COMMENT S'ACQUIERT LA PERFECTION
une marque que son détachement est complet et son union à Dieu habituelle.
Elle cheminait jusqu'ici dans une voie intermédiaire, parfois favorisée du don de la contemplation, plus souvent obligée de recourir aux méthodes des oraisons inférieures; désormais o chaque fois qu'elle se met en oraison elle est comme celui qui ayant l'eau à sa portée boit sans effort et avec plaisir sans qu'il soit nécessaire d'amener cette eau par les aqueducs des considérations et des représentations de l'imagination. Ainsi dès qu'elle se mot en présence de Dieu, elle se met dans l'exercice d'une connaissance indistincte, amoureuse, pleine de paix, et elle boit la sagesse, l'amour et la saveur »>. Elle a donc acquis l'habitude en quelque sorte parfaite de la contemplation. Bien plus, il arrive assez souvent que cette union contemplative, sensible ou non, persévère au milieu de ses diverses occupations, sans qu'elle ait grand effort à faire pour s'y maintenir, parfois même sans aucun travail de sa part.
100. Mais l'union mystique est loin d'être toujours facile à constater. Nous avons dit que si on la découvrait sans peine chez les personnes en qui la grâce atteint plus directement l'intelligence, elle est beaucoup moins visible chez celles où la grâce touche surtout la volonté, chez celles où dominent la mémoire et l'attention aux choses de détail.
Par ailleurs, certaines âmes ont les apparences de la contemplation sans en avoir la réalité, soit que le démon qui les sait
1 Montée du Carmel, 1. II, ch. xn. Nous avons déjà cité les paroles de Suarez : Contemplatio perfeclorum non quasi per occasionem et in transitu exercetur, sed per se et ql'ai ex habitc (supra, ch. vi). Notonsle, toutefois, habituel ne veut pas dire constant. Lame parfaite ne jouit pas toujours de la contemplation et surtout elle n'éprouve pas, toutes les fois qu'elle le voudrait, les suavités de la quiétude sensible. «S:mblable à un homme échappé d'une étroite prison, l'âme sortie des épreuves de la nuit des sens s'avance dans le sentier de la perfection avec un cœur plus dilaté et plus joyeux. . . L'imagination et les puissances ne sont plus pi éoccupées de former des raisonnements, et l'esprit se repose aussitôt avec une grande facilité dans une douce et amoureuse contemplation. . . Cît état n'exclut point les ténèbres, les sécheresses et les angoisses, parfois même elles y sont beaucoup plus intenses qu'au milieu des épreuves antérieures. Toutefois, leur durée n'est pas aussi longue; après quelques jours d'orage et de tempête, le ciel de l'âme recouvre sa sérénité habituelle. » Nuit osbcure, n, 1.
dans un état peu satisfaisant, les laisse en repos pendant l'oraison pour les entretenir dans une illusion dangereuse, soit que leur nature tranquille et leur esprit doucement rêveur leur donnent une grande facilité à se maintenir dans une paix qui n'a rien de mystique.
Aussi reconnaît-on d'une manière plus sûre qu'une âme est parvenue à la vie unitive à ce qu'elle possède les dispositions ordinaires des âmes parfaites, dispositions que nous décrirons tout à l'heure.
§ 4. - — ■ Degrés divers d'union à Dieu
101. Mais auparavant, il nous reste à faire une remarque importante.
Dès lors qu'il y a pureté parfaite, c'est-à-dire entière soumission de la volonté et dépouillement total en vue de Dieu seul, l'âme n'aimant d'une façon consentie et habituelle rien que ce que Dieu veut et comme II le veut, on a l'état d'union ou la vie unitive. Mais « cette union d'amour renferme bien des degrés, qui varient selon la capacité plus ou moins grande de l'âme et la mesure des grâces accordées par le Seigneur à chacune. La même différence existe parmi les bienheureux dans le ciel : les uns voient Dieu plus parfaitement que les autres; cependant tous Le voient, tous sont heureux et satisfaits, parce que leur capacité, qui se mesure à la somme plus ou moins grande de leurs mérites, est comblée de satisfaction. De même, nous rencontrons parfois, durant le pèlerinage de cette vie, des âmes jouissant d'une égale paix et d'une égale tranquillité dans leur état de perfection; toutefois, l'une pourra avoir atteint un degré d'union plus élevé que l'autre, et chacune pourtant sera également satisfaite selon ses dispositions, et la connaissance qu'elle a de Dieu. » Ainsi parle saint Jean de la Croix (Montée, n, 4.) et, en plusieurs endroits de ses ouvrages, il déclare que plus une âme a été exercée par les épreuves et les tentations, plus l'union à laquelle elle est appelée sera parfaite.
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