CHAPITRE PREMIER Les Pécheurs
§ 1er. — L'Endurcissement
1. Avant d'étudier les ascensions de l'âme dans la vie spirituelle, essayons d'établir en quelques pages ks degrés du péché. Si l'âme constamment fidèle s'élèw de sommet en sommet jusqu'à la sublime perfection, l'âme rebelle, au contraire, peut descendre de précipice en précipice et s'enfonw r dans les abîmes du mal jusqu'à d'insondables profondeurs.
Il n'est pas question, pour le moment, de ceux qui tombent accidentellement dans les fautes graves et savent ensuil relever, mais de eux qui demeurent dans le péché et n'ont pas le courage d'en sortir.
2. Chez les uns, la* foi reste entière; ils ne cherchent point à en aer le joug. Est-ce grâce particulière de Dieu, est-ce atta-
ch ment naturel à leur religion, ou'bien influence salutaire d'un milieu chrétien? Toujours est-il qu : leur foi a été prés3rvée de tout assaut ; ils ne connaissent pas le doute, et la vérité n'a pour eux rien perdu de son évidence.
Dans ce premier cas," les remords sont vifs, le pécheur voudrait quitter son péché, mais il n'en a pas le courage; il souffre de la tyrannie de s:s passions, cependant il en demeure l'esclave; si c'est la difficulté de l'aveu qui retient dans l'éloigncment des sacrements ou peut-être dans le sacrilège, grand encore est son tourment et grand le désir qu'il éprouve de sortir de cet état; souvent même il y est résolu, mais au dernier moment il recule et remet à plus tard. Ce n'est pas encore l'endurcissement, l'obstination dans le péché. Aussi, de toutes les âmes pécheressi s --ci qui ont conservé une foi plus vive sont les plus facil- s à convertir, surtout si elles ont gardé quelque habitude de la prière.
3. Mais rarement on en demeure là; la résistance au bien, l'infidélité continuelle finit par rendre les grâces moins abondantes et moins efficaces, la voix de Dieu toujours repoussée devient moins pressante, 1 s remords diminuent, la foi, si elle ne s'éteint pas, est obscurcie; d'un autre côté, les passions toujours caressées deviennent de plus en plus exigeant tyranniquts; alors le'péeheur tombe dans l'endurcissement.
Cet état est déplorable, il est très injurieux à Dieu et dangereux pour l'âme. Celle-ci ss montre insensible aux meilleurs raisonnements, elle ne se laisse pas ébranler même par les considérations les plus graves; tout glisse sur elle comme l'eau sur le marbre, sans pénétrer, sans amollir sa dureté. C'est que le mal n'est pas dans le jugement, il est dans la volonté; c'est la volonté qui est rebelle, qui se raidit avec obstination, repousse à l'avance tous les arguments et dédaigne de s'y arrêter.
§ 2. — Causes de V endurcissement
4. Nou ^ avons dit que l'endurcissement venait de la résistance à la grâce; cette résistance produira dts effets d'autant plus pernicieux qu'elle sera plus coupable. Ainsi elle est moins dangesi elle vient de Y ignorance, comme il arrive pour nombre d'âmes peu instruites, à l'intelligence peu ouverte, ou dont l'éducation chrétienne a été fort incomplète. On pourrait ranger dans la même catégorie certains caractères très étourdis et inconsidérés, p; u Gapables de réfléchir à la grièveté de leurs