‹ Les degrés de la vie spirituelle (volume 3)Chapitre 29 sur 69 · CHAPITRE PREMIER Recueillement · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER Recueillement

191 . Dès qu'une âme semble faire les premiers pas dans la voie de la vraie piété , dès que l'on s'aperçoit qu'elle est sous l'influence des faveurs sensibles, le premier avis à lui donner, c'est de se maintenir dans le recueillement.

Nous l'avons dit, les opérations de la grâce seront beaucoup plus puissantes en elle, si elle se tient loin des bruits du monde et de tout ce qui peut la dissiper. La voix du Seigneur ne se fait point entendre au milieu du tumulte; non in commotione Dominas. C'est dans la solitude qu'il parle au cœur de l'homme; ducam eam in solitudinem et loquar ad cor ej'us. Et voilà pourquoi le silence et le repos sont indispensables pour

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l'avancetiient dans la piété : in silentio et quiète proficit anima deuota. {/mit., i, 20.)

Les aulciits ascétiques sont tous très affirmatifs sur ce point. L'un des premiers conseils que donne saint Vincent Ferrier, dans son Traité de la vie spirituelle , à ceux qui veulent se mettre sérieusement au service de Dieu est celui-oi : « Vous devez vous mettre virilement à l'œuvre pour réprimer votre iang-ue, de sorte que cette langue, qui doit dire des choses utiles, s'abstienne absolument de tout discours inutile ou frivole. »

Selon une comparaison du P. Rodriguez {Perfect. chrét.^ 2^ partie, 2*^ Traité, chap. 5) il faut, avant tout, mettre une serrure à un coffre, si l'on veut conserver les trésors qu'il renferme. Le même auteur, citant ces paroles de VEcriture : « Tout vase découvert, sur lequel il n'y aura pas de couvercle attaché, sera immonde » (A^wm., xix, i5) dit encore : « De même qu'étant ainsi découvert, ce vase est exposé à toutes sortes d'ordures et à se remplir de poussière et de saleté, de même quand on a toujours la bouche ouverte pour parler, l'âme se remplit bientôt d'imperfections et de péchés. »

Le texte de saint Jacques, si souvent cité, est en effet bien frappant : « Si quelqu'un s'imagine

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être relig;"ieu\', et qu'il ne mette point un frein à sa langue, mais qu'il laisse dissiper son cœur de côté et d'autre, sa relig-ion est vaine et inutile. » (Jac, I, 26.) Et, en effet, comment pratiquer les actes de l'amour de Dieu quand on est tout livré à là dissipation, quand, tout préoccupé de soins frivoles, on ne tourne même pas sa pensée vers les choses divines. Aussi, rien n'expose au péché comme la dissipation : In maltiloqiiio non deerit peccatum. Au contraire, « celui qui g-arde sa bouche, g'arde son âme ». (Prov. xiii, 3.)

192. C'est un fait remarquable de la vie des Saints, que leurs premières années de ferveur se sont passées dans la solitude. Saint Paul, nouvellement converti, passe trois ans dans les déserts de l'Arabie avant de s'adonner aux travaux de l'apostolat. Saint Augustin à Tag-aste, saint Benoît à Subiaco, saint Ignace à Manrèze, ont préludé par une vie de retraite, de silence et de prières, aux grandes œuvres qu'ils devaient accomplir plus lard. La plupart des hommes apostoliques : saint Vincent Ferrier, saint François Xavier et beaucoup d'autres se sont d'abord formés à la vie parfaite dans la solitude du noviciat et le recueillement du cloître, avant d'accomplir leur sublime mission.

Le silence bien observé fait la grande force des

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communautés relig"ieuses et des maisons régulières ; mais les âmes chrétiennes qui vivent au milieu du monde peuvent, elles aussi, dans une certaine mesure, et si elles aspirent à la vraie piété, doivent recourir à ce moyen si puissant de perfection.

198. Le recueillement consiste en deux choses : fermer autant que possible son cœur aux préoccupations et aux bruits de la terre et l'ouvrir du côté du ciel ; éviter la dissipation et vivre dans l'exercice de la présence de Dieu. Pour cela il est besoin et il suffit d'une réelle bonne volonté. Ne peut-on pas conseiller à tous d'aimer à être seul avec Dieu seul, d'éviter les visites inutiles, les lectures vaines, les conversations long^ues et oiseuses ? Sans vivre comme un cénobite, il est en général possible de se ménager des heures de repos et de tranquillité. Quelle que soit la position que l'on occupe, s'il est des jours où réellement on ne s'appartient pas, il en est d'autres où l'on jouit d'une certaine liberté. Les gens les plus accablés de travaux, s'ils savent ménager leurs heures, pourront eux-mêmes trouver de bons moments de calme et de paix ^. Il faut, sans doute,

* Si vous savez, dit V Imitation, vous soustraire aux discours superflus et aux visites inutiles, si vous fermez

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une certaine énergie pour résister aux sollicilations importunes et aux critiques possibles des gens oiseux, qui ne connaissent ni le prix du temps, ni les avantages d'une vie retirée ; mais ce sont là des obstacles qu'un vrai disciple de l'Evançrile doit savoir surmonter. Oui veut servir Jésus-Christ ne doit pas se faire l'esclave du monde.

S'il faut éviter les paroles dont, selon le Sauveur, nous aurons à rendre compte au jour du jugement, à plus forte raison doit-on fuir les occasions de dissipation, les divertissements mondains. Celui qui aspire à la piété doit s'en abstenir, à moins que les convenances sociales ou des besoins légitimes de distraction n'en fassent une nécessité.

Quant aux occupations absorbantes, elles peuvent être vraiment une nécessité de situation ; alors Dieu, qui les impose, donne aux âmes de bonne volonté la grâce de rester recueillies au milieu des tracas. Mais si l'on s'est donné à soimême un surcroît de besogne, si, poussé par une activité trop naturelle, on s'est imposé des tra-

l'oreille aux vains bruits du monde, vous trouverez assez de temps pour faire de saintes méditations. (L, I, ch.xx: De l'amour de la solitude et du silence.)

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vaux, des dérang-ements qui pourraient être retranchés sans inconvénient, alors, c'est le cas de se souvenir de la parole de saint Bernard au pape Eugène III — maledicta occupât io quœ te retrahit a Deo : Maudite soit l'occupation qui t'éloig-ne de Dieu — et de supprimer ce qui n'est point indispensable.

Ainsi délivré, autant que les circonstances le permettent, des vains bruits et du tumulte étourdissant du monde, on se réservera des heures de recueillement, pendant lesquelles on se condamnera au silence tant extérieur qu'intérieur : extérieur, ne parlant point à moins d'être obligé de le faire ; intérieur, bannissant de son cœur les préoccupations, pensées inutiles, rêveries, en un mot tout ce travail d'imagination qui trouble souvent plus que les entretiens les plus dissipants.

Il est bien évident qu'on ne peut s'astreindre perpétuellement à ce silence, et, quand les devoirs de la vie sociale amèneront à le rompre, on saura se montrer aimable et gai ; mais il faut aussi, par moments, savoir quitter le monde pour trouver Dieu.

194. Et à quoi occupera-t-on, pendant ces moments de paix et de repos, son esprit toujours si volage et si vagabond ? On l'occupera à de sérieuses

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et pieuses pensées, à de doux et religieux souvenirs.

Ecoutons sur ce point les conseils de saint François de Sales :

« C'est ici, chère Philotée, où je vous souhaite fort affectionnée à suivre mon conseil, car en cet article consiste l'un des plus assurés moyens de votre avancement spirituel.

« Rappelez le plus souvent que vous pourrez, pendant la journée, votre esprit en la présence de Dieu, par l'une des quatre façons que je vous ai remarquées ' ; regardez ce que Dieu fait et ce que vous faites : vous verrez ses yeux tournés de votre côté et perpétuellement fichés sur vous par un amour incomparable. 0 Dieu, ce direzvous, pourquoi ne vous regardé-je toujours comme toujours vous me regardez ? Pourquoi pensez-vous à moi si souvent, mon Seigneur, et pourquoi pensé-je si peu souvent à vous? Où sommes-nous, ô mon âme; notre vraie place c'est Dieu, et où est-ce que nous nous trouvons?

« Comme les oiseaux ont des nids sur les arbres pour faire leur retraite, quand ils en ont besoin, et les cerfs ont leurs buissons et leurs forts, dans

* Voyez supra. De l'oraison, n' i3o.

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lesquels ils se recèlent et mettent à couvert, prenant la fraîcheur de l'ombre en été, ainsi, Philotée, nos cœurs doivent prendre et choisir quelque place chaque jour, ou sur le mont du Calvaire, ou es plaies de Nostre-Seigneur, ou en quelqu'autre lieu proche de lui, pour y faire leur retraite à toutes sortes d'occasions, et là s'alléger et récréer entre les affaires extérieures, et pour y être comme dans un fort, afin de se défendre

contre les tentations

« Ressouvenez-vous donc, Philotée, de faire toujours plusieurs retraites en la solitude de votre cœur, pendant que, corporellement, vous êtes parmi les conversations et affaires, et cette solitude mentale ne peut nullement être empêchée par la multitude de ceux qui vous sont autour, car ils ne sont pas autour de votre cœur, mais autour de votre corps, si que votre cœur demeure lui tout seul en la présence de Dieu seul. C'est l'exercice que faisait le roi David parmi tant d'occupations qu'il avait, ainsi qu'il le témoigne par mille traits de ses psaumes, comme quand il dit : « 0 Seigneur, et moi je suis toujours avec vous, je vois mon Dieu toujours devant moi. J'ai élevé les yeux à vous, ô mon Dieu qui habitez au ciel, mes yeux sont toujours à Dieu. »

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« Et aussi les conversations ne sont pas ordinairement si sérieuses qu'on ne puisse de temps en temps en retirer le cœur pour le remettre en cette divine solitude. » {Vie dévote, ii, 12.)

195. Au chapitre suivant, le Saint complète ses avis et montre comment l'exercice de la présence de Dieu doit être plutôt une affaire d'affection que de raisonnement, que le cœur doit y avoir plus de part que l'esprit.

« Aspirez bien souvent en Dieu, Philotée, par de courts mais ardents élancements de votre cœur : admirez sa beauté, invoquez son aide, jetez-vous en esprit au pied de la croix, adorez sa bonté, interrog-ez-le souvent de votre salut, donnez-lui mille fois le jour votre âme, fichez vos yeux intérieurs sur sa douceur, tendez-lui la main, comme un petit enfant à son père, afin qu'il vous conduise ; mettez-le sur votre poitrine comme un bouquet délicieux , plantez-le en votre âme comme un étendard et faites mille sortes de divers mouvements de votre cœur, pour vous donner de l'amour de Dieu et vous exciter à une passionnée et tendre dilection de ce divin Epoux.

« On fait ainsi les oraisons jaculatoires que le grand saint Augustin conseille si soigneusement à la dévote dame Proba : Philotée, notre esprit

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s'adonnant à la hantise, privaulé et familiarité de soa Dieu, se parfumera tout de ses perfections, «t cet exercice n'est point malaisé, car il se peut entrelacer en toutes nos affaires et occupations, sans aucunement les incommoder : d'autant que soit en la retraite spirituelle, soit en ces élancements intérieurs, on ne fait que de courts e-t petits divertissements, qui n'empêchent nullement, ains servent de beaucoup à la poursuite de ce que nous faisons. Le pèlerin qui prend un peu de vin pour réjouir son cœur et rafraîchir sa bouche, bien qu'il s'arrête un peu pour cela, ne rompt pourtant pas son voyage, ains prend de la force pour le plus vitement et aisément parachever, ne s'arrêtant que pour mieux aller. »

Oh ! que bienheureux sont les chrétiens qui savent se tenir ainsi dans le recueillement, dans une union à Dieu affectueuse et continue ; ils g-oûtent vraiment combien le Seigneur est bon et combien son commerce est doux ; les consolations spirituelles inondent leur âme et leur cœur, ravi de toutes les beautés qu'il trouve en son Bien- Aimé, s'attache à Lui par des liens forts et presque indissolubles.

196. Quand les âmes encore dans l'effervescence d'une piété naissante ressentent vivement

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les consolations sensibles, il est relativement facile d'obtenir d'elles le recueillement; volontiers elles feront des efforts, elles veilleront sur ellesmêmes pour conserver une paix qui leur procure tant de douceurs. Quant à ceux qui sont depuis^ longtemps dans la vie illuminative et qui s'y maintiennent par la foi qu'ils ont acquise, par les bonnes habitudes qu'ils ont contractées, par les vertus qu'ils pratiquent plutôt que par les suavités spirituelles .dont leur âme n'est plus g-ralifiée comme autrefois, ils n'ont plus le même attrait pour le recueillement, et facilement ils s'épanchent au dehors; ils se livrent tout entiers à leurs occupations sans se maintenir suffisamment dans l'exercice de la présence de Dieu. Ils pensent cependant à Lui de temps à autre, mais bien moins souvent et surtout moins affectueusement qu'ils ne le devraient faire. S'ils restent dans cet étal, tout prog^rès sérieux leur sera impossible. On cherchera donc à les amener à une vie plus recueillie. « N'auriez-vous pas tout à gagner, leur dira-t-on, à vivre plus éloigné des tracas et des préoccupations distrayantes; il y en a de nécessaires, d'inévitables, je l'avoue, mais c'est une raison de plus d'éviter celles qui se peuvent éviter; et vraiment oserez-vous dire que vous

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retranchez scrupuleusement tout ce qui est de nature à vous distraire et à vous dissiper? N'êtesvous point trop répandu au dehors, trop avide de nouvelles; et au contraire ne négligez-vous point, sous de vains prétextes, les exercices qui favorisaient votre recueillement, retranchant, par exemple, trop facilement vos lectures de piété, quand vous ne voudriez pas vous priver d'une ligne de votre journal, ni sacrifier un quartd'heure de conversation inutile? »

Quand ces chrétiens savent oublier entièrement les bruits du siècle, quand, par exemple, ils font une retraite sérieuse dans la solitude et la paix, ils en éprouvent aussitôt les salutaires effets : leur foi vive et profonde se ranime, ils entendent la voix de Dieu, et leur âme se remplit de bonnes pensées et de saintes résolutions. Preuve évidente que s'ils avaient le soin de se maintenir dans une disposition habituelle de recueillement, de maîtriser leur imagination , de vivre davantage seul à seul avec Dieu, ils avanceraient à grands pas dans la ferveur.

197. Règlement de vie. — Nous avons déjà dit, dans la première partie, que l'un des meilleurs remèdes contre la dissipation, c'est l'observation fidèle d'un règlement de vie. Aux âmes bien dis-

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posées de ce troisième degré il convient d'imposer un règlement plus circonstancié, plus détaillé qu'aux simples débutants; ce règlement plus complet ne dépasse pas ce que l'on doit attendre d'elles, et il répondra mieux à leurs besoins.

Les pratiques de piété seront les suivantes : Outre les prières d'obligation, la récitation quotidienne du chapelet ou du moins la récitation hebdomadaire du Rosaire, récitation qui devra être accompagnée de la considération ou du souvenir des mystères. Puis, l'oraison mentale, faite en travaillant si on ne peut faire autrement, et les oraisons jaculatoires. Enfin, l'examen de conscience et l'examen particulier du défaut dominant.

Si les occupations permettent quelque lecture pieuse, surtout celle de quelque vie de Saint, quand même celte lecture ne pourrait durer que quelques instants, il faudrait l'exiger. Rien ne contribue plus puissamment que les lectures spirituelles à maintenir l'âme dans le recueillement et la ferveur. L'imagination en reçoit une excellente impression, le cœur s'y remplit de bons sentiments, qui peuvent se prolonger et exercer une heureuse influence sur toute la conduite de la vie.

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Ainsi seront contrebalancées et en partie effacccs les impressions fâcheuses causées par les sollicitudes temporelles, ainsi la semence de la parole divine ne sera pas étouffée par les épines, c'està-dire par les affaires absorbantes, par les tracas dissipants du monde.

Il est encore deux exercices d'une utilité capitale, mais qu'il n'est pas toujours possible de demander, même aux âmes pieuses, c'est l'assistance à la messe et la visite au Saint-Sacrement. Le principe par lequel on jugera si l'on doit imposer ces œuvres est celui-ci : que vaut le molif qui porterait à s'en exempter; est-ce un motif voulu par Dieu, par exemple, les devoirs d'une mère de famille retenue par le soin de ses enfants; est-ce, au contraire, un motif inspiré par des considérations purement humaines, comme la crainte de se çêner, d'avoir à souffiir quelque légère persécution ■? Dans le premier cas, ce serait une faute d'imposer des pratiques de dévotion qui cm[»ècheraient l'accomplissement de devoirs plus urgents ; dans le second cas, ce serait un malheur de priver ces âmes, pour de vains motifs, de secours spirituels si précieux.

198. Quant aux vertus à pratiquer et aux devoirs d'état, il convient que le règlement con-

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tienne des observations nettes et pratiques sur ces points importants.

Le devoir d'élat marque, en effet, les desseins particuliers de Dieu sur chacun de ses enfants. Un capitaine place ses soldats dans diverses positions et assig-ne à chacun une fonction particulière ; il dit à celui-ci : Va là, et il va. Vade et vadit. A celui-là : Fais ceci, et il le fait. Fac hoc, etfacit. Et de l'exécution de ces commandements divers résulte le bon ordre de l'ensemble. Ainsi en va-l-il dans le gouvernement du monde : le Créateur a assigné à chacun de nous un rôle spécial; sa Providence, qui dirig-e les événements, nous a placés au lieu qui nous convient et où notre mission nous est tracée : le devoir d'état, voilà notre consigne; en l'accomplissant fidèlement, c'est la volonté divine, c'est l'ordre divin que nous accomplissons; pères et mères de famille, patrons et ouvriers, maîtres et serviteurs, prêtres et laïques, soldats et magistrats, tous doivent regarder comme un honneur et une consolation de faire l'oeuvre voulue par Dieu, tous doivent se proposer de Lui obéir et de travailler pour sa gloire. Voilà ce qui fait la grandeur, l'importance du devoir d'état, ce qui rend méritoires et saintes les fonctions les plus vulgaires.

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Comme la valeur de nos acles dépend du motif qui les inspire, il sera nécessaire dans le règlement d'insister sur la pureté d'intention. Deiis intuetur cor, Dieu regarde le cœur. Les hommes, qui ne voient que l'extérieur, jugent du mérite par l'éclat des œuvres, Dieu au contraire considère l'intention qui les fait accomplir : l'action la plus vulgaire faite par pur amour pèsera plus à ses yeux que l'œuvre la plus brillante, qui procède d'un amour imparfait, ou mélangé de vues naturelles et intéressées. Ce serait donc faire œuvre incomplète de recommander dans le règlement la fidélité aux devoirs d'état sans insister sur le moyen de rendre cette fidélité pleinement méritoire.

La fréquentation des sacrements, les dispositions à y apporter, la façon de s'acquitter des retraites mensuelles, la fidélité absolue à la retraite annuelle; ce sont là encore des points fondamentaux d'un bon règlement.

199. Le règlement une fois déterminé, il faut l'observer à la fois sans inconstance et sans contrainte; ne point s'y dérober par caprice, ni par aucun motif purement humain, mais aussi ne point s'y assujettir au détriment d'autres devoirs.

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