CHAPITRE II
Direction des âmes de 'a première demeure
Comment convient-il de travailler à la formation plus complète de ces âmes si novices dans la voie de la vertu?
Donnons d'abord les règles générales s'appliquant également à tous ceux qui habitent la première demeure.
Article Premier. — Règles générales § 1. — Comment on doit éclairer ces âmes
37. Désir d'une plus haute perfection. — Les âmes de cetti première demeure ont, avons-nous dit, quelque désir de vi chrétienne, quelque estime pour la piété et ks vertus surnalu relies. Plus ce désir sera ardent, plus rapides seront les progrès On cherchera donc, par de solides instructions et par des exhor tations particulières pressantes, à leur faire saisir toute labeauti de la piété chrétienne et les avantages immensément précieu: qu'elles peuvent y trouver. Dieu ne nous commande-t-il pa de travailler à notre perfection? — Heecest vuluntas Dei saneti ficatio vestra : c'est la volonté de Dieu que vous soyez saints. — C'est à tous, remarque saint Jean Chrysostome, que s'adresS' la parole de Noire-Seigneur : Estote perfecti, soyez parfaits. — Ut sitis perfecti et integri in nullo déficientes, « soyez parfaits e accomplis, n'ayez à vous reprocher aucune défaillance », — disait aux fidèles l'apôtre saint Jacques (Jac. i, 4). « Prcm ks arm s de Dieu, écrivait saint Paul aux chrétiens d'Épftèst afin de pouvoir résister au jour du danger et de tout poin combattants parfaits, restez fermes et debout. » (Éph. ai, 13. « Bienheureux a dit Jésus, ceux qui ont faim et soif de la pei fection 1, car ils seront rassasiés. »
On n'aura pas de peine à faire comprendre aux commerçant que, tant qu'ils resteront dans cette tiédeur, Dieu ne trouver; en eux que de chétifs serviteurs, des cœurs très peu aimants très peu reconnaissants; veulent -ils donc toujours demeure dans cette médiocrité, emi laisse place à tant de défauts, à tan de péchés? ne désirent-ils pas, au lieu de rester au rai g d< serviteurs, et encore de serviteurs peu dévoués, devenir kamis de leur Dieu? Le Cœur de Jésus, qui brûle d'amour pou eux, les y appelle, Il a tout fait pour gagner leur affection; 1 seul souvenir de ses bienfaits, de ses sacrifices, de sa tendresse. devrait suffire à provoquer chez eux une réciprocité d'amour el de dévouement.
1 Beaii qui esuriuntets ili unt justitiam. Chacun sait que dans le langag de l'Écriture justice est synonyme de peifection morale.
38. A ces motifs tirés de ce que nous devons à Dieu et de ce que Dieu désire de nous viennent s'ajouter nos plus pressants intérêts. Nous avons tant à craindre si nous néglig ons le travail de notre formation intérieure, tant à gagner si nous nous y adonnons avec ardeur. Il est facile de montrer comment la tiédeur, de nos jours surtout, met le salut en grand péril. Et il n'est ni moins facile ni moins important de faire ressortir tous les avantages de la piété — Pietas ad omnia utilis est, promissionem habens viXse quse nunc est, et futures, la piété est utile à tout: i lie a les promesses de la vie présente et de la vie future.
39. Espoir d'atteindre la perfection. — Mais, quelque enviable que paraisse la perfection, les chrétiens auxquels on la propose n'en sentiront pas le désir, s'ils la croient au-dessus de leurs forces; il faut donc les bien persuader qu'avec l'aide de Dieu, c'est chose facile. — Omnia possum in eo qui me confortât : je puis tout en celui qui me fortifie. — Tant d'autres, dont la vertu aujourd'hui nous étonne, avaient la même nature que nous, ont éprouvé les mêmes difficultés, subi les mêmes combats: Non potero quod isti et istse ? (S. Augustin.)
40. Inconstance de ces âmes. — Le désir de la piété doit être entretenu avec soin dans ces âmes peu avancées; elles sont, en effet, inconstantes; d'autres soucis, d'autres préoccupations viennent parfois si rapidement emporter leur ferveur naissante. Pour entretenir en elles ce désir du bien on insistera souvent sur les considérations par lesquelles on l'avait fait naître. On gagnerait aussi beaucoup, si on pouvait les amener à faire de bonnes lectures; mais que Pon choisisse des livras qui piquent l'intérêt, comme le sont certaines vies de saints personnages, aussi attrayantes qu'édifiantes; sans cela leur bonne volonté se lasserait bien vite.
Une autre cause de l'inconstance de ces âmes, c'est que souvent d< s échecs dans leurs luttes contre elles-mêmes, des chutes trop fréquentes leur font croire à l'inanité de leurs efforts. Un directeur zélé saura soutenir leur courage et entretenir en elles l'espoir d'atteindre la vertu. Il se réjouira de leurs petits succès, il les félicitera de leurs efforts, quelque faibles qu'ils soient; il prendra occasion des sacrifices qu'il aura obtenus, des victoires qui auront été remportées, pour faire envisager comme assuré le succès final. Cette grande affaire de la sanctification d'une
âme n'est pas l'œuvre d'un jour, elle exige parfois de longues années de travail, mais une persévérance invincible est toujours récompensée.
§ 2. — Il faut habituer ces âmes à vivre chrétiennement
41. En même temps qu'on travaille de la sorte à éclairer ces habitants de la première demeure, on doit les initier à la vie chrétienne. La vraie vie chrétienne suppose : 1° un commerce fréquent avec Dieu par la prière; 2° une grande fidélité à rapporter à Dieu toutes ses actions 3° une grande constance à écarter tous les obstacles qui empêcheraient de Le servir; 4° enfin une union intime avec Dieu par les sacrements. Il faudra donc habituer ces âmes, qui ne font qu'entrevoir cette vie chrétienne, à bien prier, à agir surnaturellement, à pratiquer le renoncement, surtout dans la lutte contre leurs défauts, enfin, à bien recevoir les sacrements.
42. I. La Prière. — H y a deux choses à exiger de ces débutants : la régularité et une attention respectueuse; qu'ils prient, et qu'ils prient bien. Ils ne omprennent suffisamment ni l'importance ni la puissance extrême de la prière ; on ne saurait donc trop insister sur cette vérité. Puis, pour mieux les habituer à prier avec piété, de temps en temps on leur rappellera qu'avant de prier ils doivent songer à ce qu'ils vont faire, s? représenter et la grandeur et la bonté de Celui à qui ils s'adressent et le besoin extrême qu'ils ont de son secours. D'autres fois on leur indiquera, comme pratique, de faire avec respect et attention leur signe de croix, ou bien de se proposer dans chacune de leurs prières une intention bien déterminée.
43. II. Agir pour Dieu. — Pour habituer ces âmes à vivre constamment de la vie surnaturelle, il est bon, de temps à autre, de leur faire rendre compte de la manière dont elles auront offert à Dieu, au commencement de la journée, et leurs actions et leurs souff : ances et ennuis, du soin qu'elles mettent à renouveler dans le courant du jour cette intention d'agir en tout pour Dieu; on les obligera à s'examiner sur ce point. Si leurs différentes œuvres étaient toujours rehaussées par ces vues chré-
iennes, n'y gagneraient-elles pas, en effet, des avantages éterlels i ?
44. III. Ecarter les obstacles. « Que celui qui veut marclier sur nés traces se renonce lui-même. - » — C'est là une des maximes 'o.-damentales de la vie chrétienne. Qui s'oppose à moi quand je .-eux faire le bien? — Moi-même; et les ennemis de mon âme, le nonde et le démon, ne peuvent rien contre moi, s'ils ne trouvent en moi-même un complice.
« Le moi humain, dit le P. Grou (Manuel des âmes intérieures, ). 154), est le principe de l'orgueil -et par conséquent de tout )éché. Il est l'ennemi de Dieu, qu'il attaque dans son domaine miversel et absolu. Il est l'ennemi des hommes, qu'il tourne les ins contre les autres à caus3 dj l'opposition de leurs intérêts. Il st l'ennemi de tout homme, parce qu'il l'éloigné de son vrai lien, parce qu'il le porte au mal et qu'il lui ô te la paix et le epos.
« Anéantissez le moi humain, tous les crimes disparaissent de lessus la terre, tous les hommes vivent entre eux comme frères, >artagent sans envie les biens d'ici-bas, se soulagent mutuetleaent dans leurs maux et chacun d'eux regarde dans autrui un util soi-même. Anéantissez le moi humain, et toutes les pensées le l'homme, tous ses désirs, toutes ses actions se porteront vers Dieu sans aucun retour sur soi ; Dieu sera aimé, adoré, servi pour liUi-même à cause de ses infinies perfections, à cause de ses bienfaits; Il sera aimé soit qu'il console l'homme, soit qu'il
1 Pour les chrétiens en état de grâce, unis par conséquent à Dieu par i charité, comme à leur fin dernière, saint Thomas enseigne que toutes îurs actions délibérées sont d^s actes méritoirr s dans l'ordre surnaturel, lourvu qu'ils les accomplissent en se proposant une fzn honnêle, parce ;u'elles tf-ndent nécessairement à leur fin dernière, qui est surnaurelle. Cum caritas imperet omnibus virtulibus . . . et cum omnis actus onus ordinetur in finern alicujus virtutis, in finem caritatis ordinatus emanc.bit, et ila meritorius erit. et sic comedere et bibere, servato modo emperanlise, meritorium erit in eo qui caritatem habet, quia Deum •Itimum finem vitec suœ constiluit (In 2 nb. Sent. Dist. XL a. 5). D'autres héologi'-ns enseignent qu'un motif honnêle ne suffit pas, et qu'il faut ue chaque action, pour être méritoire, soit inspirée par un motif .'ordre surnaturel. Quoi qu'il en soit de- cette coatroverse, il est évident [ue l'intention explicite d'agir pour la gloire de Dieu augmente beaucoup • mérite, et qu'elle préserve du danger de sortir des limites de la vertu en gissant sans motif raisonnable et pour le seul plaisir de la nature.
l'afflig"; soit qu'il ke caresse, soit qu'il réprouve; soit qu'Ii l'attire avec doua ur, soit qu'il paraisse le rejeter et le r< buter. Anéantissi z le moi humain et l'homme toujours innocent coulera ses jouis dans une paix inaltérable, parce que ni au dedans ni au dehors rien ne pourra le troubler. »
L'anéantissement du moi humain doit être Je travail constant de tout vrai chrétien, de quiconque désire marcher sur les traces de Jésus-Christ. Et il est de toute nécessité de commence: cette lutte contre soi-même dès le début de la vie spirituelle; même dans l'âge le plus tendre, on ne fait rien de solide ni de durable sans le renoncement.
45. Lutte contre 1rs mauvaises passions. — L'abnégation chré' vant tout sur les défauts que l'on constate en soi. Si les débutants ont à lutter contre quelque tendance vicieus0, qu'on les soutienne et qu'on les enc urage dans co pénible combat; pour obtenir de Dieu la victoire, on leur fera faire parfois des neu vaines auxquelles on s'unira; on leur propos r;, dette intention comme le but de leurs, communions; s'il se rencontre quelque occasion extraordinaire, comme certain; s fèi' s, rase retraite, un pèlerinage, on leur rappellera qu'ils doivent avant tout faire de cette grâce le sujet de leurs demandes. Pour : que leurs fautes ne les conduisent à l'endurcissement, il faut hs habituel' à s'en repentir sans délai et, quand i.'s s'accuseront d'avoir succombé, s'informer s'ils ont eu soin, immédiatement après leur péché, d'en demander pardon, lour imposant par exemple de se jeter aussitôt aux pieds de leurs crucifix et d'implorer miséricorde.
46. Défauts plus légers. — Quant aux fautes vénielles, ces âmes s'en préoccupent trop peu; il est donc important de leur en inspirer l'horreur et de les obliger à veiller sur ce point. On leur proposera de prendre l'un après l'autre leurs défauts et de faire suce à chacun une guerre impitoyable. Ceci est particulièrement nécessaire pour ceux qui vivent à l'abri des tentations graves et ne tombent pas dans le. péché mortel.
47. Esprit de mortification. — C;s âmes ont donc déjà l'occasion d'exercer l'abnégation chrétienne sans rien faire autre chose que de travailler à ne plus pécher. Mais c'est là se tenir sur la défensive, et en bonne stratégie, pour remportera victoire, ne vaut-iî pas mieux prendre l'offensive? Ici, prendre l'offensive,
c*est pratiquer la mortification et le sacrifice. Sainte Thérèse, nous l'avons vu, signale, comme une des conditions d'avancement pour les âmes de la première demeure, le retranchement des occupations non nécessaires : tant que des soins superflus, des soucis profanes occuperont entièrement le cœur de ces chrétiens, comment pourraient-ils faire quelque progrès? Il faut donc les amener à se détacher quelque peu des inutilités qui les captivent. Sans doute ces sacrifices ne seront pas d'abord très nombreux ni très difficiles; ils le deviendront peu à peu, surtout si l'on a soin de faire comprendre de bonne heure aux âmes chrétiennes — et il n'est jamais trop tôt — que l'esprit évangéiique est essentiellement un esprit de pénitence. Il y a mille circonstances où l'on pourrait obtenir de ces âmes quelques g sacrifices : dans le saint temps du carême, on leur demandera de s'imposer chaque jour quelques mortifications; dans le mois de Marie, on leur montrera que le meilleur bouquet à offrir à la Sainte Vierge, c'est une série de petits sacrifices; si •j'iles sollicitent quelque grâce même temporelle, si par exemple font, dans ce but, une neuvaine, on leur insinuera que la mortification jointe à la prière la rend beaucoup plus puissante; surtout on leur dira que la meilleure manière de se préparer à la i runmunion, c'est de pratiquer, dans les jours qui précèdent ce grand acte, quelque pénitence à cette intention.
48. IV. Sacrements, Communion. — Nous venons de parler de la communion; c'est là, en effet, le grand moyen, celui qui donne à tous les autres leur puissance et leur efficacité. « Si vous ne mangez la chair du Fils de Dieu, vous n'aurez pas la vie en vous. » Amener ces âmes à communier plus souvent, leur apprendre en même temps à bien préparer leurs communions, tel est le double but à poursuivre. Combien d'âmes dont la conversion était sincère, mais n'a pas persisté, parce que, ne communiant que de loin en loin, elles sont demeurées trop faibles pour résister aux assauts qui ont suivi leur retour à Dieu. Combien d'autres ne font guère que sauver les apparences, car si leur conduite extérieure est correcte, elles n'en resu nt pas moins dans le péché mortel presque toute leur vie, sauf les courts moments qui précèdent et suivent leurs trop rares communions. Le vrai remède pour elle sera la communion fréquente, aussi fréquente qu'on pourra l'obtenir, atout le moins la communion
DIRECTION DE CES AMES 'i-~>
haque semaine, si les circonstances ne permettent pas davantage. L'expérience prouve, en effet, que si par la communion de chaque mois et même de tous les quinze jours on peut maintenir dans de bonnes dispositions ceux qui sont bons par ailleurs, et n'ont pas de grandes luttes à soutenir, il est rare qu'elle suffise pour combattre efficacement un défaut quelque peu enraciné, rare que l'on obtienne, par elle, des progrès bien sensibles dans la piété.
49. Nous avons dit qu'il faut leur apprendre à communier, •c'est-à-dire les habituer à se préparer sérieusement; la préparation éloignée, dont on leur montrera la nécessité, consistera surtout dans l'application aux prières et dans la pratique du renoncement tel que nous l'avons expliqué tout à l'heure. La préparation prochaine, pour ces débutants, se fera surtout à l'aide de ces prières si répandues, qu'on appelle les actes avant et après la communion; ceux de saint Alphonse de Liguori sont les plus connus et les meilleurs.
Le livre quatrième de l'Imitation peut être aussi d'un grand
s cours. Lu la veille de la communion, il inspire des sentiments
! piété et met le cœur dans les meilleures dispositions; après
la communion, les actes pieusement récités, il aide à prolonger
av. c fruit l'exercice si important de l'action de grâces.
Les chrétiens peu avancés mettent souvent une grande négligence à s'acquitter de ce devoir de l'action de grâces. Qu'ils s'efforcent de prier, qu'ils recommandent à Dieu les personnes chères, qu'ils Lui exposent leurs propres besoins, en un mot qu'ils adressent de vives supplications à l'Hôte divin de leur àme. C'est le désir ardLnt de Jésus de répandre à pleines mains ses bienfaits; trop souvent l'indifférence des communiants oblige ce doux Sauveur à mesurer ses dons.
Art. 2. — Remarques sur les différentes classes de commençants
Nous avons divisé en trois classes les habitants de la première îmeure : les débutants, c'est-à-dire les enfa ts et les nouveaux mvertis, les habitués, les -tièdes.
46 LÉS AMES CmOTATTTES
§ 1. — Les unies attiédies
50. S'il s'agit de ces derniers, c'est-à-dire de ces âmes attiédi- s, qui ont autrefois servi Dieu avec plus de fidélité, puis sont retombe) s dans un état voisin de l'indifférence, elles sont fort à plaindre, car elles sont bien coupables. Si ces âmes, surtout, ont connu les douceurs de la piété, on peut, sans jugement téméraire, affirmer qu'elles ont fait, depuis, un grand abus des grâces.
On assigne communément comme causa de la tiédeu mépris des petites choses, ou encore le refus obstiné d'accord- r à Dieu les sacrifices qu'il demande. Ainsi, certaines âmes qui se sentent appelées à un état plus parfait, font la sourde oreille à la voix de Dieu; d'autres, pressées intérieurement de mieux.correspondre à la haute vocation qu'elles ont embrassée, reculent devant les violences qu'elles devraient s'impos r et restent de parti pris dans une sorte de rébellion conth:; C'est ce qui explique les sentiments d'insouciance env rs Dieu qu'elles manifestent et le peu de soin qu'elles ont de leursiniérêt s spirituels.
Certains auteurs donnent encore comme cause de la tiédeur l'affection au péché véniel; mais, à notre avis, l'affection au péché véniel constitue la tiédeur, plutôt qu'elle ne la cause.
L'affection à un péché véniel n'est pas le goût que l'on a de ce péché véniel; c'est une disposition de la volonté acceptant, de propos délibéré et d'une manière permanente, la responsabilité d'une faute qui lui plaît; c'est le parti pris de demeurer dans ce péché, de le commettre quand l'occasion se présentera. Nous " disons de propos délibéré, c'est-à-dire en connaissance de cause, sachant et comprenant combien on a tort ; d'une façon permanente, ou au moins habituelle, car on peut momentanément, sous l'influence de certaines causes, par exemple dans les moments d'ennui, d'aigreur, de surexcitation, etc., se montrer prêt à commettre le péché : ce sont là des dispositions mauvaises passagères : ce n'est pas ce qu'on appelle communément l'affection au péché.
51. Nous ferons mieux comprendre cette doctrine en montrant comment et pourquoi on peut en arriver à tomber habituellement dans le péché véniel sans chercher à l'éviter.
1° Ce peut être par ignorance ou étourderie '; on y pense à poine, on ne remarque guère que l'on tient à certains défauts, ou bien on n'y attache pas d'importance. Ainsi les mensonges joyeux ou officieux n'inspirent guère d'- répulsion à la plupart des chrétiens; il faut avoir déjà reçu certaines lumières, avoir été travaillé par la grâce, pour bien comprendre que ces fautes elles-mêmes, dès là qu'elks sont fautes,doiventètre évitées avec le plus grand soin. II y a donc là plutôt manque de lumières qu'affection bien coupable au péché véniel.
2° D'autres fois, on n'a pas ces mêmes excuses d'ignorance ou
^èreté : ou bien l'on est plus éclairé, ou il s'agit de péché
véniel plus notable; on comprend donc très bien qu'on devrait
orriger, on en a le désir; malheureusement on est trop
lâche. On hésite, on tergiverse et finalement on abandonne le
combat. Cette disposition est pire que la précédente; si elle est
vgère, elle pourra n'être pas trop dangereuse, mais si elle
persiste, elle conduira à celle qui nous reste à décrire.
3° Cette dernière disposition, la pire de toutes, c'est V insouciance vis-à-vis de ces fautes vénielles : on voit très bien qu'on s'y laisse aller, on en connaît toute la culpabilité parce qu'on a r« çu des lumières assez abondantes, et on demeure indifférent C'est là l'affection au péché telle que nous la décrivions tout à l'heure, c'est là l'état de tiédeur.
52. Ceux-là semblent plus exposés à y tomber, qui ont l'esprit sceptique et railleur. Le démon met grandement à profit cette tendance de certaines âmes à dénigrer le bien, à jeter le ridicule sur la vertu, à se moquer de ceux qui se montrent zélés pour leur propre avancement et pour la sanctification de leurs frères, à ne regarder chez les gens de bien que les petits côtés en dépréciant leurs qualités et en exagérant leurs défauts. Ce travers de jugement vient de l'amour-propre : ces railleurs sentent qu'ils ont P -u de vert»; ils en conçoivent du dépit, et ne voulant pas s'avouer à eux-mêmes ni aux autres leur infériorité, ils s'efforcent de rabaisser la vertu et ceux qui la pratiquent, dissimulant leur dépit sous des ricanements moqueurs. Ces persi-
1 Nous supposons évidemment une ignorance involontaire. Si l'on avait perdu cstte clairvoyance de la conscience par sa faute, par une longue suite de résistances à la grâce, le cas ne serait pas le même, cet aveuglement coupable étant la suite de la tiédeur.
fleurs nuisent grandement aux âmf s faibles qui, par crainte de leurs sarcasmes, n'osent faire le bien et résistent aux inspirations de la grâce. Aussi encourent-ils devant Dieu une terrible responsabilité; ils font l'office du démon, et sont, sans y penser, ses instruments. De là à tomber dans l'engourdissement et dans la tiédeur, il n'y a qu'un pas.
53. Si la tiédeur ne date pas de loin, le directeur pourra plus efficacement la combattre, mais à la longue les âmes tièdes s'endurcissent et il devient très difficile de les amender. On connaît le mot de saint Bernard : « Vous verrez plus facilement un grand nombre de séculiers renoncer au vice et embrasser la vertu qu'un seul religieux passer d'une vie tiède à une vie fervente. » (Epist. ad Richard.) Plus une âme était élevée au jour de sa ferveur, plus sa chute a été déplorable, et plus il lui est difficile de se relever.
Cette âme avait reçu peut-être des faveurs exceptionnelles. Dieu l'avait comme portée dans ses bras paternels, Il avait écarté les obstacles de son chemin, lui avait communiqué de vives lumières; la piété semblait douce, la vertu apparaissait pleine de charmes à cette âme. Elle a, par sa faute, perdu toutes ces grâces. Quand elle sent ensuite le désir de revenir à sa ferveur passée, elle s'imagine que, dès les premiers signes de repentir, elle retrouvera, comme jadis, toutes ces facilités, mais elle attend en vain ces effets de la miséricorde divine : Jésus a passé; éconduit, Il ne reviendra plus que lorsqu'il sera sollicité avec instances et que sa visite aura été méritée par de généreux efforts; li grâces ne seront plus données gratuitement, comme autrefois; elles devront être laborieusement conquises; et plus elles auront été grandes et puissantes, plus l'abus, par conséquent, aura été coupable, plus laborieux et pénibles devront être les efforts nécessaires à les reconquérir. Si saint Paul sur le chemin de Damas avait résisté à la voix du ciel, Dieu ne l'aurait pas terrassé de nouveau; les satellites que Jésus renversa au jardin des Olives méprisèrent cette grâce, Jésus ne leur donna aucune nouvelle marque de sa puissance. Cependant, comme rien n'est impossible à la grâce, il faut essayer d'éclairer ces pauvres gens sur le danger de leur état et leur inspirer le désir de s'amender; si l'on peut obtenir d'eux des prières plus attentives, une vie plus surnaturelle, quelque travail de renoncement, des
communions mieux préparées, peu à peu les lumières affaiblies de la conscience redeviendront plus vives et l'amour de Di u plus sincère et plus actif.
§ 2. — Les âmes attardées
54. Quant aux âmes qui sont depuis longtemps dans cette disposition sans avoir été jamais favorisées de grâces plus éminentes, l'obstacle à leur avancement vient de leur peu de lumières et de leurs préjugés invétérés. Habituées à leur état, elles ont fini par le trouver très suffisant, elles sont contentes d'elles-mêmes, et il n'est pas facile de leur faire estimer et désirer une plus haute perfection. On leur appliquera cependant, quand cela sera possible, la méthode que nous avons exposée ; mais ce n'est guère qu'à force de prier et de se sacrifier pour obtenir de Dieu leur amendement qu'on arrivera à quelque résultat.
§3. — Les débutants. Les enfants
55. Enfin, il y a les débutants, personnes assez âgées, nouvellement sorties d'une longue vie de péché, ou les enfants qui ne font que naître à la grâce. Nous n'avons rien de particulier à dire au sujet des premières.
Quant aux enfants, il faut, à eux aussi, faire d'abord comprendre tout le prix, tous les avantages de la vie chrétienne, puis les habituer à cette vie. Un prêtre zélé joindra aux explications du catéchisme de sages conseils sur les moyens de christianiser sa vie. Il montrera comment le service de Dieu consiste surtout à Le bien prier, à Lui offrir toutes les actions, à souffrir patiemment par soumission à ses volontés, enfin, à Lui accorder les sacrifices qu'il demande : l'obéissance, le travail et les petitesmortifications adaptées au jeune âge.
56. Donnons quelques exemples de ces leçons pratiques. Si on explique le chapitre où il est parlé de Dieu, après avoir
démontré son existence et exposé sa nature, on fera ressortir sa grandeur infinie, sa bonté si touchante, sa providence si paternelle; de là on déduira ses desseins de miséricorde à notre égard et la folie et l'ingratitude de ceux qui Lui sont rebelles et
«qui passent leur vie sans presque penser à Lui. — Au catéchisme suivant, on rappellera aux enfants en quelques mots les exhortations précédemment faites, et on leur demandera s'ils ont pensé à ce qu'ils devaient à Dieu, et s'ils se sont mieux acquittés <le leurs devoirs envers Lui.
A propos de l'âme, après avoir expliqué son existence, sa nature, son immortalité, on fera ressortir toute la vérité du mot •de Jésus-Christ : Quid prodest homini, si mundum universum lucretur, animœ vero suœ detrimentum patiatur ? « Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il vient à perdre son âme? » Un trait piquant rendrait la leçon plus frappante : par exemple •colui du missionnaire qui, remarquant comment un garçon d'écurie soignait son cheval avec beaucoup de soin et d'affection, lui faisait avouer qu'il consacrait ainsi chaque jour deux heures à son cheval et seulement quelques minutes au soin de son âme, et lui disait spirituellement : « Puisque vous avez si peu soin de votre âme et que vous avez un si grand soin de votre bête, si je vous appartenais, j'aimerais mieux être votre cheval que "votre âme. » — Au catéchisme suivant, on rappellera ce trait et on demandera aux enfants s'ils en ont profité, si, malgré la leçon qui leur avait éié donné', ils n'ont pas mieux soigné leurs jeux, leur toilette que leur âme, et on les exhortera de nouveau à ne pas être aussi négligents.
A propos du fléché d'Adam, on leur montrera combien grande a été la bonté de Dieu envoyant son Fils pour racheter le monde : Sic Dens dilexit mundum, ut Filium suum unigenitum daret, et •combien est odieuse la conduite de ceux qui. vivent dans l'oubli •d'un tel bienfait. C'est là, en effet, une occasion — et il ne faut ■en négliger aucune — de rappeler tout ce que nous devons à Dieu, et d'inspirer l'horreur du péché qui t'offense.
57. Il est fort important encore de recommander avec insistance, et dès le début du catéchisme, la dévotion à la Très Sainte Vierge et d'avoir un certain nombre d'exemples à raconter, pour mieux convaincre les enfants de la puissance d'intercession et de la bonté de Marie.
Quand le catéchisme expose les fins de l'homme, il faut cher- •cher à présenter d'une façon frappante cette épouvantable «durée de l'éternité qui nous attend tous. Il y a, sur ce point, des «comparaisons qui sont devenues, pour ainsi dire, classiques.
Telle est celle du globe aussi gros que la terre, qu'un oiseau viendrait chaque siècle effleurer de son aile et qui serait usé,, sans que l'éternité fût à peine commencé»'. Telle est encore celle de l'Océan — on décrit alors son immense étendue, sa longueur, sa largeur et sa profondeur — auquel on enlèverait tous les mille ans une goutte d'eau et qui serait vidé avant que l'éternitéfût pour ainsi dire entamée. Quelle récompense, quel châtiment î Quelle folie de commettre le péché mortel, d'y demeurer ! C'est encore là une vérité sur laquelle il faut revenir souvent, ea raison de sa grande importance. Ne s rai t- il pas très souhaitable que les chrétiens fussent dès leur enfance familiarisés avec cette pensée : « Je suis fait pour l'éternité, ma vie ne doit a qu'un but : préparer mon éternité?» La maxime de saint Louis de Gonzague : Quid hoc ad ieternitatem, en quoi cela me profitera-t-il pour l'éternité; le trait du solitaire dont le bon anga comptait tous les pas, parce qu^- tout était offert à Dieu (Rodrigue, 2e part., I Tr., ch. xxi), la parole de saint Paul : « Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, et quelque autre chose que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Di (I Cor. x, 31), pourront fournir matière à d'excellentes exhortât)-
Que de précieuses leçons on pourra encore tirer du récit de la vie et de la mort d - igneur. Que de choss à dire sur
Dieu descendant du ciel et prenant notre nature afin de pouvoir souffrir pour nous; sur l'abaissement, le dénuement de la crèche ; l'humilité de Nazareth ; les contradictions de la vie publique, les souffrances du Calvaire! « Allons, ajoutera-t-on, soyons patients comme II l'a été, et que d'ici le prochain catéchisme personne parmi vous ne se fâche; si vous éprouvez quelque contrariété, au lieu de vous plaindre, vous vous direz : Ne puis-je pas souffrir quelque chose pour le Dieu qui a tant souffert pour moi? »
58. On le voit, les motifs à faire valoir pour engager ces jeunes âmes à servir Dieu généreusement se ramènent à deux : nous le devons à Dieu, nous nous le devons à nous-mêmes; c'est notre- -, c'est notre intérêt. Voilà ce qu'on doit dire et redire, non pas deux ou trois fois, mais vingt fois, cent fois; ces cœursd'enfants, si faciles à gagner, sont aussi faciles à détourner; il faut passer souvent le burin, si l'on veut graver profondément
en eux ces leçons importantes. Ainsi, à propos de la grâce, des sacrements, du péché, des commandements, de la prière, il sera •facile de répéter, en en variant la forme, les mêmes recommandations et de faire valoir les mêmes motifs.
59. Ces instructions seront plus efficaces encore si, après avoir exposé publiquement au catéchisme ces grandes vérités, on j;r nd soin de les rappeler en particulier. Ainsi, en confessant les enfants, on se fera rendre compte des efforts qui auront été faits dans le mois qui vient de s'écouler. « Avez-vous profité des avis que j'ai donnés l'autre jour; avez-vous suivi les conseils que je vous avais donnés dans votre confession dernière; avez-vous mieux fait vos prières; avez-vous été fidèle à offrir à Dieu toutes vos œuvres; avez-vous été plus patient, avez-vous su s .entier vos goûis et vos volontés pour le bon Dieu, en obéissant, en travaillant et en pratiquant quelques mortifications? »
Par toutes ces industries, on les guérira, autant que faire se peut, de Pétourdtrie, qui est pour ces jeunes âmes le grand obstacle au bien. Pour la même raison, il sera très bon que celui qui préside à leurs prières soit au catéchisme, soit en classe, les rappelle, avant de commencer, au recueillement et au respect.
60. Une industrie excellente pour combattre -en eux cette légèreté et les obliger à s'appliquer au soin de leur âme, c'est la pratique de la notation quotidienne des bonnes œuvres, pratique que le Messager du Sacré-Cœur a vulgarisée de nos jours. Saint Ignace, dans son célèbre livre des Exercices spirituels, conseille aux âmes encore novices dans le bien de se faire une liste où elles devront inscrire leurs fautes, pour se faciliter la pratique si importante de l'examen particulier, et s'aider dans la correction de leurs défauts. C'est sur le même principe que repose la pratique dont nous parlons. Il est vrai, ce ne sont plus les 'fautes, ce sont les bonnes œuvres que l'on note ainsi, mais le résultat est le même l.
61. Des enfants qui seraient fidèles à cette pratique y gagneraient beaucoup; si, en outre, on peut obtenir que ces enfants, après leur première communion, reçoivent souvent le pain •eucharistique, les résultats seront et plus prompts et plus solides.
1 Nous donnerons à la fin de l'ouvrage le modèle d'une feuille de ce :e pour de tout jeunes enfants.
Après une première communion bien faite, l'enfant qui vient ■de goûter combien le Seigneur est bon, combien est savoureux le Pain de vie, reviendra volontiers à la Table Sainte. D'un autre côté, le mal a peu pénétré son cœur, et, si on ne lui laisse pas prendre racine, on obtiendra facilement de cette jeune âme des dispositions de foi bien consolantes. Au contraire, plus on attendra, plus les mauvaises habitudes seront fortes, plus il sera difficile d'en faire contracter de bonnes.
C'est le cas de répéter le mot d|Ovide, cité dans V Imitation :
Principiis obsta : sero medicina paratur Cum mala per longas invaluere moras.
Hélas 1 il n'y aura peut-être pas à attendre bien longtemps 1 Si tous les parents chrétiens voulaient le comprendre, loin d'y mettre obstacle, ils favoriseraient les communions fréquentes de leurs enfants; mais beaucoup, quand le mal est fait, ne savent même pas reconnaître la responsabilité qu'ils ont encourue en amenant ces jeunes âmes à croupir dans le péché et en leur préparant ainsi une vie déplorable.
62. Il faut donc profiter de l'attrait pour l'Eucharistie qu'une première communion bien préparée a fait naître dans l'âme des enfants; éprouvant un vif désir de revenir à la Table Sainte, ils feront plus facilement les efforts nécessaires, efforts que l'on aura peine à obtenir plus tard, s'ils n'en ont de bonne heure acquis l'habitude.. Ce n'est pas habituellement une grande difficulté pour un écolier de communier le dimanche; au contraire, pour un apprenti, un jeune ouvrier, un jeune paysan, elle peut être considérable; elle réclame une plus forte dose d'énergie €l suppose un désir beaucoup plus ardent de l'Eucharistie.
Évidemment ce désir ardent de la communion ne peut se trouver dans des âmes depuis longtemps éloignées de la Table Sainte, si surtout, comme il est trop à craindre, elles ont contracté de mauvaises habitudes. Nous savons des prêtres qui, ayant tenté d'établir la communion mensuelle parmi les jeunes gens, ont cru devohvy renoncer, ne trouvant pas chez t-ux les dispositions suffisantes; ils avaient, croyons-nous, attendu trop longtemps, et aussi demandé trop peu.
Il faut, en effet, le reconnaître, pour un grand nombre de
54 LES AMES CHOYANTES
chrétiens, surtout parmi les jeunes gens la communion mensuelle est certainement insuffisante. Leurs passions sont souvent si vives, les conversations qu'ils entendent si mauvaises, les occasions de péché se présentent à eux si nombreuse s, que résister un mois durant, sans avoir puisé une nouvelle vigueur dans l'Eucharistie, est presque au-dessus de leurs forces. Il leur faut une alimentation plus fréquente pour maintenir en eux la vie surnaturelle. Déjà la communion de chaque quinzaine est beaucoup plus efficace que la communion mensuelle, mais la communion hebdomadaire et à plus forte raison la communion quotidienne l'est beaucoup plus encore.
63. La première communion ne devrait donc être qu'un commencement, une initiation, un premier pas dans la voie eucharistique. Au lieu de cela, on la considère trop comme le ternie des efforts faits pendant l'année de préparation, comme un acte qui perdrait de son importance à être trop tôt réitéré; alors, au lieu de former des enfants à vivre de la vie eucharistique, à s ; faire un besoin de cette nourriture divin", on les habitue bien vite à se passer de la communion, qui n'est plus qu'une exception dans leur vie, on leur fait trouver tout naturel de rester de longs mois sans s'approcher de Jésus.
Mais, dit-on, ils ne sont pas assez sérieux. — Gomme si Dieu ne connaissait pas leur faiblesse et exigeait d'eux une gravité audessus de leur âge. Les Apôtres, aussi, ne trouvaient pas 1 senfants dignes de s'approcher du Sauveur, et Jésus leur en fit des reproches : Sinite parvulos ventre ad me, laissez venir à nui les petits enfants.
Mais, dit-on encore, n'est-il pas à craindre que ces enfants, plus tard, ne s'éloignent du droit chemin? — Et quand même il en arriverait ainsi; quand même, en raison du peu d'années pendant lesquelles on a action sur eux, on ne parviendrait pas à les former à une piété assez solide pour les rendre invincibles au milieu des dangers du monde, est-ce une raison pour ne pas tenter tous les efforts pendant qu'on peut leur faire du bien? Et ceux-là même qui se seront égarés pourront un jour revenir à Dieu; alors ils retrouveront les mérites passés, et leur con- . version sera plus sincère et plus profond'.
64. Ainsi donc, instruction solide, formation au renoncement. chrétien, usage fréquent de la sainte Eucharistie, voilà ce qu'il
faut mener de front dans l'éducation chrétienne de l'enfance. Il est imposible de ne pas recueillir quelques fruits d'une pareille formation; car Dieu pourrait-il ne pas bénir un zèle aussi plein de sollicitude? Jésus-Christ l'a dit à ses ministres : Ego elegi vos et posui vos ut catis, et jructum afferatis, et fructus vester maneat, c'est moi qui vous ai choisis et vous ai établis pour que vous alliez et rapportiez du fruit, et que votre fruit demeure (Joan. xv, 16). Oui, le fruit demeurera, la foi que l'on sème ainsi germera et ira toujours grandissant; ce sera le commencement d'une vie chrétienne vraiment sérieuse et bien comprise; et même, si ceux qui auront été formés de la sorte viennent plus tard à abandonner les pratiques religieuses, tout ne sera pas p^rdu; il leur restera de leur formation première un souvenir vivant, une notion de la vie chrétienne plus complète et plus •éclairée qui, plus tard, rendra leur conversion plus facile et- bien plus consolante; ce sera le feu qui couve sous la cendre et qu'un souffle de la grâce suffira à rallumer.