CHAPITRE III
De l'Oraison
Article premier. — De l'Oraison en général
I I . Son importance
123. « Si vous voulez souffrir avec patience les adversités et les misères de cette vie, soyez homme d'oraison. Si vous voulez obtenir le cou-
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rage et la force de vaincre les tentations de l'ennemi, soyez homme d'oraison. Si vous voulez mortifier votre propre volonté avec toutes ses inclinations, soyez homme d'oraison. Si vous voulez connaître les astuces de Satan et déjouer ses tromperies, soyez homme d'oraison. Si vous voulez vivre dans la joie et marcher doucement dans les voies de la pénitence, soyez homme <i'oraison. Si vous voulez chasser de votre âme les mouches importunes des vaines pensées et des soucis, soyez homme d'oraison. Si vous voulez nourrir votre âme de la moelle de la dévotion, et l'avoir toujours remplie de bonnes pensées et de bons désirs, soyez homme d'oraison. Si vous voulez fortifier et affermir votre courag-e dans les voies de Dieu, soyez homme d'oraison. C'est dans l'oraison que l'on reçoit l'union et la g^râce du Saint-Esprit qui enseigne toutes choses. Je dis plus : si vous voulez vous élever à la hauteur de la contemplation et jouir des doux embrassements de l'Époux, exercez-vous à l'oraison... Nous avons entendu et vu, et nous voyons tous les jours un grand nombre de personnes simples qui ont obtenu tous les biens que nous venons d'énumérer et d'autres plus grands encore, par le moyen de l'oraison. »
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Cet élo^^e mag-nifique, presque lyrique, de l'oraison, est de saint Honaventure. Saint Pierre d'Alcantara, dans son Traité de l'oraison et de la méditation, le cite tout au long- et parle de même. Du reste, tous les Saints ont tenu le même lang^ag^e. « Donnez-moi un homme d'oraison, disait Saint Vincent de Paul, et il sera capable de tout ; il pourra dire avec le saint Apôtre : Je puis toutes choses en Celui qui me soutient et qui me conforte. »
124. Chacun sait combien sainte Thérèse a exalté l'oraison : « A ceux qui ne servent pas Dieu mais vivent dans le péché, l'oraison est si profitable et même si nécessaire!... Quelques fautes que commettent ceux qui commencent à faire oraison, qu'ils ne l'abandonnent pas, car par elle ils pourront se corrig-er, et sans elle ce sera beaucoup plus difficile. Quant à ceux qui sont encore étrangers à ce saint exercice, je les conjure pour l'amour de Dieu de ne pas se priver d'un si grand bien. Là rien n'est à craindre et tout à désirer. Quand bien même on ferait peu deprog^rès, quand même on ne ferait pas pour atteindre à la perfection des efforts énerg-iques et qu'on n'obtiendrait pas ces joies intimes et douces que Dieu donne aux âmes parfaites, du
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moins peu à peu on apprendra à connaître le ■chemin du ciel ; et si l'on persévère, j'espère tout de la miséricorde de Dieu, car personne ne le prend pour ami sans en être récompensé. En «ffet, l'oraison mentale ri' est pas autre chose, à mon avis, quiin commerce d'amitié, par lequel l'âme s'entretient souvent seule à seule avec Dieu, dont elle sait qu'elle est aimée. » On ne peut mieux dire, et cette notion si juste de l'oraison suffit en effet à en démontrer les grands avantages, ft S'il est si utile, dit saint Augustin, de vivre avec des hommes sages et si l'on a tant à gagner à leur commerce, que dirons-nous donc <ie ceux qui vivent habituellement avec Dieu !... »
La Sainte continue : « Et même si vous n'osez prétendre à cette amitié avec Dieu, parce que I "amitié suppose une certaine égalité de condition et qu'en Jésus-Christ il ny a rien d'imparfait, tandis que nous sommes par nature vicieux, sensuels, ingrats..., considérez tout ce que vous auriez à gagner à cette amitié, voyez combien II vous aime et alors passez par-dessus l'ennui de demeurer longtemps avec Celui qui est si différent de vous...
« Je ne comprends pas, Seigneur, pourquoi tout le monde ne s'efforce pas de s'unir à vous
par une amitié si intime. Les méchants, qui ne vous ressemblent pas, doivent s'approcher de vous pour que vous les rendiez bons ; qu'ils consentent seulement à ce que vous passiez avec eux deux heures chaque jour, alors même qu'eux de leur côté soient là, près de vous, distraits par mille soucis et pensées du monde, comme il m'arrivait jadis. Vous avez és;^ard à cette violence qu'ils se font pour demeurer ainsi en votre compag-nie, car au commencement et même parfois plus tard ils ne peuvent faire davantag^e, et vous empêchez, Seig'neur, les démons de les attaquer; de jour en jour la puissance de ces esprits tentateurs diminue, et vous donnez à ces âmes plus de force pour vaincre. Certes, Vie de toutes les vies, vous ne tuez aucun de ceux qui se confient en vous et veulent vous avoir pour ami ; au contraire vous donnez un regain de vie et de santé au corps en même temps qu'à l'âme. » {Sa Vie, ch. viii).
125. Saint Alphonse de Liguori n'est pas moins affîrmatif, nous dirions presque n'est pas moins enthousiaste : « Un confesseur prudent, dit-il, dès qu'il reconnaît qu'une âme a l'horreur du péché mortel et quelque désir d'une vie chrétienne, doit, avant toute autre chose, la former à la pratique de l'oraison mentale, et d'abord à
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la méditation des grandes vérités ; car cet exercice paraît bien nécessaire aux âmes pour persévérer dans la grâce de Dieu... et il n'est point de pratique que le démon ne cherche à empêcher comme la pratique de l'oraison... II n'est pas douteux que si le monde est si plein de péchés et l'enfer de damnés, cela vient de ce qu'on ne médite pas assez les vérités éternelles... Si l'on demandait aux damnés : a Pourquoi êtes-vous en enfer », la plupart répondraient : « C'est parce que nous n'avons pas assez songé à l'enfer. » Dans l'oraison mentale, c'est Dieu qui parle : Diicam eam in solitudinem , et loquar ad cor ejiis : Je la mènerai dans la solitude et je parlerai à son cœur. fOsée, ir, i!\.) Or, Dieu parle mieux qu'aucun prédicateur. C'est par l'oraison mentale que tous les Saints se sont sanctifiés. L'expérience prouve que ceux qui sont fidèles à l'oraison se gardent des fautes mortelles et, si par hasard ils viennent à faire quelque chute, ils sont promptement relevés. L'oraison mentale et le péché mortel s'excluent mutuellement. On voit beaucoup de chrétiens qui récitent le Rosaire, l'office de la Sainte Vierge, qui jeûnent et continuent à vivre dans le péché ; tandis que celui qui demeure fidèle à l'oraison, non seulemeni quittera
le péché, mais il se détachera des créatures pour aimer Dieu. L'oraison c'est la fournaise où les âmes s'enflamment de l'amour divin. » {Praxis^ 122 et 217).
« Je ne connais pas de meilleur moyen pour nous sauver, disait saint Jean-Baptiste de Rossi, que l'oraison mentale. Celui qui ne va pas à l'oraison va à la tentation. Le jour où nous n'aurons pas médité, craig-nons de pécher. »
Le docte Suarez estimait si fort l'oraison, qu'il eût mieux aimé perdre toute sa science qu'une demi-heure de communication avec Dieu*.
126. Il serait superflu de multiplier les citalions. Tous les vrais serviteurs de Dieu, sans exception, professent la même estime du saint exercice de l'oraison mentale, et on ne peut mieux résumer l'enseignement des Saints qu'en disant : l'oraison donne la véritable sagesse, et avec elle toute sorte de biens : Venerunt milii omnia bona pariter cura ilïa , et innumerabilis honestas per manus illius. (Sap., vu, 11.) Par elle on corrige tous les vices, par elle on acquiert toutes les vertus.
Au contraire, que peut-on attendre de ceux
' S. Jure, Connaissance de Jésus-Christ, t. III, ch. v.