‹ Les degrés de la vie spirituelle (volume 2)Chapitre 4 sur 79 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

lue passage de l'état affectif à l'état contemplatif se fait, pour l'ordinaire, par une transition douce et progressive.

2. On s'imagine assez communément — du moins nous avons été nous-même long-temps dans cette croyance — qu'entre l'oraison commune et la contemplation il y a une différence si considérable, un fossé tellement profond que, pour le franchir, pour passer de l'état méditatif à l'état contemplatif, il faut comme une envolée soudaine

de l'âme, un souffle impétueux de la grâce, une opération quasi miraculeuse de l'Esprit de Dieu.

Ce que nous avons dit jusqu'ici montre déjà qu'il n'en va point de la sorte, que le sentier qui mène à la contemplation ne franchit pas de précipice, mais s'élève par une pente continue jusqu'à ce haut degré de la vie spirituelle. Mais il n'est pas inutile d'insister et de montrer quel est, sur ce point, l'enseig-nement des meilleurs auteurs spirituels.

(( Dans le commencement, dit Fénelon, la méthode la plus naturelle pour méditer est de prendre un livre, etc.. Dans la suite on diminue peu à peu en réflexions et en raisonnements ; les sentiments affectueux, les vues touchantes, les désirs augmentent... Le cœur g-oûte, se nourrit, s'échauffe, s'enflamme, il ne faut qu'un mot pour occuper longtemps. Enfin, l'oraison va toujours croissant par des vues plus simples et plus fixes, en sorte qu'on n'a plus besoin d'une si g-rande multitude d'objets et de considérations. On est avec Dieu comme avec un ami. D'abord on a mille choses à dire à son ami, et mille à lui demander ; mais, dans la suite, ce détail de conversation s'épuise, sans que le plaisir du commerce puisse s'épuiser. On a tout dit, mais sans

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se parler ; on a plaisir à être ensemble, à se voir, à sentir qu'on est l'un auprès de l'autre, à se reposer dans le goût d'une douce et pure aniilié : on se tait, mais dans ce silence on s'entend. On sait qu'on est d'accord en tout et que les deux cœurs n'en font qu'un ; l'un se verse sans cesse dans l'autre.

« C'est ainsi que, dans Foraison, le commerce avec Dieu parvient à une union simple et familière qui est au-delà de tout discours. Mais il faut que Dieu fasse uniquement par lui-même cette sorte d'oraison en nous ; et rien ne serait plus téméraire ni plus dangereux que de vouloir s'y introduire soi-même. » (Avis sur la prière et les principaux exercices de piété.)

Dans un autre de ses ouvrages, le même auteur remarque très justement que la méditation la plus discursive, et à plus forte raison l'oraison affective, renferment souvent certains actes directs, qui sont un mélange et un commencement de contemplation.

D'après ces passages, la contemplation ne serait que la suite et comme la conséquence naturelle des oraisons inférieures. Il faut, il est vrai, l'intervention divine pour faire passer l'âme d'un état à l'autre ; mais ici encore le Souverain Maître

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suit la règle qu'il semble s'être tracée de ne point procéder par changement brusque et inattendu : Natura nonfacit saltiis

3. Fénelon, sur ce point, n'a fait que résumer la doctrine des mystiques, qui admettent comme le cas le plus ordinaire cette transition lente et progressive entre les états inférieurs d'oraison et la contemplation.

Écoutons d'abord Balthasar Alvarez : « C'est par cette méthode (la Méthode commune (Toraison en usage dans la Compagnie de Jésus) que l'on doit commencer, à moins d'une inspiration spéciale de Notre-Seigneur, et c'est d'elle que naît cet autre mode d'oraison (la Quiétude), puisque c'est par le moyen de la méditation que l'on acquiert le repos de la contemplation... On peut initier à cette voie (V Oraison de quiétude) ceux qui se sont exercés pendant plusieurs années dans l'oraison commune par la méditation et par le raisonnement, lorsqu'ils sont déjà avancés et disposés pour ce mode de prier dans un repos intérieur, en présence de Dieu et par voie de contemplation ^ Il faut leur conseiller, toutefois,

* Le P. Balthasar Alvarez avait eu à subir à ce sujet, selon le mot du Vén. Louis Dupont, son historien, une tempête de contradictions. D'autres religieux de son ordre.

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de ne pas abandonner entièrement la méditation, mais de diminuer peu à peu le discours. »

4. Sainte Thérèse enseigne que les âmes qui sauront pratiquer l'oraison ordinaire du recueillement, « s'enfermer dans ce petit ciel de l'âme où habite Celui qui a créé le ciel et la terre, qui s'accoutumeront à ne rien reg^arder au dehors... ne tarderont pas à s'abreuver à la fontaine », c'est-àdire, suivant le lang-age fig-uré de la Sainte, à goûter aux délices de la contemplation. « Elles marchent, ajoute-t-elle, rapidement vers ce terme. » Ainsi, d'après sainte Thérèse, la contemplation est préparée par l'oraison de recueillement et, tôt ou tard, si l'âme est fidèle, elle passera de celle-ci à celle-là. « Habituée, dit-elle encore, à

recommandables du reste par leur zèle et animés de bonnes intentions, attaquèrent vivement sa spiritualité. Ils réprouvaient sa doctrine au sujet de l'oraison de quiétude et sa prétention d'enseigner ce genre d'oraison à ceux qu'il y pensait appelés de Dieu. On voyait là l'erreur des illuminés ou quiétistes et le mépris de la méthode d'oraison donnée par saint Ignace. Le Père n'eut pas de peine à se disculper ' et à prouver que son enseignement était orthodoxe et bien fondé. On sait que le P. Balthasar Alvarez, tenu en si haute estime par Bossuet, lut l'un des guides les plus éclairés de sainte Thérèse. Notre-Seigneur attesta à la Sainte l'éminente perfection de cet admirable religieux.

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recueillir ses puissances, bientôt Tâme, Dieu le voulant ainsi, obtiendra qu'elles partag-ent le repos de la contemplation parfaite ». {Chemin, XXVIII. Édition Bouix, xxix.)

5. Écoutons maintenant saint François de Sales. « Voyez la reine de Saba, Théotime, comme considérant par le menu la sagesse de Salomon en ses réponses, en la beauté de sa maison, en la magnificence de sa table, les log-is de ses serviteurs. . . elle demeura tout éprise d'un ardent amour, qui convertit sa méditation en contemplation... La vue de tant de merveilles engendra dans son cœur un extrême amour, et cet amour produisit un nouveau désir de voir toujours plus et jouir de la présence de celui auquel elle les avait vues... Ainsi nous considérons au commencement la bonté de Dieu pour exciter notre volonté à l'aimer; mais, Y amour étant formé dans nos cœurs, nous considérons cette même bonté pour contenter notre amour, qui ne se peut assouvir de toujours voir ce qu'il aime et, en somme, la méditation est mère de l'amour, mais la contemplation est sa fille. » {Amour de Dieu, IV, 3.)

Ainsi, d'après le saint Docteur, à force de méditations, l'amour grandit dans nos cœurs et

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