‹ Les degrés de la vie spirituelle (volume 2)Chapitre 55 sur 79 · II · texte numérisé non relu

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leur simplicité les rendait comme imperceptibles. « Alors la volonté, ayant été ravie en Dieu, jouit de ses embrassements, n'ayant plus besoin de l'entendement pour lui fournir de quoi fomenter son feu, mais plutôt cet entendement lui étant nuisible à cause de sa grande abondance et fécondité, elle demeure comme une reine qui jouit de son divin Epoux dans des privautés dont les séraphins pourraient mieux parler par leurs lang-ues de feu que la créature par une langue de chair. Des années se passent de la sorte ; mais ce divin Esprit, qui est la source inépuisable de toute pureté, veut encore triompher de la volonté, et bien que ce fût Lui qui opérait ces divines motions, cette volonté néanmoins y mêlant encore de son propre agir, Il ne le peut souffrir ; 11 veut, comme jaloux de sa beauté, en être le maître absolu. Il la purifie donc de ce rester.. Celte amoureuse activité, quoique très délicate, qui dans les embrassements de l'Epoux surpassait toute

^ Nous citons jusqu'au bout ce passag-e parce qu'il • montre très bien jusqu'où Dieu se propose d'amener l'àmc constamment fidèle ; mais nous devons remarquer que lorsqu'une âme est purifiée aussi complètement que le montre ici la Vénérable, elle est, nous semble-t-il, arrivée au septième degré , à l'union transformante.

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douceur,... est donc arrêtée comme l'avaient été Tentendement et la mémoire... Tel est l'état de victime, où le Saint-Esprit infiniment zélé pour la pureté des âmes, épouses du Fils de Dieu, les réduit, afin de les mettre dans l'état où II les veut pour prendre en elles ses délices. » (Vie, par Dom Cl. Martin, IV, 2, p. 647 et 648.)

§ 6. Exemples cV épreuves purificatrices

208. Des exemples tirés des vies des Saints montreront, mieux que toutes les explications théoriques, quelles sont les voies pleines de rigueur mais aussi pleines d'amour par lesquelles Dieu conduit ses serviteurs les plus fidèles.

Citons d'abord sainte Véronique Juliani à qui le Seigneur, dans une vision, fit comprendre le prix de cette douloureuse purification, mais qui apprit surtout à la connaître par sa propre expérience ^

« Etant ce matin en oraison j'ai été élevée en extase. Alors le Seigneur m'a montré un lieu magnifique en forme de château... Le Seigneur

\ Nous traduisons ce qui va suivre du journal de cette admirable Sainte, que publie le P. Pizzicaria, S. J. Sept forts volumes in-12 ont déjà paru. Chez l'auteur. Via Urbaga, i, Bologne.

m'apparut et me conduisit tout auprès : Ce château, me dit-il, fig-ure le château intérieur... Je veux que tu en prennes possession, c'est la pure souffrance. Au dehors il est formé de pierres toutes ornées de croix ; au dedans il n'y a qu'une seule croix, mais celle-ci vaut plus que la multitude des autres. Cette croix, qui est à l'intérieur, s'appelle la croix nue ; elle est la plus lourde qu'une âme puisse porter. Tu dois donc donner ton consentement à accepter, à posséder pleinement tout ce que je t'ai montré et expliqué... A ce moment je sentis en moi une g"énérosité si grande que j'aurais accepté non seulement tout ce qui était présent à mes yeux, mais plus encore.

« Dieu me fit voir que cette croix nue est chose si précieuse, qu'il n'est point de diamant qui en égale la valeur. Il me la montra si belle que je ne saurais la décrire; rien de plus admirable, de plus beau, de plus appréciable, de plus agréable, de plus cher, de plus désirable. C'est le trésor de tous les trésors, le plus grand de tous les contentements qu'une âme puisse désirer. Qu'il suffise de dire que c'est la porte par où nous devons passer pour aller à Dieu.

« Quand j'eus donné mon consentement, le Seigneur me fit entrer dans ce beau château, où

il n'y avait qu'une seule croix... La seule vue de cette croix me terrifia, car dans mon fond je voyais et comprenais parfaitement ce que c'était que la pure souffrance. Quand on la subit, on n'en connaît pas la valeur; il semble qu'elle n'est qu'un tyran qui veut donner la mort à l'âme; celle-ci se trouve comme sous le pressoir de peines atroces, qu'on ne peut décrire ; on se contente de dire : Maniis Domini tetigit me : La main du Seigneur m'a frappé. (Job, xix, 21.)

« Dans ces moments où le Seigneur fait éprouver à l'âme la pure souffrance, je crois que si elle ne recevait une force surhumaine, elle en mourrait. Cette pure souffrance réside dans l'intime de l'intime ; elle se répand dans les puissances les plus nobles, dans l'intelligence qu'elle obscurcit, dans la mémoire qu'elle rend comme insensée pour tout ce qui concerne ces peines mais non pour le reste, dans la volonté qui devient tout à fait incapable d'agir. S'il s'y produit quelque opération, c'est le contraire de ce qu'elle voudrait, elle souffre violence, il lui semble que ce qui se passe en elle est tout contraire à Dieu. Oh ! quelle peine ! quel tourment !

« En un clin d'oeil tous les sens et tous les appétits inférieurs se révoltent ; ils sont comme

des chiens et comme des lions qui cherchent à dévorer la pauvre âme. Avec eux se lig-uent le monde, le démon et la chair. Tous prennent les armes pour combattre contre l'esprit, et celui-ci se trouve abandonné sans secours d'aucune sorte. 0 Dieu, s'écrie-t-il, à qui dois-je recourir? Si je veux vous appeler à mon secours, je ne le puis, je suis comme muet, incapable de proférer une parole. Si l'âme veut voler vers vous, elle se voit enchaînée et ne peut prendre son essor. Si elle vous appelle, vous vous cachez, vous vous éloignez davantage. Tout cela achève et complète la pure souffrance. A qui veut comprendre ce tourment, il suffit de dire que l'âme se sent comme privée entièrement de son unique et souverain Bien, ce qui vaut tous les tourments du purgatoire, de l'enfer et de tout ce qui peut s'imaginer. Il est vrai qu'il vaut mieux taire que dire toutes ces choses, car on souffre même à les décrire; qu'est-ce donc que de les subir? » (3 avril 1694.)

209. Un peu plus loin (p. 260), parlant des invitations à souffrir que Dieu fait à l'âme, la Sainte s'exprime ainsi :

(( Si ces invitations amoureuses à la souffrance communiquent de la force et enflamment l'esprit, les désolations, les aridités qui viennent ensuite

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sont des peines si grandes que je ne puis les expliquer... L'âme se trouve tout à coup en présence, en vue de son Dieu, recevant des leçons du paradis; et en un clin d'œil, elle se voit, privée de cette présence, placée dans les ténèbres les plus obscures, entourée de potences, combattue de toutes parts.

« Partout où elle porte ses regards, elle ne voit que ministres d'enfer. Ils l'entourent pour l'accabler d'outrages, qui, en forme de géants, qui, de bêtes, qui, d'animaux immondes, qui, de serpents, qui, déjeunes hommes. Ils prennent toutes sortes de figures. Dans ces combats l'âme passe par des états très divers. Parfois elle sent dans son fond je ne sais quel reste de la présence de son Dieu, dont elle jouissait auparavant, et ce sentiment la rend généreuse et forte. Parfois, au contraire, ce souvenir redouble ses peines, car elle s'afflige de voir qu'elle est privée de Lui et que mille enfers ont remplacé pour elle le paradis, car tous ces démons lui paraissent autant d'enfers. Elle ne peut rien faire, elle invite seulement ces esprits méchants à faire tout ce qui leur est permis par Dieu, car elle ne veut que l'accompHssement de la volonté divine.

« Elle n'attend plus alors que la sentence finale

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de réprobation ; c'est là une peine qui surpasse toutes les autres. Elle sent alors une lumière que je ne sais comment donner à entendre. Il semble à l'âme qu'elle voit et comprend le g-rand Bien qui lui est ravi. La seule pensée de cette séparation d'avec Dieu est une peine si grande que je ne puis l'expliquer ; personne ne la peut comprendre, si ce n'est celui qui l'éprouve. Je l'ai éprouvée dans le passé et je l'éprouve encore.

« Dans le passé il y avait dans cette épreuve un peu plus de réconfort et de consolation ; maintenant c'est tout le contraire. Une peine semble l'annonce d'une autre ; je n'ai pas le temps de respirer ; tout est amertume. Que Dieu soit loué ! Pour son amour tout est peu de chose ! Vive la souffrance ! Vive la croix ! »

2 10. « L'âme, dit sainte Catherine de Gênes, — c'est sa propre histoire qu'elle raconte — resta quelque temps absorbée dans cette vision — (la vision de ses défauts et de ses désordres), et cette vue lui causait une peine si intime qu'elle ne pouvait penser à autre chose, ni faire aucun acte d'allégresse. Plongée dans la plus profonde mélancolie, elle ne savait que faire d'elle-même, car elle ne découvrait aucun lieu de repos. Elle ne le trouvait ni au ciel, parce qu'elle sentait qu'elle

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n'y serait pas à sa place, ni en terre, parce qu'elle eût mérité d'y être engloutie. De même, il lui semblait qu'il ne lui était permis ni de paraître devant les hommes, ni d'avoir mémoire de rien qui eût rapport à sa commodité ou à son incommodité. Elle reconnaissait que seule elle avait fait tout le mal. . . Elle était ainsi dans une profonde désolation; il lui semblait que jamais elle ne pourrait satisfaire, ni recourir à la miséricorde de Dieu; elle ne découvrait en elle-même rien qui lui donnât confiance. Elle se tourmentait, elle ne voulait pas désespérer entièrement et, en même temps, elle se voyait plier sous le poids du désespoir et reconnaissait la gravité du mal qu'elle avait fait. Son cœur était travaillé d'une douleur immense accompagnée de larmes intérieures, sans que néanmoins elle pût pleurer; elle soupirait en secret et consumait sa vie. Elle était incapable de parler, de manger, de dormir, de rire, de regarder le ciel; elle n'avait plus aucun goût ni spirituel, ni corporel; elle ignorait où elle se trouvait, elle était comme une créature insensée, étonnée; volontiers elle se fût cachée, afin qu'on ne la trouvât point et qu'elle n'eût aucune occasion d'être en compagnie avec autrui. » {Dialogue, i^® partie, ch. xi.)

211. La peinture que sainte Angèle de Foligna a faite de ses épreuves n'est pas moins effrayante (ch. xix). Avant de retracer ce tableau, remarquons que sainte Ang-èle était déjà parvenue à une assez haute perfection. Elle avait vendu son château et ses biens pour en distribuer le prix aux pauvres; elle avait éprouvé de si grandes déhces spirituelles et avait acquis un sentiment si subhme de la Divinité qu'à entendre seulement prononcer le nom de Dieu elle était comme hors d'elle-même; elle avait été favorisée de plusieurs illuminations, visions, etc. : cependant elle n'était qu'au début de sa vie héroïque quand Dieu , pour la purifier plus complètement et la rendre capable de plus hautes faveurs et d'une plus sublime sainteté, la plong-ea dans le creuset de la tribulation.

« D'innombrables tourments déchirent mon corps, ils viennent des démons qui les excitent de mille manières; je ne crois pas qu'on puisse exprimer les douleurs de mon corps. Il ne me reste pas un membre qui ne souffre horriblement.

« Quant aux tourments de l'âme, sans comparaison plus nombreux et plus terribles, les démons me les infligent à peu près sans relâche. Je ne peux mieux me comparer qu'à un homme suspendu par le cou qui, les mains liées derrière le

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dos et les yeux couverts d'un voile, resterait attaché à la potence et vivrait là sans secours, sans remède et sans appui. Je crois môme que ce que je subis de la part des démons est plus cruel et plus désespéré. Les démons ont pendu mon âme et, de même que le pendu n'a pas de soutien, mon âme pend sans appui et mes puissances sont renversées, au vu et au su de mon esprit. Quand mon âme voit ce renversement et cet abandon de mes puissances sans pouvoir s'y opposer, il se fait une telle souffrance que je peux à peine pleurer, par l'excès de la douleur, de la rag-e et du désespoir; quelquefois aussi je pleure sans remède. Quelquefois ma fureur est telle, que c'est beaucoup pour moi de ne pas me mettre en pièces. Quelquefois je ne peux m'empêcher de me frapper horriblement au point de me gonfler la tête et les membres.

(( Je souffre un autre tourment : c'est le retour, au moins apparent, des anciens vices. Ce n'est pas qu'ils soumettent réellement mon âme à leur empire, mais ils me torturent cruellement. . .

« Quand je me souviens que Dieu fut affligé, méprisé et pauvre, je voudrais voir tous mes maux redoubler.

(( Quelquefois il se produit une afl'reuse et

infernale obscurité où disparaît toute espérance % et cette nuit est horrible. Et les vices que je sens morts dans mon âme ressuscitent dans mon corps; mais les démons les réveillent en dehors de l'âme et en excitent d'autres qui n'y furent jamais. Je souffre alors particulièrement dans trois endroits du corps : le feu de la concupiscence est tel dans ces moments-là, qu'avant d'en avoir reçu la défense, je me brûlais avec le feu matériel, dans l'espoir d'éteindre Tautre. Ah ! j'aimerais mieux être brûlée vive ! Je crie, j'appelle la mort, la mort quelle qu'elle soit, et je dis à Dieu : « Si je suis damnée, eh bien! tout de suite; pas de retard, puisque vous m'avez abandonnée, achevez^ achevez; et que l'abîme m'engloutisse. »

« Et je comprends alors que ces vices ne sont pas dans l'âme, puisqu'elle n'y consent jamais et

* Dans cet état, où les âmes se trouvent quelquefois plong-ées, il n'y a rien du désespoir des pécheurs : l'espérance n'est plus sensible, il est vrai; il semble qu'elle a disparu; au fond elle demeure plus ferme que jamais. Ce qui le prouve, c'est toute la conduite des âmes ainsi éprouvées : elles redoutent le péché, elles font appel à la clémence divine, elles se serrent contre leur Dieu à mesure qu'il semble s'éloigner davantage; une âme désespérée, au contraire, cesse de lutter, elle s'abandonne et se livre au mal sans résistance.

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que c'est le corps qui souffre violence. L'ennui se joint à la douleur et, si cela durait, le corps n'y tiendrait pas. L'âme se voit dépourvue de ses puissances et, quoiqu'elle ne consente pas aux vices, elle se voit sans force contre eux; elle voit entre Dieu et elle une effroyable contradiction ; elle voit sa chute et sent son martyre. Un vice que je n'eus jamais vient en moi par une permission spéciale : je sens clairement, et je connais qu'il y vient par permission. Il surpasse, je crois, tous les autres ; la vertu par laquelle je le combats est un don manifeste du Dieu libérateur et, si je doutais de Dieu dans la ruine de toutes mes croyances, ce don senti me rendrait la foi. Il y a là une espérance assurée, tranquille et le doute est impossible ; la force l'emporte; le vice a le dessous ; la force me tient suspendue au-dessus de l'abîme. Telle est cette force et telle est la puissance communiquée par elle que tous les hommes, tous les démons, toutes les ruses de la terre et de l'enfer ne peuvent obtenir de moi-même le plus lég-er mouvement...

(( Dans mon âme, une certaine humihté et un certain orgueil se combattent douloureusement et j'ai dégoût de toutes ces choses. Ce genre d'humilité qui me montre destituée de tout bien,

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de toute vertu et de toute grâce, qui me montre en moi la multitude des vices et des vides, m'enlève toute espérance et me cache toute miséricorde. Je me vois alors comme la maison du diable, sa dupe, sa fille et son ag^ent, chassée de toute rectitude, de toute véracité, digne du dernier fond de Tenfer inférieur. Cette misérable humilité n'est pas l'autre, la vraie, celle qui écrase l'âme sous la bonté divine sentie. La fausse humilité entraîne tous les maux. Engloutie en elle, je me vois entourée de démons : dans mon âme et dans mon corps, je ne vois que des défauts. Dieu m'est fermé; puissance et grâce, tout est caché, le souvenir même du Seigneur m'est interdit ; me voyant damnée, je ne m'inquiète pas de ma damnation, je ne m'inquiète pas de mes crimes, que je voudrais n'avoir pas commis au prix de tous les biens et de tous les maux qui peuvent être nommés... Je contemple, dans l'abîme où je me vois tombée, la surabondance de mes iniquités, je cherche inutilement par où les découvrir et les manifester au monde, je voudrais aller nue par les cités et par les places, des viandes et des poissons pendus à mon cou, et crier : Voilà la vile créature, pleine de malice et de mensonge. Voilà la graine du vice, voilà la

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graine du mal. Je faisais le bien aux yeux des hommes, je faisais dire : elle ne mang-e ni poisson ni viande. Ecoutez-moi, j'étais gourmande et ivrogne ; je faisais semblant de ne vouloir que le nécessaire; je jouais à la pauvreté extérieure... Ah! que je voudrais avoir au cou un collier ou un lacet et me faire traîner par les places et par les villes ; et les enfants me traîneraient et diraient : « Voilà la misérable qui a menti toute sa vie »; et les hommes crieraient ainsi que les femmes : « Oh ! voilà le prodige, le prodige qu'a fait Dieu ! La malice cachée de toute sa vie vient d'être manifestée par elle-même ! »

212. « Mais tout cela est peu de chose, et rien ne suffit ; voici un désespoir nouveau , un désespoir inconnu. J'ai absolument désespéré de Dieu et de tous ses biens. C'est fini, c'est réglé, réglé entre Lui et moi. J'ai la certitude que dans le monde entier l'enfer n'a pas une autre proie aussi parfaite que moi-même ; toutes les grâces de Dieu, toutes ses faveurs, tout cela est pour exaspérer mon désespoir et mon enfer. Oh ! je vous en supplie, mettez-vous en prière... que la justice de Dieu manifeste mon cœur; ma tête se fend, mon corps plie, mes yeux sont aveuglés de larmes, mes membres se disjoignent parce que je ne peux

pas manifester mes mensong-es. Sache, toi qui écris, que toutes mes paroles ne sont rien auprès de mes maux , de mes iniquités et de mes mensonges ; j'étais toute petite quand j'ai commencé.

(( Voilà ce que je suis obligée de dire dans le gouffre de l'abaissement. Et puis l'org-ueil arrive !

« Et je suis faite toute colère, toute superbe, toute tristesse, toute amertume et toute enflure. Les biens que m'a faits Dieu se chang-ent dans mon âme en amertume infinie. Ils ne servent à rien ! Ils ne remédient à rien ! Ils excitent seulement une douloureuse admiration qui ressemble à une insulte faite à mon désespoir. Pourquoi toujours en moi ce vide de vertu? Pourquoi Dieu a-t-il permis tout cela? Et puis je doute et je me dis : Est-ce qu'il m'aurait trompée? Cette tentation ferme et cache tout bien. Colère, orgueil, tristesse, amertume, enflure et peine, la parole ne peut rien exprimer de tout cela. Quand tous les sages du monde et tous les Saints du paradis m'accableraient de leurs consolations et de leurs promesses, et Dieu luimême de ses dons, s'il ne me changeait pas moimême, s'il ne commençait au fond de moi une nouvelle opération, au lieu de me faire du bien, les sages, les Saints et Dieu exaspéreraient au-delà de

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toute expression mon désespoir, ma fureur, ma tristesse, ma douleur et mon aveuglement.

« Ah! si je pouvais changer ces tortures contre tous les maux du monde et prendre toutes les infirmités et toutes les douleurs qui sont dans tous les corps des hommes, je croirais ceux-ci plus légers et moindres. Je l'ai dit souvent, que mes tourments soient changés contre le martyre, n'importe de quelle espèce!

« Mes tourments ont commencé quelque temps avant le pontificat du Pape Célestin (1294) : ils ont duré plus de deux ans et leurs accès étaient fréquents. Je ne suis pas encore parfaitement guérie, quoique leur atteinte soit maintenant légère et seulement extérieure. La situation étant changée, je comprends que l'âme broyée entre l'humilité mauvaise et l'orgueil subit une immense purgation par laquelle j'ai acquis l'humilité vraie, sans laquelle le salut n'est pas. Et plus grande est la purgation de lame, plus g-rande est l'humilité. PlusTâme est affligée, dépouillée et humiliée profondément, plus elle conquiert, avec la pureté, l'aptitude des hauteurs. L'élévation dont elle devient capable se mesure à la profondeur de l'abîme où elle a ses racines et sa fondation. »

2i3. « 0 mon Dieu, dit de son côté sainte Thérèse \ que de peines intérieures et extérieures n'endure-t-on pas avant d'entrer dans la septième demeure. Il me semble quelquefois que,, si l'âme les envisageait avant de s'y engager, il y aurait sujet de crainte, vu sa faiblesse naturelle, qu'elle ne pût se résoudre à les souffrir, quelque grand que soit l'avantage qu'elle en dût retirer. » Et, après avoir énuméré ces diverses épreuves, la Sainte ajoute : a Tant de peines réunies causent un tourment intérieur si sensible et si insupportable que je ne saurais le comparer qu'à celui qu'éprouvent les démons. »

2i4. « Je vous écris et je ne puis m'en empêcher, écrivait sainte Chantai à saint François de Sales, car je me trouve au matin plus ennuyée de moi qu'à l'ordinaire. Je vois que je chancelle à tout propos dans l'angoisse de mon esprit, qui m'est causé par ma difformité intérieure, laquelle est bien si grande que je vous assure, mon bon seigneur et très unique père, que je me perds quasi en cet abîme de misère.

« La présence de mon Dieu qui, autrefois , me donnait des contentements indicibles , méfait

^ Château intérieur, 6e demeure, ch. i.

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maintenant trembler de tout mon corps et frissonner de crainte. Il me semble que cet œil divin, que j'adore de toute la soumission de mon cœur, perce mon âme d'outre en outre et reg-arde avec indignation toutes mes œuvres, mes pensées et mes paroles, ce qui me tient dans une telle détresse de cœur que la mort même ne me semble point si pénible à supporter, et je m'imagine que toutes choses ont pouvoir de me nuire; je crains tout, j'appréhende tout, non que jecraignequel'on nuise à moi, comme à moi, mais je crains de déplaire à mon Dieu.

« Oh! qu'il me semble que son assistance s'est éloignée de moi! Cela m'a fait passer cette nuit dans de grandes amertumes, et je n'ai fait autre chose que dire : Mon Dieu, mon Dieu, hélas! pourquoi me délaissez-vous? Je vous appartiens, faites de moi comme d'une chose qui est à vous.

<( Au point du jour. Dieu m'a fait goûter, mais presque imperceptiblement, une petite lumière, en la très haute et suprême pointe de mon esprit ; tout le reste de mon âme et ses facultés n'en ont point joui; mais elle n'a duré environ qu'un demi Ave Maria, et mon trouble s'est rejeté tout à corps perdu sur moi et m'a tout offusquée et obscurcie.

« Nonobstant la longueur de cette dereliction, mon très cher seigneur, j'ai dit, mais sans sentiment: Oui, mon Dieu, ce qui vous agréera, faites-le, je le veux; anéantissez-moi , j'en suis contente; accablez-moi, je le veux bien ; arrachez, coupez, brûlez tout ce qu'il vous plaira, oui, je suis à vous.

(( Dieu m'a appris qu'il ne fait pas grand état de la foi, quand on en a l'expérience par les sens et les sentiments ; c'est pourquoi contre mes contrariétés, je ne veux point de sentiment. Non, je n'en veux point, puisque mon Dieu me suffit^ J'espère en Lui, nonobstant mon infinie misère, j'espère qu'il me supportera encore; enfin, que sa volonté soit faite. »

2i5. On lit dans la Vie de saint Paul de la Croix (l. II, ch. xxiv) : a Ces leçons (d'humilité, de résignation et de confiance) le Père Paul les suivait fidèlement tout le premier, au milieu des vexations de l'enfer, auxquelles se joignaient les contradictions des hommes et l'épreuve douloureuse des maladies.

« Tout cela n'était pourtant, à vrai dire, que la moindre partie de ses souffrances. Ce qui l'affligeait le plus, ce qui lui causait un tourment mortel, c'était la crainte d'avoir perdu Dieu et de

ne Le voir jamais. Le Seig^neur lui avait retiré cette abondance de lumières dont II Téclairait auparavant. Le pauvre Paul qui, par amour pour son Dieu,... avait tout abandonné, et qui aurait donné mille vies pour Lui plaire, voyant maintenant, à ce qu'il lui semblait, que Dieu était irrité contre lui, éloig-né de lui, perdu pour lui, ne pouvait trouver ni consolation, ni repos dans son malheur. Son cœur s'élançait vers Lui de toutes ses forces, et cependant une main de fer paraissait le repousser... Voilà comment il expliquait son état à son directeur. « Figurez-vous voir un pauvre naufragé accroché à une planche de vaisseau : chaque flot, chaque coup de vent lui fait craindre de se noyer. Figurez-vous encore un malheureux condamné à la potence ; son cœur bat continuellement en attendant de moment en moment qu'on le conduise au supplice, telle est ma situation. »

« C'est ce qui lui faisait dire en écrivant à un de ses religieux : « Je suis environné de combats, mais Dieu n'en laisse rien paraître au dehors. Souvent jusque dans le sommeil, je vous le confie, mais n'en parlez pas, j'ai à souffrir et je suis tout tremblant au réveil, et voilà des années que je me trouve dans ce triste état. Ce n'est rien

pourtant en raison d'une autre grande croix qui pèse depuis long-temps sur moi sans aucune consolation. Je la compare à une grêle qui ravage tout. Je suis comme un homme jeté en pleine mer, pendant la tempête, et à qui personne n'offre une planche de salut, ni du ciel ni de la terre ; il me reste pourtant un rayon de foi et d'espérance, mais si faible que je le vois à peine. »

On pourrait multiplier les citations, et il suffit d'être tant soit peu familiarisé avec la vie des saints personnages pour savoir que ces âmes, dont l'héroïsme nous étonne, ne sont point arrivées là sans un travail très profond de la grâce €t des opérations de l'Esprit-Saint très salutaires, mais très rigoureuses.

§ 6. La partie essentielle et les circonstances accessoires et variables de la purification spirituelle

2 1 6 . « Il y a des Saints dont on ne raconte pas de telles choses, observe le P. Surin, mais, ajoute-t-il, souvent cela est suppléé par de grands travaux soufferts au service des âmes, ou bien par autre chose; de plus, les écrivains en ont peu de connaissance, étant choses très secrètes. » {Cat, spir., t. I, 3^ partie, ch. m.) Cette seconde raison nous paraît la plus fondée. Le plus sou-

vent, en effet , ces épreuves sont tenues secrètes par ceux qui les subissent ; on s'imag-ine autour d'eux qu'ils sont dans une sérénité parfaite, pendant qu'ils passent par des crises effroyables.

Donnons-en un exemple emprunté à la vie du Vén. Libermann : « Un jour qu'il traversait l'un des ponts de Paris encompag^nie d'un séminariste en proie à des peines violentes, il essayait de le consoler avec toute la suavité de ses paroles et de son ang-élique sourire. Son compagnon, de plus en plus agité, lui dit brusquement : Ces conseils sont bons à donner, quand on est soi-même heureux et calme. On voit bien, à votre ton et à votre figure, que vous n'avez jamais passé par ces épreuves, vous ne souririez pas ainsi. — Ah î mon très cher, lui répondit nettement le consolateur, je ne vops souhaite pas de traverser le crible par où j'ai passé. Dieu veuille que jamais la vie ne vous soit à charge autant qu'elle l'est à moimême. Je puis à peine passer sur un pont sans que la pensée de me jeter à l'eau me vienne pour en finir avec mes souffrances. Mais la vue de mon Jésus me soutient et me rend patient. » (Vie, par le card. Pitra, ch. iv.)

Le silence des historiens ne prouve donc pas qu'il n'y ait pas eu, dans la vie de tel ou tel Saint,

cette crise purifiante, puisqu'elle a pu être cachée à ceux mêmes qui l'approchaient de plus près.

217. Du reste, il faut bien distinguer, dans ces phénomènes décrits par les auteurs mystiques, ce qu^il y a d'essentiel, ce qu'éprouvent toutes les âmes d'élite et les circonstances qui varient extrêmement d'un sujet à l'autre.

Le fond commun qui se retrouve toujours, ce sont les lumières excellentes que Dieu communique sur ses grandeurs infinies, sur le néant de la créature et la laideur du péché ^; c'est le sentiment d'impuissance que l'âme éprouve, perdant tous ses soutiens et ne pouvant s'appuyer que sur la puissance et la miséricorde divines ; c'est le dépouillement absolu, produit ou par des peines très vives, ou par la soustraction de tout ce qui charmait et réconfortait.

218. I. Parmi les circonstances qui varient de sujet à sujet, signalons d'abord l'époque où s'accompht ce second travail de purification : de bonne heure chez les uns, plus tardivement chez les

^ « Connaissance de Dieu, connaissance de soi-même, voilà la perfection de l'homme. Cette double vue produit grâce sur grâce, lumière sur lumière, vision sur vision. » (S. Angèle de FoHgno, ch. lxv.) Noverim te, noverim me, demandait saint Augustin.

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autres, mais toujours — les exemples que nous avons donnés, et bien d'autres que nous pourrions apporter, le prouvent — toujours quand Tâme est déjà fortement établie dans la perfection. Pourrait-il se faire que la purification de Tesprit fût intimement liée à celle des sens, de façon à ce qu'il n'y eût pas d'intervalle entre les deux? Peut-être, mais la règ^le g-énérale à laquelle nous ne voyons pas d'exception dans la vie des Saints, c'est qu'entre les deux purifications il y a un état intermédiaire pouvant se prolonger pendant des années^.

II. La durée de la nuit de l'esprit varie également beaucoup, suivant les personnes. Le cardinal Bona^ cite un grand nombre de Saints qui, avant d'atteindre les degrés les plus élevés de la contemplation, restèrent de longues années dans les épreuves les plus effrayantes. Que ces épreuves appartiennent toutes à la nuit de l'esprit, nous ne le croyons pas; quelques-uns des exemples choisis par ce savant auteur semblent bien comprendre tout l'ensemble des purifications sensibles et spirituelles qui amènent l'âme à la sainteté. L'énumération qu'il fait n'en est pas moins instructive;

^ Cf. Nuit obscure, I. II, ch. ler.

^ Via cornp., ad Deum, cap. X, n° 6.

elle montre comment les épreuves préparatoires aux faveurs les plus hautes peuvent avoir, selon les sujets, une durée bien différente. Il cite donc flubertin de Gasali, qui demeura quatorze ans dans ces rudes l'abeurs, sainte Thérèse dix-huit ans, saint François d'Assises deux ans — le P. Surin dit trois ans, — la B. Glaire de Montefalco quinze ans, sainte Catherine de Bolog^ne cinq, sainte Marie TEg-yptienne dix-sept, sainte Madeleine de Pazzi cinq ans d'abord puis seize autres, le B. Suzo dix ans, le P. Balthazar Alvarez seize ans, Thomas de Jésus plus de ving-t ans. Le P. Surin cite saint Eloi qui resta deux ans dans cet état; on peut encore ajouter sainte Angèle de Folig-no qui, comme nous l'avons vu, y a passé deux ans; sainte Catherine de Gènes fut pendant quatorze mois dans l'état dont nous lui avons emprunté la description et, après ces quatorze mois, le souvenir poignant de ses fautes, qui jusqu'alors l'avait poursuivie jour et nuit, lui fut enlevé complètement, de telle sorte qu'elle ne le gardait pas plus que si tous ses péchés eussent été jetés au fond de la mer^.

* La Sainte, comme nous le dirons, eut à subir plus tard un autre genre d'épreuves et de purification dont la durée fut de dix ans.

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III. Tantôt ces épreuves purificatrices des facultés spirituelles sont continues, tantôt au contraire les mêmes phénomènes ne s'accomplissent que par intervalles, des périodes de consolations et de douceurs succédant aux périodes d'angoisses et de purification.

IV. Les moyens dont Dieu se sert pour faire sentir à l'âme ses misères et son impuissance, et pour la détacher d'elle-même, sont aussi fort variés. Pour les uns Dieu emploiera les visions, révélations, paroles intérieures, etc. ; pour d'autres, des grâces moins éclatantes, et qui ne sont pas d'ordre miraculeux.

Sainte Thérèse nous signale les peines que cause à l'âme Tincertitude des voies par où Dieu la mène, les craintes qu'elle éprouve d'être trompée, les doutes du directeur qui redoublent les angoisses de cette pauvre âme, les murmures, les critiques du prochain, les maladies parfois terribles qui fondent sur elle.

Saint Jean de la Croix indique également les délaissements, les mépris de tous, même des plus intimes amis, comme une épreuve assez ordinaire de la nuit de l'esprit.

De toutes ces contradictions, les plus pénibles — saint Pierre d'AIcantara, pourtant si passionné

38o LES AMES HEROÏQUES

pour la pénitence, Tavouait à sainte Thérèse — sont celles qui viennent des gens de bien. C'est là encore une épreuve très fréquente chez les Saints. Sainte Thérèse en connut l'amertume, saint Jean de la Croix plus encore peut-être. Le B. de la Salle, le B. de Montfort furent condamnés, interdits par ceux qui auraient dû les encourag'er et les soutenir. Plus près de nous, dans notre xix® siècle, ces femmes admirables dont Dieu s'est servi pour faire de si grandes œuvres, la Vénérable Mère Marie de sainte Euphrasie Pelletier, fondatrice du Généralat du Bon-Pasteur, la Mère Javouhey, fondatrice de la Congrégation de Saint-Joseph de Cluny, auraient-elles, commes elles l'ont fait, atteint les degrés héroïques de la vertu si elles n'avaient eu à subir elles aussi de semblables épreuves?

D'autres n'auront pas ce genre de peines, mais ils ressentiront vivement les difficultés des œuvres de zèle, les amertumes de la vie apostolique et surtout la douleur extrême que leur causent les iniquités de tant d'âmes qu'ils voudraient à tout prix gagner à Dieu. Cette pensée tirait des larmes au curé d'Ars : c'était pour lui une désolation amère de voir son Dieu si peu aimé, si indignement et si universellement offensé.

COMMENT S'ACQUIERT L'HEROLSMH: 38 i

C'est encore une épreuve d'un g-enre différent que celle qui fut envoyée à saint Vincent de Paul: pris par les Turcs, il demeura de longs mois esclave à Tunis au milieu des populations infidèles et barbares, où tout secours religieux lui faisait défaut et où son zèle ardent se trouvait réduit à l'impuissance. Tout cela acheva en lui l'œuvre de dépouillement et de soumission héroïque à la volonté divine, si bien commencée déjà.

De même, l'état extraordinaire d'impuissance où M. Oher fut réduit quelque temps après sa conversion avait évidemment pour but de le détacher complètement de lui-même et de mener jusqu'à l'héroïsme son esprit d'abnégation.

V. De tout ce que nous avons dit suit cette autre différence que certaines âmes concentrent en elles-mêmes toutes ces épreuves, sans que rien trahisse à l'extérieur le travail de purification qui s'accomplit dans le secret de leur cœur; d'autres, au contraire, surtout parmi les femmes, ne peuvent pas ne pas laisser percer au dehors rabattement extrême où elles sont réduites. Sainte Catherine de Gênes dit, en parlant d'elle-même, « qu'elle était tellement accablée et abîmée dans la vue des péchés qu'elle avait commis contre Dieu , qu'elle

avait pliUôt l'air d'une bête sauvage épouvantée que d'un être raisonnable )).(Dialo(jue, i'^® partie, ch. XI.)

219. Remarque. — Il ne faudrait pas, cependant, rapporter toutes les peines que les Sainls ont à endurer à cette crise salutaire que saint Jean de la Croix appelle la nuit de l'esprit. Nous pensons qu'il faut rang-er parmi les purifications de cette nuit seulement les épreuves qui ont pour but d'affermir Tâme pour l'amener à l'héroïsme. Plus tard, quand cette âme sera bien fondée en humilité et embrasée de charité, les épreuves ne disparaîtront pas de sa vie, mais elles n'auront plus ce caractère d'anxiété, de trouble, ce sentiment de délaissement, d'abandon de Dieu, qu'elles ont le plus souvent à l'entrée de la vie héroïque.

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