‹ Les degrés de la vie spirituelleChapitre 140 sur 170 · COMMENT - T L'HÉROÏSME 2U · texte numérisé non relu

COMMENT - T L'HÉROÏSME 2U

§ 7. — La partie essentielle et les circonstances accessoires et variables de la purification spirituelle

210. Llyad s Saints dont on ne raconte pas de lelL. s choses,

P. Smin, mais. ;i,joute-t-il, souvent cela est suppléé

de grands travaux soufferts au service des âmes, ou bien

ulre chose ; de plus, les écrivains en ont pou de connaissance,

étant choses li s. » {Cat., spir., t. I, 3e partie, eh. .m.)

.ide raison nous parait la plus fondée. Le plus sou v-nt,

ipreuv s sont tenues secrètes par ceux qui les

: on s'imagine autour d'eux qu'ils sont dans une

Ltej pendant qu'ils passent par des ci 1-

nn exemple emprunté à la vie du Yen. Lib.i-

Ua jour qu'il traversait l'un des ponts de Pai

: • d'un séminariste en proie à d<s peines violeni

.ait de le consoler avec toute la sua\i(é de ses paroles et de

ii:gélique sourire. Son compagnon, de plus en plus agité,

lui dit brusquement : Ces conseils sont bons à donner, quand on

i unux et calme. On voit bien, a votre ton et à

figure, que vous n'av z jamais passé par ces épreuves, vous

iiriri z pas ainsi. — Ah ! mon très cher, lui répondit

■msolaUur, je ne vous souhaite pas de trav

ible par où j'ai passé. Dieu Veuille que jamais la Nie ne

autant qu'elle l'est à moi-même. Je puis à

■v un pont sans que la pensée de me jeter à l'eau

pour en finir avec mes souffrances. Mais la vue de

soutient et me rend patient. » {Vie, par le card.

. eh. IV.)

Le siienc • des historiens ne prouve donc pas qu'il n'y ait pas •il, dans la vie de tel ou tel Saint, cette crise purifiante, puis- [tfeHe a pu être cachée à ceux mêmes qui l'approchaient de plus

2! 7. Du reste, il faut bien distinguer, dans ces phénomènes décrits par les auteurs mystiques, ce qu'il y a d'essentiel, ce ju'éprouvjnt toutes les amas d'élite, et les circonstances qui nt extrêmement d'un sujet à l'autre.

Le fond commun qui se retrouve toujours, ce sont les lumières excellentes que Dieu communique sur ses grandeurs infinies,

!08 LES AMES HÉROIQVES

sur le néant de la créature et la laideur du péché ] ; c'est le sentiment d'impuissance que l'âme éprouve, perdant tous ses soutiens et ne pouvant s'appuyer que sur la puissance et la miséricorde divines; c'est le dépouillement absolu, produit ou par des peines très vives, ou par la soustraction de tout ce qui charmait et réconfortait.

218. I. Parmi les circonstances qui varient de sujet à sujet,

signalons d'aLord l'époque où s'accomplit ce second travail de

purification : de bonne heure chez les uns, plus tardivement

chez les autres, mais toujours — les exemples que nous avons

donnés, et bien d'autres que nous pourrions apporter, le

prouvent — toujours quand l'âme est déjà fortement établie

dans la perfection. Pourrait-il se faire que la purification de

l'esprit fût intimement liée à celle des sens, de façon à ce qu'il

n'y eût pas d'intervalle entre les deux? Peut-être, mais la règle

pale à laquelle nous ne voyons pas d'exception dans la vie

-aints, c'est qu'entre les deux purifications il y a un état

.nédiaire pouvant se prolonger pendant des années 2.

II. La durée de la nuit de l'esprit varie également beaucoup, suivant les personnes. Le cardinal Bona 3 cite un grand nombre ints qui, avant d'atteindre les degrés les pli - de la

contemplation, restèrent de longues années dans : ves les

plus effrayantes. Que ces épreuves appartiennent toutes à h; nuit de l'esprit, nous ne le croyons pas; quelques-uns des exemples choisis par ce savant auteur semblent bien compv tout l'ensemble des purifications sensibles et spirituelles qui amènent l'âme à la sainteté. L'énumération qu'il fait n'en est pas moins instructive ; elle montre comment les épreuves préparatoires aux faveurs les plus hautes peuvent avoir. s:don les sujets, une durée bien différente. Il cite donc sainte Thérèse qui demeura dix-huit ans dans ces rudes labeurs, saint François d'Assise deux ans — le P. Surin dit trois ans, — la B. Gai; Montefalco quinze ans, sainte Catherine de Bologne cinq,

1 « Connaissance de Dieu, connaissance de soi-même, voilà la p : tion de l'homme. Cette double vue produit grâce sur grâce, lumiei lumière, visioh sur vision. » (S. Angèle de Foligno, ch. lxy., Naverim te, noverim me, demandait saint Augustin.

2 Cf. Nuit obscure, I, II, ch. 1er.

3 Via comp., ad Deurn, cap. x. n° 6.

COMMENT S'ACQUIERT l'hÉROISME 209

saint'' Marie l'Égyptienne dix-sept, sainte Madeleine de Pazzi cinq ans d'abord puis seize autres, le B. Suzo dix ans, le P. Balthazar Alvarez seize ans, Thomas de Jésus plus de vingt ans. Le P. Surin cite saint Éloi qui resta deux ans dans cet état; on peut encore ajouter sainte Angèle de Foligno qui, comme nous l'avons vu, y a passé deux ans; sainte Catherine de Gênes fut pendant quatorze mois dans l'état dont nous lui avons emprunté la description et, après ces quatorze mois, le souvenir poignant s fautes, qui jusqu'alors l'avait poursuivie jour et nuit, lui fut enlevé complètement, de telle sorte qu'elle ne le gardait pas plus que si tous ses péchés eussent été jetés au fond de la mei' 1.

III. Tantôt ces épreuves purificatrices des facultés spirituelles sont continues, tantôt au contraire les mêmes phénomènes ne s'accomplissent que par intervalles, des périodes de consolations et de 'douceurs succédant aux périodes d'angoisses et de purification.

IV. L\s moyens dont Dieu se sert pour faire sentir à l'âme ses s et son impuissance, et pour la détacher d'elle-même,

sont aussi fort variés. Pour les uns Dieu emploiera les visions, révélations, paroles intérieures, etc. ; pour d'autres des grâces moins éclatantes, et qui ne sont pas d'ordre miraculeux.

Sainte Thérèse noussig îale les peines que cause à l'âme l'incertitude des voies par où Dieu la mène, les craintes qu'elle éprouve d'être trompée, les doutes du directeur, qui redoublent ngoisses de cette pauvre âma, lis murmures, les critiques ochain, les maladies parfois terribles qui fondent sur elle, ut Jean de la Croix indique également les délaissements, lépris de tous, même des plus intimes amis, comme une épi'- u\e assez ordinaire de la nuit de l'esprit.

De toutes ces contradictions, les plus pénibles — saint Pierre d'Alcantara, pourtant si passionné pour la pénitence, l'avouait a sainte Thérèse — -sont celles qui viennent des gens de bien. C'est là encore une épreuve très fréquente chez les Saints. Sainte Thérèse en connut l'amertume, saint Jean de la Croix plus encore peut-être. Saint J.-B. de la Salle, le B. de Montfort

1 La Saint-. comm3 nous le dirons, eut à subir plus tard un autregenre dvépreuves et de purification, dont la durée fut de dix ans.

turent condamnés, interdits par ceux qui auraient dû I'. s encou-

et les soutenir. Plus près de nous, dans notre xixe siècle,

'mm;s admirables dont Dieu s'est seivi pour faire de si

uvres, la Vénérable Mère Marie i -Euphrasie

Pi 1 \i r. fondatrice du Généralat du Bon-Pasteur, la Vénérable

Javouhey, fondatrice de la Congrégation de Saint- Joseph

. auraient-elles, comme elles l'ont fait, a; 1 grés

a vertu, si elles n'avaient eu à subi] - -i, de

- mblables épreuves?

D'autres n'auront pas ce genre de peines, mais : Iront

vivement les difficultés d - de zèle, les a mer! une. s de la

vie apostolique et surtout la douleur extrême ejue leur causent les iniquités de tant d'âmes qu'ils voudraient à loul prix g;

i. Cette pensée tirait de s larme s au curé d'A peur

lui une désolation a-mère de voir son Dieu si ; ■ t si univ at offensé.

épreuve d'un genre diffén Ile qui fut

saint Vincent de Paul : pris par les Tu «îeura

:ois esclave à Tunis au milieu d.s j

bares, où tout secours religieux lui taisait défaut et où son

irdent se trouvait réduit h va

en lui l'œuvre de dépoui I de soumission héroïque à la

volonté divine, si bien corni i éjà.

De même l'état extraordinaire d'impuissance où M. Olier lut réduit quelque temps âpre a avait évada mutent

p»ur but de le détacher complètement de lui-même et de< mener jusqu'à l'héroïsme son esprit d'abnégation.

V. De tout ce que nous avons dit suit cette autre différ que certaines âmes concentrent en elles-mêmes toutes ces épreuves, sans que rien trahisse à l'extérieur le travail de purilieationqui s'accomplit dans le secret de leur cœur; d'auti' contraire, surtout parmi les femmes, ne peuvent pas ne

r percer au dehors l'abattement extrême où elles sont réehrites. Sainte Catherine de Gènes, dit en parlant d'< -Ile-même « qu'elle était tellement accablée et abîmée dans la vuedes péchés qu'elle avait commis contre Dieu, qu'elle avait- plutôt l'air d'une bête sauvage épouvantée que d'un être raisonnable ». {Dialogue, lre partie, ch. xi.)

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