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D'où vient cette diminution des grâces sensibles

Parlant plus havt (n° 162) de la soustraction momentanée des consolations spirituelles, nous avons dit qu'elle avait souvent pour cause l'infidélité des âmes chrétiennes. Leur lâcheté, leur négligence à répondre aux appels de la grâce fait que Dieu ne ss montre plus aussi prodigue de ses faveurs; leurs péchés, leurs attaches coupables aux choses mondaines, qui leur causent mille tracas et préoccupations, qui donnent lieu à toutes sortes de désirs et absorbent toute l'activité de leur cœur, les empêchent de goûter les choses divines.

Nombre de personnes pieuses, quand elles tombent dans ces sécheresses, ne savent pas en reconnaître les causes véritables : elles ne s'avouent pas qu'elles répondent mal aux inspirations de la grâce, qui les pousse à une vie de recueillement et d'abnégation. Elles contristent l'Esprit-Saint par leurs infidélités et elles s'étonnent qu'il devienne moins pressant et qu'il leur accorde moins de consolations. Le défaut de charité envers le prochain est aussi pour elles une cause fréquente de sécheresses. Si elles s'appliquaient à voir dans leurs frères les qualités surnaturelles, leur foi, leur éloignement du mal, leur attachement au bien, tout ce qui en eux ravit le cœur de Dieu, tout ce qui, étant le principe de leur mérite, demeurera éternellement, et fera pendant les siècles des siècles leur sublime beauté, Dieu serait content; Il déverserait en elles quelques parcelles de sa joie divine. Elles s'arrêtent au contraire à considérer les défectuosités humaines, qui pourtant passeront un jour sans laisser de traces; elles regardent le prochain, non avec les yeux de la foi, mais d'un regard tout humain; alors les moindres travers les choquent, les aigrissent, les impatientent et étouffent ainsi les doux sentiments de la piété que la grâce tendait a faire naître en leurs coeurs.

Par ailleurs, assueta vilescunt ; les facultés sensibles, — et en cela elles sont bien inférieures aux facultés spirituelles — en arri-

vent assez promptement à n'être plus touchées par Ji s objels qui autrefois les impressionnaient vivement. C'est un fait reconnu que la sensibilité s'émousse. Il est donc nai l'influence

des grâces sensibles ne se maintienne pas toujours dans le même degré d'intensité.

Enfin et Indépendamment de ces causes, la Providence peut agir directement dans le même sens. Ii oe serait pas bon, en effet, pour l'âme chrétienne de demeurer indéfiniment dans cet état de sensibilité émue, car elle n'y pourrait atteindre la vraie perfection.

17 4. Dieu, pour la purifier, lui enlève donc, au moins par intervalles et pour un temps, les consolations sensibles. Les émotions suaves qu'elle éprouvait jadis au souvenir des vérités religi ou dans l'exercioe des œuvr s d • piété cessent alors de se faire sentir; les considérations les plus frappantes laissent le cœur froid et comme imp -it ne s'arrête que

difficilement à ces considérations; l'imagination a ;

senter les mystères qui autrefois l'impressionnaient vive- . du moins elle ne peut s'y fixer; aux consolations ont succédé les aridités et un dégoût inexprimable et universel.

A cela peuvent s'ajouter d - de cœur, des chagrins

très sensibles, des tentations vives et prolon

Or, nous laissons de côté les âm lies chez lesquelles

la sécheresse n'a été que la suite de l'infidélité, et qui doivent, pour reconquérir des grâces plus puissantes, corriger leurs manquements et se montrer généreuses. Nous passons également sous silence, pour le moment, les âmes fortes qui sortent de cette épreuve plus aimantes et plus saintes; et nous voulons parler de celles qui, sans être aussi coupables que les premières, ne sont pas aussi courageuses que les secondes; leur aridité semble voulue de Dieu pourleuravancement,maisleurpe.udecourageet de constance empêche l'action purificatrice de produire son effet.

§ 2. — Défauts de ceux qui supportent mal V épreuve des sécheresses

175. C'est à ce moment, d'après le P. Libermann (Ecrits, p. 227) « que le grand et très grand nombre d'âmes quittent la vraie voie de leur oraison par les inquiétudes, les découragements, les fausses persuasions, V entêtement, la raideur et les autres défaut ?

auxquels elles se laissent aller, par leurs impatiences, leur amourpropre et. le désir de surmonter ces difficultés. Il faut absolument qu'elles renoncenl à toutes leurs idées propres et qu'elles se soumettent à l'épreuve avec une grande humiliation intérieure ■devant Dieu. Elles ont grand besoin d'un bon directeur en ce moment, et encore plus d'une obéissance parfaite ...»

« I. qui n'ayant pas répondu assez généreusement aux

grâci n'ont été que peu de temps dans V état de jouissances

■sensible ou n'en ont pas été abondamment favorisées « ordinairement soutiennent mal cette purgvtion douloureuse des sens l /généralement, parlant, eïï< s tombent dans les défauts marqués plus haut et finissent par un de ces trois états : 1° Ou elles tombent -dans un état de scrupules, d'incertitudes, d'embarras de conss ont bien de la peine à se tirer, et dont elles ne se tirent quelquefois jamais, ou ne se tirent que pour tomber tout I dans le r ut et la dissipation; 2° ou bien elles se

tquent, quittent ou négligent l'oraison, et se mettent à ber leur plaisir et leur contentement dans les créatures ou les satisfactions de i'amour-propre; 3° ou elles sont dans un état de travail pour aller à Dieu, dans un état d'oraison petit et faible; elles restent partagées entre Dieu et les créatures, et ne parviennent jamais à une véritable sainteté.

« Un grand nombre d'entre elles servent cependant Dieu et

biHent véritablement à sa gloire. Elles se perfectionnent

dans leur état et acquièrent beaucoup de mérites, mais il leur

toujours beaucoup de défauts et d'attaches à elles-mêmes,

à leurs propres sens et aux créatures. Ces âmes se font toutes

sortes d'habitudes imparfaites et de besoins des choses créées.

1 Est-ce là le phénomène quesaint Jean de la Croix appelle la nuit

des sens, et dont nous aurons à parler plus amplem nt ? Il est vrai que

l'on ne trou ânns dont il est ici question cette rech rche

de Dieu, cette soif de Dieu qui est l'élément caractéristique de la nuit

us, et une marque que cette soustraction des grâces sensibles est

preuve ménagé,' parla Providence, et nonunesuitedurelâch -m nt.

liant, il se peut que, dans les deux cas, le principe soit le même;

chez les imparfaits, ou bien le souvenir de Dieu a promptement

i-u, dès qu'ils ont cédé au dépit et au découragement, ou bien leur

défaut de soumission et de générosité a empêché le Seigneur d'achever

son œuvre et de leur faire sentir cette attraction puissante qu'il exerce

sur les cœurs plus dé'achés et plus aimants.

Elles n'ont jamais une générosité complète, elles ne volent pas dans les voies de Dieu, mais elles y marchent; elles ne font pas leurs actions d'une manière parfaite et pure; elles en font cependant beaucoup pour l'amour de Dieu, mais par un amour souvent mélangé et qui, malgré cela, ne laisse pas d'être bon et vrai.

« Ces âmes font beaucoup d'actions et se livrent quelquefois, des temps considérables, à des occupations purement naturelles, qui n'ont d'autre utilité ni fin que celle de leur faire plaisir. Les actions qui sont nécessa'res, comme le boire, le manger, la j récréation, elles les font par motifs et principes humains, au ; moins très souvent. Ces personnes se délectent et prennent ' jouissance dans le plaisir qui se rencontre à faire ce genre d'actions, même lorsqu'elles dirigent leur intention d'une manière surnaturelle. Elles sont quelquefois très bonnes et agréables à Dieu, et. très occupées à procurer sa gloire, malgré ces imperfections, dans les actions surnaturelles, par exemple (s'il s'agit d'âmes sacerdotales) dans la célébration de ïa sainte messe, la confession, la prédication, etc., où elles mêlent toujours une foule de défauts et d'imperfections.

« Il y en a cependant qui mettent un soin très grand à se préparer à ces saintes occupations et à tâcher de s'en acquitter le mieux, possible; mais, malgré cela, elles y mêlent toutes ces imperfections et défauts. D'autres fois, après des préparations très considérables et très soigneuses, elles tombent dans de grandes fautes dans l'exercice de ces saintes fonctions, quelquefois avant, quelquefois après.

176. « Tous ces défauts viennent de ce que les puissances supérieures ne vont à Dieu que par les sens, qu'elles sont, pour ainsi dire, dépendantes des facultés sensibles, et que ces dernières ne peuvent jamais obtenir une grande perfection par elles-mêmes; leur unique perfection consiste à se tenir en repos, en docilité, soumission et dépendance des puissances supérieures et à n'agir que par leur impulsion. La perfection d'un inférieur est d'obéir et non de commander. Cette conduite de l'âme abandonnée aux puissances inférieures est une conduite aveugle : elle ne saurait acquérir la partaite prudence. Elle rencontre quelquefois juste, quelquefois non.

« Il résulte de là que l'âme e st dans l'ignorance de ce que Dieu

demande d'elle; elle ignore encore ses dispositions propres et s •■• I, lisse entraîner dans une foule de pièges et d'illusions. Sa conduite est aussi une conduite passionnée : elle juge et agit souvent par impulsion et prévention. »

Le Vénérable auteur explique donc cet état imparfait par la prédominance des facultés sensibles, qui sont toujours avides de jouissances et empressées à se satisfaire; les facultés supérieures, intelligence et volonté, n'ayant pu se dégager suffisamment pour agir par elles-mêmes, comme chez les âmes contemplatives, demeurent faibles et impuissantes, et il est comme impossible à l'âme de pratiquer la véritable abnégation chrétienne.

177. « Les facultés supérieures, dit le P. Libermann, ne vont à Dieu que par les sens l. » Ainsi, pour qu'elles s'unissent à Dieu dans une prière fervente, ou encore pour que la volonté conçoive de fortes résolutions, il faut que les sens soient favorablement disposés, comme cela arrive, par exemple, devant certains spectacles, certaines pompes religieuses vraiment saisissantes; ou bien il faut que l'imagination soit vivement impressionnée et le •cœur ému. Alors tout va bien; mais si l'âme est dans la sécheresse, sa générosité l'abandonne. Ainsi encore on sera capable de certains sacrifices, parfois même assez pénibles, s'ils sont agréables à l'imagination et s'ils apparaissent sous un jour favorable; mais si les facultés sensibles ne sont pas touchées, si la raison seule envisage froidement la bonté de l'acte à accomplir, alors plus de ressort, plus d'élan; on retombe inerte et impuissant.

Pour le même motif, ces âmes « ont la dévotion facile lorsque tout leur va à souhait, tandis qu'elle est nulle dans les contrariétés. C'est le contraire de ce qui arrive aux âmes fortes et solidement à Dieu : celles-ci n'éprouveront jamais plus de bonheur, de dévotion que lorsqu'elles sont accablées de peines, et elles semblent être vides lorsqu'elles réussissent. « (Yen. Libermann, Ecrits, p. 591.) '

Enfin, il en est de même dans 'es. tentations. On les surmonte facilement quand les grâces sensibles sont abondantes, mais si

1 II ne faudrait pas prendre ces paroles au pied de la lettre, la pensée •de l'auteur n'est pas aussi absolue ; elle est du reste facile à saisir.

elles font défaut, on est fort exposé à être vaincu. Ainsi, ces \ âmes sont réellement dans une disposition sincère de ne pas ; pécher, eiies vuudraient même éviter les fautes légères, mais, , comme elles ont en tête une foule de préoccupations toutes naturelles, elles sont fort souvent surprises et cèdent avec une demi-advcrlance à des mouvements rapides d'amour-propre, d'impatience, de vanité, etc. ; la plupart de leurs fautes sont d( s fautes de ce genre. Si elles ont le temps de la réflexion, elles succombent moins facilement ; cependant, même dans ce cas, si leur intérêt e st en jeu, ou si la passion est surexcitée, elles ne peuvent se îésoudre à sacrifier leur intérêt, à surmonter cette passion. Prises alors entre cette double alternative ou de pécher ou de se faire violence, et voulant éviter l'un et l'autre, elles cherchent à se faire illusion et se payent de mauvaises excuses. Au fond, elles ne parviennent point à se tromper entièrement. et elles ont bien conscience de leur faute; mais ces fautes commises à contre-cœur et non de parti-pris, tiennent plus à la fragilité qu'à la malice. Il y entre toutefois de la lâcheté.

178. De même,' et plus facilement encore, cèdent-elles à bien des désirs qu'elles savent n'être point inspirés par des motifs surnaturels; mais là aussi elles cherchent à se couvrir de prétextes spécieux, i Quand nous avons envie de quelque chose, dit le P. Lalltmant, mille raisons se présentent pour colorer notre passion. L'on se trompe, lorsqu'ayant formé quelque dessein par l'instinct de la nature, on cherche encore quelque raison du côté de la grâce, pour appuyer ce dessein : je vais voir Monsieur un tel ; aussi bien l'exhorterai-je à faire une retraite. Pour l'ordinaire cet aussi bien vient d'un mauvais principe; c'est une invention de l'amour-propre, ingénieux à trouver de semblables raisons. » (4e Princ, eh. vi, art. 4.)

Si le P. Lallemant avait vécu de. nos jours, il eût peut-être donné à cette remarque' une autre forme; il nous eût montré ces gens circonspects^ epui, devant un devoir pénible, se dérobent et savent si bien trouver à leur inaction des excuses habiles : ■ R - ;x, évitons ce tracas, ne nous embarrassons pas

de cette affaire; aussi bien pourrait-il de notre intervention résulter de vrais inconvénients. » Hélas ! ce n'est point ce s inconvénients que l'on redoute, car il y en a souvent de plus grands à se soustraire au devoir, mais le cher repos serait sacrifié.

PIÉTÉ ARIHE 155

Pewl rendant, à la réflexion, ces prudenl iront-

, quoi qu'il leur coûte, car qn tient les gens de

? Le désir de leur estime et de leur approbation l'emporte - sur l'amour du repos, la vanité est plus forte que la Iâ< Voilà ce qu ■■ l'on rencontre clv^z des chrétiens convaincus, qui croient avoir et qui ont en effet de la pi<

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