COMMENT ON DECHOIT DE L'ETAT DE PIETE
volontaire et persistante, la négligence prolongée des exercices de piété, — voilà ce qui peut faire déchoir ces âmes et amener à la longue les écarts les plus déplorables.
Qui spernit modica panlatim decidet (Eccii., XIX, I ). Celui-là tombera peu à peu qui méprise les petites choses. Telle âme jadis pieuse, cède souvent au péché en matière légère, elle méprise ses fautes, c'est-à-dire qu'elle n'en conçoit pas de regret, elle ne cherche en aucune manière à les expier, elle s'en excuse et s'efforce par de mauvaises raisons de les diminuer à ses propres yeux. Tant qu'elle reconnaissait humblement ses torts et qu'elle s'en repentait, sa conscience demeurait clairvoyante, et sa volonté, malgré ses faiblesses, sincèrement attachée au bien. Mais ayant voulu plus tard repousser la lumière, elle n'a que trop réussi à s'envelopper de ténèbres. Son esprit est donc moins éclairé et en même temps sa volonté s'éloigne du bien et s'attache à ce qui est condamnable. Eclairée sur certains devoirs, dont elle continue à s'acquitter fidèlement, elle ne comprend plus les exigences et les délicatesses des vertus qu'elle néglige. Mais, si le mal s'étend, si les bonnes actions deviennent rares et les fautes volontaires nombreuses, alors
3oo LES PHASES DE LA PIETi':
les bonnes dispositions s'affaiblissent et les mauvaises se développenl. Telle est l'histoire de tous ceux qui descendent les degrés de perfection où ils s'étaient d'abord élevés; ce ne sont pas les fautes de fragilité qui causent leur déchéance, mais l'aveuglement coupable de l'esprit et l'attachement de la volonté au péché.
Aussi, comme nous l'avons dit déjà (n'' 53), il en coûte plus à l'âme déchue de retrouver les bonnes dispositions d'autrefois qu'à celles qui n'ont pas abusé des grâces. Pour s'élever de nouveau au degré de perfection d'où elle est descendue, elle devra donc faire des efforts plus pénibles qu'elle n'en avait faits pour y monter la première fois, et d'autant plus pénibles qu'elle sera descendue de plus haut. Qu'elle ne se flatte pas de recouvrer autrement que par la pénitence les lumières qu'elle a repoussées; qu'elle comprenne aussi que des sacrifices généreux sont nécessaires pour briser sa volonté et la rendre souple sous l'action de la grâce.
RECUEILLEMENT 3oi