‹ Les degrés de la vie spirituelle (volume 2)Chapitre 20 sur 79 · II · texte numérisé non relu

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dans la conlemplalion. Même chez les âmes avancées, celte oraison n'apparaît pas à l'improviste. Averti par certains sig'nes qui ne trompent guère, un directeur attentif peut la prévoir. Il voit l'âme se livrer à la pratique généreuse de la mortification et du renoncement, accepter amoureusement les épreuves que la Providence ne manquejamais de lui ménager, en un mot donner la preuve d'une ferveur sincère et persévérante. En retour elle est abondamment favorisée des grâces sensibles ; les sentiments affectifs deviennent fréquents et intenses. Il vient un moment où, de plus en plus embrasée d'amour et touchée des souffrances de Jésus, elle désire souffrir avec Lui et pour Lui. L'imagination a sans doute une grande part à ces élans de ferveur. Mais si l'âme est fidèle, peu à peu elle se dégage du sensible, (( les opérations de la grâce deviennent plus intérieures et les communications divines se font plus directement aux facultés spirituelles )).(Libermann, Ecrits, p. i86.)

Parfois alors l'on éprouve ce que sainte Thérèse appelle le recueillement surnaturel : pendant des journées entières, sans aucun effort, on se trouvera recueilli et rempli de pieuses pensées; si à ce recueillement ne vient pas se joindre

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Tunion amoureuse dans la volonté, ce n'est pas encore la contemplation, mais c'en est l'indice précurseur et prochain.

87. Enfin la contemplation apparaît. Le plus souvent, comme nous l'avons dit au livre précédent {Oraison de l'âme fervente) , les débuts sont pénibles. L'âme est dans cette période d'épreuve qu'on appelle la nuit des sens. Les signes de cette épreuve, d'après saint Jean de la Croix, sont les suivants : l'âme ne peut plus comme auparavant se servir dans l'oraison de l'imagination et du raisonnement ; elle n'éprouve plus de goût ni de consolation ni dans les choses de Dieu ni dans les choses créées ; elle est dans une vive anxiété, craignant d'être infidèle à Dieu et de ne plus l'aimer comme auparavant. (Nuit, 1, 9.)

Mais si l'âme, dit saint Jean de la Croix, sait garder le calme, si elle entre dans la voie où la grâce l'appelle, se livrant au Seigneur et l'écoutant dans l'intime de son cœur avec une amoureuse attention, peu à peu elle devient capable de goûter une satisfaction plus intime et plus profonde, non plus sensible, mais spirituelle, qui est pour elle un aliment d'une extrême délicatesse.

88. Elle est alors dans le véritable état contemplatif dont le saint auteur donne les marques

suivantes — on remarquera que seul le troisième sig'ne est différent de ceux auxquels on reconnaît la nuit des sens : à l'anxiété douloureuse a succédé une paix intime :

1° Le dégoût des considérations qui n'apprennent plus rien à Tâme et une grande répugnance pour la méditation discursive. Ainsi les livres dant on aimait autrefois à se servir pour méditer ne plaisent plus, ne disent plus rien au cœur.

2^ Une disposition habituelle de renoncement qui fait qu'on ne s'attache plus à rien en dehors de Dieu : beaucoup d'attaches à la créature ont disparu, qui autrefois troublaient le cœur et nuisaient gravement à l'oraison ; l'âme se sent comme dégoûtée de toutes choses, et bien qu'elle ait à souffrir des écarts de l'imagination, elle ne se complaît pas à la fixer volontairement sur des objets profanes \

^ Cette disposition au renoncement, ce dégoût de toutes choses est surtout dans la partie supérieure de l'âme; dans la partie inférieure peuvent subsister certains attraits violents qui, stimulés par le démon, produiront par intervalles de fortes tentations. Cependant, même dans cette partie inférieure, nombre d'attraits naturels, qu'il fallait jadis combattre, ont cessé de se faire sentir!

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3° « Le troisième sig-ne, qui est le plus certain, dit saint Jean de la Croix, consiste dans le bienêtre que trouve Uâme à demeurer seule avec Dieu, à Lui donner son amoureuse attention, sans s'occuper d'aucune considération particulière, et à jouir d'une paix, d'une quiétude, d'un repos intime ». {Montée du Carmel, II, i3.)

Cette paix spirituelle, signe le plus sur de l'oraison mystique, a son siège dans la volonté. Elle naîtcomme naturellement de l'amour que TEsprit- Saint Lui-même verse dans cette faculté. Devenue capable d'exercer cet amour sans raisonnement et sans émotion dans la partie sensible, la volonté goûte indépendamment des facultés inférieures la douceur de cet amour. Cette satisfaction profonde qu'elle éprouve, cette paix intime doit donc être distinguée avec soin des suavités sensibles. Celles-ci peuvent être unies à la paix que goûte la volonté, mais souvent la paix existe sans les douceurs sensibles. « Ne croyez pas, mon Père, écrivait la Mère Thérèse de Saint-Joseph, que je sois sous l'influence d'une ferveur sensible; non, je souffre beaucoup plus que je ne jouis, mais ma vie d'abandon me procure une paix ineffable qui me soutient dans mes peines et mes difficultés ». (Sa Vie, par le P. Mercier. Lettre du 8 novembre

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1866.) Cette paix, impossible à faire comprendre à qui ne l'a pas goûtée, est fort différente de celle que l'on se procure à soi-même en se raisonnant, en se disant que l'on n'a rien à craindre ; elle est communiquée par Dieu Lui-même ; parfois elle saisit l'âme comme à l'improviste et la tranquillise suavement et fortement.

Le bien-être qu'il goûte à donner à Dieu son amoureuse attention fait aimer au contemplatif la solitude et le silence; tout en s'acquittant très aimablement des devoirs de la vie sociale, il se sentira heureux quand il en sera affranchi et qu'il pourra se retrouver seul avec Dieu.

« Cette âme, dit sainte Thérèse, voit naître en elle un amour de Dieu très dégagé de tout intérêt propre, et elle désire des moments de solitude pour mieux jouir de son amour. » (Vie, eh. xiii.)

Ce dernier signe persiste même dans la quiétude aride, où l'âme éprouve un désir constant de prier, recherche la solitude et le silence, sans pourtant parvenir à goûter Dieu, envahie qu'elle est, malgré elle, par toutes sortes de préoccupations et de distractions. Ce désir constant qu'elle éprouve de s'adonner à Toraison, cette recherche, cette soif de Dieu, indique que la volonté Lui demeure unie

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