A QUELLES AMES ELLE CONVIENT
vous le pourrez, demeurez dans la compagnie d'un si excellent ami. Si vous prenez l'habitude de vous tenir en sa présence, et s'il voit que vous le faites par un désir continuel de Lui plaire, vous ne pourrez plus, comme on dit, l'éloigner de vous.
« 0 mes sœurs, vous qui ne pouvez discourir beaucoup avec l'entendement, ni vous occuper d'un sujet sans éprouver d'importunes distractions, prenez, prenez, je vous en conjure, la salutaire habitude que je vous propose. Je sais que vous le pouvez, je le sais par ma propre expérience, car pendant plusieurs années j'ai gémi de ne pouvoir fixer mon esprit sur une vérité durant le temps de l'oraison. Cette peine est très grande, je l'avoue, mais si nous supplions avec humilité Notre-Seigneur de la faire cesser, croyez qu'il exaucera nos vœux; dans sa bonté infinie, Il ne pourra se résoudre à nous laisser ainsi seules, et II voudra nous tenir compagnie. Si nous ne pouvons acquérir ce bonheur en un an, travaillons pendant plusieurs, et ne regrettons pas un temps si bien employé. Je le répète, il est en notre pouvoir de nous accoutumer à marcher en présence de Notre- Seigneur; faisons de généreux efforts et nous aurons enfin la consolation de jouir de la compagnie de ce véritable maître de nos âmes.
« Ne pensez pas néanmoins que je vous demande de longues méditations sur ce divin Sauveur, ni beaucoup de raisonnements, ni de grandes et subtiles considérations : portez seulement sur Lui vos regards. Si vous ne pouvez faire davantage, tenez du moins pendant quelques instants les yeux de votre âme fixés sur cet adorable Époux. . . Jamais II ne détourne de vous ses regards. Malgré tant d'indignités dont vous vous êtes rendues coupables envers Lui, Il n'a pas cessé un seul instant de vous suivre de ses yeux ; et vous croiriez faire un grand effort si, détournant les vôtres des choses extérieures, vous les fixiez: quelques moments sur Celui qui vous a tant aimées ! . . . Etesvous dans la joie, considérez-Le ressuscité, sa seule vue au sortir du sépulcre vous fera tressaillir d'allégresse. Quel éclat 1 quelle beauté 1 quelle majesté I quel triomphe !. . . Etes-\ous dans les tribulations ou dans les tristesses, suivez-Le au jardin de Gethsémani; considérez dans quel océan d'affliction son âme doit être plongée, puisque, étant non seulement patient, mais la patience même, Il ne laisse pas de faire connaître sa peine