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CHAPITRE II Direction des âmes de la première demeure

Comment convient-il de travailler à la formation plus complète de ces âmes si novices dans la voie de la vertu ?

Donnons d'abord les règles générales s'appliquant également à tous ceux qui habitent la première demeure.

Article Premier. — Règles Générales

§ I . Comment on doit éclairer ces âmes ?

37. Désir d'une plus hante perfection. — Les âmes de celte première demeure ont, avons-nous dit, quelque désir de vie chrétienne, quelque estime pour la piété et les vertus surnaturelles. Plus ce désir sera ardent, plus rapides seront les prog-rès. On cherchera donc, par de solides instructions et par des exhortations particulières pressantes, à leur faire saisir toute la beauté de la piété chrétienne et les avantages immensément précieux qu'elles peuventy trouver. Dieu ne nous commande-t-il pas de travailler à notre perfection — Hœc est uoliintas Dei sanctificatio vestra : c'est la volonté de Dieu que vous soyez saints. — C'est à tous, remarque saint Jean Chrysostome, que s'adressent la parole de Notre- Seigneur : Estote perfecti, soyez parfaits ; — ut sitis perfecti et integri in nullo déficientes, « soyez parfaits et accomplis, n'ayez à vous reprocher aucune défaillance » , — disait aux fidèles l'apôtre saint Jacques (Jac. i, 4j- « Prenez les armes de Dieu, écrivait saint Paul aux chrétiens d'Ephèse, afin de pouvoir résister au jour du danger et de tout point combattants parfaits, restez fermes et

debout. » (Eph. vi, i3). « Bienheureux, a dit Jésus, ceux qui ont faim et soif de la perfection ^, car ils seront rassasiés. »

On n'aura pas de peine à faire comprendre aux commençants que, tant qu'ils resteront dans cette tiédeur, Dieu ne trouvera en eux que de chétifs serviteurs, des cœurs très peu aimants, très peu reconnaissants ; veulent-ils donc toujours demeurer dans cette médiocrité, qui laisse place à tant de défauts, à tant de péchés? ne désirent-ils pas, au lieu de rester au rang- de serviteurs, et encore de serviteurs peu dévoués, devenir les amis de leur Dieu? Le Cœur de Jésus, qui brûle d'amour pour eux, les y appelle. Il a tout fait pour gagner leur affection ; le seul souvenir de ses bienfaits, de ses sacrifices, de sa tendresse devrait suffire à provoquer chez eux une réciprocité d'amour et de dévouement.

38. A ces motifs tirés de ce que nous devons à Dieu et de ce que Dieu désire de nous viennent s'ajouter nos plus pressants intérêts. Nous avons tant à craindre si nous néglig-eons le travail de notre formation intérieure, tant à gagner si nous

' Beati qui esuriant et sitiunt jnstitiam. Chacun sait que dans le lang-age de l'Écriture justice est synonyme de perfection niorale.

nous y adonnons avec ardeur. Il est facile de montrer comment la tiédeur, de nos jours surtout, met le salut en grand péril. Et il n'est ni moins facile ni moins important de faire ressortir tous les avantages de la piété — Pietas adomnia utilis est, promissionem habens viiœ quœ nunc est, et futures, la piété est utile à tout ; elle a les promesses de la vie présente et de la vie future.

89. Espoir cV atteindre la perfection. — Mais, quelque enviable que paraisse la perfection, les chrétiens auxquels on la propose n'en sentiront pas le désir, s'ils la croient au-dessus de leurs forces ; il faut donc les bien persuader qu'avec l'aide de Dieu, c'est chose facile. — Oninia possum in eo qui me confortât : je puis tout en celui qui me fortifie. — Tant d'autres, dont la vertu aujourd'hui nous étonne, avaient la même nature que nous, ont éprouvé les mêmes difficultés, subi les mêmes combats : Non potero quod isti et istœ? (S. Auf^ustin.)

4o. Inconstance de ces âmes. — Le désir de la piété doii être entretenu avec soin dans ces âmes peu avancées; elles sont, en effet, inconstantes; d'autres soucis, d'autres préoccupations viennent parfois si rapidement emporter leur ferveur naissante. Pour entretenir en elles ce désir du bien

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on insistera souvent sur les considérations par lesquelles on l'avait fait naître. On g^ag-nerait aussi beaucoup, si on pouvait les amener à faire de bonnes lectures; mais que l'on choisisse des livres qui piquent l'intérêt, comme le sont certaines vies de saints personnag-es, aussi attrayantes qu'édifiantes ; sans cela leur bonne volonté se lasserait bien vite.

Une autre cause de l'inconstance de ces âmes, c'est que souvent des échecs dans leurs luttes contre elles-mêmes, des chutes trop fréquentes leur font croire à l'inanité de leurs efforts. Un directeur zélé saura soutenir leur courage et entretenir en elles l'espoir d'atteindre la vertu. II se réjouira de leurs petits succès, il les félicitera de leurs efforts, quelque faibles qu'ils soient; il prendra occasion des sacrifices qu'il aura obtenus, des victoires qui auront été remportées, pour faire envisag-er comme assuré le succès final. Cette jgrande affaire de la sanctification d'une âme n'est pas l'œuvre d'un jour, elle exige parfois de long-ues années de travail, mais une persévérance invincible est toujours récompensée.

§ 2. Il faut habituer ces âmes à vivre chrétiennement

4i . En même temps qu'on travaille de la sorte à éclairer ces habitants de la première demeure, on doit les initier à la vie chrétienne. La vraie vie chrétienne suppose : i° un commerce fréquent avec Dieu par la prière; 2° une g-rande fidélité à rapporter à Dieu toutes ses actions; 3° une grande constance à écarter tous les obstacles qui empêcheraient de Le servir; 4° enfin une union intime avec Dieu par les sacrements. Il faudra donc habituer ces âmes, qui ne font qu'entrevoir cette vie chrétienne, à bien prier, à ag^ir surnaturellement, à pratiquer le renoncement, surtout dans la lutte contre leurs défauts, enfin, à bien recevoir les sacrements.

42. L La Prière. — H y a deux choses à exiger de ces débutants : la régularité et une attention respectueuse; qu'ils prient, et qu'ils prient bien. Ils ne comprennent suffisamment ni l'importance ni la puissance extrême delà prière; on ne saurait donc trop insister sur cette vérité. Puis, pour mieux les habituer à prier avec piété, de temps en temps on leur rappellera qu'avant de prier ils doivent songer à ce qu'ils vont faire, se représenter et la grandeur et la bonté de Celui à qui ils

s'adressent, et le besoin extrême qu'ils ont de son secours. D'autres fois on leur indiquera, comme pratique, de faire avec respect et attention leur signe de croix, ou bien de se proposer dans chacune de leurs prières une intention bien déterminée.

43. II. Agir pour Dieu. — Pour habituer ces âmes à vivre constamment de la vie surnaturelle, il est bon, de temps à autre, de leur faire rendre compte de la manière dont elles auront offert à Dieu, au commencement de la journée, et leurs actions et leurs souffrances et ennuis, du soin qu'elles mettent à renouveler dans le courant du jour cette intention d'agir en tout pour Dieu; on les obligera à s'examiner sur ce point. Si leurs différentes œuvres étaient toujours rehaussées par ces vues chrétiennes, n'y gagneraient-elles pas, en effet, des avantages éternels' ?

' Pour les chrétiens en étal de grâce, unis par conséquent à Dieu par la charité, comme à leur fin dernière, saint Thomas enseigne que toutes leurs actions délibérées sont des actes méritoires dans l'ordre surnaturel, pourvu qu'ils les accomplissent en se proposant une fin honnête, parce <ju'elles tendent nécessairement à leur fin dernière, qui est

surnaturelle. Cum caritas imperet omnibus virtutibus

et cum omnis aclus bonus ordinetur in finem alicujus virtutis, in finem cariiatis ordinalus remanebit, et ita

44. III- Écarter les obstacles. « Que celui qui veut marcher sur mes traces se renonce luimême. )) — C'est là une des maximes fondamentales de la vie chrétienne. Qui s'oppose à moi quand je veux faire le bien? — Moi-même; et les ennemis de mon âme, le monde et le démon, ne peuvent rien contre moi, s'ils ne trouvent en moimême un complice.

(( Le moi humain, dit le P. Grou {Manuel des âmes intérieures, p. 154)5 6st le principe de l'orgueil et par conséquent de tout péché. Il est l'ennemi de Dieu, qu'il attaque dans son domaine universel et absolu. Il est l'ennemi des hommes, qu'il tourne les uns contre les autres à cause de l'opposition de leurs intérêts. Il est l'ennemi de tout homme, parce qu'il l'éloigné de son vrai bien,

meritoi'ias erit, et sic comedere et bibere, servato modo temperantiœ , meritorium erit in eo qui caritatem habet, quia Deum ultimum Jinern vitœ suce constiluit (In 2 lib. Sent. Dist. XL a. 5). D'autres théologiens enseignent qu'un motif honnête ne suffit pas, et qu'il faut que chaque action, pour être méritoire, soit inspirée par un motif d'ordre surnaturel. Quoi qu'il en soit de cette controverse, il est évident que l'intention explicite d'agir pour la gloire de Dieu augmente beaucoup le mérite, et qu'elle préserve du danger de sortir des limites de la vertu en agissant sans motif raisonnable et pour le seul plaisir de la nature.

DIRECTION DE CES AMES yS

parce qu'il le porte au mal et qu'il lui ôte la paix et le repos.

« Anéantissez le moi humain, tous les crimes disparaissent de dessus la terre, tous les hommes vivent entre eux comme frères, partagent sans envie les biens d'ici-bas, se soulag^ent mutuellement dans leurs maux et chacun d'eux regarde dans autrui un autre soi-même. Anéantissez le moi humain, et toutes les pensées de l'homme, tous ses désirs, toutes ses actions se porteront vers Dieu sans aucun retour sur soi; Dieu sera <»imé, adoré, servi pour Lui-même à cause de ses infinies perfections, à cause de ses bienfaits; Il sera aimé soit qu'il console l'homme, soit qu'il rafflii!;-e ; soit qu'il le caresse, soit qu'il l'éprouve; soit qu'il l'attire avec douceur, soit qu'il paraisse le rejeter et le rebuter. Anéantissez le moi humain et l'homme toujours innocent coulera ses jours dans une paix inaltérable, parce que ni au dedans ni au dehors rien ne pourra le troubler. »

L'anéantissement du moi humain doit être le travail constant de tout vrai chrétien, de quiconque désire marcher sur les traces de Jésus-Christ. Et il est de toute nécessité de commencer cette lutte contre soi-même dès le début de la vie spirituelle;

même dans l'âge le plus tendre, on ne fait rien de solide ni de durable sans le renoncement.

45. Lutte contre les mauvaises passions. — L'abnég^ation chrétienne doit porter avant tout sur les défauts que l'on constate en soi. Si les débutants ont à lutter contre quelque tendance vicieuse, qu'on les soutienne et qu'on les encourage dans ce pénible combat; pour obtenir de Dieu la victoire, on leur fera faire parfois des neuvaines auxquelles on s'unira; on leur proposera cette intention comme le but de leurs communions; s'il se rencontre quelque occasion extraordinaire, comme certaines fêtes,, une retraite, un pèlerinage, on leur rappellera qu'ils doivent avant tout faire de cette grâce le sujet de leurs demandes. Pour empêcher que leurs fautes ne les conduisent à l'endurcissement, il faut les habituer à s'en repentir sans délai et, quand ils s'accuseront d'avoir succombé, s'informer s'ils ont eu soin, immédiatement après leur péché, d'en demander pardon, leur imposant par exemple de se jeter aussitôt aux pieds de leurs crucifix et d'implorer miséricorde.

46. Défauts plus légers. — Quant aux fautes vénielles, ces âmes s'en préoccupent trop peu ; il est donc important de leur en inspirer l'horreur

ei de les obliger à veiller sur ce point. On leur proposera de prendre l'un après l'autre leurs défauts et de faire successivement à chacun une guerre impitoyable. Ceci est particulièrement nécessaire pour ceux qui vivent à l'abri des tentations graves et ne tombent pas dans le péché mortel.

47. Esprit de mortification. — Ces âmes ont donc déjà l'occasion d'exercer l'abnég-ation chrétienne sans rien faire autre chose que de travailler à ne plus pécher. Mais c'est là se tenir sur la défensive et, en bonne stratégie, pour remporter la victoire, ne vaut-il pas mieux prendre l'offensive? Ici, prendre l'offensive, c'est pratiquer la mortification et le sacrifice. Sainte Thérèse, nous l'avons vu, signale, comme une des conditions d'avancement pour les âmes de la première demeure, le retranchement des occupations non nécessaires : tant que des soins superflus, des soucis profanes occuperont entièrement le cœur de ces chrétiens, comment pourraient-ils faire quelque progrès? Il faut donc les amener à se détacher quelque peu des inutilités qui les captivent. Sans doute ces sacrifices ne seront pas d'abord très nombreux ni très difficiles ; ils le ■deviendront peu à peu , surtout si l'on a soin de

faire comprendre de bonne heure aux âmes chrétiennes — et il n'est jamais trop tôt — que l'esprit évangélique est essentiellement un esprit de pénitence. Il y a mille circonstances où l'on pourrait obtenir de ces âmes quelques légers sacrifices : dans le saint temps du carême, on leur demandera de s'imposer chaque jour quelques mortifications; dans le mois de Marie, on leur montrera que le meilleur bouquet à offrir à la Sainte Vierge, c'est une série de petits sacrifices; si elles sollicitent quelque grâce même temporelle, si par exemple elles font, dans ce but, une neuvaine, on leur insinuera que la mortification jointe à la prière la rend beaucoup plus puissante ;^ surtout on leur dira que la meilleure manière de se préparer à la communion, c'est de pratiquer,, dans les jours qui précèdent ce grand acte,, quelque pénitence à cette intention.

48. IV. Sacrements , Communion. — Nous^ venons de parler de la communion; c'est là, en effet, le grand moyen, celui qui donne à tous les autres leur puissance et leur efficacité, a Si vous ne mangez la chair du Fils de Dieu, vous n'aurez pas la vie en vous. » Amener ces âmes à communier plus souvent, leur apprendre en même temps à bien préparer leurs communions, tel est le

double but à poursuivre. Combien d'âmes dont la conversion était sincère, mais n'a pas persisté, parce que, ne communiant que de loin en loin, elles sont demeurées trop faibles pour résister aux assauts qui ont suivi leur retour à Dieu. Combien d'autres ne font g-uère que sauver les apparences, car si leur conduite extérieure est correcte, elles n'en restent pas moins dans le péché mortel presque toute leur vie, sauf les courts moments qui précèdent et suivent leurs trop rares communions. Si l'on peut obtenir de ces débutants, outre les dispositions de contrition rigoureusement requises, qu'ils s'approchent de la sainte Table avec une foi vive et qu'ils fassent pour s'y préparer quelques efforts sur eux-mêmes, on ne doit plus craindre de les pousser à recevoir souvent Notre-Seigneur. Dès lors que l'on constate cette bonne volonté, même jointe à beaucoup de faiblesse, il y a tout à espérer de leurs communions. Si Jésus-Christ entre souvent dans leur cœur, peu à peu ils deviendront plus éclairés, l'horreur du péché croîtra en eux, les proo-rès, lents d'abord, finiront par devenir sensibles, et l'action de la grâce sera manifeste. C'était la pratique ordinaire de la plupart des chrétiens, pendant les neuf premiers siècles de l'Église, de

communier chaque dimanche^; peut-être y reviendra-t-on. Pour les âmes encore fragiles mais croyantes dont nous parlons, cette communion hebdomadaire serait l'idéal , la communion mensuelle serait le minimum, minimum que l'on demandera si l'on désespère d'obtenir davantag-e. L'expérience prouve, en effet, que si par la communion de chaque mois et même de tous les quinze jours on peut maintenir dans de bonnes dispositions ceux qui sont bons par ailleurs et n'ont pas de g-randes luttes à soutenir, il est rare qu'elle suffise pour combattre efficacement un défaut quelque peu enraciné, rare que l'on obtienne, par elle, des progrès bien sensibles dans la piété.

49. Nous avons dit qu'il faut leur apprendre à communier, c'est-à-dire les habituer à se préparer sérieusement; la préparation éloig-née, dont on leur montrera la nécessité, consistera surtout dans l'application aux prières et dans la pratique du renoncement tel que nous l'avons expliqué tout à l'heure. La préparation prochaine, pour ces débutants, se fera surtout à l'aide de ces prières

i Voir le travail si consciencieux et si justement estimé du P. Dalçairns, supérieur de l'Oratoire de Londres, La Sainte Communion. Paris, Retaux.

si répandues, qu'on appelle les actes avant et après la communion ; ceux de saint Alphonse de Liguori sont les plus connus et les meilleurs.

Le livre quatrième de Vlmitation peut être aussi d'un grand secours. Lu la veille de la communion, il inspire des sentiments de piété et met le cœur dans les meilleures dispositions ; après la communion, les actes pieusement récités, il aide à prolong-er avec fruit l'exercice si important de l'action de grâces.

Les chréliens peu avancés mettent souvent une grande négligence à s'acquitter de ce devoir de l'action de grâces. Qu'ils s'efforcent de prier, qu'ils recommandent à Dieu les personnes chères, qu'ils Lui exposent leurs propres besoins, en un mot qu'ils adressent de vives supplications à l'Hôte divin de leur âme. C'est le désir ardent de Jésus de répandre à pleines mains ses bienfaits; trop souvent l'indifférence des communiants oblige ce doux Sauveur à mesurer ses dons.

Art. 2. — Remarques sur les différentes classes de commençants

Nous avons divisé en trois classes les habitants de la première demeure : les débutants, c'est-à-

8o LES AMES CROYANTES

dire les enfants et les nouveaux convertis, les habitués, les tièdes.

I I. Les âmes attiédies

5o. S'il s'agit de ces derniers, c'est-à-dire de ces âmes attiédies, qui ont autrefois servi Dieu avec plus de fidélité, puis sont retombées dans un état voisin de 1 indifférence , elles sont fort à plaindre, car elles sont bien coupables. Si ces âmes, surtout, ont connu les douceurs de la piété, on peut, sans jugement téméraire, affirmer qu'elles ont fait, depuis, un grand abus des grâces.

On assigne communément comme cause de la tiédeur le mépris des petites choses, ou encore le refus obstiné d'accorder à Dieu les sacrifices qu'il demande. Ainsi, certaines âmes, qui se sentent appelées à un état plus parfait, font la sourde oreille à la voix de Dieu; d'autres, pressées intérieurement de mieux correspondre à la haute vocation qu'elles ont embrassée, reculent devant les violences qu'elles devraient s'imposer et restent de parti pris dans une sorte de rébellion continuelle. C'est ce qui explique les sentiments d'insouciance envers Dieu qu'elles manifestent et le peu de soin qu'elles ont de leurs intérêts spirituels.

Dir\ECT10N DE CES AMES

Certains auteurs donnent encore comme cause de la tiédeur l'affection au péché véniel; mais, à notre avis, l'affection au péché véniel constitue la tiédeur, plutôt qu'elle ne la cause.

L'affection à un péché véniel n'est pas le goût que l'on a de ce péché véniel ; c'est une disposition de la volonté acceptant, de propos délibéré ■et d'une manière permanente , la responsabilité d'une faute qui lui plaît; c'est le parti pris de demeurer dans ce péché, de le commettre quand l'occasion se présentera. Nous disons de propos délibéré, c'est-à-dire en connaissance de cause, sachant et comprenant combien on a tort; d'une Jaçon permanente, ou au moins habituelle, car on peut momentanément, sous l'influence de certaines causes, par exemple dans des moments <l'ennui, d'aigreur, de surexcitation, etc., se montrer prêt à commettre le péché : ce sont là ■des dispositions mauvaises passagères ; ce n'est pas ce qu'on appelle communément l'affection au péché.

5i. Nous ferons mieux compendre cette doctrine en montrant comment et pourquoi on peut en arriver à tomber habituellement dans le péché Téniel sans chercher à l'éviter.

i*' Ce peut être par ignorance ou étourde-

rie^ ; on y pense à peine, on ne remarque guère que l'on tient à certains défauts, ou bien on n'y attache pas d'importance. Ainsi les mensong-es joyeux ou officieux n'inspirent guère de répulsion à la plupart des chrétiens; il faut avoir déjà reçu certaines lumières, avoir été travaillé par la grâce, pour bien comprendre que ces fautes elles-mêmes,^ dès là qu'elles sont fautes, doivent être évitées avec le plus grand soin. II y a donc là plutôt manque de lumières qu'affection bien coupable au péché véniel.

2° D'autres fois, on n'a pas ces mêmes excuses d'ignorance ou de légèreté : ou bien l'on est plus éclairé, ou il s'agit de péché véniel plus notable ; on comprend donc très bien qu'on devrait se corriger, on en a le désir; malheureusement on est trop lâche. On hésite, on tergiverse et finalement on abandonne le combat. Cette disposition est pire que la précédente; si elle est passagère, elle pourra n'être pas trop dangereuse , mais , si elle persiste, elle conduira à celle qui nous reste à décrire.

1 Nous supposons évidemment une ignorance involontaire. Si l'on avait perdu cette clairvoyance de la conscience par sa faute, par une long'ue suite de résistances à la gràce^ le cas ne serait pas le même, cet aveuglement coupable étant la suite de la tiédeur.

3° Celte dernière disposition , la pire de toutes, c'est Y insouciance vis-à-vis de ces fautes vénielles : on voit très bien qu'on s'y laisse aller, on en connaît toute la culpabilité parce qu'on a reçu des lumières assez abondantes, et on demeure indifrent. C'est là l'affection au péché telle que nous la décrivions tout à l'heure, c'est là l'état de tiédeur.

52 . Ceux-là semblent plus exposés à y tomber, qui ont l'esprit sceptique et railleur. Le démon met grandement à profit cette tendance de certaines âmes à dénigrer le bien, à jeter le ridicule sur la vertu, à se moquer de ceux qui se montrent zélés pour leur propre avancement et pour la sanctification de leurs frères, à ne regarder chez les gens de bien que les petits côtés en dépréciant leurs qualités et en exagérant leurs défauts. Ce travers de jugement vient de l'amour-propre : ces railleurs sentent qu'ils ont peu de vertu; ils en conçoivent du dépit, et ne voulant pas s'avouer à eux-mêmes ni aux autres leur infériorité, ils s'efforcent de rabaisser la vertu et ceux qui la pratiquent, dissimulant leur dépit sous des ricanements moqueurs. Ces persifleurs nuisent grandement aux âmes faibles qui, par crainte de leurs sarcasmes, n'osent faire le bien et résistent aux

inspirations de la grâce. Aussi encourent-ils devant Dieu une terrible responsabilité; ils font l'office du démon, et sont, sans y penser, ses instruments. De là à tomber dans l'eng-ourdissement et dans la tiédeur, il n'y a qu'un pas.

53. Si la tiédeur ne date pas de loin, le directeur pourra plus efficacement la combattre, mais à la long-ue les âmes tièdes s'endurcissent et il devient très difficile de les amender. On connaît le mot de saint Bernard : « Vous verrez plus faciment un grand nombre de séculiers renoncer au vice et embrasser la vertu qu'un seul religieux passer d'une vie tiède à une vie fervente. » (Epist. ad Richard.) Plus une âme était élevée au jour de sa ferveur, plus sa chute a été déplorable, et plus il lui est difficile de se relever.

Cette âme avait reçu peut-être des faveurs exceptionnelles, Dieu l'avait comme portée dans ses bras paternels, il avait écarté les obstacles de son chemin, lui avait communiqué de vives lumières ; la piété semblait douce, la vertu apparaissait pleine de charmes à cette âme. Elle a, par sa faute, perdu toutes ces grâces. Quand elle sent ensuite le désir de revenir à sa ferveur passée, elle s'imagine que, dès les premiers signes de repentir, elle retrouvera, comme jadis, toutes ces

facilités, mais elle attend en vain ces effets de la miséricorde divine : Jésus a passé; éconduit, il ne reviendra plus que lorsqu'il sera sollicité avec instances et que sa visite aura été méritée par de généreux eflorts ; les grâces ne seront plus données gratuitement, comme autrefois; elles devront être laborieusement conquises ; et plus elles auront été grandes et puissantes , plus l'abus, par conséquent, aura été coupable, plus laborieux et pénibles devront être les efforts nécessaires à les reconquérir. Si saint Paul sur le chemin de Damas avait résisté à la voix du ciel, Dieu ne l'aurait pas terrassé de nouveau; les satellites que Jésus renversa au jardin des Olives méprisèrent cette grâce, Jésus ne leur donna aucune nouvelle marque de sa puissance. Cependant, comme rien n'est impossible à la grâce, il faut essayer d'éclairer ces pauvres gens sur le danger de leur état et leur inspirer le désir de s'amender ; si l'on peut obtenir d'eux des prières plus attentives, une vie plus surnaturelle, quelque travail de renoncement, des communions mieux préparées, les lumières affaiblies de la conscience redeviendront plus vives et l'amour de Dieu plus sincère et plus actif.

I 2 Les âmes attardées

54 . Quant aux âmes qui sont depuis longtemps dans cette disposition sans avoir été jamais favorisées de grâces plus éminentes, l'obstacle à leur avancement vient de leur peu de lumières et de leurs préjugés invétérés. Habituées à leur état, elles ont fini par le trouver très suffisant, elles sont contentes d'elles-mêmes, et il n'est pas facile de leur faire estimer et désirer une plus haute perfection. On leur appliquera cependant, quand cela sera possible, la méthode que nous avons exposée; mais ce n'est guère qu'à force de prier et de se sacrifier pour obtenir de Dieu leur amendement qu'on arrivera à quelque résultat.

I 3. Les débutants. Les enfants

55 . Enfin, il y a les débutants, personnes assez âgées, nouvellement sorties d'une longue vie de péché, ou les enfants qui ne font que naître à la grâce. Nous n'avons rien de particulier à dire au sujet des premières.

Quant aux enfants, il faut, à eux aussi, faire d'abord comprendre tout le prix, tous les avantages de la vie chrétienne, puis les habituer à cette vie. Un prêtre zélé joindra aux explications

du catéchisme de sages conseils sur les moyens de christianiser sa vie. Il montrera comment le service de Dieu consiste surtout à Le bien prier, à Lui offrir toutes les actions, à souffrir patiemment par soumission à ses v^olontés, enfin, à Lui accorder les sacrifices qu'il demande : l'obéissance, le travail et les petites mortifications adaptées au jeune âge.

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