‹ Les degrés de la vie spirituelleChapitre 143 sur 170 · LEURS INTIMES · texte numérisé non relu

LEURS INTIMES

encore la Vénérable à son Fils, je parle à Di< u selon le mouvement qu'il me donne. Si l'attrait est de sa grandeur et ensemble que je voie mon néant, mon âme Lui parle conformément à cela. S'il est de ses amabilités et de ce qu'en soi II n'est qu'amour, nu s paroles sont comme à mon Époux, et il n'est pas en mon pouvoir d'en dire d'autres. .. En d'autres rencontres je porte un état crucifiant; mon âme contemple Dieu, qui cependant semble se plaire à me rendre captive : je voudrais l'embrasser et traiter avec lui comme à mon ordinaire, mais II me tient comme une personne liée ; dans mes liens je vois qu'il m'aime, mais pourtant je ne Le puis embrasser. Ah ! que c'est un grand tourment! Mon âme cependant y acquiesce, parce qu'il ne m'est pas possible de vouloir un autre état que celui où sa divine Majesté me veut l.

-2-1-2. Paix. — Ce grand dépouillement et cet anéantissement de la volonté sont accompagnés d'une paix profonde/Entendons encore le témoignage de sainte Chantai : « Je sens mon esprit tout libre et dans je ne sais quelle consolation profonde et infinie de se voir ainsi entre les mains de Dieu. Il est vrai que le reste are t oujours fort étonné, mais en faisant bien ce que vous me dictez, mon unique père, comme je ferai sans doute avec le secours de Dieu, tout ira toujours mieux.

Et, dans un autre billet du même jour, elle dit encore : « Je ne vous ai pas dit que je suis avec peu de lumière et de consolation intérieure : je suis seulement paisible partout. » (9 août 1619.)

juand Dieu, dit le P. Surin, a conduit l'âme par les travaux ou par les passages ténébreux de la montagne, et qu'il commence à lui faire voir la lumière de la région sublime de son amour, Il fait écouler sur elle une paix abondante comme un grand fleuve : Declinabo super eam quasi fiuvium pacis (Isaïe, lxvi, 12.) Ce sont des torrents de paix : non seulement c'est un calme qui ressemble à la bonasse de la mer, ou au cours tranquille des grands fleuves, mais cette paix et ce r^pos divin

1 Même dans cet état sublime d'oraison les distractions sont possibles, mais elles sont légères. La Vénérable dit en effet : « Comme rien de matériel ne se trouve en cette occupation intérieure, parfois mon imagination me travaille par des bagatelles qui, n'ayant point de fottat, s'en vont comme elles viennent. » [Lettre 132, p. 301 et 302.)

viennent dedans comme des torrents qui l'inondent, et l'âme vraiment, après lus tempêtes passées, comme des inondations de paix. » {Amour de Dieu, m, 2.)

223. Humilité. — Un autre fruit de cette profonde purificati n, c'est une humi'ité vraiment héroïque.

« L'amour excessif auquel l'âme est en proie lui fait sentir, avec d'amers regrets, combien ses œuvres sont peu en rapport avee ses désirs, car elle souhaiterait et trouverait doux de se donner mille fois la mort pour Dieu. Elle se croit un être fort inutile et dont la vie est stérile. Il en résulte un autre admirable effet d'humilité : l'amour lui montrant d'abord tout ce que l'on doit à Dieu, puis lui faisant estimer défectueuses et imparfaites les actions qu'elle fait pour Lui, elle se croit la plus mauvaise d<^s créatures. » (Nuit obscure, n, 19.)

3i dans cet état on lui adresse une louange, la chose lui fait l'effet d'une mauvais • plaisanterie. » (Sainte Angèle de Foligno, ch. LIV.

« En effet, voyant clairement que. si elle a quelque bien, elle l'ar' eu de Dieu et qu'il ne vient en aucune manière d'elle-n elle souffre, dans les commencements surtout, un into!< '■: tourment, quand elle s'entend louer. » (Sainte Thérèse, 6e Demeure, ch. iST.)

sf, en effet, l'un des principaux fruits des épreuves purifiantts. de faire connaître à l'âme sa misère ou, pour mieux dire,cesont ces lumières que Di^-u lui communique sur elle-même qui produisent en elle ces douleurs purifie a.t rie.

« Une fois, dit sainte Marguerite-Marie, m'étant laissée aller à quelque mouvement de vanité en parlant de moi-même, ô mon Dieu ! combien de larmes et de- gémissements me causa cette faute ! Car lorsque nous fûmes seul à seule, I! me reprit te manière et d'un visage sévère : « Qu'as-tu, ô poudre et cendre, de quoi te pouvoir glorifier, puisque tu n'as rien de toi que le néant et la misère, que tu ne dois jamais perdre de vue, non plus que sortir de l'abîme de ton néant? Et, afin que la grandeur de mes dons ne te fasse méconnaître et oublier ce que tu es. je t'en veux mettre le tableau devant les yeux.

o Et aussitôt, me découvrant cet horrible tableau, il. me fit voir un raccourci de tout ce que je suis; ce qui ne surprit si fort, avec tant d'horreur de moi-même, que s'il ne m'avait

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au©', j'en serais pâmée de doul ouvant comprendre

une si grande bonté et miser* ir pas

>!mée dans l'enféï et d" fhe support) r, vu que je ne i M-même. C'était ! i ni II

punissait en moi les moindres mbuveà vaine coi'

qui m'obligeait quelquefois de Lui dire : « 0 Dieu, bêlas ! ou faites-moi mourir, ou cachez-moi ce tab je ne peux vivre en le voyai il imprimait en moi d s

peines insupportables d

même; et, l'obéissance ne me permettant pas d'exécuter sur

moi les rigueurs qui cela me suggérait, je ne peux i xprim

je souffrai-

Aussi, ces grands serviteurs de Dieu sont si profondément

rïneus de leur abjection, que les dons de Ditu les plus

ordinaires ne leur inspirent aucune pensée de vaine

on les voit accomplir les « -, opérer des mirael - les sentii:.

plus humb Sainte Angèle de Foligno nous moiil; ; le profondeur

Humilité des Saints. »neur me disait : o ma bien-

aimée, ô mon épouse. . ., je ferai en loi de grandes choses en présence des nations; je serai connu en toi, glorifié, clarifié en toi, le nom que je porte en toi sera adoré à la face des nations. » Il ajouta mille autres choses.

Mais moi, pendant que je l'écoutais. considérant m s défauts, je me disais : Tu n'es pas digne de tous ces grands amours. Le doute me prit, et mon âme dit a celui qui parlait : Si tu étais le Saint-Esprit, tu ne me dirais pas ces choses inconvenantes, car je suis fragile et capable d'orgueil. Il répondit : i Eb bien ! essaie, essaie de tirer vanité de m-:s paroles; essaie donc, tâche un peu, essaie de penser à autre chose. » Je fis tous mes efforts pour concevoir un Sentiment d'orgueil; mais, tous mes péchés me revenant à la mémoire, je sentis une humilité telle que jamais dans toute ma vie '. (Oh. xx.;

1 L'humilité c'est !a vérité. On Voit par tout ce que nous avons dit combien se tromperaient ceux qui prendraient pour de la folie l'humilité des Saints. La folie, elle est dans l'orgueil; l'humilité est la vraie sagesse, c'est la connaissance parfait- -à-même.

224. Puissance de la charité. - — Dans ces âmes humbles et dépouillées, l'amour divin n'a pu manquer de prendre des proportions inouïes. Les actes de charité qu'elles produisent sont de beaucoup plus intenses et plus méritoires que ceux des âmes parfaites elles-mêmes. « Quand Dieu met une âme dans cet état de ténèbres mystiques, dit le P. Lallemanl, Il lui dilate l'entendement et la volonté, la rendant capable de produire des actes d'une éminente perfection. »

D'après l'enseignement de saint Thomas et de nombreux théologiens, les bons anges ont mérité la béatitude éternelle par un seul acte de charité et de soumission à Dieu, comme les mauvais ont mérité l'enfer par un seul acte coupable; cependant leur mérite est extrêmement divers, les anges du premier chœur, les Séraphins, étant immensément supérieurs en mérite et en gloire à ceux des derniers chœurs. On croit, en outre, et c'est l'opinion commune, que les élus, à leur entrée dans la Patrie, prennent place dans la hiérarchie bienheureuse parmi les anges dont ils ont égalé les mérites, les plus saints atteignant seuls les irs les plus élevés.

Il suivrait donc de là que les anges des degrés supérieurs, les Chérubins, les Séraphins, auraient pu, dans un seul acte, produire autant d'amour que les hommes les plus parfaits dans toute une vie d'héroïsme et de sainteté.

Qui pourrait contester à Dieu le pouvoir de créer des êtres qui, en un acte, méritent autant que d'autres en, un million?

Sans doute, parmi les hommes, la différence ne pourra jamais être aussi grande que dans le monde angélique : les hommes ont tous la même nature, tandis que les anges des divers chœurs sont spécifiquement différents. Cependant, même parmi les hommes, il peut y avoir dts différences très grandes, les uns rant bien plus profondément que les autres dans l'intelligence des choses divines et se portant avec une énergie de volonté bien plus intense à l'amour des biens surnaturels, et spécialement à l'amour de Dieu lui-même.

225. C'est cette sorte d'agrandissement des facultés spirituelles que veut exprimer le P. Lallemant dans les paroles que nous avons citées. C'est ce qu'avait dit avant lui sainte Angèle de Foligno : « Quand le Seigneur découvre sa face, il dilate l'âme, et verse dans cette capacité subitement agrandie des joies

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