absent tout à fait.

Normalement, il est indépendant et soudé seulement à la partie supérieure de son bord antérieur.

Or, il arrive parfois que ce bord adhère aux téguments, dans presque toute ou môme dans toute son étendue, ou s’insère sur la joue à angle aigu.

D’autres fois il leur est uni par une sorte de repli membraneux; il est alors comme palmé. De plus, l’angle postérieur qu’il forme avec l’hélix peut s’effacer; il est alors indistinct.

Dans d’autres cas on peut constater aussi, à la base du lobule, la présence d’une dépression transversale faisant suite au sillon qui sépare l’hélix de l’anthélix et placée entre le lobule et l’antitragus, qui est le plus souvent alors renversé en dehors; en même temps, le lobule est très peu développé et membraneux.

« Lorsque le lobule manque complètement, le sillon qui sépare l’hélix de l’anthélix, se continue souvent, en diminuant de profon-

OREILLE EXTERNE

deur, jusqu’à l’insertion antérieure du pavillon de l’oreille et semble prolonger ainsi la fosse scaphoïde.

« Quelquefois le lobule est bien développé mais adhérent et se dévie de manière à présenter sa face externe en avant.

« Telles sont les principales variétés morphologiques du pavillon de l’oreille. Souvent, elles ne sont pas symétriques, moins marquées ou absentes d'un côté. (Séglas, loc. cit.).

D’après les recherches faites par Féré, ce serait toujours du côté gauche qu’on les trouverait plus marquées.

Cette particularité a été également notée par Amadei et Tonnini (. Degenerasione el primitivita Arch. ital.per le mal nerv. — Janvier et Mars 1890).

Au contraire, Gradenigo les a notées plus fréquemment à droite, à l’exception cependant, des oreilles en anse.

Quant à la signification de ces différentes anomalies, dit encore Séglas, il est bien difficile de se prononcer à ce sujet; beaucoup d’entre elles se rencontrent fréquemment choz

les anthropoïdes et chez les singes (absence d’hélix, tubercule de Darwin, absence d’une branche de la fourche, absence du lobule, exagération de la racine de l’hélix.

Mais les auteurs ne sont point d’accord pour savoir lesquelles doivent être rattachées à l’atavisme, ou à la dégénérescence ; il n’est même pas jusqu’à l’oreille darwinienne qui ne soit contestée.

Quoi qu’il en soit, d’après Féré, si les malformations du pavillon de l’oreille ne sont pas notablement plus fréquentes chez les aliénés que chez les personnes saines d’esprit elles sont incontestablement plus fréquentes chez les épileptiques et surtout les idiots (qui sont d’ailleurs souvent l’un et l’autre.)

Quant à leur valeur en co qui concerne les simples dénégérés, elle reste discutable.

Comme l’avait dit Schwalbe, il faudrait pour trancher la question :

Qu’on classe les diverses formes d'oreilles en prenant pour base l’anatomie comparée et l’embryogénie :

Que l’on établisse la statistique des diverses

OREILLE EXTERNE

formes d’oreilles observées dans la population normale :

Depuis, l’auteur a, d’ailleurs entrepris cette statistique, et tandis qu’il trouve l’anomalie Darwinienne chez 33 0/0 des gens normaux, les malades en étaient porteurs 93 fois 0/0.

L’auteur signale des différences sexuelles que nous ne croyons pas avoir rencontré ; nos idiots du sexe féminin ou masculin nous ont paru différer peu à ce point de vue.

Schwalbe, dans son dernier travail, signale des méthodes de mensuration nouvelles, entre autres, la détermination du triangle auriculaire et de l’indice morphologique auriculaire par opposition à l’ancien indice pliysiognomonique de Topinard (Indice hauteur — largeur.)

L’indice de Schwalbe est le quotient de la ligne d’insertion par la longueur vraie du pavillon (de la pointe darwinienne, au bord supérieur du tragus). Son triangle auriculaire s’établit par la distance du sommet de l’oreille, ou point darwinien, aux extrémités do la base, ou ligne d'insertion. — Nous avons pris quelques-unes do ces mesures sur nos

malades; nous en joignons le tableau, dont nous avons ailleurs publié les dessins d'empreintes à l’appui '.

Mensurations auriculaires.

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