Continuité de l'oraison mentale^. — Est
^ Ab initio non plus qnam médium horœ spatium assignet, quod deinde, crescente spiritu, plus minusve augebit. {Praxis, 128.)
- Suarez, De Dévotions, ch. v.
ce une faute d'interrompre son oraison mentale? En soi, non, si l'interruption se fait pour un bon motif et d'une façon respectueuse envers Dieu. Mais comme ces interruptions, même involontaires, sont toujours funestes à l'âme, et que la cause doit très souvent en être attribuée au démon, on doit les éviter avec le plus grand soin.
D'ailleurs ces interruptions sont souvent légèrement coupables, car elles se font par négligence et légèreté d'esprit ; elles sont par là même irrespectueuses envers Dieu et contraires à notre bien spirituel. Et cela est vrai également des interruptions dans les prières vocales.
i48. Distractions. — Les chrétiens qui s'adonnent à l'oraison mentale sont souvent détournés d'y persévérer par les distractions qu'ils y éprouvent; ils s'imaginent que c'est un temps perdu et que la méditation est pour eux un exercice absolument inutile. Ils ont peine en effet à accepter celte vérité que, quand la distraction est involontaire, elle n'enlève rien à la valeur de l'oraison. Dieu ne demande que la bonne volonté et non le succès et, à ses yeux, une oraison pleine de distractions involontaires a autant de prix que si elle était faite sans aucune distraction. Pour l'âme elle-même, ces distractions pénibles mais
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non coupables peuvent produire un effet des plus salutaires ; elles oblig^ent l'âme à soutenir un combat très méritoire, et elles l'amènent à agir d'une façon plus désintéressée, persévérant dans cette lutte contre elle-même, non pour les consolations qui lui sont refusées, mais par pur esprit de devoir et d'attachement à Dieu.
149. Pour qu'une distraction soit vraiment involontaire, il faut trois choses (Suarez, loco citato) : 1° Que l'on ait, en commençant, l'intention bien arrêtée de ne céder à aucune distraction ; 2<* que l'on repousse les distractions dès qu'on s'en aperçoit, autrement on révoquerait l'intention première; 3° que l'on se prépare avant de se mettre à la prière, de façon à supprimer toute occasion de divagation.
Encore faut-il combattre ces distractions sans trop de contention. « S'il faut de toute nécessité, dit saint Pierre d'Alcantara, l'attention et le recueillement du cœur en l'oraison, il ne faut pas moins que l'attention soit tranquille et modérée, sans quoi elle nuirait à la santé et elle mettrait obstacle à la dévotion. Il en est qui se fatiguent la tête par les efforts excessifs qu'ils font pour se rendre attentifs à ce qui les occupe; il y en a d'autres qui, pour se mettre à couvert de cet
inconvénient, sont là très mous, désœuvrés et prêts à être emportés par tous les vents. Il faut fuir ces extrêmes et prendre un juste milieu... De même que celui qui monte une bête vicieuse, il faut tenir les rênes fermes, c'est-à-dire ni trop lâches ni trop courtes, afin de ne pas aller à reculons et de ne pas galoper dangereusement. » (Ch. XII, 4^ avis.)