CHAPITRE V
questions qui lui étaient faites sur ces matières importantes d'une manière inintelligible pour ses auditeurs. «Quand viendra le royaume de Dieu? » lui demandaient un jour les pharisiens. Il leur répondit : « Le royaume des deux ne viendra point » d'une manière qui le fasse remarquer; on ne dira » point : il est ici ou il est là, car, dès à présent, » le royaume de Dieu est au milieu de vous (*). »
On voit, par toutes les citations qui précèdent, qu'en effet il prenait tous les moyens possibles pour que le règne divin, dont le triomphe dans le monde devait se faire par l'intermédiaire des Juifs, ne fût point remarqué de ces derniers.
« Mais enfin, lui disaient les pharisiens, quies- ■ tu? ») — « Je suis, répond Jésus, je suis le PRINCIPE » qui vous parle (2). » A coup sûr, les malheureux pharisiens ne pouvaient pas comprendre grand chose à cette réponse mystique. Aussi n'était-ce pas sans raison qu'ils lui disaient : « Tu te » rends témoignage à toi-iriême ; ton témoignage
(1) Interrogatus autem a Pharisaeis : Quando venit regnum Dei ? Respondens cis dixit : Non venit regnum Dei cum observatione ; neque dicent : Ecce liîc aut ecce illîc, ecce enim regnum Dei intra vos est. — Luc, ch. XVII, v. 20 et s. — Disons ici, pour n'y plus revenir, que tous les passages du texte évangélique que nous traduisons en français sont tirés de la traduction de Lemaistre de Sacy, la plus autorisée dans l'Église catholique.
(2) Dixebant ergo ei : Tu qui es? Dixit eis Jésus : Princîpium qui et loquor vobis. —Jean, ch. VIII, v. 25.
» n'est point admissible (*),» c'est-à-dire, prouvenous ta puissance autrement que par tes propres affirmations.
A cette observation si manifestement logique, Jésus se contentait de répondre : « Quoique je me » rende témoignage à moi-même, mon témoi- » gnage est véritable, car je sais d'où je viens et » où je vais, mais, vous, vous ne savez ni d'où je » viejiSy ni oh je vais (2).» Or, c'était précisément parce qu'il les laissait ainsi dans une complète ignorance, qu'ils ne cessaient de l'interroger, désireux, comme tous les habitants de la Judée, d'être enfin fixés sur son origine, sur sa mission et sur son but.
On ne peut voir dans la curiosité et dans l'empressement des chefs du peuple qu'une nouvelle preuve de l'émotion que Jésus soulevait autour de lui et des espérances qu'il faisait naître. Jésus se mettant à la tête du parti populaire dont alors les pharisiens étaient l'âme, aurait raUié tous les esprits.
Cependant, on peut croire qu'il ne voyait dans
(1) Dixerunt ergo ei pharisaei : tu de te ipso testimonium perhibes. Testimonium tuum non es verum. - Jean, ch. Vllï,
{% Respondit Jésus et dixiteis : Et si ego testimonium perhibeo de me ipso, verum est testimonium meum, quia scio undè veni et quô vado. Vos aijtem nescitis undè venio aut QUOVADO. — lbid.,v. li.