L'ORAISON
pour prier, autre celle des âmes pieuses, autre celle des âmes parfaites.
Dans la voie purgative, voie de luttes et de labeurs, où l'âme est encore presque totalement engagée dans les choses de la terre, toute préoccupée de ses intérêts temporels et exposée à de graves dangers dépêcher, et, d'autre part, encore novice dans les choses spirituelles, ce n'est qu'à force de réflexions, de considérations qu'elle peut dégager son cœur, l'élever vers Dieu et tirer de sa volonté des résolutions énergiques et saintes. C'est donc la méditation, l'oraison discursive qui lui convient.
Dans la voie illuminative, où, selon l'enseignement des théologiens^, les passions n'ont plus tant de force, où le désir d'avancer dans la vertu est beaucoup plus vif, où l'amour de Dieu fait sentir à l'âme ses premières ardeurs, les considérations joueront un moindre rôle, la part du cœur sera plus grande. Alors apparaîtra l'oraison des vifs désirs, des demandes ardentes, des résolutions pleines de ferveur : ce sera l'oraison affective-.
' Saint Thomas, 2. 2. q. i[\, a. 9. — Suarez, De slalii religioso, 1. I, Tract. VII, ch. xiii, n^s 8 et 9.
2 Alexandre de Halès appliquait très justement à l'orai-
SES DIVERSES ESPECES igS
Enfin, dans la voie unilive, le soin principal de l'âme, dit saint Thomas, tend moins à croître dans l'amour de Dieu qu'à être unie à Lui et à jouir de Lui'. « Aussi, dit le Père Ballhazar Alvarez, saint Thomas, dans un de ses opuscules, blâme-t-il les personnes spirituelles qui passent leur vie à chercher Dieu, sans jamais jouir de Lui 2. » Par ailleurs, ces âmes ayant reçu de vives lumières sont très frappées des grandeurs et des bontés de Dieu ; des raisonnements pour les persuader de leurs devoirs envers Lui ne pourraient
son des profitants cette définition de Hugues de Saint- Victor : Oratio est conversio in Deum per pilm et humi- LEM AFFECTVM, Jlde, ct spc , et charitote subnixa (4** part., quœst. 88, memb. i, art. i).
^ Ad hoc principaliter intendit ut Deo inhœreat et eo /riiaiur, et hoc pertinet ad perfectos. — (Ad 3) Perfecli etiam in charitate proficinnt, sed non est ad hoc principal is eorurn cura ; sed ja/n eoram studium circa hoc maxime versatur ut Deo inhœreant. Saint Thomas, 2. 2. (]. 24, a 9, c.
- De contemplât ione sive via unitiva optime intelligitur... quod Bernardus dixit... « oratio est hominis deo adhjerentis affectio, et familiaris qaœdam et pia allocutio, et STATio illaminatœ mentis ad fruendum ^uamoiu licet ». Qaœ ultima verba maxime déclarant statam animœ qaœ ad unionem ascendit, nam illuminata siipponitnr et in Deo quiescens ad fruendum illo. Suarez, De dévot ione, xi, 7.
igô L'ORAISON
que leur être à charg-e ; elles ont pour Lui un amour tranquille, mais intense, que l'Esprit divin Lui-même verse en elles, et elles goûtent dans cet amour une profonde et vive satisfaction. Le mode d'oraison des âmes parfaites sera donc moins violent, plus simple à la fois et plus calme; c'est l'oraison contemplative ordinaire.
Mais, parmi les âmes parfaites, il en est à qui Dieu accorde des faveurs merveilleuses, supposant une véritable dérogation aux lois ordinaires delà nature; ce sont de vrais miracles, comme les ravissements, les extases qui suspendent l'exercice des facultés sensibles ; ou bien Dieu opère en elles des phénomènes purement spirituels sans l'intermédiaire des sens extérieurs ni même de l'imagination, les mettant ainsi dans l'état des anges ou des âmes séparées ; telles sont les visions intellectuelles; c'est là ce qui constitue la contemplation extraordinaire^
' Cf. Suarez, De oratione, ch. xiv.
« Chacun, dit le P. Lallemant, doit se tenir fidèlement à l'oraison propre du degré et de l'état où il est dans la vie spirituelle. Il y en a de trois sortes. La méditation ou l'oraison de discours convient aux commençants qui sont dans la vie purgative, l'oraison affective à ceux qui avancent et qui sont dans la vie illuminative ; la contemplation et lorai-
LORAISON DISCURSIVE 197
Art. II. — De l'Oraison discursive
Le genre d'oraison qui convient aux commençants, c'est, avions-nous dit, l'oraison de méditation.
$ I. Définition de l'oraison discursive
129. « L'oraison de discours, dit le P. Surin (Cai. spir., !■■« partie, ch. 11), est celle par laquelle l'homme, par diverses considérations, tâche de reconnaître les vérités de la foi, de s'en instruire,
son d'union aux parfaits qui sont dans la vie unitive. » (7e principe, ch. i«i".)
Le P. Surin [Cat. spir.), n'est pas moins explicite : « Pour qui est l'oraison de discours f Pour ceux qui commencent.
— Pour qui est l'oraison affective ? Pour ceux qui avancent. — Pour qui est la contemfAation ? Pour les parfaits (ire part. ch. 11. — Combien y a-t-il de sortes de contemplation, demande-t-il au chapitre suivant. Il y en a deux principalement, l'ordinaire et l'extraordinaire. — Quelle est la contemplation ordinaire? C'est un simple repos de l'âme dans lequel elle goûte et connaît les choses divines, sans qu'elle ait de peine à se tenir en la présence de Dieu et à considérer avec affection les choses célestes.
— Quelle est la contemplation extraordinaire ? C'est celle qui, outre et par-dessus ce repos, est accompagnée de dons et faveurs extraordinaires, comme visions, ravissements et extases. »
i08 L'ORAISON DISCURSIVE
tirant des résolutions et conclusions pourl'amendement de sa vie. » « L'oraison de méditation, dit le Yen. Libermann (Écrits spirituels, p. i t5), est une application sensible de notre esprit à une vérité surnaturelle, pour s'en convaincre et se porter à l'aimer par le secours de la grâce. » Le raisonnement comme moyen, la résolution comme but, voilà donc ce qui caractérise ce mode d'oraison ; là-dessus tous les auteurs sont d'accord.
Tous conviennent également que, pour les commençants, une méthode est presque toujours nécessaire. Du reste, n'en faut-il pas une au début de tout art? Ce n'est qu'à l'aide d'une méthode claire, pratique et élémentaire, que les maîtres peuvent former leurs élèves ; ils les guident ainsi et les suivent tout d'abord pas à pas. Plus tard l'élève, familiarisé avec la pratique, agissant avec plus d'aisance, se dégagera des entraves d'une marche trop méthodique.
Cette méthode est la même chez tous les maîtres de la vie spirituelle. On peut comparer celle donnée par saint Pierre d'Alcantara, celle du P. Louis de Grenade, celle que suit saint Ignace dans les méditations de ses Exercices spirituels, celle qu'enseigne saint François de Sales, dans l'introduction à la Vie dévote, la méthode de
L'ORAISON DISCURSIVE i()9
Saint-Sulpice ', et l'on verra que, si les uns insistent plus que d'autres sur certains points, si quelques détails varient, les divergences sont petites et le fond est identique.
g 2, Méthode d'oraison discursive
i3o. /. Préparation. — Tous les auteurs placent en première ligne la préparation : Ante orationem prœpara animam tiiam, et noli esse quasi homo qui tentât Deum. « Avant de prier, prépare ton âme et ne sois pas comme unjiomme qui tente Dieu (Eccl. xvin, 28). » L'esprit humain n'est point porté de lui-même aux choses divines ; la plupart des hommes, et surtout des commençants, ont habituellement l'esprit et le cœur remplis de pensées, de préoccupations et de sentiments profanes , si bien qu'il faut avant tout les dégager, pour s'établir dans une disposition de recueillement et de prière. « Avant de toucher un instrument, dit saint Pierre d' A lcantara, on commence par le mettre d'accord. » Celte préparation doi t être bien nécessaire, puisque
' Voir le livre de M. Letourneau, curé de Saint-Sulpice, La Méthode d'oraison mentale du Séminaire de Saint- Sulpice. Paris, Lecoffre.
l'Esprit-Saint nous dit que la négliger c'est tenter Dieu, c'est-à-dire Lui demander un miracle.
« La préparation, dit saint François de Sales , se réduit à deux points : se mettre en la présence de Dieu et Lui demander le secours de ses lumières {Vie dévote, i^ partie, ch. iij. » Le bon Saint indique ensuite quatre manières de se mettre en présence de Dieu. Comme son livre est dans toutes les mains, contentons-nous de résumer brièvement sa doctrine. Le premier moyen consiste à se bien pénétrer de l'immensité de Dieu qui est présent en tous lieux... Le second moyen, c'est de penser que non seulement Dieu est où nous sommes, mais qu'il est en nous-mème, au fond de notre âme... Un troisième moyen, c'est de considérer le Fils de Dieu en son humanité, regardant du haut du ciel tout ce qu'il y a de personnes au monde, mais particulièrement les chrétiens et surtout ceux qui sont actuellement en prières. La quatrième manière consiste à s'imaginer que Jésus-Christ est dans le même lieu que nous, comme si nous Le voyions devant nous, et à peu près comme nous avons coutume de nous représenter nos amis.
Il est bon de se servir de l'imagination pour se mettre ainsi en présence de Dieu. En effet.
L'ORAISO-N DISCURSIVE
(( l'imag-ination étant agréablement touchée par un objet surnaturel, elle nous laisse tranquilles pendant l'oraison et aide plutôt qu'elle ne g^êne ; tandis que lorsqu'on la laisse sans rien faire, elle gêne ordinairement ». (Liberm., Ecrits, p. 127).
L'invocation comporte trois parties. A la vue de la grandeur de Dieu, l'homme doit s'abaisser devant Lui et Lui présenter ses hommages. C'est l'acte d'adoration. Certaines méthodes, en particulier celle de Saint-Sulpice, y joignent avec raison des actes d'humilité et de contrition, par lesquels on s'avoue indigne de paraître devant Dieu et d'être souffert en sa présence, et on Lui demande pardon de toutes les infidélités de sa vie. Cela fait, reconnaissant aussi l'impuissance où l'on est de Lui rendre dignement ses devoirs et de Le prier comme il faut, on réclame les lumières de l'Esprit-Saint et le secours de sa grâce. Ici on invoque brièvement la Sainte Vierge et l'Ange gardien.
Telle doit être la préparation : « C'est là, nous dit le P. Libermann, un point très important de l'oraison de méditation. Si l'on s'acquitte mal de ce premier point, tonte l'oraison sera mal faite [Écrits spirit., p. 124). » Aussi, à ceux qui se plaignent de ne pas réussir dans ce saint exercice.
il faut avant tout recommander de ne pas faire, d'une façon superficielle ou avec nonchalance, cet acte préparatoire, mais de s'y appliquer sérieusement et de tout cœur.
i3i. //. Corps de V oraison. Exercices des trois puissances de rame. — Après cela vient le corps de l'oraison, où l'on aborde le sujet. C'est là surtout que se fait l'exercice des trois puissances de l'âme. Nous rappelons à dessein cette théorie de saint Ig^nace. On ne comprendra jamais bien les auteurs qui ont suivi, par exemple saint Jean de la Croix, et plus encore sainte Thérèse, si on perd de vue cette manière d'envisager la médidalion. Sainte Thérèse recherche toujours, même dans les oraisons les plus élevées, le rôle des trois puissances , et ses explications deviennent bien plus claires quand on les rapproche de l'enseignement de saint Ignace.
Ces trois puissances de l'âme sont : i" la mémoire; saint François de Sales (Ch. iv), attribuant à l'imagination le rôle que d'autres prêtent à la mémoire, parle peut-être d'une manière plus exacte, du moins son langage répond mieux à notre façon de concevoir ces deux facultés ; 2° l'entendement ou faculté de raisonner ; 3° la volonté. A propos de cette dernière, faisons ici une
L'ORAISON DISCURSIVE 2o3
remarque importante, qu'il ne faut jamais oublier eu lisant les auteurs ascétiques et mystiques; c'est qu'ils prennent ce terme, comme tous les théologiens, dans son sens véritable et large, lui faisant signifier l'appétit intellectuel ou faculté de se porter au bien saisi par l'intelligence. On a souvent, depuis le xvii^ siècle, restreint le sens de ce mot, ne l'appliquant plus qu'aux seuls actes de détermination. Pour désigner la puissance d'aimer on se sert maintenant exclusivement du mot « cœur », qui est moins exact, car ce mot indique presque toujours un amour sensible, qui réside bien dans l'appétit intellectuel, mais avec contre-coup dans l'appétit sensitif. Nous emploierons dans son sens théologique le mot « volonté ». La mémoire, ou mieux, à notre avis, l'imagination, s'exerce en nous remettant devant les yeux de l'esprit le point où le mystère qui doit faire le sujet de notre oraison; l'entendement, en recherchant et considérant les motifs qui peuvent le plus servir à échauffer notre volonté^; la volonté enfin, en produisant les affections comme louange, actions de grâces, désirs, demandes et les résolutions.
' Rodi-ifjnez^ de l'Oraison, chap. vu.
2o4 L'ORAISON DISCURSIVE
182. II est une autre manière de présenter la même méthode, qui nous paraît être plus à la portée des fidèles et plus facile à retenir; c'est celle qui divise l'oraison en cinq points : préparation ou présence de Dieu, considération, retour sur soi-même, demande et résolution.
/. Préparation. — Nous en avons parlé plus haut.
//. Considération. — Une fois que vous vous êtes mis , leur expliquera-t-on , par l'exercice préparatoire, dans un état de recueillement, il faut travailler à former en vous un ardent désir des biens spirituels , et pour cela chercher à acquérir tout d'abord une conviction vive de leur importance; c'est ce que vous procurera la considération ou méditation proprement dite, deuxième point de l'oraison.
Comment se fait la considération? C'est là, en effet, le point difficile, c'est là ce que beaucoup de bonnes âmes disent au-dessus de leurs forces , et ce qui leur fait paraître la méditation inabordable.
Pour celles qui peuvent s'aider de quelque bon livre, la difficulté est bien aplanie. On prend un volume de méditations, ou même on peut très utilement recourir à certains ouvrag-es de piété,
comme Vlmitation, la Vie cléoote, la Pratique de /'amour envers Jésus-Christ, etc. On lit quelques phrases, puis on s'arrête pour réfléchir; on reprend ensuite la lecture et on médite encore.
La lecture n'est pas toujours possible; il est d'ailleurs certains sujets, d'une importance capitale, pour lesquels elle n'est pas aussi nécessaire; en outre, il faut revenir souvent sur ces mêmes sujets, et l'on se lasserait de relire sans cesse les mêmes paçes.
Nous voulons parler des grandes vérités. Pour les méditer sans le secours d'un livre, il est bon de faire usage de l'imagination, de se représenter les circonstances du mystère ou du fait sur lequel on médite; c'est ce que saint Ignace nomme la composition ou construction du lieu. Si l'on médite sur l'enfer, par exemple, on verra des yeux de l'imagination ces feux immenses, et les âmes des réprouvés comme enfermées dans des corps de feu; on entendra les gémissements, les cris, les clameurs, les blasphèmes contre Notre- Seigneur, etc.^; et ainsi de suite, appliquant successivement, quand le sujet s'y prête, les cinq sens au fait que l'on médite.
' Saint Ignace, Exercices spirituels , ire semaine, 5^ exercice.
2o6 LORAISON DISCURSIVE
Certains auteurs, par exemple Roothaan, Sur la manière de méditer, indiquent comme moyen de se rappeler ces circonstances diverses le fameux vers latin qui les résume toutes :
Qiiis, quid, ubi, quitus auxiliis, cur, qnomodo, quando. Oui, quoi, où, par quels procédés, pourquoi, comment, quand.
Chacun de nos lecteurs peut prendre quelque matière de méditation et voir comment, en effet, ces diverses circonstances de sujet, d'objet, de lieu, de mode, de but, de temps, deviennent facilement la source de très utiles réflexions^.
Quand l'imagination a de la sorte passé en revue les diverses circonstances du fait ou du mystère qu'il s'agit d'approfondir, il reste à l'entendement à déduire les conclusions, puis à considérer les motifs les plus capables de convaincre et de persuader. La conclusion à laquelle on doit
' Ainsi dans la méditation sur la Passion : le sujet quis, c'est le Fils de Dieu; l'objet quid, ce sont ses souffrances; le iieu ubi, c'est le Calvaire près de cette Jérusalem qu'il avait tant aimée; les procédés de ses ennemis, quibus auxiliis, furent l'hypocrisie, les accusations calomnieuses ; la cause, cur, nos propres péchés; le mode, quomodo, ce fut la mort ignominieuse des scélérats; le temps, quando, ce fut le temps de la Pàque, quand les étrangers, les habitants de toute la Jiidée, les témoins des miracles de Jésus, affluaient à Jérusalem.
aboutir revient toujours à ceci : il faut fuir le mal el faire le bien. Or, on peut ramener à trois les motifs qui nous pressent d'accepter cette vérité : i" Rien n'est plus juste : non seulement l'honnêteté naturelle, mais surtout le respect du à Dieu et la reconnaissance pour tous ses bienfaits nous en font un devoir; 2° rien n'est plus"avantag^eux, c'est notre intérêt et pour la vie présente et pour la vie future; 3'' l'entreprise est facile, tant dautres y réussissent avec le secours de la grâce. On voit à combien de développements peut donner lieu chacun de ces motifs; il convient d'y insister et de s'en pénétrer profondément.
Ainsi s'acquiert cette vive estime des biens spirituels, qui est, avons-nous dit, le but de ce deuxième point de l'oraison discursive, la considération.
i33. ///. Retour sur soi-même. — Pour les désirer plus ardemment encore, il faut considérer quels besoins nous en avons; c'est ce que nous donnera le retour sur nous-mêmes, troisième point de l'oraison. C'est une sorte d'examen de conscience, où l'on envisage ses défauts, les péchés auxquels on est le plus enclin. On voit par là combien on est loin de cette vertu dont on a tout à l'heure reconnu la nécessité. Ce retour
2o8 L'ORAISON DISCURSIVE
sur soi-même est d'une grande importance : « Quelques-uns, disait saint Vincent de Paul, ont de belles pensées et de bons sentiments, mais ils ne se les appliquent pas à eux-mêmes et ne font pas assez de réflexions sur leur état intérieur, et néanmoins on a souvent recommandé que, lorsque Dieu communique quelques lumières ou quelques bons mouvements dans l'oraison, il les faut toujours faire servir à ses besoins particuliers; il faut considérer ses propres défauts, les confesser et reconnaître devant Dieu, et prendre une forte résolution de s'en corriger. »
i34. /^ • Demande. — Le quatrième point de l'oraison méditative, c'est la demande. Elle doit se faire par manière d'entretien et de vive supplication. L'âme, étant toujours en présence de son Dieu, s'adresse à Lui avec ferveur et confiance ; elle doit Le regarder moins comme un maître sévère que comme un bienfaiteur compatissant, un père plein d'aff"ection et de bonté, un ami tendre et dévoué. Lui parlant alors avec une sainte hardiesse, elle Lui rappellera quelles promesses il a faites à la prière, promesses si fortes et si consolantes : Petite et accipietis, etc., quodcLimque petieritis, etc. : « Demandez et vous recevrez... tout ce que vous demanderez à mon
Père en mon nom », etc. ; elle avouera sa faiblesse, son incapacité trop souvent prouvée par l'expérience passée, mais elle ajoutera : Domine, si vis, potes me mnndare. « Si vous voulez, Seig-neur, vous pouvez me g-uérir », vous pouvez me réconforter, et je dirai avec saint Paul : « Je puis tout en Celui qui me fortifie. » Elle protestera rie la pureté de ses intentions : ce n'est pas seulement pour son bien personnel qu'elle exprime ses demandes, c'est aussi pour l'honneur de Dieu, qu'elle servira plus dignement et à qui elle rendra plus de g-loire. Enfin elle en appellera aux mérites de Notre-Seigneur : si elle n'a par ellemême aucun droit, aucun titre à faire valoir, ce qu'elle avoue bien humblement, elle peut s'appuver sur les souffrances du Sauveur : pourquoi le Verbe de Dieu s'est-il incarné, pourquoi s'ést-il condamné à tant de travaux, à des tourments si durs , sinon pour nous mériter les grâces les pliis précieuses et les plus abondantes?
Un court colloque avec Marie, notre Mère si bonne, avec le Ijon Ange, avec le saint Patron et les Saints auxquels on a plus de dévotion terminera ce quatrième point.
Notons-le bien, la demande est la partie capi-
laie de l'oraison i, ou pour mieux dire l'oraison ne commence qu'avec elle. Tant que l'âme ne se tourne pas vers Dieu pour Lui parler, elle peut, il est vrai, méditer; elle ne prie pas, elle ne fait pas oraison. On voit des personnes s'y méprendre et, dans un exercice d'une demi-heure, passer tout leur temps à réfléchir sans rien dire à Dieu. Quand même elles auraient ajouté à leurs réflexions de saints désirs et de g^énéreuses résolutions, ce n'est pas encore là faire oraison ; sans doute l'esprit n'a pas été seul à agir, le cœur s'est échauffé, il s'est porlé au bien avec ardeur, mais il ne s'est pas épanché dans le cœur de Dieu. De telles méditations sont à peu près stériles, bien vite elles engendrent la fatigue et l'ennui, bien souvent aussi le découragement et l'abandon de ce saint exercice.
i35. V. Résolutions. — Il ne reste plus désormais qu'à prendre les résolutions ; c'est le cinquième et dernier point de la méditation. Par la considération l'esprit s'est éclairé, le souvenir des bontés de Dieu a produit la confiance et la recon-
^ A la demande peuvent et doivent se joindre la louange et l'action de grâces , si l'on réfléchit sur les grandeurs de Dieu, sur ses bienfaits. Quant aux promesses, protestations, offrandes, elles seront jointes aux résolutions.
LORAISON DISCURSIVE
naissance. Dans la demande le cœur s'est échauffé, les supplications ardentes ont produit une douce intimité entre Dieu et l'âme fidèle, des actes d'amour ont été produits, mais cet amour resterait faible et stérile s'il ne s'affermissait par de g-énéreuses résolutions. Celui qui dirait : Mon Dieu, je vous aime, et qui ne voudrait en donner aucune preuve serait dans l'illusion. Le désir de faire plaisir à Dieu, tel doit être le motif de nos résolutions. Inspirées par l'amour elles seront plus sag-es, plus fermes, plus efficaces, et elles nous aideront à mieux remplir ce grand devoir de l'amour de Dieu , qui devrait être le mobile de toutes nos actions et l'aliment continuel de nos cœurs.
Les résolutions doivent être particulières et actuelles. Des résolutions générales, comme celles de devenir meilleurs, de mieux servir Dieu, ou des résolutions à accomplir dans un mois, dans un an, seraient vaines ; il faut les préciser et les actualiser : aujourd'hui, en telle circonstance, je pratiquerai telle vertu, j'éviterai tel acte mauvais. — Humbles et confiantes : la confiance en Dieu et l'humilité, qui est la défiance de soi-même, doivent toujours aller de pair. — Enfin, souvent réitérées : il vaut mieux revenir souvent sur cer-
LORAISON DISCURSIVE
laie de l'oraison i, ou pour mieux dire l'oraison ne commence qu'avec elle. Tant que l'âme ne se tourne pas vers Dieu pour Lui parler, elle peut, il est vrai, méditer; elle ne prie pas, elle ne fait pas oraison. On voit des personnes s'y méprendre et, dans un exercice d'une demi-heure, passer tout leur temps à réfléchir sans rien dire à Dieu. Quand même elles auraient ajouté à leurs réflexions de saints désirs et de g^énéreuses résolutions, ce n'est pas encore là faire oraison ; sans doute l'esprit n'a pas été seul à ag-ir, le cœur s'est échauff"é, il s'est porté au bien avec ardeur, mais il ne s'est pas épanché dans le cœur de Dieu. De telles méditations sont à peu près stériles, bien vite elles engendrent la fatigue et l'ennui, bien souvent aussi le découragement et l'abandon de ce saint exercice.
i35. V. Résolutions. — Il ne reste plus désormais qu'à prendre les résolutions ; c'est le cinquième et dernier point de la méditation. Par la considération l'esprit s'est éclairé, le souvenir des bontés de Dieu a produit la confiance et la recon-
^ A la demande peuvent et doivent se joindre la louang'e et l'action de grâces , si l'on réfléchit sur les grandeurs de Dieu, sur ses bienfaits. Quant aux promesses, protestations, offrandes, elles seront jointes aux résolutions.
naissance. Dans la demande le cœur s'est échauffé, les supplications ardentes ont produit une douce intimité entre Dieu et l'âme fidèle, des actes d'amour ont été produits, mais cet amour resterait faible et stérile s'il ne s'affermissait par de généreuses résolutions. Celui qui dirait : Mon Dieu, je vous aime, et qui ne voudrait en donner aucune preuve serait dans l'illusion. Le désir de faire plaisir à Dieu, tel doit être le motif de nos résolutions. Inspirées par l'amour elles seront plus sages, plus fermes, plus efficaces, et elles nous aideront à mieux remplir ce a^rand devoir de l'amour de Dieu, qui devrait être le mobile de toutes nos actions et l'aliment continuel de nos cœurs.
Les résolutions doivent être particulières et actuelles. Des résolutions générales, comme celles de devenir meilleurs, de mieux servir Dieu, ou des résolutions à accomplir dans un mois, dans un an, seraient vaines ; il faut les préciser et les actualiser : aujourd'hui, en telle circonstance, je pratiquerai telle vertu, j'éviterai tel acte mauvais. — Humbles et confiantes : la confiance en Dieu et l'humilité, qui est la défiance de soi-même, doivent toujours aller de pair. — Enfin, souvent réitérées : il vaut mieux revenir souvent sur cer-
taines résolutions plus pratiques que de varier à chaque instant, et cela quand même on les aurait déjà prises fréquemment sans les observer. A quoi servent, dit-on parfois, des résolutions qu'on ne garde pas ? Elles servent à affermir insensiblement la volonté. A force de dire ie veux, à force de le répéter même après bien des chutes, qui sont le plus souvent des chutes dépure fragilité, le vouloir devient plus intense et finit par être très ferme. Ne prenez pas de résolutions, vous ne vous corrigerez jamais ; prenez-en souvent, même après y avoir manqué, à la longue vous atteindrez le but de vos efforts et votre constance sera récompensée'.
i36. Écoutons là-dessus les paroles si sages do. saint Vincent de Paul. « Quelqu'un de la communauté rapportant un jour son oraison, et ayant dit qu'il avait douté s'il devait prendre des résolutions, à cause de son infidélité à les mettre en pratique, M.Vincent, prenant la parole et s'adressant à tous ceux qui étaient présents, leur dit :
' « Si bien les premières résolutions ne les ont pas du tout affermis (les esprits encore faibles), les secondes et troisièmes les affermiront davantage et enfin à force de se résoudre souvent, on demeure tout à fait résolu. « — Saint François de Sales {Lettres, t. VI, p. 4o4, édition Briday.)
LORAISON DISCURSIVE 2i3
« Pour avoir été infidèle à exécuter ses résolutions, il ne faut pas désister d'en prendre de nouvelles en toutes ses oraisons ; de même qu'encore qu'il ne paraisse point de profit de la nourriture qu'on prend, on ne laisse pas pour cela de manger : car c'est une des plus importantes parties de l'oraison de faire de bonnes résolutions, et c'est à cela particulièrement qu'il faut s'arrêter, et non pas tant au raisonnement et au discours. Le principal fruit de l'oraison consiste à se bien résoudre, mais à se résoudre fortement, à bien fonder ses résolutions, s'en bien convaincre, se bien préparer à les exécuter et prévoir les obstacles pour les surmonter. Ce n'est pas néanmoins encore tout, car enfin nos résolutions ne sont d'elles-mêmes que des actions physiques et morales et, quoique nous fassions bien de les former en notre cœur et de nous y affermir, nous devons néanmoins reconnaître que ce qu'elles ont de bon, leurs pratiques et leurs effets dépendent absolument de Dieu. Et d'où pensez-vous que provient le plus souvent que nous manquons à nos résolutions? C'est que nous nous y fions trop ; nous nous assurons sur nos bons désirs, nous nous appuyons sur nos propres forces, et cela est cause que nous n'en tirons aucun fruit.
2i4 LORAISOX DISCURSIVE
C'est pourquoi, après avoir pris quelques résolutions à l'oraison, il faut beaucoup prier Dieu et invoquer instamment sa grâce avec une grande défiance de nous-mêmes, afin qu'il Lui plaise de nous communiquer les grâces nécessaires pour faire fructifier ces résolutions; et qiioiqu' après cela nous venions encore à y manquer, non seulement une ou deux fois, mais en plusieurs rencontres et pendant un long temps, quand bien même nous nen aurions pas mis une seule en exécution, il ne faut jamais laisser pour cela de les renouveler , et de recourir à la miséricorde de Dieu et implorer les secours de sa grâce. Les fautes passées doivent bien nous humilier, mais non pas nous faire perdre courage : et, en quelque faute que l'on tombe, il ne faut pour cela rien diminuer de la confiance que Dieu veut que nous ayons en Lui^ mais prendre toujours une nouvelle résolution de s'en relever et de se garder d'y retomber , moyennant le secours de sa grâce que nous Lui devons demander. Quoique les médecins ne voient aucun effet des remèdes qu'ils donnent à un malade, ils ne laissent pas pour cela de les continuer et réitérer, jusqu'à ce qu'ils y reconnaissent quelque espérance de vie. Si donc, l'on continue ainsi d'appliquer des remèdes pour.
L'OFiAISON DISCURSIVE
les maladies du corps, quoique longues et extrêmes, encore qu'on n'y voie aucun amendement, à plus forte raison doit-on faire de même pour les infirmités de nos âmes, dans lesquelles, quand il plaît à Dieu, la grâce opère de très grandes merveilles. » « Si celui qui forme de saintes résolutions, dit V Imitation^ ne laisse pas de tomber, que fera celui qui n'en forme jamais, ou qui n'en forme que faiblement? )) (L. I, ch. xix.)
Quand l'oraison chez les débutants aboutit à des résolutions fermes et sérieuses, c'est qu'elle a été bien faite ; sinon , elle a été défectueuse ; la résolution est la marque décisive d'une bonne oraison. (Cf. Libermann, Ecrits, p. iio.)
La conclusion de l'oraison sera très simple : remercier Dieu brièvement de nous avoir soufferts en sa sainte présence et de nous avoir accordé ses grâces, Lui demander sa bénédiction, et « finir par le Pater et Y Ave qui sont les prières communes et nécessaires à tous les fidèles ». {Vie dévote.)
iSj. Telle est, selon nous, la méthode à proposer aux débutants. Il nous semble que cette marche méthodique est très justifiée : tout s'y lie, s'y enchaîne logiquement, et elle est, pour cette raison, facile à retenir.
2i6 L'ORAISON DISCURSIVE
Ainsi exposée l'oraison mentale ne peut paraître inabordable. A ceux qui se plaignent de ne pouvoir méditer, faisons envisager successivement les divers points de cet exercice, et montrons-leur que chacun est à leur portée. « Qu'y a-t-il là de si difficile, leur dira-t-on?Se mettre en la présence de Dieu ? Mais vous le faites souvent, vous devez le faire au moins toutes les fois que vous voulez prier, même vocalemenl. Les considérations? Mais avec un livre, ce n'est qu'un jeu ; et même sans livre, rien de plus facile que de se représenter, par exemple, la mort, le jugement ou la Passion de Notre-Seigneur ; rien de plus facile que de tirer les conclusions qui se dégagent d'elles-mêmes de ces grandes vérités, d'autant plus que rien n'oblige de demeurer longtemps dans ces réflexions. Est-ce le retour sur vousmême qui vous effraie ? Mais vous faites souvent votre examen de conscience, et le retour sur soimême est plus simple encore. Vous ne pouvez dire que c'est la demande qui vous paraît impraticable ; j'aime à croire que souvent, au contraire, vous vous adressez ainsi à Notre-Seigneur, et que vous n'en êtes pas réduit, comme les enfants, à, avoir toujours besoin, pour Lui parler, de formules apprises par cœur. Prendre des résolutions,
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prévoir comment il faudra les observer, se prémunir contre les obstacles, ce n'est pas non plus chose bien malaisée. Convenez donc de bonne grâce que votre nég^ligence vis-à-vis d'un exercice si salutaire ne vient pas de votre incapacité, mais d'un défaut de courag-e. »
I 3 Moyens pratiques pour amener les âmes à la méditation
i38. Suarez enseigne (De devotione, ch. iv, n'' 9) que l'oraison convient à tous les fidèles, quel que soit leur état, et qu'on doit la proposer à tous comme un moyen nécessaire pour la perfection. C'était l'avis de saint Vincent de Paul, que les personnes de toute condition peuvent s'exercer à la méditation {Sa vie, par Abelly, Liv. III, ch. vu). Même déjeunes âmes de treize à quatorze ans en sont capables. Qu'on ait soin seulement de bien leur en apprendre la méthode, qu'on leur remette un tableau explicatif des actes qui la composent^; qu'on fasse quelquefois devant eux, s'il est possible, cet exercice, en suivant cette méthode ; et surtout qu'on les exhorte vivement, qu'on les encourage, qu'on leur fasse rendre
* Nous donnons en appendice un tableau méthodique à cet usaere.
2i8 LORAISON DISCURSIVE
compte, souvent, de leur fidélité à méditer, et l'on obtiendra de sérieux et consolants résultats.
Il faut, toutefois, savoir insister sans être importun, procédant plutôt par encouragement que par voie de reproche. Si, par exemple, inlerrog"eant un pénitent sur sa fidélité à l'oraison, on n'obtient que des réponses peu satisfaisantes, on dira simplement : « Eh bien , ce sera cette fois-ci que vous serez plus fidèle; car, sachez-le, je ne me décourag-erai point, persuadé que je parviendrai à obtenir de vous, tôt ou tard, une grande exactitude. »
L'objection la plus forte et la plus embarrassante est celle qui se tire du manque de loisir; mais celle-là même, nous dit saint Liguori, ne doit pas arrêter le confesseur; il n'en doit pas moins imposer à son pénitent de vaquer à la méditation, en choisissant pour cela les moments de la journée où celui-ci est le plus tranquille; et même le temps de ses travaux, s'il ne peut faire autrement (Praxis, 128). Beaucoup d'occupations, en effet, ne sont pas si absorbantes qu'on ne puisse, tout en s'y livrant, exercer les divers actes de la méditation. S'il en résulte quelques distractions inévitables. Dieu, ayant égard à la bonne volonté, suppléera par des grâces plus
puissantes à ce qui manque du coté des circonstances extérieures.
139. Ceux qui entendent la messe et sont oblig-és ensuite de vaquer à leurs occupations peuvent très bien, en assistant au saint sacrifice, accomplir les acte§ essentiels de l'oraison.
Au commencement de la messe, ils feront donc l'exercice préparatoire : présence de Dieu , adoration, contrition et invocation.
Pendant la messe, ils considéreront Notre-Seigneur s'immolant pour nous, ils méditeront à cette occasion l'une ou l'autre des quatre fins du sacrifice : adoration, action de grâce, demande ou expiation ; ou bien ils se rappelleront la Passion de Xotre-Seig-neur, dont la messe est le mémorial, et même, selon les circonstances, quelque autre objet.
Puis ils reconnaîtront devant Dieu leur misère : Domine non siim dignus. Je ne suis, mon Dieu, que faiblesse et indignité; dans ces sentiments d'humilité ils feront la communion spirituelle.
Après la communion du prêtre, ils exposeront à Dieu leurs demandes, avec d'autant plus de confiance qu'ils seront tout près de Jésus, et qu'ils toucheront du doigt, pour ainsi dire, sa miséricorde et sa bonté ; est-il une circonstance
OÙ la bénig-nité de notre doux Sauveur apparaisse plus clairement qu'à l'autel?
Enfin , ils ne quitteront pas leur Dieu sans renouveler leurs résolutions, sans protester de leur entière bonne volonté et de leur vif désir de Lui plaire.
i4o. On pourrait encore, si Ton désespérait d'obtenir davantage, imposer une méthode d'examen de conscience qui suppléerait, jusqu'à un certain point, à la méditation. Telle est l'excellente méthode proposée par saint Ignace {Ex. spir., i""^ semaine), qui renferme tous les points essentiels de l'oraison. Cet exercice, en effet, doit, d'après le saint auteur, contenir cinq parties : 1° Souvenir des bienfaits de Dieu; 2" Invocation pour demander à Dieu ses lumières, et dispositions de contrition et de haine du péché; 3° Examen proprement dit; 4° Prière fervente et demande de pardon ; 5° Résolutions et bon propos.
Rien ne s'oppose à ce qu'on commence par se mettre en présence de Dieu, faisant ainsi en premier lieu l'invocation que saint Ignace place au deuxième rang. Le souvenir des bienfaits de Dieu viendrait ensuite, ou même, à sa place, quelque autre considération également propre à préparer l'acte de contrition, par exemple, la représen-
talion imaginative du tribunal de Dieu, du Juge suprême, ou le souvenir du ciel, du purgatoire, etc. Quant à la demande ou prière mentale proprement dite, il faudrait exiger du dirigé qu'il ne manque jamais, l'examen fait, d'y insister sérieusement et de supplier Dieu de bénir ses résolutions.
De la sorte, on aurait la méditation méthodique, telle que nous l'avons exposée, et les directeurs pourraient la conseiller, et même l'imposer sans en prononcer le nom. Il est des gens, en effet, que le seul mot de méditation effraie et qui ne peuvent croire cet exercice à leur portée ; on les amènera donc, sans qu'ils le soupçonnent, à en produire tous les actes; ainsi fait-on prendre aux petits enfants, en les dissimulant dans des mets agréables, des remèdes qu'ils refuseraient, s'ils étaient avertis.
i4i. D'autres se servent, dans le même but, de la lecture spirituelle. On recommandera alors de la faire précéder de l'exercice de la présence de Dieu, puis, de lire posément, interrompant de temps à autre sa lecture, afin de mieux se pénétrer des vérités qu'on y rencontre et de s'en faire à soi-même l'application. On conseillera enfin d'y joindre des demandes ferventes et de
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terminer en faisant à Dieu de sincères promesses. C'est toujours la même méthode et, sous le nom de lecture spirituelle, c'est vraiment l'oraison que l'on obtient de la sorte.
Le souvenir des mystères du Rosaire peut encore servir à la même fin. Il est exigé pour gagner les indulgences si nombreuses accordées à la confrérie, et si on peut l'obtenir des fidèles, c'est un acheminement à la méditation.
Sainte Thérèse {Chemin de la Perfection, ch. XXVI, édition Bouix xxviij enseigne un mode de prière destiné à remplacer la méditation méthodique pour ceux qui sont incapables d'j plier leur esprit. Nous en parlerons quand nous traiterons de l'oraison affective (ch. m), dans laquelle on doit ranger le genre de prière décrit par la Sainte.
Le directeur doit exiger de ses pénitents qu'ils se mettent en présence de Dieu au commencement de leurs prières vocales; il les amènera plus facilement ensuite à l'oraison mentale. Ne ferait-il pas bien, pour le même motif, de recommander quelquefois cette pratique avant les lectures pieuses qu'il impose?
Enfin, le mode de prier enseigné par saint Ignace et qui consiste à ne réciter que par parcelles une
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prière vocale, comme le Pater, en savourant et même en méditant chaque mot, chaque phrase, pourrait encore au besoin suppléer à l'oraison mentale ordinaire.
I [\. Sujets, lieu, posture, temps, durée de la méditation
Disons maintenant quelques mots des conditions dans lesquelles doit se faire la méditation : . des sujets, lieux, temps, durée qui conviennent à ce pieux exercice.
142. Sujets. — Et d'abord des sujets. « Il n'y a pas, dit Grenade {De l'oraison i^'^ partie, ch. I, I 9), de meilleurs sujets de méditation, ni de plus efficaces, que ceux que l'on recueille des plus notables articles et mystères de notre foi, tels que la Passion et la mort de notre Sauveur, le jug-ement, l'enfer, le paradis, les bienfaits divins, et pareillement le souvenir de nos péchés, de notre vie, de notre mort. Chacun de ces sujets, bien pesé et considéré, a une grande force pour porter notre cœur à l'amour et à la crainte de Dieu, à l'horreur du péché et au mépris du monde. »
Ainsi procède saint Ignace dans son livre des Exercices spirituels. Ce livre, où les plus avancés peuvent trouver de salutaires leçons, s'adresse toutefois plus particulièrement aux chrétiens sin-
cères mais imparfaits, aux âmes de foi animées de bons sentiments, mais faibles et inconstantes; et aucun ouvrage n'indique mieux, ni même aussi bien , par quelle voie on peut travailler à l'entière conversion de ces sortes de personnes. Or c'est surtout par la considération approfondie des g-randes vérités que le saint et illustre auteur cherche à gagner leur cœur, à les attacher irrévocablement et sans réserve au service de Dieu.
L'expérience confirme l'enseignement unanime des Maîtres et prouve qu'il faut, avant tout, approfondir ces grandes vérités, y revenir souvent au début de la vie spirituelle, s'en pénétrer, sous peine de bâtir sur le sable et de n'élever qu'un édifice bien fragile.
Les autres mystères de la vie de Notre-Seigneur, les enseignements de l'Evangile fournissent aussi matière à de saintes méditations; et cette matière est abondante et, pour ainsi parler, inépuisable. Les différentes vertus, les devoirs d'état sont encore d'excellents sujets de méditation.
Mais quelque sujet que l'on choisisse, que l'on n'oublie jamais de considérer la bonté de Dieu et son amour pour nous. Elles sont partout les preuves de l'amour de Dieu, et l'âme chrétienne ne saurait apporter trop de soin à les découvrir, à s'en
pénétrer. Sans doute nous ne pourrons jamais bien connaître le Cœur de Jésus, ni comprendre toute la profondeur, la puissance et l'étendue de son amour; mais plus sera juste l'idée que nous nous en ferons, plus s'avivera notre désir de l'aimer, plus nous nous sentirons fermement résolus à Lui rendre amour pour amour.
i43. Lieii^. — L'oraison mentale peut se faire partout^. Mais il vaut mieux, pour éviter les distractions, la faire dans un lieu solitaire et retiré. « Lorsque vous voudrez prier, dit Notre-Seigneur, entrez dans votre chambre, et, en ayant fermé la porte, priez votre Père dans le secret^. »
La maison de Dieu est aussi désig^née dans les saints Livres comme le lieu de la prière : Domus mea domus orationis est (Luc, xix, 46); et nos églises, plus encore que le temple de l'ancienne loi, favorisent le recueillement et la ferveur; car Jésus y réside et du tabernacle partent des effluves divines, qui réchauffent la foi et allument l'amour.
i44- Posture. — Pour mieux prier on prendra une posture humble et recueillie : l'attitude exté-
^ Cf, Suarez, De devotione, ch. vin.
* Volo viros orare in omni loco. (I. Tim., 2. 8.) ' Cum oraveris , intra in cubiculum taum, et claaso ostio, ora Patrem taum in abscondito. (Matlh. vi, 6.)
rieure aide aux bonnes dispositions de l'âme. On évitera de trop rechercher ses aises, mais aussi de trop contraindre le corps : si on s'abandonne à la mollesse, l'esprit sera plus porté aux divagations; l'attention serait ég-alement distraite, si l'on s'appliquait à se faire souffrir; le faire quelques instants, par exemple se tenir un moment sans appui pour dompter la nature, est un procédé excellent qui, en cas de distractions, aide à se vaincre; mais ce procédé, trop prolongé, pourrait être une cause de préoccupations et par là même devenir nuisible.
i45. Temps. — L'oraison peut se faire à toute heure du jour, mais tous les docteurs conviennent que le matin est le temps le plus convenable : le corps est plus libre, les distractions sont moins à craindre, et l'oraison exerce une heureuse influence sur la journée tout entière. Les Livres saints désignent surtout le matin comme l'heure de la prière^
* Domine, mane ejcaudies vocem meam. — Mane adstaho tibi. (Psaume 5.) — Aaditam fac mihi mane misericordiam tuam. (Psaume 142, y. 8.) — Et mane oralio niea prœveniet te. (Psaume 87, y. i/\.) — Oportet prœvenire solem ad benedictionem tuam et ad ortum lacis te adorare. (Sap., xvi, 28.)
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i46. Durée. — Combien de temps doit durer l'oraison? On prête assez communément à sainte Thérèse cette maxime : « Faites un quart d'heure d'oraison par jour et votre salut est assuré. » Nous n'avons trouvé nulle part, dans ses écrits, de parole semblable. Les docteurs et les Saints exigent tous une plus long-ue durée, et saint Pierre d'Alcantara en donne excellemment la raison : « Si le temps est trop court, on le passe à débarrasser l'imag-ination et à rég"ler le cœur, et lorsque l'on était prêt, et qu'il eût fallu commencer l'exercice, on le laisse. C'est donc avec raison que l'on conseille de prendre, pour faire l'oraison, le plus de temps possible; et il serait mieux d'y employer une seule fois un temps considérable, que deux fois peu de temps chacune. {De f oraison, ch. xii, 6*^ avis.) »
Ceux qui écrivent plus spécialement pour les religieux, demandent une heure et demie ou deux heures 1. Ainsi Grenade (Part. I, ch. xi, 6« avis), saint Pierre d'Alcantara (loco citato), sainte Thérèse {Sa vie, ch. viiij. Saint François de Sales,
* Ils y mettent toutefois ce tempérament que, si l'oraison suit un autre exercice de dévotion , ou si elle se fait à un moment où l'on soit facilement recueilli, elle peut alors être plus courte.
qui a plus spécialement en vue les gens du monde et les personnes plus adonnées à la vie active, demande une heure (Vie dévote, 2'' partie, ch. i). Cependant il commençait par ne demander qu'une demi-heure ou trois quarts d'heure, comme ses Lettres le prouvent. Saint Alphonse de Liguori | veut que l'on aug-menle peu à peu, à mesure que la ferveur s'accroît ; mais que l'on ne commence pas par exiger plus d'une demi-heure^.
A ceux qui déclarent ne pouvoir donner qu'un quart d'heure à cet exercice ne vaudrait-il pas mieux conseiller de consacrer en effet un quart d'heure exclusivement à l'oraison et de la continuer en travaillant, de façon à y passer quand même le temps convenable? Sans doute un simple quart d'heure de méditation vaudrait mieux que rien, mais les effets d'une si courte oraison seraient si minimes, l'âme y trouverait si peu de fruits et surtout si peu d'attraits, qu'elle ne s'y attacherait guère et ne demeurerait pas longtemps fidèle à ce saint exercice.