‹ Les degrés de la vie spirituelleChapitre 112 sur 170 · CARACTÈRES 1> E LEUR CHARITÉ · texte numérisé non relu

CARACTÈRES 1> E LEUR CHARITÉ

la veut au moins aussi fortement, mais avec calme. La volonté de l'homme mûr est généralement plus forte que celle du jeune homme; la différence qui se manifeste en favi ur de la force de la volonté du jeune homme n'est que dans l'expression, qui étant passionnée en lui, fait paraître sa volonté plus énergique, tandis qu'elle n'est que plus active". La grâce, agissant sur les sens, est à son état de jeunesse "(c'est W'tat affectif); plus tard vient l'âge mûr où l'expression est moins passionnée, mais où l'action intime de l'âme peut être et est ordinairement, c'est-à-dire quand nous sommes fidèles, plus énergique et, par conséquent, plus intense {(tat contemplatif),

« La vie des Saints nous en fournit une foule d'exemples. Ainsi, quand Xotre-Seigneur Jésus-Christ dit à ses apôtres que tous se disperseraient pendant cette nuit de douleur, saint Pierre tendrement et vivement affecté par la présence du divin Maître, dont la vue corporelle pénétrait les apôtres et les disciples d'un sentiment d'amour incompréhensible à celui qui ne l'a pas vu dans sa chair, saint Pierre, pénétré de cet amour sensible, lui répond : Et si omnes scandalizati fuerint in te, ego nunquam scandalizabor : quand même tous se scandaliseraient à votie sujet, moi je ne me scandaliserai pas; et un instant après : Etiamsi oportuerit nie mori tecum, non te negabo : quand je devrais mourir avec vous, je ne vous renierai pas. On voit bien dans ces paroles hardies l'ardeur sensible de l'amour provenant d'une impression intense. Cet amour avait ses défauts assez nettement exprimés dans la hardiesse de ces paroles, défauts qui se trouvent généralement dans cet amour sensible, quand il est violent; mais dans le fond, c'était un amour véritable, et les paroles sincères de Pierre en font voir la violence. Quand, plus tajd, saint Pierre entra dans sa prison pour se iaire crucifier, il le fit avec beaucoup plus de calme, et cependant l'intensité Ce son amour dans l'accomplissement de cet acte était bien plus grand que pendant la nuit de la Passion. » (Écrits, p. 402.)

117. Ce qui contribue encore, pour une grande part, à donner aux parfaits ce calme et cette force tranquille, c'est qu'ils ne ressentent plus aussi vivement ni les assauts des passions, ni l'opposition du monde.

« L'amour, de sa nature, est doux, gracieux, paisible et tranquille. Que s'il fait quelquefois des assauts, s'il dAne des

secousses à l'esprit, c'est parce qu'il y trouve de la résistance; mais quand les passages de l'âme lui sont ouverts sans opposition ni contrariété, il fait ses progrès paisiblement, avec une suavité non pareille.

« Comme l'on voit les grands fleuves faire des bouillons et rejaillissements avec grand bruit es endroits raboteux, esquels les rochers font des bancs et écueils, qui s'opposent et empêchent l'écoulement des eaux, ou au contraire se trouvant en la plaine ils coulent et flottent doucement sans effort ; de même le divin amour trouvant es âmes humaines plusieurs empêchements et résistances, comme à la vérité toutes en ont, quoique différemment, il y fait des violences, combattant les mauvaises inclinations, frappant le cœur, poussant la volonté par diverses agitations et différents efforts afin de se faire faire place, ou du moins outrepasser ces obstacles l. » (Amour de Dieu, vu, 14.)

« Quand il plaît à N^tre-S:-igneur de nous faire parvenir à la perfection du véritable amour, à l'indifférence et au souverain mépris de la terre et de tout ce qui la touche, de nous-mêmes et de tout ce qui est de notre amour-p opre et de notre intérêt, alors notre âme ne sent plus tant cette extrême répugnance et cette violente opposition à toui ce qui est du monde; elle ne pense plus à cela, elle l'a tellement méprisé, oublié, mis de côté, que tous les attraits de ses vanités et affections terrestres ne la touchent plus, elle ne les voit plus, parce que en toutes choses elle voit Dieu, elle agit pour Dieu et en Dieu, l'esprit ne voit plus que Dieu, et le cœur n'aime que Dieu. » (Vén. Libermann. Lettre du 6 mai 1839.)

118. De tout cela il suit que les âmes contemplatives n'agissent plus guère par ardeur naturelle; elles sont en grande partie affranchies de cette influence de l'imagination, qui produit chez la plupart des hommes tant de desseins empressés, tant de projets plus ou moins sages, et qui occasionne tant d'illusions. Elles agissent moins par elles-mêmes que par l'impulsion du Saint-Esprit.

1 L? bon Saint disait un jour de lui-mêm:> : « Quoique le tracas ait un peu allangouri tous ces bouillonnements de cœur, les résolutions par la grâce divine me sont dm urées. » Lettre à une dam:.

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