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« entre en possession de cette connaissance con- (( fuse, amoureuse, qui est pleine de paix et de « calme. » {Montée, II, i3, i4.)
Saint Jean de la Croix revient sans cesse, dans tous ses écrits, sur « cette connaissance confuse, « indistincte de Dieu, sur cette attention amou- « reuse, simple et fixée uniquement sur son « objet, à peu près comme quelqu'un qui ouvre (( les yeux pour regarder avec amour » {Vive Flamme, str. III, | 6) ; et partout il donne cette disposition comme le caractère essentiel de la contemplation 1.
i8. Sainte Thérèse, tout en employant d'autres expressions, est au fond parfaitement d'accord avec le réformateur du Carmel. Dans cet état, d'après elle, la volonté ^ g"OÛte de vraies délices, un calme profond; sans savoir comment elle se
' Quelques auteurs allèg-uent comme expliquant la nature des états mystiques certains textes de saint Jean de la Croix qui, comme nous le verrons plus loin (n^ 33), s'appliquent, non pas à l'état mystique proprement dit, mais à des faveurs particulières et exceptionnelles.
2 Ceux à qui ces lignes de sainte Thérèse paraîtraient obscures, parce qu'ils ne sont pas habitués à prendre le mot « volonté » dans le sens scolastique, n'ont qu'à y substituer le mot (( cœur », pour avoir une parfaite intelligence de tout ce passage.
L'UNION AMOUREUSfc: 35.
rend captive, elle donne simplement à Dieu son consentement, afin qu'il l'emprisonne, et Dieu, en effet, la tient liée à Lui par l'amour. Parfois l'entendement et l'imagination partag^ent ce calme et ce doux repos de la volonté, parfois ils sont au contraire en proie à toutes sortes de distractions involontaires, sans toutefois distraire le cœur de son application à Dieu.
Il y a donc là une opération divine ordinairement douce et calme qui s'empare de la volonté, si bien que celle-ci n'a qu'à se laisser faire ; elle reste sans effort de sa part, liée à Dieu par l'amour. Souvent cette union subsiste au milieu des écarts de l'imagination et de l'entendement, parfois même en dehors de l'oraison, au milieu des occupations et des travaux auxquels l'âme doit se livrer. Quand ce bien-être, ce bonheur intime communiqué à la volonté rejaillit sur les sens, envahit Tappétit sensitif, ce sont alors de vraies délices tout intimes et fort abondantes que la Sainte appelle les goûts divins.
Ainsi il est facile de s'en rendre compte en lisant ses ouvrages : partout où sainte Thérèse parle de la contemplation ordinaire, elle insiste sur l'opération que subit la volonté qui se trouve, déclare-t-elle, unie à Dieu par l'amour sans s'être
mise d'elle-même dans cette union ; tout au plus aura-t-il fallu se recueillir quelque peu, faire marcher la « noria 1 », et souvent cela même n'aura pas été nécessaire. Elle ne signale de la sorte que l'un des deux éléments reconnus par saint Jean de la Croix, le sentiment amoureux qui a son siège dans la volonté : elle ne parle pas de la connaissance générale de Dieu , sur laquelle insiste particulièrement son saint disciple. Mais ce qu'elle dit la suppose nécessairement. En effet, les affections de la volonté sont toujours produites par une connaissance intellectuelle, nihil volltiim nisi prœcognitum^ et l'un suit si bien de l'autre que l'acte de volonté participe au mode de l'acte intellectuel dont il découle. C'est justement ce qui arrive pour la contemplation : il y a dans l'intelligence une connaissance générale, indistincte de Dieu, et de là naît dans la volonté une affection également confuse et indistincte. C'est même en raison de son caractère général et vague que le sentiment amoureux, comme le déclare
^ La noria est une machine hydraulique fort commune en Espagne, une sorte de pompe à godets que l'on met en mouvement en faisant tourner un manège autour d'un poteau central ; elle permet de puiser beaucoup d'eau sans grande fatigue.