CHAPITRE VI
sens et le texte des Écritures sacrées dont ceuxci prétendaient faire sortir la vérité de leur apostolat, l'annonce et la révélation de leur Messie. Ils déclaraient que Jésus n'était qu'un homme, qu'un réformateur hardi ; ils qualifiaient de blasphème l'idée d'en vouloir faire une divinité. Ils applaudissaient enfin à la sentence de mort prononcée contre ce novateur qui avait voulu renverser la loi donnée par l'Éternel. Ainsi à tous ces points de vue, ils étaient la négation éclatante, obstinée, de tous les principes sur lesquels reposait la religion chrétienne.
Le Christianisme eut à lutter, dès ses premiers pas, contre de puissantes hérésies, mais l'opposition qui venait des Juifs était à coup sûr la plus redoutable, car elle attaquait la doctrine chrétienne dans son essence même.
Combattre par la persuasion les objections que le Judaïsme souleva, dès les premiers temps, contre les dogmes chrétiens, était une entreprise qui bientôt fut reconnue impossible, car les Juifs ne voulurent ni se laisser convaincre ni se convertir. Fidèles à leur antique loi, dont ils serraient sur leurs cœurs le code vénéré, ils résistèrent à toutes les tentatives du prosélytisme, à toutes les menaces des persécuteurs, et ils passèrent ainsi
à travers les peuples, prostestant éternellement contre le Christianisme triomphant.
11 n'en fallait pas tant pour envenimer encore le ressentiment des Romains contre les défenseurs de la Judée, contre les agitateurs de l'Empire. Les christianisés de la société païenne devinrent fa rouches envers leurs anciens ennemis. A l'hostilité politique s'ajouta promptement le fanatisme religieux, et, pour consolider leur puissance, les évêques chrétiens ne crurent pas devoir modérer les passions populaires. Partout la foule fut déchaînée contre les débris d'Israël. Ceux qu'on lui signalait auparavant comme des conspirateurs dangereux, comme les contempteurs des divinités de l'Olympe, furent signalés maintenant comme des Déicides, qui avaient mis à mort le révélateur de l'Évangile, le rédempteur et le libérateur de l'humanité tout entière.
Une fois lancée dans cette voie de cruautés, et de sinistres représailles, la société • romaine ne s'arrêta point. La chasse au Juif commença à tous les points de l'horizon antique, et l'aurore sanglante du moyen-âge se leva pour les infortunés martyrs de Jérusalem. Triste et sombre période où la haine des Romains idolâtres et des païens christianisés, unie