CHAPITRE III Dispositions intimes des âmes héroïques
§ 1er. — Effets de la purification spirituelle
Nous avons indiqué quel était le but de cette crise dot: feuse, que saint Jean de la Croix nomme la nuit de l'esprit ; il nous reste à montrer par des exemples les effets merveilleux qu'elle produit.
220. Dépouillement. — D'abord leur dépouillement est I près d'être absolu.
ttte Chantai dépeint avec une touchante simplicité l'état
• le dépouillement où elle était parvenue : « Je suis bien aise,
lit-elle, le 9 août 1916, à saint François de Sales, qui était
alors souffrant, de ce que vous garderez votre solitude, puis-
quVlle sera encore employée à l'utilité de votre chère âme; je
n'ai pu dire notre, car il me semble n'y avoir plus de part, tant
vois dénuée et dépouillée de tout ce ejui m'était le plus
ux.
« Mon Dieu ! mon vrai père, que le rasoir a pénétré avant. . .
Il m'est venu aujourd'hui dans la mémoire qu'un jour vous me
commandiez de me dépouiller. Je vous répondis : je ne sais plus
d:- quoi; et vous me répartîtes : Ne vous l'avais-je pas b en ditf
ma fille, que je vous dépouillerais de tout ! 0 Dieu I qu'il nous
lise de quitter ce qui est autour de nous I Mais quitter notre
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peau, notre chair, nos os, et pénétrer dans l'intérieur et jusqu'à la moelle, qui est ce que nous avons fait, ce me semble, c'est une chose grande, difficile et impossible à autre qu'à la grâce de Dieu. A Lui seul donc est due la gloire, et qu'elle Lui soit rendue à jamais ! »
Et le saint évêque l'encourageait à cette abnégation totale : « Ne pensez plus ni à l'amitié, ni à l'unité que Dieu a fait entre nous, ni à vos enfants, ni à votre cœur, ni à votre âme, enfin, à chose quelconque, car vous avez tout remis en Dieu. Revêtezvous de Notre-Seigneur crucifié, aimez-Le en ses souffrances, faites des oraisons jaculatoires là-dessus. Ce qu'il faut que vous fassiez, ne le faites plus parce que c'est votre inclination, mais purement parce que c'est la volonté de Dieu. » (Lettre du 10 août 1619.)
Sainte Catherine de Gênes raconte qu'après avoir passé par les rudes épreuves dont nous avons parlé, « un rayon d'amour fut répandu dans son cœur, et ce rayon était tellement ardent et pénétrant, et transperça si complètement son âme et son intérieur, qu'il lui enleva tous les amours, appétits, délectations et propriétés que jamais elle avait eus ou pu avoir en ce monde. (Ch. xii.)
221. Passivité. — La Yen. Marie de l'Incarnation affirme à diverses reprises qu'elle avait fait au Seigneur un si complet abandon de sa volonté, qu'il s'en était emparé et l'avait comme enchaînée à la sienne : « Je ne puis dire si l'âme étant ainsi possédée, il lui serait possible de se délivrer de ce qu'elle souffre, car alors il semble qu'elle n'ait aucun pouvoir d'agir, ni même de vouloir, non plus que si elle n'avait point de libre arbitre. Il semble que l'amour se s^it emparé de tout, lorsqu'elle lui en a fait la donation par acquiescement dans la partie supérieure de l'esprit. » (Vie, par Cl. Martin, ch. xxvm, p. 154.) « L'âme expérimente ce que c'est que la véritable pauvreté d'esprjt, ne pouvant vouloir que ce que la divine volonté veut en elle. » (Lettres, Cil, p. 237.)
Cette prise de possession de la volonté humaine par Dieu, qui du reste n'est pas continue, ne détruit nullement Ja liberté et ne nuit en rien au mérite, parce qu'elle a été vivement désirée et qu'elle demeure joyeusement acceptée. Elle se manifeste surtout au moment de l'oraison. « Dans mon oraison, écrivait