CHAPITRE XI
» malgré eux. Nous les contraindrons à entrer )> dans la vérité dont nous sommes seuls les apô- » très. « Vous les contraindrez ! Eh quoi! mettre » la violence au service de la religion ! Cour- » ber les consciences et les corps sous un joug » de fer, au nom du Dieu de bonté et de mi- » séricorde! Au lieu d'agir par la persuasion, » par la douceur, par la lumineuse autorité de 1» la raison, employer, pour remplir votre mai- » son, la contrainte et la rigueur? Est-ce là la » véritable morale? Est-ce là le droit éternel? »»
Il était dit dans le Décalogue : « Honore ton » père et ta mère (^) ». Il était dit dans le Deutéronome : « Maudit soit celui qui dédaigne les » auteurs de ses jours (^) ». La vie du fils de Marie semblait, en bien des circonstances, méconnaître ce devoir filial et ce n'était pas sans étonnement que les Juifs Tentendaient exprimer des idées qui paraissaient en contradiction flagrante avec ces principes sacrés.
Ainsi, au moment où, commençant ses prédications, il réunissait autour de lui ses disciples, un d'entre eux, avant de le suivre, le suppliait, disant : h Seigneur, permets-moi d aller ^ aupara-
(1) Exode, Xî, V. 12.
(2) Deutéronome, XXVII, v. 16.
» vant, ensevelir mon père ». Et Jésus lui répond: « Suis-moi, ei laisse aux morts le soin d'enseve- » lir leurs morts ( ^ ) » .
Un autre jour qu'il enseignait dans une Sjuagogue, sa mère et ses frères, se tenant au dehors, demandaient à lui parler et quelqu'un lui dit : « Yoilà ta mère et tes frères, qui sont dehors, » et qui te demandent » . — Mais il répondit : G Qui sont ma mère et qui sont mes frères? (^) »
Dans une circonstance plus caractéristique, il se montra bien autrement sévère envers celle dans le sein de laquelle il avait été porté. C'était aux noces de Cana. Le vin manqua pour les convives et la mère de Jésus lui dit : « Ils n'ont plus de » vin ». Mais lui, la repoussant durement, lui répond-: « Femme ! qu'y a-t-il de commun entre )) vous et moi? (^)» — Qu'y a-t-il de commun? mais l'amour maternel, la piété filiale, la voix du cœur et de la nature, tous ces sentiments ineffables que la vue seule de la mère inspire à l'enfant bien-aimé ! Que devait penser, en entendant ces paroles, le peuple hébreu, lui qui a élevé à une si grande hauteur le culte de la famille et le respect des parents?
Et, un autre jour, plus explicite encore, il di
(1) MaUhieu, ch. Vlll, v 31.
(2) Mattliieu, ch. XII, v. 4G.
(3) Jeao, ch. H, v. 4.