‹ Les degrés de la vie spirituelle (volume 3)Chapitre 17 sur 69 · L'ORAISON · texte numérisé non relu

L'ORAISON

qui n'ont jamais réfléchi, qui ne se sont jamais arrêtés à une considération sérieuse? Hélas, ils sont nombreux de nos jours, et l'on peut trop justement répéter le mol de Jérémie : Desolalione desolata est terra, quia nemo est qui recogitet corde.

Voilà ce qu'il faut dire et répéter. Et si l'on nous objecte que l'on peut réfléchir sans faire de méditation, répondons formellement : « Non. » Dès là que vous vous arrêtez à une pensée sérieuse, que vous réfléchissez sur une vérité de foi et que vous tirez des conclusions pour votre conduite, vous méditez, sans vous en douter. La méditation que nous vous proposons, et dont il s'ag-it pour vous d'apprendre la pratique, n'est pas autre chose, mais c'est la manière à la fois la plus sûre, la plus facile et la plus fructueuse de faire ces réflexions et de tirer ces conclusions pratiques. Si vous ne vous appliquez à cette vraie méditation, vous n'aurez que des lueurs fug^itives ; les bonnes pensées qui traverseront votre esprit n'y laisseront pas grande trace, vos résolutions seront sans fermeté, et votre vie ne répondra pas pleinement à vos croyances.

Les prédicateurs et les confesseurs ne sauraient donc trop insister sur l'importance de l'oraison

mentale. Cette voie étant, au début surtout, aride et difficile, il faut, pour y persévérer, être bien pénétré des avantagées qu'on y trouve. « Autrement, dit le P. L. de Grenade, le cœur humain est si ami de soi-même et si ennemi du travail, que jamais il n'entreprendra une chose si pénible, s'il ne voit un grand profit devant soi. » [Traité de l'Oraison, 3^ partie. Prologue.)

127. La première chose qu'un directeur doit viser à inculquer à ses pénitents, pour les amener à l'oraison, c'est donc une estime très g-rande de ce saint exercice, avec un désir très vif de s'y adonner et une ferme résolution de ne jamais l'abandonner.

Sainte Thérèse insiste beaucoup sur cette ferme résolution où nous devons être de ne jamais abandonner l'oraison; elle la regarde comme souverainement importante^, et elle en donne longuement les motifs.

D'abord nous devons bien cela à Dieu. En effet si, comme c'est notre devoir, nous le faisons pour Lui, si nous nous adonnons à ce pieux exercice dans le but de Le glorifier, de Lui rendre nos hommag"es, d'apprendre à Le mieux aimer

' Chemin de la Perfection, ch. xxiii, édition Bouix, xxiv.

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et à Le mieux servir, nous ne devons pas le faire à moitié, nous réservant de cesser quand bon nous semblera. Faire pour Dieu ce petit effort avec l'intention de nous arrêter, dès que cela nous deviendra quelque peu à charge, ce serait faire preuve, vis-à-vis de Dieu, d'un g'rand sans-g^êne.

Un second motif, c'est que, quand une âme est fermement décidée à persévérer dans la pratique de l'oraison mentale « il devient plus difficile au démon de la tenter. Il redoute beaucoup les âmes résolues ; il connaît par expérience le mal qu'elles lui font ; il sait que tout ce qu'il fait pour leur nuire tourne à leur profit et au profit des autres âmes et il ne sort qu'avec perte de ce combat. » (Sainte Thérèse , ibid.)

Enfin, on est vis-à-vis de soi-même beaucoup plus ferme quand on s'est dit : « Quoi qu'il arrive, je ne céderai jamais. » C'est un trait classique que celui du conquérant qui brûla ses vaisseaux en abordant sur le rivag"e ennemi : une armée fermement résolue à vaincre ou à périr est sûre de la victoire.

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