CARACTERES DE LEUR CHARITE
d'abord dans son fond, en y mettant un principe d'amour infus et surnaturel qui devient le mobile simple et unique de sa conduite. Elle commence à aimer Dieu sans autre motif que d'aimer, elle l'aime pour Lui-même et non pour elle; elle rapporte tout à cet amour, même sans y penser expressément et sans y faire attention. L'amour est le simple et unique reg^ard de cette âme, elle est toujours hors d'elle-même, ou du moins elle tend toujours à s'en dépouiller et à se transformer dans l'objet aimé.
« Dieu la simplifie dans son intelligence. La multitude des pensées qui l'obsédaient auparavant tombe; elle ne peut plus réfléchir ni faire de raisonnements et de discours. Une lumière simple mais indistincte l'éclairé, elle marche à la faveur de cette lumière, sans apercevoir d'objet particulier. Son oraison, chargée auparavant de considérations, d'affections, de résolutions, devient simple; l'âme est occupée et cependant elle ne s'occupe à rien, elle sent et elle goûte sans pouvoir dire ce qu'elle goûte. Ce n'est point un sentiment particulier, c'est un sentiment confus et général qu'elle ne peut expliquer. Ne lui demandez pas sur quoi elle a fait oraison, elle ne le sait pas; aucune idée, ne s'est présentée à son esprit, ou elle ne s'est
arrêtée à aucune de celles qui se sont offertes. Ce qu'elle sait, c'est qu'elle s'est mise en oraison et qu'elle y a été comme il a plu à Dieu, tantôt sèche, tantôt consolée, tantôt recueillie sensiblement, tantôt distraite involontairement, mais toujours paisible et unie à Dieu dans son fond. Elle passe ainsi les heures entières sans ennui, sans dég^oût^ vide en apparence de toute pensée et de toute affection : c'est que sa pensée et son affection sont simples et se terminent immédiatement à Dieu, l'Être infiniment simple. L'âme est à peu près de même hors de l'oraison, soit qu'elle lise, soit qu'elle parle, soit qu'elle s'occupe du travail et de soins domestiques, elle sent qu'elle est moins à ce qu'elle fait qu'à Dieu, pour qui elle le fait, et que Dieu est l'intime occupation de son esprit, en sorte qu'à cet égard son oraison et son attention à Dieu sont continuelles et ne sont distraites par aucun objet extérieur. Cette simplicité de la vue de l'esprit se perfectionne de jour en jour, et le grand soin de l'âme est d'écarter tout ce qui la ramène à la multiplicité.
« Dieu simplifie la volonté en la réduisant à un seul but, à un seul objet, à un seul désir qui est l'accomplissement de la volonté divine. L'âme n'est plus fatiguée comme autrefois par mille désirs.
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mille soucis, mille inquiétudes. Les affections se trouvent toutes concentrées en une seule, elle aime tout ce qu'elle doit aimer : parents, mari, enfants, amis, mais elle ne les aime qu'en Dieu. Elle ne sait plus si elle veut quelque chose, parce que son vouloir est confondu avec celui de Dieu, et que Dieu veut pour elle à chaque moment ce qui lui ^st le plus convenable. C'est ainsi que sa volonté simplifiée trouve son repos et son centre dans celle de Dieu.
« Dieu la simplifie en la détachant peu à peu d'elle-même et de tout reg^ard sur son propre intérêt, de toute attention même sur sa situation actuelle. Tout ce qu'elle aimait auparavant : jeu, <;onversations, lectures, curiosités, tout cela lui devient insipide ; le commerce des créatures ne lui cause que du dég^oût, elle ne s'y prête que par dev^oir et par bienséance. Dieu la tire sans cesse au dedans et la sépare de tous les objets extérieurs. Il lui ôte par degrés tout reg^ard sur ellemême et sur ce qui se passe en elle, parce que ce regard, ainsi partagé et fixé tantôt sur Dieu et tantôt sur elle, ne serait pas simple; en sorte qu'elle en vient à ne plus savoir comment elle «st, à n y plus penser, à ne point s'en embarrasser, et à rejeter soigneusement toute pensée dont
elle serait l'objet, afin que Dieu Toccupe tout entière. Il lui ôte par la même raison toute vue de son propre intérêt, parce que sa vue et son intention ne seraient pas simples si à l'intérêt de Dieu elle joig-nait la recherche du sien comme disting-ué de celui de Dieu. Elle n'envisage donc plus ses vertus, ses bonnes œuvres, sa perfection par rapport à elle, ni comme quelque chose qui l'intéresse personnellement ; mais elle voit tout cela par rapport à Dieu, comme des choses qui viennent de Lui, qui lui appartiennent et dont II peut disposer à son gré.
« Dieu la simplifie dans toute sa conduite extérieure. Nul détour, nulle feinte, nulle dissimulation, nulle intrig-ue, nulle prévention, nulle affectation, nul respect humain. Elle va simplement comme Dieu la pousse ; elle dit, elle fait ce qu'elle croit être de son devoir, sans se mettre en peine de ce qu'on dira, de ce qu'on pensera. Ses discours sont simples, vrais, naturels ; elle ne prépare rien ; elle dit ce que l'Esprit de Dieu lui sug*gère sans s'embarrasser des suites. Quand il s'ag"irait de son honneur, de son bien, de sa vie, elle ne voudrait pas dire un mot, ni faire une démarche d'elle-même, mais elle laisse Dieu arranger toutes choses, et elle ne voit que Lui en