Nous disons qu'un fond ne se font pas illw
up qui, à la longue, fie
par s'abuser et qui se laissent all< r à d''S défauls véritables
voir plein m nt conscience; ils sont alors, par rapport
tions et à certaines fautes légères, comme les
h airs endurcis à l'égard des fautes mortelles, ils n'en font
presque p'us de cas, et n'en ressentent plus de remords.
Les uns en viennent à prendre pour de la fermeté ce qui n'est •qu'un désir très naturel de voir leurs volontés exécutées, et à regarder comme une. qualité la raideur qu'ils apportent dans leurs capric°s. D'autres appellent sentiment de dignité ce qui est un vé aiour-propre, ou encore grand esprit d'ordre
ce qui n'est que l'amour du bien-être. Ceux-ci décorent du nom de- zèle ce qui n'est qu'un b soin naturel d'agir ou de contenter leur vanité. Ceux-là nomment décision ce qui n'est que précipitation; prudence ce que saint Paul appellerai' de la r, snpimtia carnis. Ceux qui se plaisent dans les jugements sévères et injustes prennent pour l'amour de la vérité et lé zèle ■du bien ce qui est l'effet de l'amour-propre et de l'estime de soimêm^; l'aigreur qui remplit leurs discours devrait leur faire comprendre qu'ils ne sont point inspirés par l'Esprit de Dieu. On verra des gens d'une piété pourtant sincère s'acquitter négligemment de leurs devoirs d'état, parce crue, toujours occupés d'eux-mêmes, ils passant une partie de leur vie dans le soin de leur personne; ils ont fini par se persuader que leur santé trop délicate exigeait les plus minutieuses précautions. On en a encore qui, trop attachés aux biens de ce monde, poussent vcès les préoccupations d'intérêts et se donnent naïvement me des modèles d'ordre et d'économie.
Parmi ces âmes abusées, quelques-unes, plus que d'autres se trompent, et, par l'ardeur qu'elles témoignent pour leur avancement peuvent tromper leurs directeurs, qui les entendent parler voient pas agir. Ces âmes avides d<- perfection parlent
volontiers du prix des croix, de la beauté du sacrifice, de la nécessité de l'union à Dieu; mais elles ne comprennent pas en quoi consiste la véritable abnégation, et, sans bien s'en rendre compte, elles ne désirent pas la pratiquer. Dieu ne leur donne pas les lumières qu'elks ne veulent pas avoir. L'imagination, qui domine chez ces personnes, leur peint sous de vives couleurs la vie parfaite, et parce qu'elles se sentent éprises de cet idéal, elles se croient animées des meilleures dispositions; mais elles ont peu d'énergie pour le bien, elles excusent leurs faiblesses et même elles les justifient ; elles trouvent toujours des raisons de suivre leurs goûts, de faire leur propre volonté, et elles se mettent peu en peine de corriger leurs défauts. Les quelques sacrifices qu'elles font — souvent plus par nécessité que par amour — coûtant beaucoup à leur lâcheté, leur semblent tiès méritoires et leur donnent une estime exagérée d'elles-mêmes; et elles ne voient pas qu'en refusant de faire d'autres sacrifice s plus importants, elles se ferment le chemin de la perfection.
Quelle stupéfaction éprouveront ces âmes abusées, au jour de leur comparution devant le Juge suprême, quand, tout voile étant enlevé, le tableau de leurs misères leur sera présenté à une lumière qui en éclairera les moindres détails.
Toutes les âmes pieuses ne sont pas aussi aveugh s sur leurs défauts. Il en est beaucoup qui, plus sincères avec elles-mêmes, reconnaissent leurs faiblesses, les déplorent et voudraient s'en défaire, mais ne combattent que mollement et avec inconstance. « On passe ainsi des années entières et souvent toute la vie à marchander si on se donnera tout à Dieu. On ne peut se résoudre à faire le sacrifice entier, on se réserve beaucoup d'affections, de desseins, de désirs, d'espérances, de prétentions, dont on ne veut pas se dépouiller pour se mettre dans la parfaite nudité d'esprit, qui dispose à être pleinement possédé de Dieu. » (Lallemant, 2e Principe, Section I, ch. Ier, art. 2.)
180. Il y en aurait long à dire sur ce mélange de bien et de mal, de qualités et de défauts qui se trouvent chez les chrétiens dont nous parlons. Ils ont des vertus réelles, un désir sincère et habituel de servir Dieu, ils commettent peu, et même pour la plupart ils ne commettent pas de fautes graves; ils ne passent pas de jour sans penser souvent à Dieu; s'ils sont honorés du sacerdoce, ils auront du zèle, de la régularité.uhlouable attache-
PIÉTÉ A Kl DE I"i7
ment à leurs fonctions saintes. Toutes ces bonnes qualités sont dues à leur foi ardente, foi qui s'est développée, avons-nous dit, sous l'influence des grâces sensibles que Dieu leur a accordées, et qui est entretenue par leur vie de piété, la pratique de certaines vertus et la fidélité à la prière.
Mais elle est longue aussi la liste de leurs défauts : inconstance, amour-propre, grand amour de leurs aises, attachement souvent opiniâtre à leurs idées ou à leurs caprices; le même homme qui se dépensera sans compter, parce que l'exercice du zèle lui est agréable, ne pourra souffrir la contradiction. Celui-ci cherchera à rabaisser les autres, surtout ceux qui, opérant sur le même terrain, lui portent ombrage; il contestera leurs connaissances, leur prudence, leur savoir-faire ;il incriminera leurs intentions; tout cela sans doute d'une manière peu consciente, mais qui cependant n'est pas exempte de faute.
181. L'abnégation chez tous ces chrétiens du troisième degré n'est pas nulle, mais elle est incomplète; ils ne semblent pas comprendre tout le prix du parfait renoncement, ils n'y aspirent pas. De là il résulte que leurs vertus et leurs imperfections non seulement se succèdent, mais se mélangent souvent dans l'accomplissement d'une même œuvre. Ainsi, quand ils exercent le zèle, ils mêlent à des pensées de foi beaucoup d'agitation purement naturelle; ils s'appuient fort sur les moyens humains et n'ont pas en Dieu cette confiance absolue qui donne aux âmes parfaites une si tranquille énergie et une pleine possession d'elles-mêmes.
Dans l'édifice que chacun de nous bâtit pour l'éternité, il y a, dit l'Apôtre (I. Cor., III, 12), des matériaux de valeur bien diverse; tout passera par le feu : l'or, l'argent, les pierres précieuses s'y purifieront; le bois, le foin, le chaume y seront consumés. Ceux dont nous parlons mettent sans doute dans leur œuvre de chaque jour des matériaux de prix, mais ils y laissent entrer aussi beaucoup d'éléments vils, qui deviendront autant d'aliments pour le feu purificateur.
En attendant « le jour du Seigneur, où l'œuvre de chacun apparaîtra comme elle est. . ., uniuscujusque opus manijestum erit, dies enim Domini declarabit, il n'est pas facile à l'œil humain d'apprécier la valeur de l'édifice. Parfois sous une couche de riches métaux se cachent des matériaux mo;ns précieux ; parfois,.
au contraire, l'or et l'argent sont dissimulés sous des dehors vulgaires: chez les uns ce sont les qualités, cheï les autres ce sont léfauts qui s? montrent à première vue. Tout jugement précipité risque fort d'être erroné.