CHAPITRE IV
Direction des âmes ferventes
§ I. Pratique du recueillement, de Vhumilité et des autres vertus
342. Il va sans dire que ces âmes doivent se maintenir dans le recueillement et l'esprit de prière. Puisqu' « elles ressemblent à l'enfant que sustente encore le lait de sa mère » (Sainte Thérèse. IV^ Demeure, ch. m), elles ne doivent pas négliger les précautions qu'exige leur faiblesse; autrement la dissipation les entraînerait facilement dans l'immortification, le laisser-aller; elles perdraient leur ferveur loin d'avancer vers la perfection.
Nous pouvons en dire autant de l'humilité, dont la pratique leur devient de plus en plus nécessaire, et aussi des autres vertus dont nous avons parlé au Livre précédent; ce que nous disions des âmes pieuses peut s'appliquer aux fervents, et la méthode que nous indiquions pour les former à l'exercice de ces vertus, assez généralement,
encore, convient aux âmes dont nous parlons ici^.
343. Certaines âmes, malgré leurs sincères désirs de progrès, manquent de courae^e ou de persévérance; elles doivent être stimulées et soutenues. D'autres ont plus d'ardeur dans l'imaçination que de solidité dans la volonté; elles s'enthousiasment, elles s'exallent, volontiers elles demanderont une vie de souffrances, elles rêveront des sacrifices héroïques, alors qu'elles ont encore de réels progrès à faire dans la pratique des vertus journalières. S'imag'inant être acceptées par Dieu comme victimes pour le salut des âmes, elles ne savent plus que gémir, elles prennent pour de grands maux les moindres épreuves, souvent même des peines ou des persécutions qui n'existent que dans leur imagination, ou qu'elles se grossissent outre mesure; elles ne reconnaissent pas toute la peine qu'elles causent elles-mêmes au prochain, par leurs plaintes, par leur air de tristesse, par leur humeur sombre et parfois maussade.
^ On ne saurait trop recommander aux âmes ferventes lej Manuel des âmes intérieures, du P. Grou. Mieux peut êtreî que tout autre, ce petit volume leur apprendra à répondreJ aux desseins de Dieu sur elles. (Paris, LecofFre. i fr.)
Ces personnes se sont crues fort avancées parce qu'elles coûtaient en théorie les doctrines les plus élevées, et qu'elles se sentaient pleines d'admiration et d'enthousiasme pour tout ce qui est sublime et héroïque. Mais comme elles se sont bornées à se remplir l'esprit de belles idées et le cœur de désirs stériles, sans s'attacher assez aux vertus solides, les lumières dont elles sont fières leur vaudront plus de châtiments que de récompenses.
Pour peu que l'âme fervente tombe dans ce travers, il faut lui en montrer le dang-er, lui faire comprendre que le défaut d'humilité a déjà arrêté ses prog-rès et lui fera perdre bien vite, si elle ne réagit pas, ses dispositions de ferveur.
344- Le désir des souffrances est certes fort louable, pourvu quil soit joint à une humilité sincère. Les âmes vraiment vertueuses, comprenant le prix de la croix, désirent sincèrement n'être pas un jour sans souffrir quelque chose pour leur Dieu; elles le remercient à chacune des épreuves qui leur arrive, elles s'imposent une vie de sacrifices, ajoutant toujours des immolations volontaires à celles que la Providence leur ménag-e; elles acceptent à l'avance et offrent pour le bien de l'Église et des âmes ce qu'il plaira à Dieu de
leur envoyer. Mais elles ne perdent pas de vue leur misère; en se résig-nant aux épreuves avenir, elles savent que Dieu mesure ses coups aux forces de ses enfants et ne désirent que des souffrances proportionnées à leur faiblesse, elles ne demandent pas à être traitées par Lui en âmes fortes et héroïques. Aussi elles ne se g-rossissent pas leurs peines, elles ne sont pas sans cesse à chercher près des créatures appui et consolation. Elles s'appliquent à penser aux souffrances de Jésus plus qu'à leurs propres souffrances et elles se disent que tout ce qu'elles endurent pour Lui est fort peu de chose auprès de ce qu'il a souffert pour elles.
§ 2. Nécessité du parfait renoncement
345. Pauci inveniuntur coniemplativi , dit l'auteur de Y Imitation , quia pauci sciunt se a perituris creaturis ad plénum sequestrare. — On trouve peu de contemplatifs parce que peu savent se séparer entièrement des créatures et des choses périssables (L. III, ch. xxxi.). — Le grand obstacle à la contemplation, est-il dit dans le même chapitre, c'est qu'on s'arrête à ce qu'il y a d'extérieur et de sensible et que l'on s'occupe peu de se mortifier véritablement : magnum impedi-
DIRECTION DES AMES FERVENTES r^liQ
nientum quia....parum de perfecta mortificatione habetur.
Aussi ce détachement parfait est-il l'un des principes sur lesquels insiste le plus souvent l'auteur de cet admirable livre; et non seulement ce pieux auteur, mais tous les docteurs ascétiques déclarent qu'il n'y a qu'un moyen d'amener une ame à la contemplation, c'est de lui faire pratiquer le renoncement véritable,
346. Ecoutons sur ce point saint Jean de la Clroix, expliquant admirablement comment ce renoncement universel est nécessaire et en quoi il consiste :
« L'état d'union divine consiste dans la transformation tout entière de l'âme en la volonté de Dieu , de telle sorte qu'au lieu de deux volontés il n'y en a plus qu'une seule, qui est celle de Dieu en nous et de nous en Dieu. Or, s'il se glissait dans la volonté quelque désir délibéré auquel Dieu n'eût pas de part, l'union cesserait aussitôt. D'où il est clair qu'w/i état aussi parfait exige de fâme un entier renoncement à toute volonté propre et à tout désir particulier, pour si insignifiant qu'on le suppose. Il faut qu'une imperfection, dès qu'elle est aperçue, soit aussitôt Tejetée, et que l'âme en vienne à cet état de
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liberté et de possession d'elle-même, qui lui permette de réprimer les premiers mouvements dès qu'ils se présentent. . .
« Cependant il arrivera bien souvent à l'âme de tomber en des imperfections, en des fautes vénielles et dans des actes purement naturels, sans y faire attention, ou sans avoir assez de présence d'esprit pour les éviter. Ce sont de semblables fautes où la volonté a si peu de part qu'il est écrit que le juste tombe sept fois et se relève. Mais toute affection délibérée, tout désir pleinement reconnu et consenti, quelque minime qu'en soit l'objet, tant qu'il n'est pas réprimé, est un obstacle à l'union.
« J'entends parler ici de l'habitude et non des actes passag-ers d'un tel appétit qui n'offrent pas un si grand obstacle, bien qu'il faille s'appliquer à les prévenir. Mais certaines habitudes d'imperfections volontaires qu'on ne cherche pas à détruire empêchent non seulement l'union divine mais toute espèce de progrès, par exemple, la coutume de parler beaucoup, quelque petit attachement que Ton ne veut pas surmonter tout à fait pour un objet quelconque, une personne, un vêtement, un livre, tel genre de nourriture, le désir d'apprendre des nouvelles, de voir, de se
distraire dans les conversations humaines ^ Une seule de ces imperfections, si elle est habituelle, cause à l'âme un grand dommage, bien plus que Certains désordres passagers, plus graves en apparence, mais moins volontaires. Qu'importe qu'un oiseau soit attaché par un simple fil ou par une corde; quelque faible que soit le lien, s'il n'est rompu, l'oiseau ne pourra prendre son vol. Ainsi l'âme, retenue par quelque attache, quelles que soient d'ailleurs les vertus qu'elle possède, ne peut arriver à la sainte liberté de l'état d'union. » {Montée du Car met, 1. I, ch. xi.)
347. Sans doute cette abnégation universelle n'est pas nécessaire pour que Dieu, de temps à autre, accorde la faveur de quelque oraison contemplative. Saint François de Sales, nous l'avons vu au chapitre précédent, le déclare formellement. Dans un autre passage que nous avons également cité {Amour de Dieu, 1. X, ch. iv) parlant de ces âmes qui « aiment voirement trop ardemment et avec superfluité, mais qui n'aiment point les superfluilés, ains seulement ce qu'il faut aimer », il ajoute : a Et pour cela elles jouissent du lit
^ « La simple attache à une pensée inutile, a dit saint François de Sales, empêche l'àrae d'arriver à la perfection. »
nuptial du Salomon céleste, c'est-à-dire des ■ unions, des recueillements et des repos amoureux \ dont il a été parlé aux livres V et VI, mais elles n'en jouissent pas en qualité d'épouses, parce que la superfluité avec laquelle elles affectionnent les choses bonnes fait qu'elles n'entrent pas fort souvent en ces divines unions de l'Epoux, étant occupées et diverties pour aimer hors de Lui et sans Lui ce qu'elles ne doivent aimer qu'en Lui et pour Lui. »
Quand l'âme sera parfaitement renoncée, elle sera dans la vraie vie unitive, et la contemplation lui deviendra bien plus habituelle ; élevée au ran^ d'épouse du divin Maître, elle recevra bien plusî fréquemment les marques de sa tendresse.
Le renoncement universel, tel est donc le but à; atteindre; or, deux choses y amènent : i" le travail de l'âme; 2" l'action divine purificatrice qui| consiste dans les aridités et les épreuves ménag-éesj par la Providence.
§ 3. Travail de l'âme pour acquérir le renoncement
348 . C'est ce que saint Jean de la Croix appell nuit active des puissances de l'âme.
Ce travail consiste à « examiner sans cesse le| quatre principales passions du cœur humain, voij
OÙ elles tendent et ce qu'elles recherchent, et faire une continuelle étude de les transférer en Dieu ». 4Sunn, Amour de Dieu, I. I, ch. vu). Ces quatre passions principales que, d'après saint Jean de la Croix {Montée du Carmel, 1. I, ch. xiii,) on doit s'appliquer sans cesse à mortifier, sont a la joie, l'espérance, la crainte, la douleur ». Et, en effet, ces passions de l'âme, ces mouvements du cœur humain sont causés ou par des biens présents dont on jouit, c'est \aJoie; ou par des biens absents auxquels on aspire, c'est le désir ou l'espérance ; ou par des maux présents qui engendrent la douleur; ou par des maux absents que l'on redoute, c'est la crainte. Or il faut s'établir dans la disposition de renoncer à tous les biens qui ne sont pas surnaturels et d'accepter tous les maux qui ne nuisent pas à l'ame.
Il faut donc s'étudier : i" à ne point chercher de joie, de satisfaction volontaire et délibérée en dehors de Dieu ; 2° à ne s'arrêter à aucune espérance, aucun désir d'un bien purement sensible et naturel. « Sitôt qu'une âme qui s'est délaissée au bon plaisir de Dieu aperçoit en soi quelque volonté, dit saint François de Sales, elle la fait incontinent mourir en la volonté de Dieu » {Entretien de la confiance); 3° à rejeter loin de
soi toute crainte qui ne serait pas inspirée par une considération de foi; 4" enfin à ne jamais se laisser aller à la peine et au chag^rin, si ce n'est pour des motifs concernant la gloire de Dieu ou des intérêts surnaturels.
Ainsi donc, quand une âme paraît bien avancée dans la vie illuminative, remplie d'amour pour Jésus souffrant, ou de zèle pour la gloire de Dieu^ adonnée déjà à la pratique de la mortification, il faut lui proposer ce renoncement universel; ce sera le plus sûr moyen de lui faire faire de grands progrès ^
I l\. Renoncement passif. Action divine purificatrice
349. Quel que soit le travail de l'âme pour arrivera cette abnégation parfaite, elle ne pour-, rait y parvenir par ses seuls efforts. « Pour tant que le commençant s'exerce, dit saint Jean de la Croix, à mortifier en lui ses attraits, il ne peut ni
1 Pour mettre cette doctrine à la portée des âmes fer-J ventes, nous avons, dans une petite brochure, réuni les textes des saints auteurs qui démontrent cette nécessité di parfait renoncement, et expliqué, d'après saint Jean de la Croix, comment il doit être pratiqué.
Le secret de V amour divin ou le parfait renoncement^
— Angers, librairie Germain et G. Grassin ; Paris, AmatJ
— I franc les quinze exemplaires, 6 francs le cent.
tolalement ni même notablement y réussir, si Dieu n'y met Lui-même la main par la purification de la nuit obscure. » {Nuit obscure, I, 7.)
Pour amener l'âme à se purifier plus complètement, à se dépouiller d'elle-même et de toutes ses affections naturelles. Dieu permettra qu'elle passe par des peines, des tentations, des aridités, par des épreuves de tout g-enre.
La conduite à tenir alors se résume en ces deux mots : soumission amoureuse à la volonté de Dieu et fidélité absolue dans son service.
35o. D'abord, il est très important que les âmes ne regardent pas cet état purifiant comme mauvais. Souvent elles se tourmentent et s'inquiètent, elles se figurent que c'est une punition de Dieu, surtout quand elles sont en proie aux tentations et aux sécheresses ; dans ce cas elles se laissent aller à la tristesse, à la terreur, et de là au découragement il n'y a qu'un pas.
« Saint Pierre, dit l'Ecriture, voyant l'orage qui était très impétueux, eut peur ; et tout aussitôt qu'il eut peur, il commença à s'enfoncer et noyer, dont il cria : 0 Seigneur, sauvez-moi. Et Notre-Seigneur le prit à la main et lui dit : Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté? Voyez ce saint Apôtre, il marche pied sec sur les
eaux ; les values et les vents ne sauraient le faire enfoncer ; mais la peur du vent et des vagues le fait perdre, si son Maître ne l'échappe. La peur est un plus grand mal que le mal », etc. {Lettre de saint François de Sales à sainte Chantai, du 6 août 1606.)
35i . Il faut donc recommander à ces âmes de ne rien craindre et de s'abandonner entièrement entre les mains de Dieu sans se demander par quelle voie II les mène et pourquoi II les éprouve,
« Souvenez-vous de deux choses : l'une que les enfants d'Israël furent quarante ans parmi les déserts, avant que d'arriver dans la terre du séjour qui leur était promis ; et néanmoins six semaines pouvaient suffire pour tout ce voyage et à l'aise ; et il ne fut pas loisible de s'enquérir pourquoi Dieu leur faisait prendre tant de détours et les conduisait par des chemins si âpres, et tous ceux qui en murmurèrent moururent avant l'arrivée; l'autre, que Moïse, le plus grand ami de Dieu de toute la troupe, mourut sur les frontières de la terre de repos, la voyant de ses yeux et ne pouvant en avoir la jouissance.
« Pliit à Dieu que nous regardassions peu à la conduite du chemin que nous frayons, et que nous eussions les yeux fichés sur Celui qui nous
conduit, et sur le bienheureux pays auquel il nous mène ! Que nous doit-il chaloir si c'est par les déserts ou par les champs que nous allons, pourvu que Dieu soit avec nous et que nous allions en paradis. » (Saint François de Sales à sainte Chantai, 18 février i6o5.)
« Que nous sommes injustes et dépourvus de bon sens, mon cher Monsieur, écrit de son côté le Vén. Libermann. Un aveug^le se confie dans un petit chien qui le conduit partout où il veut, et l'homme le suit sans savoir où il va; et nous, misérables que nous sommes, plus aveugles que les aveugles-nés, nous avons un conducteur si grand, si clairvoyant et si plein de tendresse pour nous, et nous ne voulons pas lui laisser la conduite de nos âmes. » {Lettre du 3o juin i838.)
352 . Comme l'amour-propre a d'ordinaire une grande part dans ces anxiétés (V. supra, n* 241), et comme, par ailleurs, c'est la destruction de ce défaut que Dieu veut obtenir, le directeur recommandera à lame éprouvée de s'oublier elle-même et de penser davantage à Jésus. « Mon Dieu, devra-t-elle dire souvent dans ses oraisons, trouvez des cœurs qui puissent vous aimer, ce sera pour moi une consolation dans mon impuissance, si d'autres vous rendent l'amour qui vous
est dû. Oui, mon Dieu, ce que je vous demande par-dessus tout, c'est que votre nom soit glorifié, c'est que vous régniez sur tous les cœurs, c'est que votre volonté s'accomplisse en tout et toujours. »
353. Pour mieux encourager les âmes, il est bon de leur rappeler que les desseins de Dieu dans ces épreuves sont des desseins de bonté et de miséricorde, et leur faire envisager, non comme un châtiment, mais plutôt comme une faveur, sans laquelle on n'arriverait pas à la vraie sainteté, cet état de délaissement, de privations et de nudité.
Ainsi avait fait saint François de Sales annonçant à sainte Chantai , au début de sa direction (24 juin i6o4), les épreuves qu'elle allait subir. « Vous aurez des contradictions et amertumes : les tranchées et convulsions de l'enfantement spirituel ne sont pas moindres que celles du corporel; vous avez essuyé les unes et les autres. Je me suis souventes fois animé parmi mes petites difficultés, par les paroles de notre doux Sauveur qui dit : La femme quand elle enfante a une grande détresse; mais après l'enfantement elle oublie le mal passé, parce qu'un enfant lui est né {Joan., XVI, 21). Je pense qu'elles vous conso-
DIRECTION DES AMES FERVENTES SSg
leront aussi, si vous les considérez et répétez souvent. Nos âmes doivent enfanter, non pas hors d'elles-mêmes, mais en elles-mêmes, un enfant mâle, le plus doux, gracieux et beau qui se peut désirer; c'est le bon Jésus qu'il nous faut enfanter et produire en nous-mêmes ... Il faut bien souffrir, pour l'enfanter. L'enfant aussi mérite bien qu'on endure pour l'avoir et être sa mère. »
Les prévisions du saint évêque se réalisèrent; après une première ferveur sensible, vinrent différentes peines d'esprit, embarras, tentations % qui affermirent sa pénitente et la firent passer dans un état plus solide, dans une ferveur toute spirituelle. Aussi le bon Saint se dit tout rassuré sur son compte. « Non, de par Dieu, ma très chère fille, non je ne serai point en peine, je ne craindrai point. . . pour vos impuissances, ni pour le mal qui est dans votre tête. . . , les douleurs de l'enfantement sont passées; qu'est-ce que je puis craindre de vous à cette heure? » (Lettre du 29 juin 1606.)
Oh! quel service on rendrait à ces personnes, si on leur inspirait une invincible confiance; c'est là ce que Dieu attend d'elles : les grâces qu'il leur
* Voir les lettres du 3o août i6o5^ 7 mars et 16 mars 1606, etc.
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a départies avec tant de libéralité Lui donnent bien le droit d'exiger un entier abandon . Il se plaît à mettre leur confiance à l'épreuve, se réservant, si elles sont fidèles, de leur accorder, à l'avenir, des grâces beaucoup plus fortes et plus abondantes que toutes celles qu'elles ont déjà reçues. Qu'elles restent inébranlables dans les plus dures épreuves, qu'elles disent à Dieu comme le saint homme Job : « Même si vous me donnez la mort je continuerai d'espérer en vous. » Etiamsi occiderit me, in ipso sperabo, (Job viii-i5). Quand leur cœur sera dilaté par cette confiance sans bornes, elles ne marcheront pas, elles voleront dans la voie de la perfection. Viam mandatoriim iiwriim ciicurri, ciim dilatasti cor meiim (Ps. 1 18.)
354 . Pour les épreuves qui viennent du dehors, il faut se comporter comme dans les épreuves intérieures, c'est-à-dire se résigner et s'abandonner à la volonté de Dieu. « Tenez-vous, mon très cher, devant le divin Maître comme une enclume se tient devant le forgeron, ou plutôt comme le fer rouge qu'il tient dans ses tenailles : il frappe dessus à coups redoublés, et le fer prend toutes les formes qu'il veut lui donner. Vous êtes encore comme un fer brut et grossier, âpre, dur
€t impliable; il faut que Nolre-Seig-neur vous
•■brise et vous rende souple par les contradictions
€t les croix. » (Libermann. Lettre An 21 août 1842)
Cette comparaison rappelle celle que rapporte le B. Suzo. « On lit dans la Vie des Saints Pères qu'un disciple demandant à son maître ce qu'il fallait faire pour devenir parfait, le maître vépondit : Allez dans le cimetière et adressez des compliments et des louang-es aux morts et à leurs cendres ; vous les maudirez ensuite et vous les accablerez d'injures, et vous verrez si les morts vous répondent et si leurs cendres en sont troublées. Le disciple obéit et revint dire à son maître que les morts n'avaient rien répondu, et que leurs cendres n'avaient pas été plus émues des éloges que des injures. Le maître ajouta : <( C'est là la perfection ; allez et faites de même. » (Discours spirituels, p. 366. Traduction Cartier.)
Les âmes ferventes peuvent comprendre ce langage, la vivacité de leur amour leur rend plus facile cette complète abnégation. On doit même les mener plus loin, en leur insinuant de se réjouir et de bénir Dieu au milieu de leurs peines. Ne manquez jamais, leur dira-t-on, quand vous recevez une humiliation, ou quand vous êtes frappé de quelque épreuve, de dire aussitôt du
fond du cœur : merci, mon Dieu ! Si l'épreuve est plus pénible, récitez de toute votre âme un Laiidate ou un Magnificat, ou même, dans les grandes circonstances, un Te Deiim : puisque la croix est une grâce, ne convient-il pas de mesurer sa reconnaissance à l'importance du bienfait reçu? « Vous ne savez pas de quoi les an^es nous portent envie ; certes de nulle autre chose que de ce que nous pouvons souffrir pour Notre-Seiçneur et ils n'ont jamais rien souffert pour Lui ». (Saint François de Sales à M'"* l'Abbesse du Puits d'Orbe, septembre i6o4.) C'est là le langag-e de l'amour; qui aime Dieu véritablement est heureux de souffrir pour Lui.
355. Les souffrances que Dieu envoie à ses enfants sont toujours mesurées à leurs forces, malheureusement la plupart en ag-gravent le fardeau : ils y pensent constamment, ils se remettent sans cesse devant les yeux les peines qu'on leur a faites, les injustices dont ils sont victimes, les privations qu'ils doivent s'imposer, les échecs subis, les entraves apportées à leur activité, ainsi ils accroissent leurs peines et se rendent incapables de les supporter. Tout autre est la conduite des âmes prudentes et saintes ; si elles se réjouissent de souffrir pour Dieu, elles ne s'ar-
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relent pas à considérer ce qui les afflige. « Il me semble, écrivait la Vén. Marie de l'Incarnation , que le retranchement des réflexions sur les choses qui sont capables de donner de la peine est absolument nécessaire, d'autant que l'imagination étant frappée, l'esprit, si l'on n'y prend garde, est aussitôt ému, après quoi il n'y a plus de paix ni de tranquillité. Pour vous dire vrai, depuis trente ans que Dieu m'a fait la grâce de m' attirer à une vie plus intérieure, Je n'ai point trouvé de moyen plus puissant pour y faire de grands progrès que ce retranchement universel de réflexions sur les difficultés qui se rencontrent, et sur tout ce qui ne tend point à Dieu ou à la pratique des vertus. » {Lettre à son Fils du 22 octobre 1649).
356 Mais, pour ces âmes aimantes, l'épreuve d'ordinaire la plus rude vient des tentations qu'elles subissent : la crainte de déplaire à leur Dieu leur Cause des angoisses et des peines très profondes. Il faut alors les réconforter et, comme nous l'avons dit déjà, leur apprendre à mépriser ces attaques de l'ennemi.
« Saint François de Sales, écrivait à Bossuet M"*^ de la Maisonfort, dit que ce n'est point en disputant contre la tentation qu'on s'en délivre
le mieux. » — Et Bossuet répondait : « Cette expression de ne point disputer avec la tentation est aussi précise que belle ; il n'y a ordinairement qu'à la tenir pour vaincue, sans même la combattre directement, et se retourner tout court à Dieu comme dans une chose résolue, où il n'y a pas à hésiter, »
« Lors même qu'il s'agirait, dit le Bienheureux Albert le Grand, de tentations contre Dieu les plus impies, les plus dégoûtantes, les plus horribles, n'y faites pas seulement attention. Tenez cela pour rien et méprisez-le. Ne vous l'imputez point à vous-même et ne songez même pas à vous former la conscience à ce sujet. L'ennemi ne manquera pas de prendre la fuite, si vous le méprisez ainsi, lui et ses vainâ fantômes. Car il est orgueilleux au plus haut point, et ne supporte pas de se voir méprisé et dédaigné. Ainsi c'est une chose très certaine que le souverain remède contre ces sortes de tentations, c'est de ne pas le moins du monde s'en préoccuper, pas plus que des mouches qui viennent malgré nous voler devant nos yeux ». (De l'intime union avec Dieu, ch. XI. Traduction du P. Rousset.)
L'heure de l'oraison est souvent celle que choisit l'ennemi pour livrer ses assauts, mais à ce
momeiU-là même on ne doit le repousser que par le mépris.
C'est le conseil que donne saint Pierre d'Alcantara : « Quant aux pensées importunes qui poursuivent ordinairement celui qui fait oraison, il n'y a qu'à les combattre avec un grand courage et avec persévérance, pourvu qu'on le fasse sans une grande fatigue et sans contention d'esprit, car ce n'est pas ici V ouvrage de la force, mais de la grâce et de l' humilité. C'est pourquoi, dès qu'on se trouvera dans cet état, il faudra se tourner vers Dieu sans scrupule et sans inquiétude, vu qu'/Y ny a pas de notre faute ou qu'il y en a. peu, et lui dire en toute dévotion et humilité : Seigneur, vous voyez ici ce que je suis; que pourrait-on trouver sur une terre que vous avez maudite, que des ronces et des épines? Tel est le fruit qu'elle peut produire, si vous ne la relevez de la malédiction. On reprend ensuite le fil de son sujet, on attend avec patience la visite du Seigneur qui ne la refuse jamais aux humbles. Que si les pensées inquiétantes vous reviennent, et que vous y résistiez avec persévérance en faisant tous vos efforts, vous devez vous tenir pour assurés que vous faites plus de progrès par cette résistance que vous n'en feriez par la jouissance
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de toutes les douceurs de Dieu». (Saint Pierre d'Alcantara, Traité de roraison, 2" partie, ch. iv, 2^ avis.)
357. Nous avons suivi les âmes chrétiennes pas à pas depuis leurs débuts dans la vie spirituelle jusqu'au seuil de la vie unitive. Les progrès ne sont pas uniformes chez toutes. Dieu, qui est libre de ses dons, les répartit dans des mesures différentes : des obstacles, qu'il ne juge pas à propos de lever, s'opposent parfois à ses desseins de miséricorde ; du côté de l'âme ellemême, la coopération peut être plus ou moins généreuse.
La fidélité à la grâce, c'est là surtout ce qui doit être l'objet de nos examens et de nos réflexions : la part laissée à la créature, dans l'affaire de sa sanctification, est assez grande pour qu'elle ne doive s'en prendre qu'à elle-même si elle demeure dans la médiocrité. Oui pourrait dire où s'arrêteraient les libéralités de Dieu, si l'on répondait toujours à ses avances? Aurais-je reçu moins de grâces que cette âme sainte dont la vertu m'étonne et me ravit, si je n'avais pas abusé des secours que Dieu m'avait offerts ?
Tout profile, dit saint Paul, à ceux qui aiment Dieu : Diligentibus Deum omnia cooperantur in boniim, et saint Au^^^uslin n'a pas craint d'ajouter: etiam peccata. Oui, les fautes mêmes qui leur échappent leur sont une occasion de multiplier les actes d'humilité, de contrition et d'amour; les assauts du démon rendent leurs prières plus ardentes, leur confiance plus méritoire, leurs efforts plus sanctifiants; les peines et les épreuves les détachent des créatures et les unissent plus intimement à leur Dieu; les lumières dont II les gratifie accroissent leur charité.
Trop souvent l'âme manque à la grâce, mais la grâce ne fait jamais défaut à l'âme. Nous le verrons clairement au jour où nous sera révélée l'histoire des bontés de Dieu à notre égard, et celle de nos propres infidélités; nous constaterons comment, pour nous, se sera vérifiée à la lettre la parole du Saint-Esprit : Hœc est uoliintas Dei sanctificatio vestra, c'était la volonté de Dieu que vous fussiez saints.
Excelsius I
358. Cher lecteur, qui jusqu'à ce moment nous avez fidèlement suivi, vous arrêterez-vous ici? Quelques-uns, nous dit-on, se contentent d'étudier les degrés inférieurs de la vie spirituelle, et tout en jetant un regard d'admiration sur les âmes qui gravissent les sommets de la vertu , ils renoncent à les suivre. La doctrine qu'il nous reste à exposer leur paraît trop élevée, les vertus que nous allons décrire, les conseils que nous donnerons leur semblent au-dessus de leur portée; ils ne se croient pas appelés à vivre sur les hauteurs, ils n'aspirent pas à la perfection.
Oh ! si vous compreniez combien Dieu la désire pour vous, cette perfection qui vous effraie, vous seriez moins pusillanime; votre courage s'enflammerait et vous vous apphqueriez avec une sainte ardeur à connaître les moyens de l'atteindre.
Dieu a faim de votre amour : l'amour est son aliment, l'amour est sa vie; Il n'a créé des êtres intelligents que pour cueillir en eux une riche
moisson d'amour. Ce Dieu infini, Il semble s'abaisser pour quêter notre amour : ton cœur, mon enfant, donne-le moi, nous dit-Il \ prœbe, Jili, cor tuum mihi. (Prov. xxiii, 26.) Pour mieux nous attendrir. Il proteste Lui-même de son amour inlassable : « Une mère peut-elle oublier son enfant, et n'avoir pas pilié de celui qu'elle a engendré; quand même elle l'oublierait, moi, je ne vous oublierai pas. » (Isaïe, xliv, i5,) Il nous fait un commandement rig-oureux de l'aimer de tout notre cœur, de toute noire âme, de tout notre esprit, de toutes nos forces. Et que de preuves d'amour II nous a données : « Il nous a tant aimés qu'il nous a donné son Fils unique. » (Jean, m, 16.) Et Lui ce divin Fils n'a-t'Il pas porté l'amour jusqu'à la dernière extrémité? In finem dilexit eos.
Or, la perfection c'est l'amour dans son développement normal, c'est l'amour vraiment digne de ce nom. Elle vous semble trop haute, Jésus ne la trouve pas trop haute. Lui qui a dit : Perfecti estote : Soyez parfaits. Il ne la trouve pas trop haute pour des âmes qu'il nourrit de sa chair et de son sang-. Que pense- t'Il quand II vous voit approcher de la Table sainte, contents de votre médiocrité, résignés à ne jamais l'aimer ici-bas
EXCELSiUS! 571
d'un amour parfait? Et si le don de l'Eucharistie n'excite pas votre g-énérosité, s'il ne suffit pas à vous faire aspirer aux degrés les plus élevés de la vertu, reg-ardez le Calvaire et vous comprendrez que ce n'était pas pour que vous restiez une âme imparfaite que Jésus a tant souffert.
359. Lecteur pusillanime, laissez-nous vous parler des souffrances de Jésus, et vous nous direz si vous persistez à vouloir vous contenter d'une vertu commune, si vous ne rougissez pas de récompenser si mal de son amour le doux Sauveur.
Quand vous ne pouvez vous dérober à la souffrance vous cherchez du moins à la diminuer; Jésus, qui aurait pu prier son Père céleste et obtenir de Lui des légions d'anges, Jésus, qui d'un mot renversait ses ennemis au jardin des Olives, non seulement n'a pas repoussé la douleur, mais Il s'est comme appliqué à en subir toutes les aggravations; Il lui a ouvert toutes grandes les portes de son coeur, afin qu'elle y pénétrât dans toute sa plénitude, et qu'elle y accomplît sans obstacle son œuvre d'expiation. Son âme humaine avait été faite plus intelligente que toutes les autres âmes et tous les esprits nngéliques: Il mit toute la puissance de son regard intellectuel à considérer tous les péchés des hommes, présents, passés et à
venir, et à en sonder toute la malice. Chrétiens, qui repoussez trop souvent le souvenir humiliant de vos fautes, souvenez-vous que Jésus n'a pas voulu en détourner les yeux à Gethsémani.
Son cœur avait une puissance d'affection supérieure à celle de toutes les créatures ; Jésus réveilla tout cet amour ou plutôt II se livra à toutes les ardeurs de sa tendresse et pour son Père céleste et pour les hommes, ses frères; alors fixant son regard et sur les offenses faites à son Père et sur les maux causés aux âmes par le péché, Il excita dans son cœur une douleur sans borne. La peine qu'il ressentit en considérant son Père méconnu, insolemment outragé par tant de créatures qui Lui doivent tout, ne sera jamais comprise par aucune âme humaine. Quant aux maux causés par le péché, peines temporelles, privations de grâces, souffrances, hélas, éternelles pour un grand nombre, comme chacun des membres de la famille humaine Lui était immensément cher, le Cœur de Jésus éprouva autant de tortures différentes qu'il s'était rencontré déjà, et que dans toute la suite des âges, il devait se rencontrer de pécheurs sur la terre. Pour recourir à la comparaison que donna Jésus Lui-même à la bienheureuse Yarani, supposez, cher lecteur, que vous eussiez mille pieds,
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mille mains et ainsi de tous les organes de votre corps, et que tous fussent torturés à la fois par des tourments aussi atroces que variés, ce supplice ne vous paraîtrait-il pas intolérable ? Eh bien , disait Jésus à la Bienheureuse : « Je suis le chef d'un corps dont tous les chrétiens sont les membres, et dont la plupart me furent, me sont et me seront •arrachés par le péché mortel » et parmi eux combien arrachés pour toujours !
36o. Et dans toutes ces douleurs le doux Jésus n'a pas de consolateur. Il est seul, abandonné de tous. Il n'a pas permis à sa sainte Mère de le suivre à Gethsémani; Il a fait appel à ses disciples préférés, mais ils dorment, ils ne peuvent veiller une heure avec Lui. Et son délaissement sera plus dur encore dans quelques heures, quand ses apôtres auront fui, quand Pierre l'aura renié, quand, vers la fin de cette horrible nuit, les valets, fatiguésde blasphémer, de l'insulter, de Le frapper, Le laisseront quelque temps à Lui-même, en attendant le retour de Caïphe et des Sanhédrites; Il sera seul, sans ami, sans soutien; ceux qui, quatre jours auparavant, lui chantaient VHosanna ne sont plus là pour Le consoler, et II sait que bientôt ils viendront, mais poiir crier le crucifigatur.
Etre abandonné des hommes ne serait rien, s'il sentait Dieu avec Lui, mais ce suprême délaissement, le sentiment de l'abandon de Dieu, Il veut l'endurer aussi, et II l'endurera jusqu'au dernier soupir, puisque c'est au moment d'expirer qu'il pousse sa plainte déchirante : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné?
Douleurs de l'âme, douleurs du corps, aucune ne Lui a manqué; son corps est en lambeaux. Ce que le prophète a dit de l'état moral du peuple de Dieu : A planta pedis usqiie ad verticem non est in eo sanitas : depuis la plante des pieds jusqu'au sommet de la tète il ne reste rien qui soit sans blessure, est vrai à la lettre de la victime qui a pris sur elle les péchés du peuple. Des échappés de l'enfer assouvissent sur Lui leur fureur; à la flagellation, les coups succèdent aux coups, et les bourreaux se relèvent fatigués de frapper avant que Jésus soit fatigué de souffrir. Puis, ils enfoncent dans sa tête cette affreuse couronne d'épines à laquelle on ne peut songer sans frémir.
36i . Voilà comment II est traité le Fils de Dieu, Celui dont la majesté remplit le ciel d'admiration, Celui dont la puissance a d'un mot tiré l'univers du néant, l'éternel, la sagesse sans borne, l'amour infini !
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Oh oui, l'amour! Si ses autres attributs sont voilés dans la passion , celui-là éclate à tous les veux. Son amour, Jésus le prouve par sa patience; Il le prouve en laissant vivre ses bourreaux, en priant son Père de leur pardonner, en touchant le cœur du larron. Il enveloppe donc tous les hommes dans son amour : ne se laisse-t-Il pas baiser par Judas, ne Tappelle-t-Il pas son ami? II veut couvrir de sa bonté l'ing-ratilude du traître; Il veut submerger dans l'océan de son amour, de ses mérites, de ses expiations les péchés des plus grands criminels. Ceux qui ne Lui résisteront pas obstinément, Il les purifiera dans ses larmes et dans son sang. Il les transfigurera par sa grâce, €t dans les siècles sans fin ils seront avec Lui inondés de gloire, de sainteté, de bonheur.
Voilà les pensées qui Le soutiennent, ce doux Sauveur. Et vous croyez, cher lecteur, qu'à ce moment, considérant votre âme. Il n'a pas ambitionné pour elle une grande perfection ici-bas, et là-haut, pour les siècles des siècles, une gloire éclatante, un bonheur immense !
Non, si vous n'atteignez pas un haut degré de vertu, vous qu'il a déjà appelé à une vie de piété, vous qui connaissez si bien son amour, qui comprenez combien seront enivrantes les joies du ciel
pour les cœurs vaillants, si vous restez dans le terre-à-terre, la faute n'en est qu'à vous. Nous ne supposons pas que vous soyez du nombre de ces âmes qu'il a choisies pour ses épouses, moins encore du nombre de ceux qu'il a faits ses continuateurs, ses ministres sur la terre, car si honoré de telles dig-nités vous n'aspiriez pas à la perfection, vous seriez inexcusable.
362. Pourquoi donc reculez-vous? Les sacrifices qu'exige la perfection vous semblent trop durs. Eh bien, venez souvent près de jésus crucifié; vous puiserez-là un courage indomptable. Quiconque fréquente assidûment le Calvaire roit grandir sa générosité; aucun obstacle ne peut l'arrêter.
Vous aimez trop vos aises peut-être ; vous ne pouvez vous résoudre à traiter sans ménagements votre chair de péché : en voyant ce que Jésus a fait de son corps, vous triompherez de votre sensualité et vous ne redouterez plus la pénitence. Vous ne pouvez accepter les humiliations, les reproches, les mépris, l'oubli, les paroles dures, les railleries, les calomnies; vous désirez être estimé, aimé, loué, honoré, consulté, approuvé. Voyez Jésus souffrant : est-Il estimé, recherché, approuvé, honoré? Judas, les bourreaux, le
peuple, les letlrés, les riches, les prêtres, Hérode Le méprisent, Le raillent. L'outragent, Le blasphement. Vous ne pouvez vaincre vos antipathies pardonner à cette personne qui vous fait souffrir • suivez Jésus à Gethséraani, au prétoire, au Golgotha et rappelez-vous que le souvenir de cette personne, dont les défauts pourtant Le blessent plus que vous, ne l'a pas quitté, et qu'il s'est rejoui de souffrir pour elle.
Devenez donc, cher lecteur, un habitué du Calva.re et bientôt vous brûlerez du désir de rendre au Cœur de Jésus amour pour amour: loin de redouter les hauteurs de la perfection, vous y aspirerez de toute l'ardeur de votre âme et Jésus bemra vos efforts. Une âme parfaite de plus, une arae embrasée de l'amourdivin, ce sera pour Dieu une grande gloire, pour le Cœur de Jésus une v.vejo,e, pour l'Eglise une force et un appu et pour vous-même le plus enviable de tous les
Ai'PuoHATiON DE S. G. Mr'' Mathieo', évéoue d'Angehs. 7 Letthe de s. g. Mr'r Gilbert, évkoue du Mans, a
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