II
rencontres je porte un état crucifiant ; mon âme contemple Dieu, qui cependant semble jse plaire à me rendre captive : je voudrais l'embrasser et traiter avec Lui comme à mon ordinaire, mais II me tient comme une personne liée ; dans mes liens, je vois qu'il m'aime, mais pourtant je ne Le puis embrasser. Ah ! que c'est un grand tourment ! Mon âme cependant y acquiesce, parce qu'il ne m'est pas possible de vouloir un autre état que celui où sa divine Majesté me veut^ »
222. Paix. — Ce grand dépouillement et cet anéantissement de la volonté sont accompagnés d'une paix profonde. Entendons encore le témoignage de sainte Chantai : « Je sens mon esprit tout libre et dans je ne sais quelle consolation profonde et infinie de se voir ainsi entre les mains de Dieu. Il est vrai que le reste demeure toujours fort étonné, mais en faisant bien ce que vous me dictez, mon unique père, comme je ferai sans doute avec le secours de Dieu, tout ira toujours mieux.»
^ Même dans cet état sublime d'oraison les distractions sont possibles, mais elles sont légères. La Vénérable dit en effet : « Comme rien de matériel ne se trouve en cette occupation intérieure, parfois mon imag-ination me travaille par des bag-atelles qui, n'ayant point de fondement, s'en vont comme elles viennent. » (Lettre 182, p. 3oi et 3o2.)
LEURS DISPOSITIONS INTIMKS 887
Et, dans un autre billet du même jour, elle dit encore : « Je ne vous ai pas dit que je suis avec peu de lumière et de consolation intérieure : je suis seulement paisible partout. » (9 août 16 19.)
« Quand Dieu, dit le P. Surin, a conduit l'âme par les travaux ou par les passag-es ténébreux de la montagne, et qu'il commence à lui faire voir la lumière de la région sublime de son amour, 11 fait écouler sur elle une paix abondante comme un grand fleuve : Declinabo super eam quasi jluvium pacis (Isaïe, lxvi, 12.). Ce sont des torrents de paix : non seulement c'est un calme qui ressemble à la bonasse de la mer, ou au cours tranquille des grands fleuves, mais cette paix et ce repos divin viennent dedans comme des torrents qui l'inondent et l'àme sent vraiment, après les tempêtes passées, comme des inondations de paix. » {Amour de Dieu, m, 2.)
223. Humilité. — Un autre fruit de cette profonde purification, c'est une humilité vraim.ent héroïque.
« L'amour excessif auquel l'âme est en proie lui fait sentir, avec d'amers regrets, combien ses œuvres sont peu en rapport avec ses désirs, car elle souhaiterait et trouverait doux de se donner mille fois la mort pour Dieu. Elle se croit un être
fort inutile et dont la vie est stérile. Il en résulte un autre admirable effet d'humilité : l'amour lui montrant d'abord tout ce que l'on doit à Dieu, puis lui faisant estimer défectueuses et imparfaites les actions qu'elle fait pour Lui, elle se croit la plus mauvaise des créatures. » {Nuit obscure,