Donnons quelques exemples de ces leçons pratiques
Si on explique le chapitre où il est parlé de Dieu, après avoir démontré son existence et exposé sa nature, on fera ressortir sa grandeur infinie, sa bonté si touchante, sa providence si paternelle; de là on déduira ses desseins de miséricorde à notre égard et la folie et l'ingratitude de ceux qui lui sont rebelles et qui passent leur vie sans presque penser à Lui. — Au catéchisme suivant, on rappellera aux enfants en quelques mots les exhortations précédemment faites, et on leur demandera s'ils ont pensé à ce qu'ils devaient à Dieu, et s'ils se sont mieux acquittés de leurs devoirs envers Lui.
A propos de l'âme, après avoir expliqué son existence, sa nature, son immortalité, on fera ressortir toute la vérité du mot de Jésus-Christ :
Oiiid prodest homini, si miindum iiniuersum lacretur, animœ vero suœ detrimentiim patiatiir? « Que sert à l'homme de gag-ner l'univers s'il vient à perdre son âme? » Un trait piquant rendrait la leçon plus frappante : par exemple celui du missionnaire qui, remarquant comment un garçon d'écurie soignait son cheval avec beaucoup de soin et d'affection, lui faisait avouer qu'il consacrait ainsi chaque jour deux heures à son cheval et seulement quelques minutes au soin de son âme, et lui disait spirituellement : « Puisque vous avez si peu soin de votre âme et que vous avez un si grand soin de votre bête, si je vous appartenais, j'aimerais mieux être votre cheval que votre âme. » — Au catéchisme suivant , on rappellera ce trait et on demandera aux enfants s'ils en ont profité, si, malgré la leçon qui leur avait été donnée, ils n'ont pas mieux soig"né leurs jeux, leur toilette que leur âme, et on les exhortera de nouveau à ne pas être aussi néglig-ents.
A propos du péché d'Adam, on leur montrera combien g-rande a été la bonté de Dieu envoyant son Fils pour racheter le monde : Sic Deiis dilexit miindum, ut Filium suiim unigenitnm daref, et combien est odieuse la conduite de ceux qui vivent dans l'oubli d'un tel bienfait. C'est
là, en effet, une occasion — et il ne faut en néglig-er aucune — de rappeler tout ce que nous devons à Dieu, et d'inspirer l'horreur du péché qui l'offense.
57. Il est fort important encore de recommander avec insistance, et dès le début du catéchisme, la dévotion à la Très Sainte-Vierg-e et d'avoir un certain nombre d'exemples à raconter, pour mieux convaincre les enfants de la puissance d'intercession et de la bonté de Marie.
Quand le catéchisme expose les fins de l'homme, il faut chercher à présenter d'une façon frappante cette épouvantable durée de l'éternité qui nous attend tous. Il y a, sur ce point, des comparaisons qui sontdevenues,pourainsi dire, classiques. Telle est celle du globe aussi gros que la terre, qu'un oiseau viendrait chaque siècle effleurer de son aile et qui serait usé, sans que l'éternité fût à peine commencée. Telle est encore celle de l'Océan — on décrit alors son immense étendue, sa long-ueur, sa largeur et sa profondeur — auquel on enlèverait tous les mille ans une g-outte d'eau et qui serait vidé avant que réternité fut pour ainsi dire entamée. Quelle récompense, quel châtiment! Quelle folie de commettre le péché mortel, d'y demeurer! C'est encore là une vérité sur laquelle
il faut revenir souvent, en raison de sa g^rande importance. Ne serait-il pas très souhaitable que les chrétiens fussent dès leur enfance familiarisés avec cette pensée : « Je suis fait pour l'éternité, ma vie ne doit avoir qu'un but, préparer mon éternité. » La maxime de saint Louis de Gonzag-ue : Ouid hoc ad œternitatem , en quoi cela me profitera-t-il pour l'éternité? le trait du solitaire dont le bon ang-e comptait tous les pas, parce que tout était offert à Dieu (Rodrig-uez, 2^ part., I Tr., ch. xxi), la parole de saint Paul : « Soit que vous mang-iez, soit que vous buviez, et quelque autre chose que vous fassiez, faites tout pour la g^loire de Dieu » (I Cor. x, 3i), pourront fournir matière à d'excellentes exhortations.
Que de précieuses leçons on pourra encore tirer du récit de la vie et de la mort de Notre- Seig-neur. Que de choses à dire sur le Fils de Dieu descendant du ciel et prenant notre nature afin de pouvoir souffrir pour nous ; sur l'abaissement, le dénûment de la crèche ; l'humilité de Nazareth ; les contradictions de la vie publique, les souffrances du Calvaire. « Afions, ajoutera-ton, soyons patients comme II l'a été, et que dici le prochain catéchisme personne parmi vous ne se fâche ; si vous éprouvez quelque contrariété , au
lieu de vous plaindre, vous vous direz : Ne puis-je pas souffrir quelque chose pour le Dieu qui a tant souffert pour moi. »
58. On le voit, les motifs à faire valoir pour engager ces jeunes âmes à servir Dieu g-énéreusementse ramènent à deux : nous le devons à Dieu, nous nous le devons à nous-mêmes ; c'est notre devoir, c'est notre intérêt. Voilà ce qu'on doit dire et redire, non pas deux ou trois fois, mais vingt fois, cent fois; ces cœurs d'enfants, si faciles à gagner, sont aussi faciles à détourner ; il faut passer souvent le burin, si l'on veut graver profondément en eux ces leçons importantes. Ainsi, à propos de la grâce, des sacrements, du péché, des commandements, de la prière, il sera facile de répéter, en en variant la forme, les mêmes recommandations et de faire valoir les mêmes motifs.
59 . Ces instructions seront plus efficaces encore si, après avoir exposé publiquement au catéchisme ces grandes vérités, on prend soin de les rappeler en particulier. Ainsi, en confessant les enfants, on se fera rendre compte des efforts qui auront été faits dans le mois qui vient de s'écouler. « Avez-vous profité des avis que j'ai donnés l'autre jour ; avez-vous suivi les conseils que
je vous avais donnés dans voire confession dernière; avez-vous mieux fait vos prières; avezvous été fidèle à offrir à Dieu toutes vos œuvres ; avez-vous été plus patient, avez-vous su sacrifier vos g-oûts et vos volontés pour le bon Dieu, en obéissant, en travaillant et en pratiquant quelques mortifications ? »
Par toutes ces industries, on les guérira, autant que faire se peut, de l'étourderie, qui est pour ces jeunes âmes le grand obstacle au bien. Pour la même raison, il sera très bon que celui qui préside à leurs prières, soit au catéchisme, soit en classe, les rappelle, avant de commencer, au recueillement et au respect.
60. Une industrie excellente pour combattre en eux cette légèreté et les obliger à s'appliquer au soin de leur âme, c'est la pratique de la notation quotidienne des bonnes œuvres, pratique que le Messager du Sacré-Cœur a vulgarisée de nos jours. Saint Ignace, dans son célèbre livre des Exercices spirituels^ conseille aux âmes encore novices dans le bien de se faire une liste où elles devront inscrire leurs fautes, pour se faciliter la pratique si importante de l'examen particulier, et s'aider dans la correction de leurs défauts. C'est sur le même principe que repose
la pratique dont nous parlons. 11 est vrai, ce ne sont plus les fautes, ce sont les bonnes œuvres que l'on note ainsi, mais le résultat est le mème^.
61. Des enfants qui seraient fidèles à cette pratique y gagneraient beaucoup ; si , en outre , on peut obtenir que ces enfants, après leur première communion, reçoivent souvent le pain eucharistique, les résultats seront et plus prompts et plus solides.
Après une première communion bien faite, l'enfant qui vient de goûter combien le Seigneur est bon, combien est savoureux le Pain de vie, reviendra volontiers à la Table sainte. D'un autre côté, le mal a peu pénétré son cœur, et, si on ne lui laisse pas prendre racine, on obtiendra facilement de cette jeune âme des dispositions de foi bien consolantes. Au contraire, plus on attendra, plus les mauvaises habitudes seront fortes, plus il sera difficile d'en faire contracter de bonnes.
C'est le cas de répéter le mot d'Ovide, cité dans V Imitation :
Priacipiis obsta : sero mecJicina paratur Cum mala per longas invaluere moras.
' Nous donnerons à la fin de l'ouvrage le modèle d'une feuille de ce genre, composée pour des enfants qui n'ont pas fait leur première communion.
Hélas ! il n'y aura peut-être pas à attendre bien longtemps ! Si tous les parents chrétiens voulaient le comprendre, loin d'y mettre obstacle, ils favoriseraient les communions fréquentes de leurs enfants; mais beaucoup, quand le mal est fait, ne savent même pas reconnaître la responsabilité qu'ils ont encourue en amenant ces jeunes âmes à croupir dans le péché et en leur préparant ainsi une vie déplorable.
62. Il faut donc profiter de l'attrait pour l'Eucharistie qu'une première communion bien préparée a fait naître dans l'âme des enfants; éprouvant un vif désir de revenir à la Table Sainte, ils feront plus facilement les efforts nécessaires, efforts que Ton aura peine à obtenir plus tard, s'ils n'en ont de bonne heure acquis l'habitude. Ce n'est pas habituellement une grande difficulté pour un écolier de communier le dimanche; au contraire, pour un apprenti, un jeune ouvrier, un jeune paysan, elle peut être considérable; elle réclame une plus forte dose d'énergie et suppose un désir beaucoup plus ardent de l'Eucharistie.
Evidemment ce désir ardent de la communion ne peut se trouver dans des âmes depuis longtemps éloignées de la Table Sainte, si surtout, comme il est trop à craindre, elles ont contracté
de mauvaises Iiabitudes. Nous savons des prêtres qui, ayant tenté d'établir la communion mensuelle parmi les jeunes g^ens, ont cru devoir y renoncer, ne trouvant pas chez eux les dispositions suffisantes; ils avaient, croyons-nous, attendu trop long-temps, et aussi demandé trop peu.
Il faut, en effet, le reconnaître, pour un g-rand nombre de chrétiens, surtout parmi les jeunes ^ens, la communion mensuelle est certainement insuffisante. Leurs passions sont souvent si vives, les conversations qu'ils entendent si mauvaises, les occasions de péché se présentent à eux si nombreuses, que résister un mois durant, sans avoir puisé une nouvelle vig-ueur dans l'Eucha- TÏslie, est presque au-dessus de leurs forces. Il leur faut une alimentation plus fréquente pour maintenir en eux la vie surnaturelle. Déjà la communion de chaque quinzaine est beaucoup plus efficace que la communion mensuelle, mais la communion hebdomadaire l'est beaucoup plus encore.
63. La première communion ne devrait donc être qu'un commencement, une initiation, un premier pas dans la voie eucharistique. Au lieu de cela, on la considère trop comme le terme les efforts faits pendant l'année de préparation.
gô LES AMES CROYANTES
comme un acte qui perdrait de son importance à être trop tôt réitéré; alors, au lieu de former des enfants à vivre de la vie eucharistique, à se faire un besoin de cette nourriture divine, on les habitue bien vite à se passer de la communion, qui n'est plus qu'une exception dans leur vie, on leur fait trouver tout naturel de rester de long-s mois sans s'approcher de Jésus.
Mais, dit-on, ils ne sont pas assez sérieux. — Comme si Dieu ne connaissait pas leur faiblesse et exig-eait d'eux une gravité au-dessus de leur âge. Les Apôtres, aussi, ne trouvaient pas les enfants dig-nes de s'approcher du Sauveur, et Jésus leur en fit des reproches : Sinite paruiilos venire ad me, laissez venir à moi les petits enfants.
Mais, dit-on encore, n'est-ii pas à craindre que ces enfants, plus tard, ne s'éloignent du droit chemin? — Et quand même il en arriverait ainsi; quand même, en raison du peu d'années pendant lesquelles on a action sur eux, on ne parviendrait pas à les former à une piété assez sohde pour les rendre invincibles au miheu des dangers du monde, est-ce une raison pour ne pas tenter tous les efforts pendant qu'on peut leur faire du bien? Et ceux-là même qui se seront ég^arés pourront
un jour revenir à Dieu ; alors ils retrouveront les mérites passés, et leur conversion sera plus sincère et plus profonde^.
64- Ainsi donc, instruction solide, formation au renoncement chrétien, usag^e fréquent de la sainte Eucharistie, voilà ce qu'il faut mener de front dans l'éducation chrétienne de l'enfance. Il est impossible de ne pas recueillir quelques fruits d'une pareille formation; car Dieu pourrait-il ne pas bénir un zèle aussi plein de sollicitude? Jésus- Christ l'a dit à ses ministres : Ego elegi vos et posai vos ut eatis, et f rue tu m afferatis, et fructus uester maneat, c'est moi qui vous ai choisis et vous ai établis pour que vous alliez et rapportiez du fruit, et que votre fruit demeure (Joan. XV, i6j. Oui, le fruit demeurera, la foi que l'on sème ainsi çermera et ira toujours g-randissant; ce sera le commencement d'une vie chrétienne vraiment sérieuse et bien comprise; et même, si ceux qui auront été formés de la sorte viennent
^ Une bonne industrie, pour combattre les préjug'és trop répandus sur ou plutôt contre la communion des enfants, outre les sermons et catéchismes sur la question, c'est de propager parmi les enfants et de faire lire dans les familles les excellentes petites brochures de Mî-t de Ségur : La Très Sainte Communiun — Tous les huit jours.
LES AMES CROYANTES i
plus tard à abandonner les pratiques religieuses, tout ne sera pas perdu ; il leur restera de leur formation première un souvenir vivant, une notion de la vie chrétienne plus complète et plus éclairée qui, plus tard, rendra leur conversion plus facile et bien plus consolante ; ce sera le feu qui couve sous la cendre et qu'un souffle de la grâce suffira à rallumer.