CHAPITRE V
» as la puissance qu'on t'attribue, lui disent-ils, » fais donc éclater dans le ciel un signe qui nous » convainque. » Jésus ne leur répond encore qu'en leur annonçant le signe de Jonas, et s'en va les laissant dans leur indécision première (^).
Saint Marc raconte que, dans des circonstances analogues, il se montra encore plus obstiné dans son silence. Des pharisiens sortent et commencent à discuter avec lui, le priant de leur montrer un signe céleste qui pût le révéler à leurs yeux. Jésus se contenta de pousser un long soupir, disant : « Cette race demande un signe ; je vous le » dis en vérité! aucun signe ne lui sera donné (^j.»
Souvent, au lieu de refuser nettement les éclaircissements qu'on sollicitait de lui, il éludait les questions. et embarrassait ses interlocuteurs par des difficultés habilement posées. — En voici un exemple :
11 arrive dans le iemple prêchant et enseignant* Les chefs des prêtres et les anciens du peuple s'approchent de lui et lui disent : « Par quel pou- • voir fais-tu ce que tu fais ? et qui t'a donné cette
(1) Matthieu, ch. XVI, v. 1 et suiv.
(2) Et exierunt Pliarisœi et cœperunt conquîrere cum eo quaerentes ab illo signum de cœlo... Et ingemiscens spiritu, ait : Quid generatio ista signum quœrit? Amen dico vobis, si dabitur génération! isti signum. —Marc, cli. VUI, v. il et 12*
» puissance? » A cette demande si simple et sî naturelle, Jésus répond : « Laissez-moi d'abord » vous interroger sur un point. Le baptême que » Jean administrait venait-il de Dieu ou des î» hommes? >» Les prêtres et les anciens hésitent, car, en avouant que Jean était envoyé de Dieu, où pouvait leur répondre : « Pourquoi n'avez- )> vous pas cru en lui?» En déclarant son pouvoir purement humain, ils heurtaient le sentiment populaire qui tenait Jean pour un prophète. Embarrassés, ils répondirent à Jésus : « Nous Tigno- » rons. » — « Ah! vous Fignorez, reprit Jésus, eh » bien! je ne vous dirai pas non plus par quelle » puissance]* agis (*).» C'était sans doute se tirer avec adresse d'une situation délicate en embarrassant ses adversaires ; mais avouons que c'était refuser très-positivement une preuve qu'après tout les magistrats et les pontifes d'Israël avaient le droit de réclamer.
Presque toujours, d'ailleurs, il répondait aux
(i) Et cum venisset in templam accesserunt ad eum docentem principes sacerdotum et seniores populi dicentes : In qua potestate hœc facis? Et quis tibi dédit liane potestatem ? — Respondens Jésus dixit eis : Interrogabo vos et ego unum sermonem..* Baptismus Joannis undè erat? è cœlo an ex hominibus ? — At illi cogitabant inter se... Et respondentes Jesu dixerunt : Nescimus : —Ait illis et ipse : Nec ego dico vobis in quâ potestate liœc facio. — Matthieu, di. XXI, v. 23 et 5. — Comparez Marc, ch. XI, v. 27, lequel est encore plus précis.