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CHAPITRE II Renoncement

§ I. Mortification

2O0. « La mortification et l'humilité doivent aller ensemble ; ce sont deux sœurs qu'il ne faut pas séparer... 0 souveraines vertus, maîtresses de toutes les créatures, reines du monde, vous qui délivrez de tous les lacets et de tous les pièges du démon, vous si aimées de Noire-Seigneur Jésus-Christ ! Celui qui vous possède peut bien se mettre en campagne et combattre contre tout l'enfer conjuré, contre le monde entier et toutes ses séductions. Qu'il n'ait peur de personne, car le royaume des cieux lui appartient ; et que pourrait-il craindre, lui qui ne compte pour rien, de tout perdre ici-bas, et qui, quand tout lui est ravi, estime n'avoir rien perdu? Il ne craint qu'une chose, c'est de déplaire à son Dieu ; aussi Lui demande-t-il à être fortifié dans ces deux vertus et à ne pas les perdre par sa faute.

« Mais quelle est ma folie d'entreprendre de louer l'humilité et la mortification, alors que le Roi de gloire les a Lui-même tant louées et con-

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sacrées par ses propres soufFrauces. 0 mes filles, efForcez-vous, g^râce à elles, de sortir de la terre d'Ég-ypte, car si vous les acquérez, vous trouverez en elles la manne céleste, qui donnera un goût savoureux à toutes choses ; tout ce qui paraît le plus amer aux gens du monde (les mépris, les humiliations, les privations, les souffrances) vous semblera plein de douceur. » {Chemin de la Perfection^ ch. X. Edition Bouix, ch. xi.)

Ainsi parle sainte Thérèse, et, avec elle, tous les Saints. Pour arriver à la piété, il a fallu déjà se faire une certaine violence, lutter contre soimême, il a fallu se vaincre dans beaucoup de petites choses, peut-être même soutenir de durs combats ; sans ces efforts plus ou moins pénibles on n'aurait jamais goûté les douceurs qu(î Dieu réserve aux âmes généreuses ; mais, pour se maintenir sans défaillance, pour obtenir de nouveau ces suavités si réconfortantes de la piété, il est nécessaire de continuer cette lutte contre soimême et de s'adonner de bon cœur à la mortification.

201 . Si on se relâche, surtout au début de la vie spirituelle, on voit bien vite grandir les difficultés. D'abord, plus on va, plus on craint sa peine : — « Qui ne gourmande jamais ses repu-

j^nances, disait saint François de Sales, il devient toujours plus douillet. » — On est donc moins ardent à la lutte. Cependant les convoitises se font de nouveau sentir et, plus elles seront écoutées, plus elles deviendront impérieuses; on trouvera donc plus difficiles les sacrifices qu'exige le service de Dieu.

D'un autre côté, les grâces seront moins abondantes. En etîet, l'âme tiraillée par des instincts et des appétits grossiers, remplie de désirs naturels, de préoccupations, de soucis temporels, dominée par l'amour-propre, par la soif du bienêtre, l'attachement à ses aises, consume en de vaines rêveries la plus grande partie de sa vie, et n'a plus la même force pour s'élever vers Dieu, ni la même aptitude à recevoir ses communications et ses grâces; elle est alourdie et incapable de marcher d'un pas libre et rapide dans les voies spirituelles. Attendite uobis, disait Jésus à ses disciples, ne forte grnventur corda vestra in crapula et ebrietate et curis hujus vitœ : Veillez sur vous, de peur que vos cœurs ne s'appesantissent dans les excès, dans l'ivresse et dans les soins de cette vie. (Luc, xxi, 34-)

Enfin, non seulement l'esprit ainsi absorbé par les soucis du siècle est fermé d'avance aux inspi-

râlions divines, mais quand il les reçoit, elles ne le trouvent plus aussi docile. Celui qui s'habitue à chercher en tout ses satisfactions, qui cède toujours à ses caprices, finit par aimer ses défauts et perd le désir de s'en défaire. Alors il ne veut rien entendre, il rejette de prime abord les raisons les plus fortes qui lui sont présentées, la volonté chez lui tyrannise le jugement, il s'abuse à dessein et demeure rebelle aux sollicitations de la grâce.

202. La mortification, au contraire, dégage le cœur, rend à l'âme sa liberté et donne à l'esprit un jugement plus droit et plus ouvert aux saintes inspirations.

Un autre motif pour lequel les lumières de la grâce sont proportionnées d'ordinaire au degré de renoncement, c'est que Dieu est plus favorablement disposé pour les chrétiens pénitents.

Chaque sacrifice nous rend Dieu plus cher et nous rend plus chers à Dieu. 11 nous rend Dieu plus cher, parce qu'un sacrifice est un acte d'amour et que tout acte de charité accroît en nous cette belle vertu : c'est en aimant qu'on apprend à aimer. Il nous rend encore Dieu plus cher, parce qu'il nous détache des créatures et que notre cœur, auquel l'amour est aussi essentiel que

la pensée à notre esprit, aimera Dieu davantage à mesure qu'il aimera moins les choses de la terre : augmentiim c/iariiaiis , diminutîo cupiditatis (S. Aus^ustin).

Chaque sacrifice nous rend plus chers à Dieu qui aime davantage ceux dont II est le plus aimé : Ego diligentes me diligo, et il Le dispose ainsi à nous accorder des g^râces plus fortes et plus abondantes.

Enfin la mortification, en nous habituant à plier notre volonté sous le joug- de la foi, nous rend toutes les autres vertus plus faciles : l'obéissance, qui n'est que l'immolation de sa volonté à celle des supérieurs, l'humilité qui n'est que îe sacrifice de l'amour-propre; la charité, qui consiste à s'oublier soi-même pour servir les autres; la patience, surtout, qui ne va çuère sans la mortification, car ceux-là seulement savent accepter les croix qui ont appris par la pénitence à mourir à eux-mêmes et à toutes leurs attaches.

2o3. rt C'est par la pratique constante de la mortification que saint Dorothée conduisit son disciple Dosilhée à un sublime degré de perfection, ainsi qu'il le dit lui-même dans la vie de son jeune élève. Ce saint maître s'appliquait à connaître même les petites passions qui empêchaient l'avan-

cément spirituel de Dosilhée; et lorsqu'il en découvrait quelqu'une, il entreprenait aussitôt de la soumettre, ne cessant de la combattre en lui jusqu'à ce qu'il l'eût etitièrement domptée. Puis, quand il le voyait maître de cette affection, il passait à une autre pour l'en délivrer ég^alement. Lorsque, par exemple, il remarquait qu'il était fort attaché à un livre, à un couteau ou à tout autre objet, il le lui enlevait incontinent. Quand il s'apercevait que son disciple avait une prédilection pour quelque ouvrag-e bien fait, il ne daignait pas même reg-arder cet objet. Lorsque son élève venait lui proposer une question dont la solution eût pu lui donner de la vanité, il le renvoyait sans même lui répondre. Cependant les autres moines furent ravis d'admiration, quand ils virent que Dosilhée, qui, à cause de son faible tempérament, ne pouvait ni jeûner ni veiller, ni supporter les autres austérités de la vie commune, était néanmoins parvenu à un haut degré de perfection. Et lorsque, poussés par une sainte curiosité, ils lui demandèrent quelles étaient les vertus qu'il pratiquait, celui-ci leur répondit candidement : a Je mortifie tous mes désirs et je soumets ma volonté. » En effet, par cette seule mortification intérieure, il parvint, dans l'espace de cinq années, à une perfection si

éminente que, après sa mort, il apparut tout resplendissant de gloire parmi les Saints les plus illustres de son ordre. Tant il est vrai que la mortification, qui modère les passions et les appétits désordonnés, conduit promptement les âmes à la perfection chrétienne. » (Scaramelli, Méthode de direction, IP partie, art. VI, ch. ni.) 2o4. Ce que nous avons dit du recueillement s'applique également à la mortification ; il est assez facile d'obtenir l'exercice de cette vertu des âmes qui ressentent l'ardeur enthousiaste d'une piété naissante. Tant qu'elles sont dans cette effervescence causée par l'etfusion des grâces sensibles, elles trouvent dans le sacrifice des consolations et des joies intimes qui en adoucissent l'amertume et sont pour elles un puissant stimulant. Il faut toutefois les y encourager, car cette pratique généreuse de la mortification, jointe à un recueillement fidèlement gardé, favorisera singulièrement les opérations de la grâce. C'est de la sorte que l'on pourra obtenir « par exemple la grâce de ressentir intérieurement une vive douleur de ses péchés, de les pleurer amèrement ou de verser des larmes sur les douleurs et les souffrances que Notre-Seigneur Jésus-Christ endura dans sa Passion, ou encore la solution de quelque doute».

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(iS*. Ignace, Exercices, i""* semaine. Additions, i""" remarque.)

Quant aux âmes vieillies dans la piété et dont les prosirès spirituels paraissent arrêtés, on leur rendrait un immense service en les persuadant du besoin où elles sont de la mortification. Comme nous l'avons remarqué, elles n'y sont pas totalement étrangères, sans quoi elles retomberaient bien vite plus bas ; ainsi trouvent-elles souvent occasion de renoncement dans l'accomplissement de leurs devoirs d'état, dans la fidélité à leurs exercices, dans la pratique de certaines vertus. Mais une mortification plus g-énéreuse, pratiquée dans une intention plus directe de pénitence, leur serait un moyen indispensable, et pour attirer sur elles une recrudescence de grâces dont elles ont grand besoin, et pour détruire les obstacles qui s'opposent à leur avancement'.

2o5. La mortification est corporelle ou spirituelle, selon qu'elle s'exerce sur le corps ou qu'elle atteint la seule volonté.

On distingue encore la mortification négative, qui consiste à ne pas rechercher les douceurs et les jouissances de la vie, et la mortification posi-

* Voir une liste de mortifications à la fin de l'ouvrajore.

live, qui consiste dans les austérités que l'on s'infliçe par esprit de pénitence.

La mortification négative est indispensable à qui veut servir Dieu g-énéreusement. On ne peut servir deux maîtres : si Ton veut flatter la nature, céder à ses exigences, on servira Dieu fort mal.

Mais si ce renoncement aux plaisirs naturels est indispensable à la piété, pourrait-on, comme quelques-uns le voudraient, borner là ses efforts et rester entièrement passif dans la voie de la mortification. Ce serait bien mal connaître la nature humaine que de vouloir la maintenir dans cette si juste mesure ; il est comme impossible de pratiquer l'abnégation si l'on n'est mortifié. Ce serait, dans le domaine spirituel, un véritable tour de force de renoncer à tout en ne se privant de rien. Il faut donc à la mortification négative joindre la mortification positive, c'est-à-dire les sacrifices volontairement accomplis dans le but de châtier et de dompter la nature.

Ce que nous venons de dire s'applique aussi bien à la mortification intérieure qu'extérieure. Pour cette dernière on ne peut nier qu'elle ne soit très utile et très salutaire, et souvent nécessaire pour se maintenir dans la ferveur. Saint Ignace, dans ses Exercices spirituels, saint François de

Sales, dans la Vie déuote, énumèrent les divers genres d'austérités qui conviennent aux âmes pieuses. Et, en effet, notre divin modèle, Jésus- Christ, n'a-t,il pas jeûné, veillé, couché sur la dure, n'a-t-il pas livré sa chair à ses bourreaux ; et, comme le témoigne la vie des Saints de tous les pays et de toutes les époques, l'Esprit de Dieu n'a-t-il pas toujours inspiré aux âmes dociles une sainte haine de leur corps?

206. Salutaire à tous, la mortification corporelle est plus particulièrement utile aux âmes bonnes mais faibles, quand, sous le coup de la tristesse et de la désolation, elles sont tentées de se laisser abattre et décourager.

Rien de plus funeste que ces sentiments de mélancolie amère. « Cette mauvaise tristesse trouble l'âme, la met en inquiétude, donne des craintes déréglées, dégoûte de l'oraison, assoupit et accable le cerveau, prive l'âme de conseil, de résolution, de jugement et de courage, et abat les forces : bref, elle est comme un dur hiver qui fauche toute la beauté de la terre et engourdit tous les animaux, car elle ôte toute suavité de l'âme et la rend presque percluse et impuissante en toutes ses facultés. » (Vie déuote, iv, 12.) Or, l'un des remèdes que le saint Evêque de Genève

déclare très efficace contre ce mal, c'est précisément la pénitence corporelle, « parce que cette volontaire affliction extérieure impètre la consolation intérieure, et l'àme, sentant des douleurs de dehors, se divertit de celles qui sont au dedans »,

Dans une lettre à sainte Chantai, saint François de Sales recommande aussi l'usage des pénitences corporelles comme remède contre les tentations, et il en donne une raison semblable : « C'est un g^rand cas comme cette recelte (la discipline), s'est trouvée bonne en une âme que je connais. C'est sans doute que le sentiment extérieur divertit le mal et affliction intérieure et provoque la miséricorde de Dieu ; joint que le malin, voyant que l'on bat sa partisane et confédérée, la chair, il craint et s'enfuit. » (Lettre du i4 octobre 1604.)

La mortification corporelle est encore très utile à ces chrétiens de nature insouciante, qui ont, il est vrai, une foi éclairée, une réelle bonne volonté, un désir sincère de s'adonner à la piété, mais que leur peu d'ardeur, la mollesse de leur nature retarde dans la voie du bien. La mortification corporelle est pour eux le meilleur moyen d'acquérir une vraie générosité ^

' Cf. Libermann. Lettre du 10 octobre 1887.

RENONCEMENT Sag

Il est donc bien des occasions où l'on devra recommander cette pratique de la mortification positive ^ « Imposez-vous des sacrifices, dira-t-on, soyez ing-énieux à en trouver, mais faites-les par amour pour Notre-Seig-neur : ils vous coûteront moins et seront plus méritoires. Dites à Jésus en toute simplicité : J'aimerais bien m'accorder telle petite jouissance, ne pas me priver de telle satisfaction, mais j'aime mieux encore vous plaire, ô mon Dieu, et je veux vous montrer que je vous aime bien plus que ce que je vous sacrifie. Si vous n'êtes pas capable de tenir à Dieu ce langage, c'est que votre amour pour Lui est bien languissant ; vous n'êtes guère contrit de l'avoir offensé, si vous tenez si peu à réparer vos fautes par la pénitence. Et ne dites pas que ce sont là de pures minuties, car le plus petit sacrifice, la privation la plus insignifiante devient précieuse devant Dieu, si l'intention en est sainte, si c'est par un motif d'amour que vous vous les imposez. »

* Nous croyons inutile de montrer que la pratique généreuse des devoirs d "état, dans ce qu'ils ont de pénible, est la première mortification à imposer. Elle n'est pas de conseil, mais de précepte.

33o DIRECTION DES AMES PIEUSES

§ 2. La patience

207. Celui qui ne veut se priver de rien, qui ne s'impose jamais aucun sacrifice, ne saura jamais rien supporter; voilà pourquoi il faut tout d'abord pousser à la mortification ; c'est, nous semble-t-il, le plus sûr moyen de former à la patience. Il y a dans la mortification quelque chose qui entraîne davantage, qui excite plus efficacement les débutants que la simple résignation ; l'activité plaît à la nature; il est plus facile de se jeter dans la lutte, et même de frapper sur soi, que d'attendre avec résignation et de recevoir tranquillement les coups. Aussi croyons-nous que, pour former à une solide piété la plupart des âmes, la meilleure marche à suivre c'est de leur demander d'abord quelques légers sacrifices et de les amener ainsi insensiblement à se priver et à souffrir pour Dieu.

Mais si elle est généralement plus difficile, la patience n'en est que plus méritoire et plus salutaire; les sacrifices que la Providence nous impose répondent mieux à nos besoins que ceux que nous choisissons de notre gré, et, quand ils sont acceptés généreusement, ils favorisent beaucoup l'œuvre si délicate que l'on appelle en langage

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ascétique le dépouillement du vieil homme, ou la mort à soi-même.

208. Les àraes pieuses ayant reçu plus de lumières que les commençants, seront plus accessibles aux exhortations qu'on pourra leur faire sur €e sujet. Ce qu'on doit avant tout leur inculquer, c'est que leurs épreuves sont voulues ou du moins permises de Dieu dans des vues toutes de sagesse et de bonté; il faut donc toujours les recevoir comme venant de Lui, et baiser amoureusement la main qui nous frappe. « Si cela ne dépendait que de moi, pourra-t-on leur dire, vous seriez bien vite affranchi de cette peine; mais j'aurais tort d'en ag^ir de la sorte, puisque Dieu, qui est plus sage que moi, qui désire plus que moi votre bien, en ordonne autrement. Malheur à vous si vous rejetez cette croix, ou si vous ne voulez pas en profiter; ce serait là vous dérober à la conduite de Dieu, faire avorter les desseins qu'il a sur vous, ce serait vous écarter du chemin par où II veut vous mener, et courir risque de vous égarer et de vous perdre. Fuir la croix, c'est fuir la grâce. Du reste, vous savez tout cela, et mon langage n'a rien d'étrange pour vous; souvent vous avez dit à Dieu, dans toute la sincérité de votre cœur, que vous consentiez à tout pour son amour; et en effet, combien

de sacrifices n'avez-vous pas faits déjà; combien de fois n'avez-vous pas courbé la tête avec patience sous les coups qui vous frappaient? — L'épreuve présente vous paraît plus dure, mais elle est plus sanctifiante aussi, et Dieu, qui proportionne ses g-râces à nos besoins, est tout disposé à vous accorder plus de secours. Ces secours abondants et surabondants, vous les obtiendrez si vous savez prier, mais prier avec persévérance. Vous vous sentez trop faible; dites donc à Dieu, comme saint Aug"ustin : Da quod Jubés , et jubé quod ois. « Imposez-moi, mon Dieu, tous les sacrifices qu'il vous plaira , mais donnez-moi la force de les accomplir. » — Ah ! vous sentez bien, avouez-le, toute la justesse de mes observations; n'entendezvous pas, au fond de votre cœur, une voix qui vous tient le même langage, qui vous prêche aussi la patience, le renoncement? Celte voix, c'est la voix de Dieu. Fermerez-vous l'oreille à ses douces exhortations pour écouter les conseils du démon qui vous pousse à l'impatience et à l'insoumission? — C'est vrai, répondra-t-on, mais ma patience est à bout; faudra-t-il donc toujours souffrir de la sorte? — Allons, écartez ces pensées, pas d'inquiétudes pour le lendemain, Jésus nous le défend. A chaque jour suffit sa peine. Ne vous défiez pas

de votre Père céleste, reposez-vous en Lui comme un enfant se repose sur le sein de sa mère, rejetant sur Lui toute sollicitude; ce serait Le blesser au cœur que de douter de sa bonté et de sa Providence paternelle. »

Tous les motifs de la patience chrétienne sont admirablement exposés dans un opuscule célèbre du B. de Montfort : Lettre aux Amis de la Croix^. On ne peut trop en recommander la lecture aux âmes pieuses.

Ce qui les soutiendra mieux que tout le reste, c'est l'amour de Jésus crucifié; la méditation des souffrances de Notre-Seig^neur s'impose à quiconque est sous le coup de l'épreuve : nulle part mieux qu'au Calvaire on ne trouvera la patience et le courage.

209. Quand l'épreuve parait trop forte, on devra s'efforcer d'en éloigner la pensée autant que cela est possible et de se distraire en songeant à autre chose. L'imagination, en effet, ne fait que grossir le chagrin que l'on- éprouve. Sans doute, il est difficile de dompter celte puissance vagabonde. «De même, dit sainte Thérèse (/r«i>emeMre, ch. i), que nous ne pouvons arrêter le mouvement

Librairie Oudin, Poitiers. — o fr. 3o l'exemplaire.

du ciel, (|iii va avec une si prodig^ieuse vitesse, de même il n'est pas eu notre pouvoir d'arrêter le mouvement de l'imagination. » Cependant nous pouvons en quelque sorte eu détourner le cours et l'appliquer à d'autres idées et à d'autres préoccupations C'est là ce qu'il faut s'efforcer de faire dans les moments d'eninu', repousser toute rêverie et veiller à avoir constamment l'esprit utilement occupé. Quand bien même on n'atteindrait le but qu'à demi, le moindre résultat ainsi acquis serait bon ; ce serait autant de gag-né pour le calme et la paix du cœur.

C'est surtout dans le cas de colère et de rancune contre le prochain qu'il est nécessaire d'éloigner ces souvenirs amers qui obsèdent l'imagination. Quand un pénitent, en proie à de vifs ressentiments, se plaint de ne pouvoir pardonner, on lui fera comprendre avant tout que c'est son devoir; qu'il doit pardonner s'il veut que Dieu lui pardonne; que Jésus-Christ, qui lui a pardonné tant de fois, a bien le droit de lui demander ce sacrifice. On exigera qu'il prie pour cette personne dont il a tant à se plaindre; mais surtout on lui montrera que l'oubli des injures lui coûterait beaucoup moins, s'il s'appliquait à repousser toutes ces

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pensées d'aigreur, dès qu'elles se présentent, comme on rejette des pensées impures.

2IO. Sans aller jusqu'à ces tentations d'aversion et de haine, il est une autre épreuve fort ordinaire aux âmes pieuses et qu'on peut ranger à la suite de celles dont nous venons de parler ; ce sont les froissements avec les personnes de leur entoura^^e. Là encore la patience est g-randement nécessaire : les différences de caractère, les divergences de vue, les contradictions, les critiques, les reproches plus ou moins fondés : tout cela tient une grande place dans la vie humaine. Le démon sait en profiter : rappelant sans cesse à la mémoire les griefs et les sujets de mécontentement que l'on croit avoir, il inspire des sentiments d'aigreur qui paraissent insurmontables. Le premier avis à donner est donc le même que dans le cas précédent : « Vous pensez trop à vos peines ; en y songeant sans cesse vous ne les diminuez jamais, vous ne faites, au contraire, que les grossir et vous rendre à vous-même beaucoup plus difficiles et le pardon des torts qu'on a eus envers vous, et l'exercice des saintes vertus de douceur et de charité. 11 se peut que les exigences que l'on a vis-à-vis de vous, que les charges qu'on

VOUS impose, les ennuis qu'il vous faut subir soient très déraisonnables ; mais plus ils sont déraisonnables, plus vous aurez de mérite à les accepter par amour pour Jésus. »

Il n'est pas croyable combien ces épreuves, en elles-mêmes assez légères, mais, souvent, d'une fréquence ou, pour mieux dire, d'une continuité intolérable, servent à l'avancement des âmes généreuses, à qui elles font produire une multitude d'actes de renoncement et d'amour.

S'il faut ainsi exhorter à la patience les âmes trop amies d'elles-mêmes, il faut, d'un autre côté, réconforter celles qui, bien soumises à la volonté divine, se font une idée fausse et mal entendue de la résignation chrétienne : « Ne vous retenez pas de plaindre, écrivait saint François de Sales à une dame malade, mais je voudrais que ce filt à Dieu, avec un esprit filial, comme ferait un tendre enfant à sa mère ; car, pourvu que ce soit amoureusement, il n'y a point de danger à se plaindre ni de demander laguérison, ni de changer de place, ni de se faire soulager. Faites seulement cela avec amour et résignation entre les bras de la bonne volonté de Dieu. »

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