PROGRÈS DE L'AME FERVENTE
dans des oraisons affectives très douces et très fortes, auxquelles se mêlent ensuite les premières faveurs contemplatives, ont reçu beaucoup de lumières. Dieu, qui veut les amener à la perfection, leur en a fait comprendre et l'étendue et les avantages.
Les impressions de la grâce, nous l'avons déjà remarqué, sont plus fortes et plus abondantes chez les âmes qui mènent une vie recueillie et mortifiée. Cependant, même chez elles, ce ne sera pas du premier coup que les faveurs sensibles produiront tout leur effet; elles n'envisageront pas d'abord comme le but de leurs efforts ce renoncement de tous les instants. La lumière se fait en elles peu à peu. Ainsi telle personne commencera par concevoir un vif regret de ses péchés, elle se sentira brisée de douleur d'avoir offensé son Dieu; si, sous l'impression de ce sentiment, elle se montre de plus en plus fidèle au recueillement et à la mortification, l'impression ne fera que s'accroître, la poursuivant au milieu de ses travaux, lui inspirant un amour pour son Dieu de plus en plus ardent et, par la pénitence, la conduisant insensiblement au désir du total renoncement.
820. D'autres y arrivent par la considération de la croix et des souffrances de Notre-Seigneur.
Si lame qui se sent touchée par la pensée de ce mystère en entrelient en elle-même le souvenir, si elle sait éloigner les distractions et les préoccupations qui en affaibliraient l'impression, si elle s'applique à rendre à Jésus crucifié dévouement pour dévouement, sacrifice pour sacrifice, elle se sentira bientôt embrasée de l'amour de la croix, du désir de souffrir pour Notre-Seigneur et de s'immoler entièrement ppur Lui.
Cette dernière voie est la plus courte et la plus efficace, elle mène plus vite à la contemplation* et à la ferveur. Plusieurs arrivent au même but par d'autres considérations; pour le plus grand nombre ce ne sera pas une considération unique, mais l'ensemble des lumières reçues dans leurs^ oraisons et dans leurs moments de recueillement, qui les éclairera peu à peu sur la nécessité de mourir à eux-mêmes et leur inspirera un désir sincère de ne vivre plus que pour Dieu.
321. Ceux qui donnent moins à l'oraison reçoivent évidemment moins de secours de ce saint exercice. Ils peuvent toutefois parvenir à des dispositions équivalentes à celles que nous venons de dire, par un chemin moins direct et
' Cf. Vén. Libermann , Ecrits, p. i05.