RENONCEMENT CONSTANT ET ABSOLU 2O
i'a abandonné, livré, anéanti en Dieu et en son bon plaisir, la frag^ilité de la nature humaine fait que l'âme revient de temps en temps à ses désirs, à la possession de sa volonté, et qu'elle commet des fautes par ce retour à elle-même. » {Traité de r union de rame avec Dieu, % i. Traduction Cartier.)
Dès que l'âme s'en aperçoit, elle doit reconnaître sa misère, s'humilier profondément devant Dieu et se détacher de nouveau en prenant des résolutions plus fortes. Ainsi elle mourra à elle-même pour ne plus vivre que de la vie de son Dieu : Vivo, Jani non ego, vivit vero in me Christus,
i44' Ce renoncement doit être universel, il doit donc porter sur tout ce qui tient naturellement au cœur de l'homme, les biens temporels, l'estime d'autrui et aussi de soi-même, les joies des affections humaines, le bien-être, l'usag-e indépendant des facultés spirituelles. Les prog'rès déjà obtenus dans la pratique de la pauvreté, de l'humilité, de la mortification, ne doivent pas faire oublier au contemplatif sa faiblesse; les tendances naturelles, même quand elles semblent réprimées et détruites, sont parfois si promptes à renaître. 145. Le détachement des biens de ce monde, indispensable à qui veut devenir parfait, doit
devenir plus complet encore si l'on veut grandir en perfection. Celui-là même qui n'est pas appelé à se lier par vœu à la pratique de la pauvreté doit en avoir l'esprit, n'usant de ses biens que conformément à la volonté divine, ne les employant jamais à se procurer des satisfactions superflues, demeurant toujours prêt à donner ses richesses pour la gloire de Dieu et le bien de ses frères. Il aimera la simplicité dans son mobilier, dans son vêtement, dans sa nourriture; tout ce dont il pourra se passer sans que ses devoirs en souffrent, il sera toujours prêt à s'en défaire ; loin de redouter les privations, il dira comme saint François de Sales : « Je ne suis jamais mieux que quand je ne suis pas bien. »
i46. L'âme parfaite doit se détacher des appuis humains et être toujours prête à sacrifier au Seigneur ses affections les plus légitimes. Dieu se sert des hommes pour faire du bien aux hommes : nous sommes les auxiliaires de Dieu, dit l'Apôtre; tous ceux qui participent à l'autorité divine : parents, supérieurs, directeurs, participent à son action bienfaisante; ils ont droit à la reconnaissance et à l'affection non moins qu'à l'obéissance de ceux qui leur sont soumis. Il n'est pas moins légitime le sentiment d'amour surna-