CHAPITRE PREMIER
Itinéraire de l'héroïsme à la sainteté parfaite
I I . Le but à atteindre : Vanion transformante
289, Nous avons décrit précédemment l'état d'union et nous avons montré que ce qui le constitue, c'est l'identité habituelle de volonté entre l'âme et Dieu. Mais les saints auteurs décrivent une autre espèce d'union beaucoup plus parfaite, «'est l'union transformante ou la transformation d'amour. « L'amour, dit saint Jean de la Croix, n'arrive jamais à sa perfection que quand les amants sont assez étroitement unis pour que chacun d'eux se transforme en l'autre ». {Cant. spir., str. 2.)
L'union inférieure se fait par la volonté qui s'établit dans la disposition habituelle de ne vouloir que ce que Dieu veut. Il y aura plus dans l'union transformante. Il y aura action divine atteignant l'âme dans son fond, dans son centre le plus intime, cohabitation plus spéciale de Dieu en elle, ce grand Dieu la rendant plus semblable
4i6 LES GRANDS SAINTS
à Lui-même, lui accordant une communication beaucoup plus parfaite de ses divines perfections^ en un mot la déifiant d'une façon plus complète et plus merveilleuse que dans les états précédents.
L'union transformante, qui n'est du reste que la grâce sanctifiante, dans son degré le plus élevé, semble absorber, ou plutôt pénétrer, sans les détruire, toutes les énergies de l'âme; alors toutes, ou du moins presque toutes les œuvres de cette âme, deviennent admirablement surnaturelles, sa vie entière est comme divinisée.
(( La nature des deux Epoux (Dieu et l'âme) est différente, il est vrai, mais la beauté surnaturelle de leur physionomie et la gloire dont ils rayonnent semblent les identifier si complètement l'un avec l'autre que l'on dirait une transfiguration de l'âme en Dieu et de Dieu en l'âme. » (Cant. spir., str. 3i.)
Sainte Angèle de Foligno parle de même : « Le troisième degré est la plénitude de la perfection et la transformation de l'âme en Dieu... Les élus de ce troisième degré m'apparaissent transformés en Dieu , de sorte qu'en eux je ne vois plus que Jésus, tantôt souffrant, tantôt glorifié; il me semble qu'il les a transsubstantiés et engloutis dans son abîme. » (Gh. xlvii.)