LEUR DIRECTION
artiuni regimen animariim, et celui qui est appelé à l'exercer doit demander instamment au Seigneur les lumières nécessaires. Mais si ce devoir de la prière s'impose à tout directeur, n'eût-il à conduire que des âmes d'une vertu commune, il devient d'autant plus impérieux que les âmes confiées à ses soins sont plus élevées en perfection.
Diriger une âme d'élite appelée par Dieu à la pratique d'héroïques vertus est une charge redoutable; celui qui l'a reçue doit redoubler de soins dans le travail de sa propre sanctification, s'appliquer lui-même à pratiquer le renoncement absolu et l'amour divin dans toute sa perfection. En effet, plus ses propres dispositions seront parfaites, mieux il comprendra les dispositions intimes des âmes saintes et aussi la conduite de Dieu sur elles : ceux qui ne sont pas fervents, fussent-ils très doctes, ne peuvent comprendre ce qui se passe dans le cœur des Saints, et leur complète inexpérience des opérations mystiques de la grâce rend leur tâche de directeur beaucoup plus difficile.
Du reste Dieu prend plus volontiers comme interprète de ses volontés ceux qui sont plus aimants et plus saints; Il les éclaire. Il les inspire, Il trouve en eux des instruments dociles; au con-
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traire les cœurs nég-Iig-ents ou imparfaits présentent beaucoup d'obstacles aux lumières qu'il veut communiquer.
236. Quand un directeur a sous sa conduite une âme qui lui paraît héroïque, il doit avant tout s'assurer qu'elle est vraiment parvenue à ce degré, car Dieu a de grands desseins sur ces âmes saintes et le directeur doit les favoriser.
La vraie marque sera la pratique surhumaine des vertus. D'abord de l'humilité. Le père spirituel a le droit d'éprouver son pénitent. Quand il en aura Toccasion il pourra le reprendre avec sévérité, parfois avec rudesse, quelquefois même le rebuter et ne pas faire attention à ses paroles, à ses actes, à sa personne. Mais il n'agira de la sorte que rarement et ne fera pas de celte manière d'agir sa règle habituelle : ne doit-il pas se soutenir qu'il représente Notre-Seigneur ? or, si le divin Maître mit à l'épreuve la foi de la Chananéenne, si un jour II appela saint Pierre Satan, Il n'en fut pas moins, dans sa conduite habituelle, plein de bonté et d'aménité pour tous. A plus forte raison, le directeur ne doit-il pas, sous prétexte de réprouver, faire sortir cette âme généreuse de la voie où Dieu l'appelle.
Deux autres vertus doivent servir aussi de cri-
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lerium : la fidélité au devoir d'état et la charité envers le prochain. Quand même chez une personne certaines vertus paraîtraient au-dessus des forces communes de l'humanité, si les autres vertus et particulièrement la charité et la fidélité aux devoirs d état n'étaient pas, elles aussi, aimées et pratiquées d'une façon parfaite, il ne faudrait pas conclure à l'héroïsme.
287. Les âmes héroïques ont encore à veiller sur leur tempérament qui n'a pas perdu toute son influence. Si elles sont d'un naturel bouillant, elles sont exposées à mêler à leurs entreprises, à leur soif de sacrifices une certaine ardeur trop humaine, et elles doivent être modérées. Si elles sont portées naturellement à la mélancolie, il ne faudrait pas attribuer uniquement à l'humilité leurs inquiétudes, leur besoin de s'examiner sans cesse, les craintes qu'elles éprouvent de ne pas a§"ir purement pour Dieu ou de gâter l'œuvre divine en y prêtant leur concours, et il ne faut pas craindre de leur reprocher leurs angoisses et de les engager à un abandon absolu et à une sainte audace.
Du reste, le directeur n'aura guère qu'à favoriser le travail de la grâce qui dans ces âmes d'élite tend sans cesse à détruire les restes des
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défauts naturels. L'Esprit de Dieu leur fait connaître par ses reproches intimes ce qui est encore défectueux dans leur conduite, et les aveux qu'elles en font volontiers éclairent leurs directeurs.