‹ Les degrés de la vie spirituelleChapitre 4 sur 170 · ALORS ÉYÈOUE DU MANS · texte numérisé non relu

ALORS ÉYÈOUE DU MANS

Le Mans, le 7 décembre 1896.

Monsieur l'Aumônier,

J'ai terminé votre traité des Degrés de la Vie spirituelle, que vous avez bien voulu me communiquer. Tout y est de très bonne note, de doctrine saine et exacte. Ces deux volumes sont une exposàion complète de la vie spirituelle : ils peuvent rendre de grands services et suffisent largement à tous ks besoins généraux du saint ministère.

J'ai lu avec une attention particulière les chapitres qui concernent les formes supérieures de T oraison en deçà des voies exceptionnelles et extraordinaires. Ce point fort bien traité est important, car ces (I ii ers états d'oraison sont moins rares qu'on le croit communément. Beaucoup d'âmes qui s'y sentent inclinées ou appelées végètent et s'attardent faute d'une direction plus éclairée. Cependant aucune illusion n est à redouter sous le secours d'une main suffisante, et votre livre rend parfaitement accessibles les principes et moyens qui doivent inspirer la direction de ces âmes.

Le rapide examen que vous faites des voies extraordinaires a aussi son utilité pour bien délimiter les divers états de la vie spirituelle, et vous en traitez avec clarté et précision.

Permettez-moi de vous féliciter de ce bon et grave travail. Je souhaite qu'il soit connu, étudié et par suite profitable à de nombreux lecteurs.

Agréez, Monsieur F Aumônier, mes sentiments dévoués en Xotre-Seigneur.

t A BEL, Évêque du Mans.

PREFACE

Ce n'est pas une nouveauté d'établir parmi les âmes chrétiennes une classification fondée sur leur degré plus ou moins élevé de perfection. Déjà, dans l'antiquité, l'auteur des œuvres qui portent le nom de Denysl'Aréopagiteposaitenprincipequ'il fallait reconnaître, dans le travail de formation d'une âme par la grâce, trois phases successives : l'état de purification, l'état d'illumination et l'état de perfection.

Clément d'Alexandrie a décrit, dans les Stromates, l'ascension du fidèle vers la gnose, c'est-à-dire vers la science parfaite; il distingue également trois degrés : dans le premier domine la crainte, par laquelle on s'abstient de l'injustice; dans le second l'espérance, qui fait désirer le souverain Bien; dans le troisième la charité, qui donne la connaissance parfaite {Strom., iv, 1) l.

Saint Basile reproduit la même doctrine (Prœm. in Reg. fus. tract., n° 3).

« Saint Grégoire de Xazianze, dit Fénelon a suivi, comme « presque tous les Pères, la division dts esclaves, des mère - « naires et des enfants, les premiers guidés par la crainte, les '>nds par l'intérêt, les troisièmes par l'amour. »

Au moyen âge, la même distinction devient classique parmi les théologiens. Reprenant les termes de Denys, ils distinguèrent la voie purgative ou des commençants, la voie illuniinative ou des avancés et la voie unitive ou des parfaits, et l'Église a confirmé cette doctrine en condamnant une proposition de Molinos qui la rejetait.

L' s auteurs mystiques se sont plu, eux aussi, à diviser en des catégories distinctes, les justes qui vivent sur la terre.

Sainte Catherine de Sienne indique, dans son Dialogue, les étajx s que l'on rencontre au chemin de la perfection. Dans cette sorte d'ascension de l'âme vers Dieu, elle compte trois degrés et elle y ajoute plus tard un degré supérieur, qui n'est autre que l'union parfaite et consommée, ou le mariage mystique.

1 V. Mgr Freppel, Clément d'Alexandrie, 18e leçon.

PREFACE

Saint François de Sales, dans son Traité de V amour de Dieu (L. X., èh. iv), divise ks serviteurs de Dieu en quatre classes. Richard de Saint-Victor distingue trois degrés de la charité. Sainte Thérèse, dans son livre du Château intérieur, traite plus longuement et plus explicitement cette question, et son génie naturel, sa grande expérience, les lumières surabondantes que Dieu lui communiquait, nous ont valu un vrai chef-d'œuvre.

Si ce n'est point une nouveauté de classifier de la sorte les états d'âme par où passent ceux qui travaillent à leur perfection, ce n'est point non plus une chose vaine et superflue. S'il en était ainsi, les Pères, les théologiens, les auteurs mystiques n'auraient pas insisté sur ce point comme ils l'ont fait. D'ailleurs cette description des phases successives de la vie ascétique forme toute une psychologie spirituelle, dont l'étude est aussi instructive qu'intéressante. Et puis n'est-il pas « certain que les com- « mençants et les parfaits doivent être conduits par des « règles différentes l? » Pour sagement diriger les âmes, il importe beaucoup de tenir compte du degré de perfection qu'elles ont acquis. « La grâce des commençants, dit le Père « Grou (Manuel des âmes intérieures, p. 71), n'est pas la « même que celle des personnes avancées, ni celle des personnes « avancées la même que celle des personnes consommées en « perfection. Telle disposition, qui est bonne dans un.com- « mençant, ne le serait pas dans quelqu'un de plus avancé ; telle « pratique convient dans un état, qui ne convient plus dans « un autre. » Sainte Thérèse faillit s'arrêter dans la voie de la perfection parce qu'un prêtre, du reste bon et zélé, Gaspar Daza, voulait l'y pousser trop vite; beaucoup d'autres, au contraire, sont demeurés dans une regrettable médiocrité, qui se seraient élevés très haut si on leur avait appliqué les règles qui conviennent aux âmes généreuses et déjà avancées.

Comment faut-il établir cette classification?

Il y a d'abord la distinction classique des trois voies qu'il serait téméraire de rejeter. Nous l'adopterons comme base. Mais cette classification est bien large et les auteurs spirituels ont imaginé d'autres distinctions plus détaillées; pour ces

J Articles d'Issy rédigés par Bossuet, Fénelon et Tronson, n° 34 .

PREFACE

subdivisions nous croyons ne pas pouvoir prendre de meilleur guide que s tinte Thérèse, non s tulement parce que son autorité en matière spirituelle est de premier ordre, mais aussi parce qu'elle a I raité longuement et explicitement cette question dans '■meures ou Château intérieur. La doctrine d s aulr, s maîtres de la vie spirituelle viendra, du reste, souvent confirmer et complet''!- L'enseignement de cette grande Sainte.

Est-il besoin d'en faire la remarque? dans cette sorte de graduation morale les divers degrés ne sont pas séparés par dés limites luttes et précis s. Prenons pour exemple les pécheurs : ■ l'ignorance, la faiblesse, l'insouciance et la malice — c'est sur ces différents défauts que nous appuyons notre distinction — ■ S" trouvent mélangés, suivant les sujets, dans des proportions bien différentes. Ainsi en est-il des âmes fidèles: des sentiments s uns plus proches, les autres plus distants de la nt et se mêlent dans la même âme. C'est le cas d'appliquer l'adage des théologiens : « Judicium fertur ex commun iter contingentibu aent se fait donc d'après

I ions prédominantes, qu'un obs îrvateur attentif s Aura découvrir.

ament avons-nous pu être amené à traiter un aussi grave

l'expliquer, afin de n'être pas taxé

ité.

Nous ' tions loin, en commençant, de vouloir donner à notre

ussi complets développements. Un simple article de

revue sur une question qui paraissait utile à élucider, voilà ce

qui nous avait été d'abord demandé; et l'idée ne nous s Tait

. mue de porter plus haut nos visées si, le premier travail

ncouragements qui nous furent donnés et qui

■nt de juges fort compétents n'avaient stimulé notre

ardeur. Il ne nous parut pas impossible de compléter notre

œuvre ; nous pouvions en effet mettre à profit des notes que nous

avions prises pour nous guider nous-même dans la pratique de la

tion des âmes. Peu à peu ces notes devinrent un livre. Tous

c ux qui ont étudié sérieusement une question savent ce qui

arrive : la carrière semble d'abord courte et facile; à mesure

que l'on avance, de nouvelles perspectives se déroulent et la

route s'allonge. Ainsi s'est fait notre travail. Quel accueil

ra-t-il? Dieu le sait l. Si l'on juge l'entreprise trop haute etl'auteur inférieur àsa tâche, qu'on lui pardonne du moins en faveur de ses intentions. Certaines choses nous paraissaient vraies et utiles à dire : nous les avons dites; nous croyons n'avoir été que l'écho des grands maîtres; s'il en résulte quelque bien, c'est à eux qu'il sera dû. X'eussions-nous fait que mettre en relief certains textes de leurs ouvrages et qu'inspirer par là le désir de les mieux connaître, nous estimerions n'avoir pas perdu notre temps et n'avoir pas fait perdre celui de nos lecteurs.

'Quand ces lignes parurent, en 1896, nous étions loin de compter sur une aussi grande diffusion. L^s quatre éditions françaises, maintenant épuisées, comprenaient 10.000 exemplaires. Des traductions ont été faites en italien, en allemand, en anglais, en espagnol. Dieu a visiblement béni notre travail. Qu'il daign^ le bénir encore et le fairp sei vir à l'instruction et à l'édification des âmes chrétiennes ! (Xote de la 5- édition.)

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