A ce tableau que nous avons tracé des âmes pi
n'y a-t-il pas quelque ombre? Hélas, il faut l'avouer, leurs sentiments de générosité ne sont pas ass'Z profonds. Les opérations sensibles de la grâce, dont nous avons parlé, ont touché plus directement la superficie de l'âme; au fond il reste des défauts peut-être peu apparents, mais réels et parfois redcutàb'
Signalons d'abord ceux des débutants.
Ceux qui ne font qu'entrer dans cette vie de piété ne peuvent avoir, dès les premiers pas, toutes les vertus dans un d^gré élevé. L es défauts naturels qu'ils portent en eux sont plus ou moins entravés par l'action sensible de la grâce, mais ils ne sont pas affaiblis et réduits, comme ils le seront plus tard, par une longue pratique de la vertu et par les épreuves bien supportées»
Saint Jean de la Croix, dans son premier livre delà Nuit obscure.
LA PIÉTÉ HAISSAHTE 143
a fait de ces imperfections des débutants une peinture très forte mais justement admirée. Nous ne pouvons mieux faire que de résui Dseignement. Peut-être trouvera-t-on le tab'eau
un peu sombre, mais il ne faut pas oublier que le Saint parle de bm de 'a vie de piété. Ceux qui ont fait un long séjour dans cette troisième demeure, sans s'être affranchis is, ont pu cependant les vaincre en partie et par là même les amoindrir.
plus il ne faudrait pas conclure que chacun des débutants réunit à la fois toutes les imperfections dont il va être question, ni que celles dont il souffre ont nécessairement atteint chez lui
.ré où le Saint nous les montre. Il en fait lui-même quelque part la remarque. « Parmi ceux qui sont livrés à ces imperfections, plusieurs se laissent entraîner à commettre des fautes grav éprouvent un tort immense. Pour d'autres, le
dérè st petit et le mal est moindre. Quelques-uns n'en
que les premières atteintes ou guère plus; mais il est bien s commençants qui, au temps de leur première
ferveur, en soient complètement exempts. » (Ch. n.)
us l'énumération qu'il fait de ces défauts, le saint auteur s péchés capitaux.
167. Orgueil. — « Les commençants, dit saint Jean de la Croix, (chap. n),se sentent une si grande ferveur et un tel empressement aux exercices de dévotion, que cette heureuse disposition, par suite de leur imperfection, donne souvent naissance ts mouvements d'orgueil et les amène à une
:ne satisfaction d'eux-mêmes et de leurs œuvres. . . Plusieurs en arrivent à ce degré d'aveuglement de vouloir être considérés comme les seuls gens de bien; en toute occasion on
rit agir et parler de manière à condamner les autres. Toujours portés à la détraction, ils se récrient contre la paille qui est
l'œil d'autrui et ne font pas attention à la poutre qui est
ie leur; ils enlèvent aux autres un moucheron et i's avalent un chameau ».
désir d'avancer, quand il est inspiré par l'amour de Dieu, est certes fort louable, mais chez certaines âmes éprises d'ellesmêmes, ce désir vient d'un autre principe : elles souffrent de se voir dépassées, elles voudraient n'être inférieures à personne : si
entendent parler de quelque acte sublime de vertu, elles
prétendent aussitôt l'accomplir, ne croyant rien au-dessus de leurs forces. Au lieu d'agir avec simplicité et sincérité, ne montant que par degrés, selon la mesure des grâces reçues, elles veulent s'élever d'elles-mêmes sans le secours de Dieu ni d< s hommes; aussi les voit-on repousser les encouragements, dédaigner les conseils et ne se fier qu'à leurs propres lumières.
D'autres s'arrêtent avec complaisance dans la considération de leurs œuvres, elles énumèrent leurs sacrifices, leurs victoires, les difficultés vaincues, et en même temps, comme le Pharisien de l'Évangile, elles jugent avec sévérité des personnes qui sont plus méritantes qu'elles aux yeux de Dieu.
« Il y en a, dit encore saint Jean de la Croix, qui font peu decas de leurs fautes, tandis que, d'autres fois, ils s'en affligent outre mesure, parce qu'ils avaient une haute opinion de leur sainteté; alors ils s'irritent et s'impatientent contre euxmêmes, ce qui dénote une nouvelle imperfection. Souvent ils demandent avec anxiété au Seigneur d'être délivrés de leurs défauts et de leurs mauvaises tendances, mais c'est bien plus pour n'avoir pas à en souffrir et pour vivre en paix que pour être agréables à Dieu. »
Saint François de Sales dit la même chose dans son charmant langage : « Encore que la raison veut que, quand nous faisons des fautes, nous en soyons déplaisants et marris, si faut-il néanmoins que nous nous empêchions d'en avoir une déplaisance aigre et chagrine, dépiteuse et colère. En quoi font une grande faute plusieurs qui, s'étant mis en colère, se courroucent de s'être courroucés, entrent en chagrin de s'être chagrinés, et ont dépit de s'être dépités... Ces colères, dépits et aigreurs, que l'on a contre soi-même, tendent à l'orgueil et n'ont origine que de l'amour-propre qui se trouble et s'inquiète de nous voir imparfaits. » Et le saint docteur fait remarquer très justement que ce qui montre bien qu'il y a là plus de dépit naturel que de vraie contrition, c'est que « ces repentances faites avec impétuosité ne se font pas selon la gravité de nos fautes, mais selon nos inclinations. Par exemple, celui qui affectionne la chasteté se dépitera avec une amertume non pareille de la moindre faute qu'il commettra contre icelle et ne fera que rire d'une grosse médisance qu'il aura commise. Au contraire, celui qui hait la médisance se tourmentera d'avoir fait une légère murmuration,
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et ne t'endra nul compte d'une grosse faute commise contre la chasteté et ainsi des autres. » {Vie dévote, 3e partie, ch. ix.)
168. Avarice. - — « Parmi les commençants, dit toujours saint Jean de Ja Croix (ch. m), un grand nombre se laissent aller à une véritable avarice spirituelle. Jamais ils ne sont satisfaits des dons que Dieu leur accorde, et s'ils se voient pour un instant privés de la consolation qu'ils cherchaient dans les pratiques pieuses, la tristesse et le chagrin les envahissent aussitôt. On en rencontre qui se ne lassent pas d'entendre des conférences spirituelles, de recevoir des conseils, de posséder et de lire de nombreux traités sur ces matières. Le temps se passe bien plusen ces occupations qu'à faire des actes méritoires; ils oublient de pratiquer, comme ils le devraient, la mortification et la perfection de la pauvreté intérieure. En outre, ils ont la passion d'amasser des images, de se surcharger de rosaires, de croix rares et précieuses. . . D'autres s'entourent d'Agnus Dei, de reliques et d'authentiques, comme les enfants le font de leurs jouets. Je ne condamne en cela que l'esprit de propriété et l'attachement que l'on a de ces choses. Leur genre, leur grand nombre, leur valeur comme curiosité sont tout à fait opposés à la pauvreté spirituelle, car l'on ne doit voir dans la dévotion que la chose essentielle et ne prendre de tous ces moyens que ce qui est nécessaire pour l'alimenter. »
169. Colère. — « La recherche des douceurs spirituelles est, pour ainsi dire, générale chez les commençants ; ils ne savent pas en jouir ordinairement sans commettre beaucoup de fautes qui viennent de la colère. Lorsque ces douceurs et ces délices leur manquent, ils sont frappés d'une morne tiédeur, qui les rend désagréables dans leurs rapports avec le prochain, irascibles à la moindre occasion et vraiment insupportables. Et cet état succède très souvent au recueillement sensible et savoureux de l'oraison. Dès que cette jouissance leur est enlevée, la nature se laisse aller au dégoût et à l'ennui, absolument comme fait l'enfant à qui on enlève Je sein où il prenait ses délices. Cet ennui est un effet naturel où il n'y a pas de faute, pourvu que la volonté n'y adhère pas, mais dont l'imperfection doit être purifiée par les aridités et les angoisses de la nuit obscure.
« Il y a encore des commençants que leur zèle inquiet fait tomber dans un autre genre de colère spirituelle. Il s'emportent
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ont re les péchés d'autrui, ils observent le prochain, et sont parfois saisis d'un impétueux désir de le reprendre avec indigna- (ion. Us le font même quelquefois comme s'ils étaient la règle souveraine de la vertu. Tout cela est bien opposé à la mansuétude spirituelle. »
Ce n'est pas seulement à propos des défauts qu'ils aperçoivent en autrui ïe montrent impatients et irrités;
t'est aussi quand ils unt à subir quelque contrariété ou quelque contradiction. Il est « une imperfection grandement nuisible, au dire de saint François de Sales, de laquelle peu de gfns s'abstiennent, qui est que,s'ilnous arrive de censurer lé prochain nous plaindre délai, ce qui nous devrait rarement arriver, nous ne finissons jamais, mais recommençons toujours et répétons nos plaintes et s sans fin, qui d'un cœur piqué et qui n'a point encore de vrai i charité ». {Lettre à Mme de Brularâ, janvier 1606.)
Mais reprenons le texte de saint Jean de la Croix : « D'autres s'irritent durement contre eux-mêmes à cause de leurs imperfections. Us sont si impatients qu'ils voudraient devenir des saints en un jour. . . Plus ils se donnent de mouv< ment et ; ils avancent, faute d'attendr ■ av c patience que le Seigneur leur donne les grâces nécessaires pour arriver. »
170. Gourmandise spirituelle. — < Ii y a beaucoup à dire sur -ce sujet, car à peine rencontre-t-on un seul commençant, si ats d'ailleurs que soient ses premiers pas dans 'a c Trière spirituelle, qui ne tombe dans une d s imperfections
auxquelles donne naissance la douceur <.!■ s débuts dans la vie intérieure; c'est ce plaisir qu'Us recherchent plus que la pureté et la vraie dévotion. . . L" goût qu'ils y trouvent les porte, par exemple, à se tuer par les pénitences, ou à épuiser leurs f dans des jeûnes prolongés, sans l'ordre ni le conseil de personne... Vous en verrez d'autres s'obstiner avec leurs maîtres spirituels pour les faire céder à leurs désirs et obtenir, à la fin, comme par force, leur assentiment. Ne parviennent-ils pas à leur fin-, ils s'attristent aussitôt comme d s enfants; ils sont de mauvaise humeur, et il leur semble qu'ils ne font rien pour le service de Dieu parce qu'ils ne suivent pas leurs inclinations. . .
« Les personnes dévorées de cette soif des satisfactions les rchent beaucoup plus dans leurs communions qu'elles ne
r. V PIÉTÉ NAISSANTE li 7
s'appliquent à lou n toute humilité le Si igneur-
venu , . De même à l'oraison; elles font consister toute
son importance dans la dévotion sensible et savoureuse; ellesla procurer, à tour de bras, comme on dit, se fatiguant la tête et s'épuisant; manquent-elles leur but, sont inconsolu! i répugnance i à se
à l'oraison la leur fait abandonner tout à :
' paresse spirituelle. — k Le bien du prcK;
ints. Ils i •uvements d'humeur contre ceux qui, plus , les surpassant en méril
it souffrir qu'on en [ .es aussitôt prendre la contre-partie et cherch
louange. Toujours - sont très 'objet
ition que les autr< s. . .
« L rie d'ordinaire les commer.r
dans 1' s exercices a le plus
: lûmes aux consolations sensibles, lorsqu rent pas dans les choses spiritu
-ci leur devi-nn<jnt à charge... B uicoup d'entre eux
ce qu'ils ■■ ils s'attristent
d'être r sa volonté, et ce n'est pas sans une extrême
répugnance qu'ils se sou loir.. . Ils de-
;r commne que chose
contre leur gré. Trè- s à la poursuite des jouissances et
desd • sprit, ils sont pleins de mollesse dans tout ce qui
•le l'énergie et dan.^ de la perf clion. »
:p d'âmes pienses, avons-nous dit plus haut, ne mont r saint auteur vient
de- nous signaler; ell-s servent Dieu de bon cœur, marchent par une voie douce et tranquille, répandent autour d'elles l'édification et 1- Ota reconnaît pourtant qu'elles ne sont encore qu'au début de la dévotion en ce que les vertus fondamentales, l'humilité, la patience, la mortification, ne sont pas en elles profondément enracinées ; une petite épreuve, une humiliation les trouve trop sensibles; aussi se laissent-elles aller à coup de fautes de surprise et de fragilité.