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EFFETS DE LEIR ARDENTE CHARITÉ II

incapable d'aimer son Dieu : « L'âme, dit saint Jean de la Croixr ariois brûlée d'un désir véhément de Dieu, et plus ce désir croît, plus la passion d'amour augmente dans son cœur, sans qu'elle puisse savoir ni comprendre d'où et comment lui viennent ces ardeurs. Ces flammes l'embrasent souvent à un tel point qu'elle désire Dieu avec un amour plein d'anxiété. . . C'est de cette soif d'amour que David était altéré quand il disait : Suivit anima mea ad Deum fortem vivum (Mon âme a eu soif du Dieu fort, du Dieu vivant). A la vérité, ces sentiments intenses ne sont pas continuels, ils ne se produisent que par intervalles; néanmoins, l'âme est toujours pressée de quelques-unes de ces ardeurs, et ce n'est pas un sacrifice peu agréable à Dieu que celui d'un cœur anxieux à la recherche de son amour. » (Nuit . obscure, 1. I, ch. XI.)

<i O Dieu ! mon Théotime, dit de son côté saint François de

Sales, que le cœur pressé de l'affection de louer son Dieu reçoit

une douleur grandement délicieuse et une douceur grandement

douloureuse quand, après mille efforts de louanges, il se trouve

si court. Hélasl il voudrait, ce pauvre rossignol, toujours plus

hautement lancer ses accents et perfectionner sa mélodie pour

mieux chanter les bénédictions de son cher Bien-Aimé. A mesure

qu'il loue il se plaît à louer, et à mesure qu'il se plaît à louer il

le ne pouvoir encore mieuxlouer. » (Amour de Dieu,y. 8.)

111. Dieu se complaît à voir ces désirs de l'âme fidèle. Il les

excite par les grâces qu'il accorde et ks lumières secrètes qu'il

îunique : « Tirant donc continuellement, s'il faut ainsi

i tes du carquois de son infinie beauté, Il blesse

ces amants, leur faisant voir clairement qu'ils ne

eut pas à beaucoup près de ce qu'il est aimable.

Qauique déjà II voit cette âme toute sienne, Il presse et

temps en temps mille et mille traits de son amour, lui

par de nouveaux moyens combien II est plus aimable

qu'il n'est aimé, et elle qui n'a pas tant de force pour l'aimer que

d'amour pour s'efforcer, voyant ses efforts si imbéciles, en

comparaison du désir qu'elle a, pour aimer dignement celui

que nulle force ne peut assez aimer, hélas, elle se sent outrée

d'un tourment incomparable : car autant d'élans qu'elle fait

pour voler plus haut en son désirable amour, autant reçoit-elle

ouss.s de douleur.

« Ce cœur amoureux de son Dieu désirant infiniment d'aimer, voit bien que, néanmoins, il ne peut ni assez aimer, ni assez désirer. Or, ce désir qui ne peut réussir est comme un dard dans le flanc d'un esprit généreux, mais la douleur qu'on en reçoit ne laisse pas d'être aimable, d'autant que quiconque désire bien aimer aime aussi à bien désirer, et s'estimerait le plus misérable de l'univers, s'il ne désirait continuellement d'aimer ce qui est si souverainement aimable. Désirant d'aimer, il reçoit de la douleur, mais aimant à désirer, il reçoit de la douceur. » (Amour de Dieu, VI, 13.)

112. Nous avons quelque peu insisté sur cet état d'âme que nous nommons l'anxiété d'amour, parce que, s'il revient souvent, c'est une très bonne marque, et i) produira de très grands fruits. « C'est Dieu lui-même, nous dit saint François de Sales, qui fait cette blessure dans les âmes qu'il veut grandement perfectionner. » (Ibid.)

Saint Jean de la Croix nous signale l'anxiété d'amour à la fin de la nuit des sens. Saint François de Sales nous la montre dans des âmes plus avancées, et saint Jean de la Croix la dépeint de nouveau chez les âmes héroïques. En effet, ces désirs véhéments, ces angoisses si méritoires et si purifiantes se font sentir aux diverses périodes de la vie spirituelle. L'âme chrétienne en a même souvent l'annonce et comme le prélude dès la vie affective, quand, sous l'influence des grâces sensibles, elle éprouve des désirs ardents de sanctification, désirs où l'imagination, sans doute, joue un grand rôle et où l'amour de sa propre excellence tient peut-être autant de place que l'amour de Dieu, mais qui n'en servent pas moins à lui imprimer un vigoureux élan. Au point où nous en sommes, ces désirs sont plus désintéressés et méritent bien le nom d'anxiétés d'amour. Indépendants de l'imagination, ils n'en sont que plus ardents et plus parfaits. Ils augmenteront encore de vivacité et de perfection à mesure que l'âme fera de nouveaux progrès : étant plus détachée, elle sera plus puissamment attirée vers Dieu.

« Tant que les puissances de l'âme ne sont pas parfaitement délivrées et purifiées de toute affection pour la créature, elles ne sentent pas le vide immense qu'elles portent dans leur profonde capacité, parce qu'il suffit en cette vie de la chose la plus petite à laquelle elles s'attachent, pour les captiver et les charmer au

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