CHAPITRE II
Règles à suivre dans la direction des âmes contemplatives
§ 1 . Nécessité du complet renoncement
\f\2. Toutes les rèi^^les à donner sur la direction des âmes contemplatives peuvent se résumer en deux mots : comme il n'y a qu'un moyen d'amener l'âme à la contemplation, le renoncement, il n'y a qu'un moyen aussi de l'y maintenir et de l'y faire progresser, c'est encore le renoncement.
RENONCEMENT CONSTANT ET AlîSOLU 259
Cette vertu du renoncement, l'âme parfaite la pratique déjà, mais, dirons-nons avec le B. Suzo: « 11 ne suffit pas de mourir à soi-même, il faut sans cesse renouveler cette mort jusqu'à la fin de sa vie. » Et, du reste, « on ne meurt jamais si parfaitement à soi-même et au monde qu'il ne reste quelque chose où l'on ne puisse se renoncer et se mortifier encore' ».
Plus on avance, en effet, dans la voie de Vanioar, plus on comprend toute la portée de cette grande parole : Abneget semetipsum. L'Esprit- Saint éclairant l'âme de lumières plus vives à mesure qu'elle est plus fidèle^, et qu'il veut la conduire plus avant, lui découvre de secrètes attaches, des recherches d'elle-même, de ses aises, de ses volontés. Ce sont, il est vrai, des imperfections passag-ères, des actes rapides qui n'empêchent pas Tâme fidèle de demeurer habituellement unie à la volonté divine, et de recevoir les grâces précieuses de la contemplation, mais qui peuvent être, cependant, un obstacle à une union plus intime et à des grâces plus éminentes.
^ Discours, III, De la mort spirituelle. Édition Cartier.
2 4 Qn n'arrive point, dit Suzo, à ces vérités cachées en
étudiant et en interrogeant, on y parvient en se renonçant
Que l'âme parfaite écoute docilement les paroles secrètes du divin Esprit, qu'elle les sollicite, qu'elle demande à Dieu les lumières qui lui découvriront ses imperfections et la force qui lui permettra de les combattre. Elle parviendra alors à rejeter plus loin d'elle tout ce qui est humain, tout ce qui n'est pas Dieu, elle réalisera plus complètement cette grande devise des Saints : « Dieu seul î »
i43. La disposition à laquelle elle doit aspirer c'est, — nous citons encore le B. Suzo — , « un anéantissement moral de pensée et d'affection, une sorte de renoncement infini en Dieu, par lequel l'âme se remet et s'abandonne tellement en Lui, qu'elle n'a plus de connaissance ni de volonté, mais que partout et toujours elle obéit à la puissance de Dieu , qui la guide selon son bon plaisir, sans qu'elle s'en aperçoive.
« Ce renoncement ne peut être continuel dans cette vie, ni tellement complet et parfait que l'homme ne se reprenne quelquefois et ne faiblisse en revenant à lui-même. Il a beau se donner à Dieu sincèrement, avec la ferme résolution de ne jamais reprendre ce qui n'est plus à lui, puisqu'il
soi-même humblement en Dieu. » Livre de la Sagesse éternelle^ sub fine. Traduction Cartier.