‹ Les degrés de la vie spirituelleChapitre 110 sur 170 · EFFETS DE LEUR ARDENTE CHARITÉ · texte numérisé non relu

EFFETS DE LEUR ARDENTE CHARITÉ

point de ne plus sentir ni la perte incalculable qu'elles font, r.i les biens immenses qui leur manquent, ni les insondables abîmes de leur capacité intérieure... Mais lorsqu'elles sont vides du créé et parfaitement purifiées, la soif, la faim, et les désirs véhéments qui les tourmentent spirituellement sont intolérables. » (Vive flamme, strophe III, vers 3.)

Le désir que ces âmes ont du ciel est par là fortement avivé. Au ciel seulement elles pourront aimer Dieu tout à leur aise, là rien n'arrêtera l'essor de leur amour, là leur soif sera étanchée, toutes leurs aspirations seront satisfaites, elles pourront Le louer, L'exalter, s'unir à Lui, jouir de Lui autant qu'elles le désirent. Ad hoc intendunt, dit saint Thomas des âmes parfaites, ut Deo inhœreant et eo fruantur, et ideo cupiunt dissohi et esse cum Christo '.

§ 4. — Zcle désintéressé. Amour de la croix

113. De cet amour si pur et si vif, naît tout naturellement un zèle brûlant. « L'âme a de grands désirs que Dieu soit connu de tous, et de là vient qu'elle ressent une peine extrême en voyant qu'on l'offense. . . Que ne souffre-t-elle pas à la pensée qu'un grand nombre d'âmes se perdent, tant parmi les hérétiques que parmi les infidèles; ce qui l'afflige par-dessus tout, c'est la perte des chrétiens. Elle sait sans doute que très grande est la miséricorde de Dieu, et que, quels que soient les désordres de leur vie, ces chrétiens peuvent se convertir et se sauver, et néanmoins elle craint que beaucoup ne se damnent. » (5e Demeure, ch. ii.)

Nous avons dit comment les imparfaits mêlent le plus souvent à leurs désirs de glorifier Dieu et de procurer le bien des âmes beaucoup de préoccupations personnelles; les fervents en ont déjà beaucoup moins, mais les parfaits font bon marché de leurs propres intérêts, ils sont tout joyeux de les sacrifier pour Dieu. Que ce soit par d'autres ou par eux-mêmes, que ce soit à leur avantage ou à leurs dépens, pourvu que le Christ soit prêché, ils sont heureux, et heureux d'un vif bonheur. Dum omni modo... Cliristus annuntietur , et in hoc gaudeo, sed et gaudebo. (Philipp., i, 18.)

1 Cf. Amour de Dieu, 1. V, ch. x.

114. Comprenant fort bien qu'à l'exemple de Jésus-Christ elle ne peut glorifier Dieu sans souffrir, l'âme parfaite sent en elle un désir sincère « d'endurer pour lui de grandes croix. » (Sainte Thérèse, 5e Demeure, ch. n.) Ce désir n'a pas peut-être la même véhémence que dans les premiers temps de la ferveur, où elle désirait ce qu'elle ne connaissait guère; c'est d'un esprit plus reposé, plus calme qu'elle envisage la souffrance, mais avec une force d'amour plus grande et plus intense.

Du reste « tout ce qu'elle fait pour son Dieu ne lui semble rien en comparaison de ce qu'elle voudrait faire ». (Ibid. ) C'est ce qui la maintient dans l'humilité; c'est aussi ce qui lui fut envisager sans peine les épreuves qui lui permettront de prouver à Dieu son amour.

§ 5. — Soif de la communion

115. Altérées de Dieu, soupirant après Lui plus vivement que le cerf après "les fontaines d'eau vive, les âmes parfaites sentent un désir ardent de la sainte communion. Viennent-elles à en être privées, même d'une façon passagère, elles souffrent, bien que, parfaitement soumises au bon plaisir de Dieu, elles trouvent dans la conformité à sa volonté sainte un adoucisse-

• ment à leur peine. Mais si la privation se répète souvent, si elle se prolonge, quel tourment pour ces cœurs aimants?

Chez ces chrétiens qui ont passé le temps des ferveurs sensibles, qui, sorties de la jeunesse spirituelle, ont atteint la maturité calme des parfaits, cet attrait pour la communion n'est certes point le produit d'une jjnagination échauffée, ni d'un esprit abusé, c'est le fruit de la grâce et l'œuvre de PEsprH-Saint.

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