CHAPITRE VI
dans un même sentiment de passion et de haine, n'a pas flaissé un seul moment de trêve, de sécurité et de repos aux descendants d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, à la race qui avait donné au monde, avec le Décalogue et la Bible, la lumière et la vérité. Il a fallu arriver à la fin du dix-huitième siècle, à une époque où les principes du droit humain ont triomphé de nouveau au milieu des convulsions d'une révolution sociale, pour que la persécution s'arrêtât aux cris de la conscience indignée et pour que les prétendus Déicides reprissent enfin, parmi les sociétés civilisées, leur titre et leurs droits d'hommes libres. Mais que de douleurs, que de calamités, que de sacrifices sanglants, que de tortures et que de massacres durant cette terrible époque du moyen-âge, dont "chaque jour est marqué, pour Israël, par des dates funèbres!
Quand les faits ont une pareille évidence , quand le fanatisme et la persécution naissent SI manifestement de préventions populaires et de sentiments de vengeance, pourquoi associer le
nom de Dieu à ces sombres passions et le rendre complice des erreurs et des crimes des hommes?
Réduiteaux proportions d'un fait purement humain, nous comprenons la persévérance de cette haine acharnée entre les vainqueurs et les vaincus, entre les bourreaux et les victimes. L'histoire nous en révèle d'aussi terribles , d'aussi persistantes chez des peuples ennemis qui n'avaient pas, pour se détester, autant de motifs que pouvaient en avoir les destructeurs de Jérusalem et les exilés de la Judée, l'Evangile dominateur et l'Ancien Testament opprimé. On voit avec étonnement, même de nos jours, des races entières se poursuivre de siècle en siècle, se combattre et s'entre - détruire, sans relâche et sans merci. Ce n'est pas seulement à l'époque de la décadence romaine que le fanatisme religieux a suscité des guerres fratricides et armé les uns contre les autres les membres de la famille humaine. Ces luttes sacrilèges s'expHquent, sans se justifier, par les instincts dépravés qui inspirent le cœur de l'homme et les actes des peuples. Le cri sinistre : « Malheur aux vainr eus! » a été jusqu'à nos jours la loi et la règle du droit des gens , et les plus barbares moyens ont été mis au service de cette doctrine anti- sociale. L'heure est enfin venue où