PROBATIONS SUR DIFFÉRENTES VERTUS
ai-je offert mon travail pour qu'Elle l'offre Ellemême à Jésus? Lui ai-je offert de même toutes mes œuvres? Le B. Montfort conseille vivement <ie tout offrir à Marie, et déclare que cette pratique est un secret infaillible d'arriver à une haute perfection. L'ai-je particulièrement invoquée avant de me confesser, de communier, la priant de me conduire comme par la main dans ces grandes et saintes actions?
Surtout ai-je eu recours à Elle dans mes tentations?
4° Pratiques pieuses en son honneur.
Comment ai-je payé chaque jour mon tribut d'hommag-es à cette bonne Mère, et comment ai-je récité les prières en son honneur, le chapelet, le Souvenez-nous, l'Angelus, etc.?
Lui fais-je quelquefois des neuvainespour obtenir les grâces qui me sont nécessaires, par exemple quelque vertu dont je sentirais plus vivement le besoin? Pour rendre ces neuvaines plus efficaces et pour mieux honorer Marie, ai-je joint à mes prières quelques pratiques de mortifications?
N'ai-je point été inconstant dans ma dévotion envers cette bonne Mère, recourant parfois à Elle avec ferveur, puis l'oubliant ensuite et négligeant entièrement de la prier ?
Syo DIRl'XTION DES AMES PIEUSES
227. Ces exemples suffiront à faire comprendre en quoi consiste ce système de direction par probations.
Il convient d'espacer ces différentes probations, les faisant par exemple durer un mois, puis laissant un intervalle d'un ou deux mois entre la probation finie et la suivante. Dans ces intervalles, on s'appliquera plus spécialement à une pratique exacte et parfaite du règlement, et on fera de cette rég-ularité le sujet de ses examens particuliers.
On peut, à la fin, recommencer le cycle qui, grâce aux intervalles laissés entre les différentes probations, aura duré plusieurs années. Au bout de deux ou trois ans, il ne sera pas sans utilité de revenir à l'étude de chacune de ces vertus, qui sont les fondements de la vie spirituelle.
On pourrait aussi, suivant le conseil de saint François de Sales (Vie dévote, in, i), choisir la vertu pour laquelle on éprouve plus d'aptitude ou plus d'attraits, ou dont on sent plus vivement le besoin, et s'y exercer plus long-temps.
228. Il y a donc là, on le voit, toute une méthode, qui a certainement ses avantages et qui a produit de grands fruits chez un bon nombre d'âmes. Il est bien vrai aussi que ce serait une
PROBATIOXS SUR DIFFÉRENTES VERTUS Z-ji
erreur de vouloir plier indistinctement tout le monde à une formation aussi méthodique ; bien des âmes seraient réfractaires ^.
En effet, un travail de sanctification aussi systématique suppose d'abord une véritable bonne volonté ; les âmes qui en sont encore à la vie purgative, et même bien des chrétiens qui sont dans la vie illuminative, n'auraient pas la constance suffisante pour accepter ce genre de direction ; et à vouloir le leur imposer, on s'exposerait plutôt à les rebuter qu'à les faire avancer.
Quant aux âmes ardentes et capables d'une plus longue persévérance, il se présente souvent pour elles un autre obstacle ; elles sentent assez fréquemment l'action de l'Esprit-Saint, qui les éclaire sur leurs besoins, et leur communique certains attraits dont il faut tenir grand compte
* Il y a, dit le P. Surin, des directeurs qui se forment une idée et un dessein qu'ils estiment beaucoup, qu'ils appliquent par après à toutes les âmes qui se présentent, croyant que, s'ils les peuvent ajuster à cette idée, ils auront fait un grand coup. Ainsi, ils n'ont autre vue ni propos que d'exécuter ce qu'ils ont dans l'imagination, comme celui qui voudrait donner une même forme d'habit à tous ceux qui se présentent, grands ou petits; ou encore, dit ailleurs le même auteur, comme ceux qui n'ont qu'un même emplâtre à toutes blessures. (Catéch. spir., t. II, 3^ partie, ch. u.)
pour ne pas substituer à cette direction divine une direction purement humaine. Oui ne souscrirait aux paroles si sages du Yen. Libermann écriyant à un jeune prêtre : « Reconnaissez comme un principe fondamental, en fait de direction, qu'il ne faut pas si^êner ni resserrer trop le dirigé; il ne faut pas lui prescrire trop de règles ; il ne faut pas suivre de système dans la vie spirituelle, sinon on s'expose à faire tort aux âmes... Je regarde comme un point capital en direction de laisser agir la grâce avec grande liberté, de distinguer les faux attraits des vrais, et d'empêcher les âmes de s'écarter ou d'excéder dans ces attraits. » (Lettre du lo janvier i844')
229. Pour les commençants qui n'éprouvent guère de ces attraits particuliers, la part du directeur est nécessairement plus grande ; au début de la piété, la direction demande à être plus détaillée, plus minutieuse, mais, à mesure que l'âme avance, l'action de l'Esprit-Saint s'exerce davantage, et il faut se garder de la contrarier.
Ecoutons saint François de Sales écrivant à une Supérieure de la Visitation : « Le Directoire du noviciat propose quantité d'exercices, il est vrai, el il est encore bon çt convenable, pour le commencement, de tenir les esprits rangés et occupés :
PROBATIONS SUR DIFFÉRENTES VERTUS SyS
mais quand, par le progrès du temps, lésâmes se sont un peu exercées en cette multiplicité d'actes intérieurs et qu'elles sont façonnées, dérompues et déseng-ourdies, alors les exercices s'unissent à un exercice de plus grande simplicité, ou à l'amour de complaisance, ou à l'amour de bienveillance, ou à l'amour de confiance, ou de l'union et réunion du cœur à la volonté de Dieu, de sorte que cette multiplicité se convertit en unité.
« Et, de plus, s'il S(î trouve quelque âme, voire même au noviciat, qui craig-ne trop d'assujettir son esprit aux exercices marqués, pourvu que celle crainte ne procède pas du caprice, outrecuidance, dédain, ou chagrin, c'est à la prudente maîtresse de la conduire par une autre voie, bien que, pour l'ordinaire, celle-ci soit utile, ainsi que l'expérience le fait voir. » [Lettre à\x 11 février 1820.)
280. C'est surtout quand elles sont parvenues à la vie unitive, comme l'indique saint François de Sales, que les âmes sentiraient vite du dég'oût pour une direction trop minutieuse et trop systématique; l'âme contemplative est attirée, le plus souvent, à une simple présence de Dieu et à une union douce et affectueuse ; une méditation sur
une vertu déterminée lui serait fort à charge ; elle se dépouille volontiers de cette multiplicité de pratiques extérieures qui l'aidaient et qu'elle affectionnait autrefois, comme on laisse l'échelle une fois montée Plus elle avance, plus elle se simplifie ; ses tendances, ses pensées, ses affections et ses actes se concentrent, en effet, de plus en plus dans le désir, l'amour et l'accomplissement de la seule volonté divine ^.
Si donc, dans l'emploi de cette formation spirituelle par probations, il ne faut pas laisser les dirig^és s'affranchir par caprice ou par paresse des pratiques qu'on leur sug"gère, il faut aussi avoir ég^ard aux dispositions ordinaires des âmes avancées et laisser à celles-ci plus de latitude, pour ne pas les détourner de la voie où Dieu les conduit.
^ Cf. Libermann, Lettre du 19 août i835. 2 Cf. Grou, Manuel des âmes intérieures : de la simplicité,
DISCEKXE.MKNT DES ESPRITS SyS