‹ Les degrés de la vie spirituelle (volume 2)Chapitre 67 sur 79 · II - i · texte numérisé non relu

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tout entier participe à l'union divine et au repos délicieux qu'elle procure.

(( Les quatre passions naturelles (le désir, la joie, la crainte, la tristesse) ne peuvent plus non seulement s'emparer de l'âme et la dominer, mais pas même lui causer le moindre désagrément. L'élévation et l'indomptable énergie de l'âme sont dans cette admirable transformation quelque chose de merveilleux. Autrefois, les eaux de la douleur, dans une foule de circonstances, la pénétraient tout entière; aujourd'hui il n'en va plus ainsi, alors même qu'il s'agit de ce que les personnes spirituelles ressentent ordinairement avec le plus d'amertume, je veux dire de leurs propres péchés ou de ceux du prochain. L'âme, ainsi transformée, apprécie, sans aucun doute, et comprend parfaitement la gravité de ces péchés, mais ils ne lui causent plus ni douleur, ni aucune impression pénible. Elle n'éprouve même pas pour ces péchés le sentiment de la compassion, quoiqu'elle pratique avec la plus haute perfection les œuvres de cette vertu. En perdant tout ce qui, dans cette vertu, dénotait quelque faiblesse, elle a conservé tout ce qui en fait la force, la puissance et la perfection. Dans cette transformation d'amour elle agit comme les anges, qui apprécient

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parfaitement tout ce qui cause de la douleur sans en ressentir aucune, et qui exercent les œuvres de la miséricorde sans éprouver le sentiment de la compassion. » (Cani. spir.y str. 20.)

Il faut cependant se garder d'exagérer cette doctrine, car, ne l'oublions pas, l'absence absolue de douleur est réservée à la patrie céleste.

« Il est vrai, dit saint Jean de la Croix {Ibid.), que Dieu permet quelquefois, dans certaines conjonctures, que l'âme épouse sente vivement des choses pénibles et qu'elle en si^uffre, soit pour lui donner occasion de mériter davantage, soit pour raviver son amour, soit pour d'autres motifs également dignes de Lui, comme il le fit à l'égard de la Vierge Marie, sa Mère, de l'Apôtre saint Paul et d'autres Saints. Mais il n'en est pas moins vrai que l'état du mariage spirituel est, de sa nature, incompatible avec ces peines. »

262. On trouvera peut-être que, même avec cette restriction , saint Jean de la Croix va un peu loin dans la peinture de ce bonheur sans nuages. La sainteté n'est point l'insensibilité. La mort de Lazare et la douleur de Marthe et de Marie, les malheurs qui devaient fondre sur Jérusalem ne firent-ils pas couler les larmes de Jésus? Que parfois la vue même des péchés commis ne cause

à l'âme sainte, dans la plénilude de son bonheur, ni trouble, ni affliction, comme il arrive à nos ang-es g^ardiens, c'est fort vraisemblable; mais que ce soit là sa disposition, pour ainsi parler, constante, c'est plus contestable. Souvent, croyonsnous, elle éprouvera en présence du péché une peine profonde, semblable à celle que ressentit Notre-Seig-neur pendant sa Passion. Cependant, même dans ce cas, la paix et la félicité subsistent dans la partie supérieure ou, pour mieux dire, dans l'extrémité suprême de l'âme, sans être en rien altérées par les douleurs et les agitations inférieures.

« Le monde, dit sainte Catherine de Sienne, lorsqu'il lance les injures, la persécution et les murmures sur mes parfaits serviteurs — c'est Dieu le Père qui parle — ne trouve aucun endroit où il puisse les atteindre, parce que le jardin de leur âme est fermé et le trait revient sur celui qui l'a lancé, empoisonné par la faute. Il ne peut blesser d'aucun côté les parfaits, parce qu'en frappant le corps il n'atteint pas l'âme qui reste heureuse et affligée^ affligée de la faute du prochain et heureuse de la charité qu'elle possède.

(( Elle imite ainsi l'Agneau sans tache, mon Fils bien-aimé, qui sur la croix était heureux et affligé.

Il était afflig-é de la croix que souffrait son corps et de la croix du désir qu'il avait d'expier la faute des hommes; Il était heureux parce que la nature divine, unie à la nature humaine, ne pouvait souffrir et ravissait toujours son âme, en se montrant à elle sans voile. Il était heureux et afflig'é parce que la chair souffrait, mais que la divinité ne pouvait souffrir non plus que son âme dans la partie supérieure de son entendement. De même mes enfants bien-aimés, lorsqu'ils sont arrivés au troisième^ et au quatrième degré, sont afflig^és par des croix spirituelles et corporelles, puisqu'ils

^ Dans ces lignes il est question non seulement du quatrième degré qui est, dans la classification adoptée par la Sainte, la perfection suprême, mais aussi du troisième qui est un état de perfection inférieure. Cependant comme elle reconnaît que la paix dont elle parle découle de la béatitude, comme par ailleurs elle déclare que la béatitude chez les âmes parfaitement saintes est bien plus constante que chez les âmes d'une sainteté moindre, il s'ensuit que la paix attribuée dans ce passage aux âmes du troisième et du quatrième degré ne laisse pas d'être chez ces dernières bien plus profonde et bien plus inaltérable. Dans le degré précédent, en effet, l'âme passait par des périodes enivrantes de paix et de bonheur, mais il y avait des intermittences : les absences de son Bien-Aimé, les anxiétés d'amour venaient, sinon détruire, du moins obscurcir, amoindrir sa paix. Maintenant il n'en va plus de la sorte, et la paix est bien plus continuelle.

souffrent dans leur corps, comme je le permets,, et qu'ils sont tourmentés du regret que leur causent mon offense et le malheur du prochain y mais ils sont heureux, parce que le trésor de la charité qu'ils possèdent ne peut leur être enlevé, et c'est pour eux une source d'allégresse et de béatitude. » (Dial., ch. i68.)

Saint Jean de la Croix, en nous faisant une si douce peinture de l'état des âmes saintes, faisait vraisemblablement sa propre histoire : le Seigneur, après l'avoir fait passer par les épreuves terribles qu'il a si bien analysées dans le livre de la Nuit obscure, avait pu lui communiquer une paix sans nuages que les épreuves extérieures les plus cruelles ne parvenaient plus à troubler. Les Saints et nombre d'auteurs spirituels, dans les tableaux qu'ils nous présentent des phénomènes intérieurs, sont tout naturellement portés à se peindre eux-mêmes. Comment, voulant faire connaître des états dont ils ont l'expérience, ne les décriraient-ils pas tels qu'ils les éprouvent? Leurs descriptions n'en sont que plus précieuses, mais elles ne s'appliquent pas toujours à tous les cas analogues.

D'autres grands serviteurs de Dieu, qui semblent s'être élevés aussi haut dans l'échelle de la sain-

teté, saint Alphonse, par exemple, ont eu des souffrances intimes jusqu'à la fin de leur vie. Sainte Véronique Juliani, la Vén. Marie de l'Incarnation endurèrent de très g'randes peines après avoir reçu la faveur du mariage spirituel. Si Marie, la Mère des douleurs, a subi au pied de la croix le plus cruel des martyres intimes, les plus grands Saints peuvent ressentir les tortures intérieures les plus aiguës. Si le divin Sauveur est mort en poussant ce cri déchirant : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné? ceux qui sont appelés à continuer sur terre sa vie d'immolation et d'expiation peuvent éprouver des peines semblables aux siennes, à quelque haut degré de sainteté qu'ils soient parvenus.

I 5. Joies des âmes saintes

263 . Sainte Catherine de Sienne semble distinguer l'allégresse et la béatitude. Saint Jean de la Croix distingue formellement la béatitude substantielle, résultant de l'union avec Dieu, et les jouissances accidentelles qui viennent s'y ajouter. Ces dernières sont nombreuses et variables, mais la première est si pleine et si puissante qu'elle n'en subit pas de modification. « Quant à ces impressions de la joie qui se faisaient autrefois

sentir à elle plus ou moins vivement, l'âme désormais ne s'aperçoit pas de leur diminution, et leur abondance ne lui cause aucune surprise. La joie dont elle jouit habituellement est si grande, qu'elle ressemble à la mer qui ne peut ni diminuer par l'évaporation de ses eaux, ni se gonfler par les cours d'eau qui viennent se jeter dans son sein... Les jouissances et les douceurs accidentelles sont cependant si loin de lui faire défaut, que celles dont elle jouit ordinairement ne se peuvent dire. Et cependant elles n'ajoutent rien à ce qu'il y a de substantiel dans la communication spirituelle qui lui est faite..., ce qu'elle possède en ellemême étant bien supérieur à ce qui peut lui venir d'ailleurs. Ainsi donc, toutes les fois qu'il se présente à l'âme, ou extérieurement ou intérieurement, quelque chose qui peut lui procurer de la joie ou de l'allégresse, elle revient tout aussitôt aux richesses que déjà elle possède en elle-même et dans lesquelles elle trouve infiniment plus de délices et de jouissances que dans les impressions nouvelles qui viennent la visiter. Elle semble avoir en cela une certaine ressemblance avec Dieu qui, tout en prenant ses délices en toutes choses, n'en trouve cependant jamais autant ailleurs qu'en Lui-même, parce qu'il possède en Lui un

bien suréminent devant lequel disparaissent tous les autres...

« Les jouissances accidentelles que procurent à l'âme les nouvelles communications spirituelles dont elle se voit gratifiée sont si peu de chose en comparaison du bonheur substantiel que déjà elle possède en son intérieur, que nous pouvons les regarder comme si elles n'étaient pas. L'âme parvenue à cette complète transformation qui lui a donné son parfait développement ne fait, en sens inverse de celles qui n'ont pas le même bonheur, aucun progrès par suite de ces grâces nouvelles. Mais ce qui tst admirable, c'est que cette âme, sans recevoir de nouvelles jouissances, paraît toutefois recevoir continuellement de nouveau celles que déjà elle possédait. C'est qu'elle ne cesse de savourer avec un nouveau plaisir ce bien immense, qui toujours ancien est toujours nouveau pour elle et, de la sorte, il lui semble recevoir à toute lieure des faveurs qu'elle n'avait pas reçues -encore, bien qu'en réalité il n'en soit rien. » (fiant, spir., str. 20.)

I 6. Lumières accordées aux âmes saintes

264. « Que si maintenant nous voulions parler de la merveilleuse illumination dont l'âme, dans

cet embrasement continu de son Dieu, est parfois éclairée..., toutes nos paroles seraient impuissantes et ne parviendraient pas même à en donner la moindre idée. » {Ibid.)

Ici encore, nous semble-t-il, il faut remarquer un double élément. L'âme sainte jouit d'une sorte d'illumination substantielle et quasi permanente à laquelle se joignent des lumières accidentelles.

C'était l'illumination essentielle et fondamentale qui permettait à sainte Thérèse de se voir constamment en présence des trois Personnes de la sainte Trinité. C'est encore l'illumination substantielle, quoique moins nette cette fois et moins précise, que décrit le B. Suzo, et qu'il appelle le dernier degré d'union avec Dieu.

(( L'âme fidèle à imiter Jésus-Christ peut se rencontrer avec Lui dans les profondeurs de sa Divinité, puisqu'il lui a été fait cette promesse : « Là où je serai, sera aussi mon serviteur ». C'est là un rendez-vous plein de joie et de bonheur. L'esprit y perd son activité et disparaît dans l'océan de sa divine essence, et c'est là justement son salut et sa félicité. . . . L'esprit des hommes parfaits peut s'élever jusqu'à l'abîme de la Divinité, à cet océan de l'intelligible ; il peut s'y plonger et nager dans les profondeurs infinies de la divine

essence, et là, détaché de toutes pensées vulg^aires, rester immobile dans les secrets de la Divinité. L'homme alors se dépouille de l'obscurité de sa lumière naturelle et se revêt d'une lumière supérieure. Dieu l'attire dans la simplicité de son unité, où il se perd lui-même pour se transformer en Dieu, non par nature, mais par grâce; et, dans cette mer infinie de lumière qui l'environne, il jouit d'un silence qui est la paix et la félicité parfaite. II comprend le Rien éternel et existant qui est l'essence divine et incompréhensible, le Rien qu'on appelle rien parce qu'il n'est rien des choses créées, et que l'esprit humain ne peut trouver aucune créature qui puisse le contenir; il voit que ce Rien surpasse toute intelligence et qu'il est incompréhensible pour tous.

(( Lorsque l'esprit commence à se fixer dans les ténèbres de la lumière, il perd toute propriété de lui-même, toute action; il ne se connaît plus, parce qu'il est absorbé, enseveli en Dieu. Et, comme à cette hauteur de la contemplation il reçoit dans sa propre substance une lumière qui rayonne de l'unité de la divine Essence et de la trinité des Personnes, son esprit se perd dans ces splendeurs; il meurt à lui-même et à l'emploi de ses forces et de ses facultés; il est ravi et comme égaré par une

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ignorance divine, il est absorbé dans le silence ineffable de la lumière infinie et de l'unité suprême. C'est là le point le plus élevé que puisse atteindre l'esprit de l'homme.

« Saint Denys, l'Aréopagite, appelle cet état : « la hauteur inconnue et lumineuse, les ténèbres profondes d'une splendeur éblouissante, le rayon de l'obscurité divine », parce que l'âme s'y unit à la divine Essence, et que, dans cet Océan de lumière, elle la voit, la contemple et la possède; ce qu'elle comprend dans ce ravissement, c'est que l'infini surpasse sa raison et qu'il reste inconnu à toutes les intellig^ences; mais cet inconnu elle en jouit à travers l'obscurité et les ténèbres d'une lumière qui lui découvre l'immensité et l'incompréhensibilité de Dieu. » {Traité de r union avec Dieu, I 6, édition Cartier.)

265. Cette contemplation merveilleuse ne saisit pas toujours l'âme avec autant d'énerg-ie. Par moments l'impression sera moins forte; mais il restera un sentiment profond de la Divinité, une lumière qui, pour être plus douce et moins éblouissante, ne laissera pas d'être ég-alement pénétrante et de maintenir une sorte de perception de Dieu extrêmement précieuse et salutaire.

LE DERNIER DEGRÉ DE LA SALMETÉ /jôi

C'est de cette contemplation de l'Etre divin plus ou moins distincte, mais extrêmement élevée et féconde, que procède la joie essentielle décrite plus haut par saint Jean de la Croix; c'est elle qui engendre les actes d'amour de Dieu très sublimes dont nous traiterons plus loin, et qui rendent si merveilleusement élevés les mérites des âmes saintes.

Alors l'influence de la Divinité s'exerce sur elles puissamment, allumant dans leur cœur comme une soif de l'infini. Chacun des attributs divins produit en elles son opération propre; en présence de la Sainteté divine, elles ressentent vivement leur impureté; l'idée qu'elles ont de la gloire et de la splendeur de Dieu fait mieux ressortir à leurs yeux leur propre laideur, la Toute-Puissance, l'Immensité, TÉternité du Très-Haut, leur faiblesse et leur impuissance, leur petitesse et leur néant.

266. Les lumières accidentelles que Dieu daigne accorder à l'âme épouse lui viennent assez souvent par la voie de la pure intelligence selon le mode de perception des anges et des âmes séparées (V. supra, n. 33.)

« Le quatrième (et suprême) degré de la con-

templalion, dil le P. Laîlemant, est quand l'âme n'agit plus par l'imag-ination, qui sert aux ravissements et aux extases, mais que Dieu l'éclairé admirablement par des espèces ou par des lumières intellectuelles et indépendantes de l'imagination et des fantômes. Pour lors, il n'y a que la plus haute pointe de l'esprit qui agisse, ou pour mieux parler, qui reçoive l'opération de Dieu, et cette divine opération n'empêche point l'action extérieure des sens. . .

« Dans cet état Dieu donne quelquefois pour un temps, quelquefois pour toujours, des connaissances si pénétrantes que, sans voir des yeux les personnes avec qui l'on traite, on les voit de l'esprit, et on sait ce qu'elles veulent dire avant qu'elles ouvrent la bouche. On sait ce qu'il faut répondre en toute occcasion, et sur toutes les affaires qui se présentent. On reçoit des lumières surnaturelles pour se conduire toujours et en tout par l'Esprit de Dieu.

« C'était là le degré d'union divine où étaient ordinairement les Apôtres, même au milieu du monde et parmi leurs plus grandes occupations. » (Doctr. sp., 7^ pr., ch. iv, art. 8.)

267. Les lumières accidentelles peuvent, chez ces grands serviteurs de Dieu, devenir très fré-

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quentes; elles portent surtout sur les dogmes fondamentaux de la Religion.

« Dans cet état si sublime du mariage spirituel, dit saint Jean de la Croix, l'Époux découvre à 1 ame comme à sa fidèle compagne ses plus merveilleux secrets et, comme l'amour véritable et parfait ne sait rien cacher au cœur qu'il aime, Il le fait très fréquemment et avec la plus gracieuse condescendance. Dans ces communications intimes II la fait entrer surtout dans la connaissance profonde de son Incarnation et des moyens admirables qu'il a employés pour accomplir la rédemption de l'humanité. » (Cant., sir. 23.)

On voit un exemple de cela dans la vie de saint François de Sales. « Un jour qu'il se préparait à monter à l'autel, absorbé dans la méditation jusqu'à oublier l'heure ordinaire de sa messe, un de ses aumôniers étant venu l'avertir qu'on l'attendait : (( Ah ! s'écria-t-il en se levant avec allégresse, je vais donc Le prendre ce divin Sauveur, je vais donc Le prendre. » Et il se revêtit des ornements sacrés en faisant paraître une joie extraordinaire. Interrogé ensuite par son confesseur sur le motif de cette joie : « C'est, répondit-il, que Dieu m'a donné de grandes lumières sur rincarnalion et l'Eucharistie et m'a

inondé d'une telle abondance de grâces que la joie intérieure s'est reflétée sur mon extérieur. » {ViCy par M. Hamon, vi, 8.)

268. En parlant des grâces accordées aux âmes héroïques nous avions dit que celles qui appartiennent à la voie extraordinaire ne sont pas accordées à toutes. Cette remarque, le lecteur l'aura compris, s'applique aux âmes saintes : ainsi les lumières communiquées par voie de visions intellectuelles, la manifestation ou déclaration faite par Dieu de cette union très étroite avec Lui qui est le mariag"e mystique, l'absence de peines de cœur ou de souffrances intimes, ne sont pas essentielles à l'union transformante; des âmes peuvent l'obtenir sans recevoir ces fa^ eurs. Ce qui parait essentiel à cette union, ce qui semble la consommation du travail de la g'râce dans une âme, ce que les cœurs g'énéreux peuvent désirer et demander au Seigneur, ce sont les lumières très élevées sur Dieu, l'amour intense et sublime, la pleine domination de la g-râce dans toutes les puissances de l'âme avec cette paix profonde et constante, cette pleine possession de soi-même qui en est la conséquence.

^ 7. Vertus admirables des grands Sainfs. Leur charité. Lear crédit auprès de Dieu

269 « Quelques-uns disent que les âmes qui sont élevées à ce degré sont confirmées en grâce. Il est certain qu'elles y exercent des actes de vertu si purs et si parfaits, qu'il n'est pas concevable combien ils honorent Dieu et augmentent le mérite de l'âme. »

Ainsi parle le P. Lallemant. Saint Jean de la Croix est de ceux qui pensent que les âmes arrivées à ce degré d'amou^ sont confirmées en grâce (Cant., str. 22.). Jésus, l'Epoux très fidèle, pourrait-Il permettre que l'âme avec qui II a contracté une alliance si étroite l'abandonne et se perde? Il déclarait, nous l'avons vu, à sainte Véronique Juliani qu'il voulait contracter avec elle une union perpétuelle et indissoluble. Sainte Thérèse au contraire semble reconnaître pour ces âmes la possibilité d'une faute gravée

Quant aux fautes vénielles de fragilité tous

^ Elle ne s'exprime pas clairement : « Des péchés mortels -dont elles aient conscience, dit-elle, ces âmes sont exemptes, mais elles ne sont pas en sécurité; car elles peuvent en être coupables sans le savoir, ce ;^ui n'est pas pour elles un petit tourment. » (7* Dem., ch. iv.;

reconnaissent qu'elles en commettent encore, a Ne vous fig-urez pas, dit sainte Thérèse, que ces âmes, pour grands que soient leurs désirs et ferme leur résolution de ne commettre pour quoi que ce soit au monde une imperfection, en soient exemptes; elles ne laissent pas d'en commettre beaucoup et même des péchés, mais non de propos délibéré. » « De vérité, disait la Vén. Marie de Tlncarnation, je suis une grande pécheresse, qui commets des lâchetés sans nombre, des puérilités sans fin, des faiblesses sans mesure. » (Vie, iv, i, p. 606.) II faut sans doute dans ces aveux faire très grande la part de l'humilité, mais nous ne devons pas oublier que Timpeccabilité n'existe pas sur la terre. Nous ne comprenons pas, il est vrai, comment peuvent pécher ces âmes qui reçoivent des grâces aussi puissantes et aussi continuelles, qui ressentent d'une façon habituelle la motion du Saint-Esprit, qui possèdent Dieu au centre d'elles-mêmes, dans une région où les orages des tentations ne pénètrent pas, bien plus qui ne ressentent que très faiblement, dans la partie inférieure elle-même, les premiers mouvements des passions humaines : mais Adam et Eve étaient-ils m.oins favorisés? les anges, avant leur chute, surtout les plus élevés et particulièrement

Lucifer, n'élaient-ils pas comblés des grâces les plus précieuses et affranchis de toute concupiscence? Cependant ils furent gravement infidèles; il n'est donc pas étonnant que ces âmes saintes, malgré tant de faveurs, restent sujettes à de très légères infidélités.

270. C'est ici que les auteurs mystiques placent le désintéressement héroïque sur lequel on a tant discuté et qui fut, il y a deux siècles, l'objet d'une si vive controverse entre deux illustres évêques.

Pour élucider ce sujet délicat et voir à quel point de perfection s'élève la charité de ces grandes âmes, écoutons d'abord saint François de Sales traitant avec sa grâce ordinaire cette grave question :

« Au-dessus de toutes ces âmes, il y en a une très uniquement unique..., la plus aimante, la plus aimable et la plus aimée de toutes les amies du divin Epoux, qui non seulement aime Dieu sur toutes choses et en toutes choses, mais n'aime que Dieu en toutes choses ; de sorte qu'elle n'aime pas plusieurs choses, ains une seule chose qui est Dieu. Et parce que c'est Dieu seul qu'elle aime en tout ce qu'elle aime, elle l'aime également partout, selon que le bon plaisir d'icelui le requiert, hors de toutes choses et sans toutes choses.,. Si

ce n'est que mon Sauveur que j'aime, pourquoi n'aimerai-je pas autant la montag-ne du Calvaire que celle de Thabor, puisqu'il est aussi véritablement en l'une qu'en l'autre... Or, cette sacrée amante n'aime non plus son roi avec tout l'univers que s'il était tout seul sans univers, parce que tout ce qui est hors de Dieu et n'est pas Dieu ne lui est rien. Ame toute pure gui n'aime pas même le paradis, sinon parce que U Epoux y est aimé, mais l'Epoux si souverainement aimé en son paradis, que s'il n'y avait point de paradis à donner il n'en serait ni moins aimable, ni moins aimé par cette courag^euse amante, qui ne sait pas aimer le paradis de son Epoux, ains seulement son Epoux de paradis, et qui ne prise pas moins le Calvaire tandis que son Epoux y est crucifié que le Ciel où il est glorifié. » (Amour de Dieu, X, 5.)

271. L'amour de Dieu va donc si loin chez ces âmes saintes que le plus habituellement elles s'oublient elles-mêmes, absorbées qu'elles sont dans leur amour et ne songeant qu'aux intérêts de leur Dieu.

« Il n'est pas étonnant, dit saint Jean de la Croix, que l'âme, enivrée qu'elle est de l'amour divin, ne se préoccupe nullement de la gloire que

Dieu doit lui donner, mais qu'elle se livre exclusivement à Lui par un immense amour sans songer le moins du monde à ses propres intérêts. » (Cant. spir., str. 38.)

C'est bien ainsi que nous sont dépeints les habitants du neuvième rocher.

« Jésus-Christ. — Ils sont si affermis dans la foi qu'ils ne veulent savoir que Jésus crucifié, et leur humilité est si profonde qu'ils se jug'ent indig"nes de toutes les faveurs extraordinaires de Dieu et de ses consolations célestes. Aussi ne les désirent-ils, ne les demandent-ils jamais.

« Henri. — Que demandent-ils à Dieu dans leurs prières, s'ils ne désirent rien sur la terre et dans le ciel?

« Jésus-Christ. — Ils demandent qu'en eux et dans toutes les créatures tout serve à la g-loiredu Dieuqu'ilsaiment, qu'ils veulent, qu'ils recherchent par tous les moyens. Ils sont tellement perdus en Lui, que tout ce qui leur arrive, ainsi qu'aux autres créatures, leur semble une faveur précieuse. Si Dieu leur accorde sag-râce, ils Le bénissent, si Dieu les en prive, ils Le bénissent encore. Ils n'ambitionnent rien sur la terre, ils préfèrent seulement l'amertume à la douceur, parce qu'ils sont passionnés pour la croix.

« Henri. — S'ils n'aiment rien, craig'nent-ils quelque chose?

« Jésus-Christ» — Ils ne craig^nent ni l'enfer, ni le purgatoire, ni le démon, ni la vie, ni la mort; ils sont affranchis de toute crainte servile. Ils ne redoutent qu'une chose, c'est de ne pas imiter les exemples de Jésus-Christ comme ils le désirent. Leur humilité est si profonde qu'ils se méprisent eux-mêmes, ainsi que tout ce qu'ils font, et qu'ils se mettent aux pieds de toutes les créatures, n'osant jamais se comparer à personne. Ils aiment également tous les hommes en Dieu, et ils s'attachent avec un grand amour à tous ceux qui Lui sont chers. Ils vivent morts et comme ensevelis pour le monde, et le monde aussi est mort et perdu pour eux. Les opérations de l'esprit où l'homme renonce le plus difficilement à sa volonté sont soumises et anéanties. Ils ne se recherchent jamais ; ils n'aiment pour eux ni plaisir ni honneur. Ils ont renoncé à toutes créatures dans le temps et dans l'éternité, et ils vivent dans une sublime ignorance, puisqu'ils ne savent que Jésus crucifié. »

272. Il y a donc dans le feu de la charité dont ces âmes sont embrasées un oubli, une abstrac-

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lion d'clles-niemes, non pas continuel, c'est évident, mais très fréquent.

N'y a-l-il pas même davantag-e? La charité est jalouse. Ravie comme elle l'est parles perfections de son Dieu, cette âme n'en viendra-t-elle pas quelquefois, dans l'impétuosité de son amour, jusqu'à rejeter expressément tout ce qui est en dehors de Dieu comme n'étant rien près de Lui, et tout ce qui n'est pas le bien de Dieu comme indigne de ses affections et de ses désirs ? Sa propre béatitude elle-même, en tant que cette béatitude plaît à la nature, en d'autres termes la satisfaction que la nature trouvera dans le repos éternel, ne pourra-t-elle pas en faire bon marché ; n'en viendra-t-elle pas dans les élans de son cœur jusqu'à déclarer qu'elle ne se compte pour rien en présence de son Dieu, et qu'elle l'aime tellement que la privation même de ce bonheur ne détruirait pas son amour?

Cet acte de charité n'a rien d'impossible. On le rencontre chez les âmes héroïques, surtout dans leurs épreuves ; à plus forte raison et plus fréquemment chez les Saints du suprême degré.

273. Cet acte est-il constant de façon à devenir la disposition habituelle de ces âmes? Le soutenir

serait tomber dans Terreur condamnée par le bref d'Innocent XII. En efFet, la première des propositions extraites du Livre des Maximes était ainsi conçue : « II j a un état habituel d'amour de Dieu qui est une charité pure et sans aucun mélang-e du motif de l'intérêt propre. Ni la crainte des châtiments, ni le désir des récompenses n'ont plus de part à cet amour. On n'aime plus Dieu ni pour le mérite, ni pour la perfection, ni pour le bonheur qu'on doit trouver en l'aimant. »

Il faut donc dire que, chez les Saints dont nous parlons, on rencontre, car eux-mêmes en témoignent, les actes de désintéressement héroïque que nous venons de décrire, mais aussi des actes d'espérance simple, par lesquels l'âme désire la possession de son Dieu considérée comme son Bien suprême, et surtout et le plus fréquemment Tacte d'amour parfait au sens où nous l'avons expliqué. (N. 102.)

L'amour parfait, avons-nous dit, est non seulement l'amour de bienveillance par lequel on désire la gloire de Dieu sans retour sur soi-même, mais aussi l'amour de complaisance par lequel, ravi des amabilités de Dieu, on tend spontanément vers Lui, on désire instinctivement, et par

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la force même de l'amour, s'unir à Lui, Le mieux connaîlre, Le mieux aimer, Le mieux posséder^ sans considérer d'une manière réflexe la satisfaction que la nature trouvera dans son. union avec son Dieu.

274. Telle nous paraît en cette délicate matière la vraie doctrine, et nous croyons l'enseignement de sainte Thérèse pleinement conforme à l'explication que nous venons de donner. Qu'on enjug-e :

(( Voici, dit-elle, ce qui m'étonne le plus dans ces âmes. Vous avez vu avec quelle ardeur elles désiraient de mourir afin de jouir de la présence de Notre-Seigneur, cl quel martyre était pour elles (dans la sixième demeure) la prolongation de cet exil ; et maintenant elles sont si embrasées du désir de Le servir, de faire bénir son nom, d'être utiles à quelque âme, que, loin de soupirer après la mort, elles souhaitent vivre pendant de très longues années et au milieu des plus grandes souffrances, trop heureuses de pouvoir à ce prix procurer au divin Maître, en chose si petite que ce soit, une partie des louanges qu'il mérite. Quand elles auraient la certitude d'aller au sortir de la prison du corps jouir de la vue de Dieu et quand la pensée de la gloire des Bienheureux

se présenterait à leur esprit^ elles n'en seraient point touchées parce qu'elles ne désirent alors ni cette vue, ni cette gloire. — C'est bien là l'acte de désintéressement héroïque tel que nous l'avons exposé. — Leur g-Ioire à elles, c'est de pouvoir faire quelque chose pour le service du divin crucifié, principalement lorsqu'elles considèrent qu'il reçoit tant d'offenses et qu'il est si peu d'âmes qui, détachées de tout le reste, n'aient en vue que son honneur.

« A la vérité, lorsque parfois elles n'ont pas présente à l'esprit cette pensée de la g-loire de Dieu, et surtout lorsqu'elles voient le peu de service qu'elles Lui rendent, elles sentent avec une ineffable tendresse d'amour se réveiller en elles le désir de se voir au ciel avec leur divin Epoux, €t de sortir de cet exil — c'est bien là l'amour parfait qui, par sa propre force et sans considération réflexe sur soi, tend directement à Dieu. — Mais, rentrant presque aussitôt en elles-mêmes, «lies renoncent à ce désir et se contentent du bonheur de Le posséder toujours au plus intime d'elles-mêmes, elles Lui offrent l'acceptation volontaire de la prolong-ation de cette vie, comme le gage d'amour qui puisse leur coûter le plus en ce monde. » (7® Demeure, ch. m, traduction Bouix.)

Li: i)i:r\Nib:K L)ii:(iHK de la sainteté 47r>

275. Mais tout cela ne fait pas comprendre la profondeur, l'énergie calme, mais extraordinairement intense des actes d'amour que produisent ces âmes saintes.

(( Ah ! disait un jour sainte Catherine de Gênes, si je pouvais dire ce que sent mon cœur qui est tout brûlé et consumé ! — Dites-nous en quelque chose, répondirent ses enfants spirituels. Elle répliqua : Je ne puis trouver de mots propres à exprimer un tel amour, et il m'est avis que tout ce que j'en pourrais dire serait si loin de la réalité, que cela lui ferait injure. Sachez seulement que si une g-outte de la charité que ressent mon cœur tombait en enfer, l'enfer serait changé en paradis, car il s'y trouverait tant d'amour et d'union que les démons deviendraient des anges et les peines, des consolations. La peine infernale ne saurait coexister avec l'amour de Dieu^ »

Saint Jean de la Croix, dans le Cantique spirituel (str. 38), compare cet amour de l'âme pour Dieu à celui de Dieu pour l'âme, le premier étant une participation très inlime de l'acte par lequel Dieu s'aime Lui-même, acte auquel l'âme est comme associée. « L'âme aime Dieu avec la volonté

^ Cité par M. l'abbé Brinquant : La béatitude suprême de Viîitelligence et du cœur dans le ciel, p. 386.

et la force de Dieu lui-même... Alors, en effet, Dieu, sans aucun doute, non seulement apprend à l'âme à l'aimer comme II aime, c'est-à-dire purement et sans intérêt ; mais de plus, en la transformant en son amour, // lui communique sa propre force, qui la rend capable de l'aimer désormais selon la mesure d'intensité dont II l'aime luimême.

« Il semble donc qu'il lui met sa propre force entre les mains, et qu'il lui montre en agissant avec elle la manière d'en faire usage ; c'est-à-dire qu'il lui apprend à aimer et qu'il lui donne le moyen de le bien faire. »

« Par son aspiration divine, dit plus loin le saint auteur (str. Sg), l'Esprit-Saint élève l'âme à une hauteur incommensurable; Il la remplit de lui-même, Il la rend capable de produire en Dieu la même aspiration d'amour que dans la Très Sainte Trinité le Père produit avec le Fils, et le Fils avec le Père, et qui n'est autre que l'Esprit- Saint lui-même. Ce divin Esprit, par cette transformation qu'il fait subir à l'âme, l'aspire dans le Père et dans le Fils, afin de se l'unir par la plus étroite union. Il est impossible d'exprimer ce que produit dans l'âme cette transformation, alors même qu'elle ne s'accomplit que dans les limites

de cette vie. L'aspiration divine que Dieu, dans un état de transformation, envoie à l'âme en Luimême, l'âme, lorsqu'elle est unie à Dieu et transformée en Dieu, la Lui renvoie à Lui et en Lui. »

Dans son livre de la Vive flamme d'amour, amené à traiter le même sujet, le saint auteur y renonce : « J'hésitais, dit-il, si je parlerais de cette aspiration de Dieu; réflexion faite, je n'en parlerai décidément pas, parce que je vois, à n'en pouvoir douter, que cela m'est impossible et que, si j'en disais quelque chose, cette faveur admirable paraîtrait infiniment au-dessous de la divine réalité. Par cette aspiration que Dieu produit dans l'âme au moment où s'accomplit le réveil qui lui donne une si sublime connaissance de la Divinité, Il lui communique le Saint-Esprit selon la mesure de cette connaissance qui l'absorbe si profondément, et 11 l'embrase d'un amour d'autant plus déhcieux, qu'il est à la hauteur des merveilles dont il a été témoin. Cette aspiration étant remplie de biens et de g-loire, le Saint-Esprit en comble l'âme à son tour, et par là II la pénètre tout entière d'un amour tellement ineffable, qu'il est au-dessus de toute gloire et de tout sentiment. » (Str. 4> vers 4î 5, 6.)

Nous imiterons, et pour cause, la réserve de

saint Jean de la Croix, nous contentant de dire que, chez ces âmes d'élite, la perfection de la charité et de toutes les vertus qu'elle eng^endre dépasse tout ce que nous en pouvons concevoir.

276. Sans doute, même dans ces hauteurs sublimes de la perfection, il y a des demeures nombreuses : Mansiones miiltœ sunt, nous voulons dire des deg-rés divers de sainteté. On peut appliquer à l'union transformante ce que saint Jean de la Croix {Supra, n° loi.) dit de l'union divine en général : « Cette union d'amour renferme bien des degrés qui varient selon la capa^ cité plus ou moins grande de l'âme et la mesure des grâces accordées par le Seigneur à chacun ». Mais il n'en est pas moins vrai que le moindre degré de cette union transformante communique à l'âme des richesses merveilleuses et la rend immensément chère à Dieu.

277. Mais si l'union transformante, même dans ses degrés moindres, donne aux âmes une si haute valeur, que faut-il penser de ceux qui l'obtiennent dans une très large mesure, et qui sont des géants de sainteté ? On ne doit pas être surpris de ce que les auteurs nous disent de ces parfaits amis de Dieu et du crédit qu'ils leur attribuent sur le cœur du Souverain Maître. « Si de semblables êtres —

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ils sont rares en ce monde — étaient connus, dit sainte Catherine de Gênes, on les adorerait en terre, mais Dieu les tient inconnus à eux-mêmes et aux autres jusqu'au temps de la mort, auquel le vrai se distingue du faux. » (DiaL, 3^ partie, ch. x.)

« Quand Dieu fait la grâce à une âme, dit le P. Lallemant, de l'élever au dernier degré de la contemplation, Il ne lui refuse plus rien; elle obtient ordinairement tout ce qu'elle demande. Si on la prie de demander à Dieu quelque faveur, aussitôt qu'elle se met en devoir de présenter à Dieu sa requête, elle sent que l'Esprit de Dieu l'emporte en des secrets admirables où elle se perd, ne pensant plus au sujet de sa prière et ne se souvenant plus de ce qu'elle voulait demander, et cependant Dieu le lui accorde et ses vœux ont leur effet sans qu'elle y pense. Une âme qui est arrivée à ce point de perfection peut à elle seule soutenir, par ses prières et par son crédit auprès de Dieu, toute une religion', tout un royaume. »

Les Saints du neuvième rocher sont « tellement chers à Dieu et jouissent d'une si grande faveur auprès de Lui que, si un seul demandait une chose,

^ Un ordre religieux tout entier.

et tous les autres chrétiens le contraire, Dieu i'écouterait et l'exaucerait de préférence... La grâce qu'ils possèdent est si grande qu'elle ne peut paraître tout entière au dehors; eux-mêmes l'ignorent et ne désirent pas la connaître. S'ils sont petits par le nombre, ils sont considérables par le mérite, et c'est sur eux comme sur des colonnes solides que Dieu soutient son Eglise. Sans eux le christianisme périrait et le démon entraînerait dans ses filets le monde entier. Autrefois ces serviteurs bien-aimés étaient plus nombreux dans l'Eglise. »

On lit dans la Vie de sainte Gertrude (1. V, ch. xix) que cette Sainte, ayant eu connaissance de l'état pitoyable où se trouvait une âme du purgatoire, suppliait Dieu de lui faire miséricorde : « Seigneur, disait-elle, ne voulez-vous pas vous laisser fléchir à mes prières et pardonner à cette âme? » A quoi Notre-Seigneur répondit avec beaucoup de bonté et comme en la caressant : « Je veux, pour l'amour de toi, avoir pitié, non seulement de cette âme, mais même d'un million d'autres âmes. »

LE DERNIER DEGRE DE LA SAINTETÉ 48ï

Ah ! si nous comprenions ce quesont les Saints, combien grand est leur crédit et merveilleuse leur puissance, alors même qu'ils restent ignorés des hommes, nous n'aurions pas de désir plus ardent que celui de voir de telles âmes se multiplier dans l'Eglise ; nous supplierions Dieu avec larmes de donner au monde qui, de nos jours surtout, en a si grand besoin, ces flambeaux brûlants et luisants qui dissipent les ténèbres, réveillent la foi et réchauffent la tiédeur, ces parfaits serviteurs qui savent si bien faire l'œuvre de Dieu et travaillent avec un si prodigieux succès à la gloire de leur Maître et au salut de leurs frères.

« Seigneur , Seigneur , donnez -nous des Saints\ »

^ Lacordaire.

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