VERTUS CARDINALES
177. Prudence. — Les vertus cardinales, comme les vertus théologales, peuvent être portées jusqu'à l'héroïsme. Sainte Thérèse au jugement des postulateurs de sa cause, fit preuve d'une prudence fort au-dessus de la sagesse commune et vraiment héroïque dans les œuvres difficiles qu'elle entreprit. Elle sut, en effet, les mener à bonne fin au milieu des obstacles les plus déconcertants, prévoyant les oppositions, déjouant les ruses du démon, surmontant toutes les difficultés, donnant à ses filles et à ses fils spirituels des règles où l'austérité et la suavité
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s'unissent admirablement, et enfin gouvernant tous ses monastères avec la sagesse la plus consommée.
Telle apparut la prudence de saint Charles Borromée dans le gouvernement de son diocèse, celle de saint François de Sales, etc.
'178. Justice. — L'obéissance est l'une des vertus qui se rapportent à la justice. Benoît XIV signale comme héroïque l'obéissance d'Isaac. Elle fut héroïque aussi l'obéissance de tant de Saints qui eurent pour leurs règles une fidélité qui ne se démentit jamais, pour leurs Supérieurs une déférence admirable, prévenant leurs moindres désirs, ne discutant jamais leurs ordres, accomplissant toujours sans répliquer les commandements les plus difficiles ci, parfois, en apparence du moins, les plus déraisonnables.
179. Force. — La force héroïque se montre dans le mépris de la mort que l'on brave, non pas avec l'ardeur fougueuse et irréfléchie d'un étourdi ou d'un exalté, mais avec un esprit calme et tranquille et pour l'accomplissement du devoir: Saint Ci Borromée, lâchement attaqué par un assassin au moment où il faisait la prière du soir avec ses domestiques, reçut à bout portant un coup d'arquebus\ Deux balles le frappèrent rudement, mais, par une protection miraculeuse de Dieu, il n'en fut point blessé. Le Saint ne remua pas, fit continuer tranquillement la prière et ne manifesta pas la moindre émotion.
La force héroïque se montre aussi dans les rudes travaux entrepris pour la gloire de Dieu, ou encore dans les austérités surhumaines. La Vénérable Jeanne Delanoue, cette humble marchande d'un faubourg de Saumur, qui devint la fondatrice de la Congrégation de Sainte-Anne, porta bien jusqu'àl'héroïsme la vertu de mortification. Elle prit, jeune encore, la résolution de ne plus dormir dans un lit et adopta pour sa couche un coffre, dans lequel sa foi lui montrait la crèche du Sauveur, si court et si étroit qu'à peine aurait-on pu y loger un enfant de cinq ans. Sa tète n'y pouvant entrer, elle se servait d'une grosse pierre pour oreiller. Son confesseur ne lui ayant pas permis de prolonger ce martyre, alors, bien à regret, elle consentit à prendre un repos de quelques heures, assise dans une chaise, la tête appuyée contre un mur ou contre un meuble, et cela, qu'elle fût malade ou bien portante, jusqu'à son dernier soupir, c'est-à-dire pendant quarante-deux ans.